Louisiane : bienvenue chez les Cajuns

par Claude Hervé-Bazin
31 octobre 2011

Claude Hervé-Bazin
Autant en emporte le vent et les sagas romanesques ont campé une Louisiane fière et aristocratique, arrimée à ses demeures de plantations, entre nostalgie d’une grandeur perdue et amnésie de l’esclavage. Les colonnades hautaines sont toujours là.
Mais ce n’est pas aux planteurs que l’on doit d’avoir conservé une Louisiane francophone : c’est aux Acadiens. Violemment chassés du Canada atlantique par les Anglais au milieu du XVIIIe siècle, ces paysans d’origine poitevine et angevine rejoignirent les bayous et les marécages du sud de la Louisiane après des mois, des années d’errance, parfois.
Leurs descendants, connus sous le nom de Cajuns, sont toujours là, roulant les « r » comme au bon vieux temps. Voyage chez nos cousins de Louisiane, entre plantations et bayou, du côté de Lafayette.
Mais ce n’est pas aux planteurs que l’on doit d’avoir conservé une Louisiane francophone : c’est aux Acadiens. Violemment chassés du Canada atlantique par les Anglais au milieu du XVIIIe siècle, ces paysans d’origine poitevine et angevine rejoignirent les bayous et les marécages du sud de la Louisiane après des mois, des années d’errance, parfois.
Leurs descendants, connus sous le nom de Cajuns, sont toujours là, roulant les « r » comme au bon vieux temps. Voyage chez nos cousins de Louisiane, entre plantations et bayou, du côté de Lafayette.
Plantation, country et légendes
Old River Road : la route des plantations
Napoleonville et Lafayette, en Acadiana
Pêche à l’écrevisse dans les bayous
Vous reprendrez bien des gratons ?
Musique : laissez les bons temps rouler
Mardi Gras in Mamou
Nostalgies et fierté
Fiche pratique
Préparez votre voyage en Louisiane avec nos partenaires


Plantation, country et légendes

Claude Hervé-Bazin
Boucle après boucle, la route 415 glisse le long de la rive droite du Mississippi. Passé New Roads, le ruban de goudron atteint le fleuve, large comme une baie, et ses eaux miroitantes. Petite attente et le bac, déjà, cingle vers St. Francisville, perché sur la berge opposée.
L’air est moite, empesé par moments de love bugs, ces drôles d’insectes dont l’accouplement, en vol, dure jusqu’à 3 jours ! Le long des rues assommées de chaleur, se dressent des façades altières et de hauts chênes aux branches tentaculaires, dégoulinant de mousses espagnoles. Au cimetière, le marbre craquelé fait écho aux vieilles dalles penchées.
À la plantation Greenwood, les fougères se tapissent dans l’ombre, derrière l’étang où étaient baptisés les esclaves (il y en eut jusqu’à 750). Dans le salon, rien n’a pas bougé depuis 1860. À Oakley, au Cottage, quelques cases de l’oncle Tom ont survécu, rappelant que le vieux Sud a construit son essor sur l’esclavage et le coton.
Myrtles, bâtie à la toute fin du XVIIIe siècle, passe pour l’une des « demeures les plus hantées d’Amérique ». Les fantômes d’une mère et de ses deux filles, empoisonnées par une esclave, tuée à son tour, apparaîtraient en ces lieux. Certains affirment avoir vu, entendu, senti une présence, une ombre, un spectre. Ce Sud-là est une terre de légendes, hantée par son passé.
L’air est moite, empesé par moments de love bugs, ces drôles d’insectes dont l’accouplement, en vol, dure jusqu’à 3 jours ! Le long des rues assommées de chaleur, se dressent des façades altières et de hauts chênes aux branches tentaculaires, dégoulinant de mousses espagnoles. Au cimetière, le marbre craquelé fait écho aux vieilles dalles penchées.
À la plantation Greenwood, les fougères se tapissent dans l’ombre, derrière l’étang où étaient baptisés les esclaves (il y en eut jusqu’à 750). Dans le salon, rien n’a pas bougé depuis 1860. À Oakley, au Cottage, quelques cases de l’oncle Tom ont survécu, rappelant que le vieux Sud a construit son essor sur l’esclavage et le coton.
Myrtles, bâtie à la toute fin du XVIIIe siècle, passe pour l’une des « demeures les plus hantées d’Amérique ». Les fantômes d’une mère et de ses deux filles, empoisonnées par une esclave, tuée à son tour, apparaîtraient en ces lieux. Certains affirment avoir vu, entendu, senti une présence, une ombre, un spectre. Ce Sud-là est une terre de légendes, hantée par son passé.
Old River Road : la route des plantations

Claude Hervé-Bazin
Une nouvelle traversée du Mississippi ramène vers False River, ce bras mort devenu lac, près duquel se dresse la plantation Parlange. Fondée en 1754 par le marquis Vincent de Ternant, c’est l’une des plus anciennes de Louisiane. L’une des seules à être encore aux mains d’une famille d’origine française. Ouverte aux visiteurs sur rendez-vous, Parlange a servi de modèle au roman Bagatelle de Maurice Denuzière.
L’écrivain n'y a pas laissé que de bons souvenirs… Denuzière a imaginé (révélé ?) une idylle entre la maîtresse des lieux d'antan et un général nordiste ! Une authentique trahison. Lucy Parlange, maîtresse des lieux, préfère montrer ses tableaux de famille. Un bronze de Napoléon, à qui elle voue une profonde admiration. Peu importe si c’est lui qui, en 1803, vendit aux États-Unis la Louisiane pour 80 millions de francs-or… Le jeune pays doubla d’un coup sa superficie.
En aval, voici Nottoway, la plus grande plantation du Sud, achevée quelques mois seulement avant la guerre de Sécession : 64 pièces, dont une somptueuse salle de bal ovale aux colonnes corinthiennes en bois ! Tout ici respire le luxe… Plus loin, il y a Houmas House, puis Oak Alley (photo) et sa splendide allée de chênes. La plantation Laura dans le village de Vacherie. Celles de San Francisco et Destrehan, aux portes de la Nouvelle-Orléans.
Près de Napoleonville, il y a Madewood, avec son fronton Greek revival. Le soir, les chambres se muent en B&B, avec lit à baldaquin surélevé, meubles anciens et taffetas roses. On dîne à la lumière des chandelles : gumbo aux crevettes, tourte au poulet, purée de potiron. Le cognac versé dans les verres, la plantation appartient, l’espace d’une nuit, à ses seuls résidents.
L’écrivain n'y a pas laissé que de bons souvenirs… Denuzière a imaginé (révélé ?) une idylle entre la maîtresse des lieux d'antan et un général nordiste ! Une authentique trahison. Lucy Parlange, maîtresse des lieux, préfère montrer ses tableaux de famille. Un bronze de Napoléon, à qui elle voue une profonde admiration. Peu importe si c’est lui qui, en 1803, vendit aux États-Unis la Louisiane pour 80 millions de francs-or… Le jeune pays doubla d’un coup sa superficie.
En aval, voici Nottoway, la plus grande plantation du Sud, achevée quelques mois seulement avant la guerre de Sécession : 64 pièces, dont une somptueuse salle de bal ovale aux colonnes corinthiennes en bois ! Tout ici respire le luxe… Plus loin, il y a Houmas House, puis Oak Alley (photo) et sa splendide allée de chênes. La plantation Laura dans le village de Vacherie. Celles de San Francisco et Destrehan, aux portes de la Nouvelle-Orléans.
Près de Napoleonville, il y a Madewood, avec son fronton Greek revival. Le soir, les chambres se muent en B&B, avec lit à baldaquin surélevé, meubles anciens et taffetas roses. On dîne à la lumière des chandelles : gumbo aux crevettes, tourte au poulet, purée de potiron. Le cognac versé dans les verres, la plantation appartient, l’espace d’une nuit, à ses seuls résidents.
Napoleonville et Lafayette, en Acadiana

Claude Hervé-Bazin
Napoleonville s’ancre en plein cœur de la paroisse de l’Assomption où près de 18 % des habitants parleraient le français à la maison. Dans la paroisse de Saint-Martin, qui détient le record, ils seraient près de 27,5%. Près de 26% aussi dans celle d’Évangéline, 25% dans celle de Vermilion et encore plus de 14% à Lafayette, la plus grande ville de la région, où les panneaux vous souhaitent hardiment Bienvenue.
On parle ici d’Acadiana : un vaste territoire situé au centre-sud de la Louisiane, peuplé au XVIIIe siècle par les Acadiens, déportés par les Anglais de leurs terres de l’est canadien. Des colons créoles occupant déjà la Nouvelle-Orléans et les flancs du Mississippi, seuls restaient les bayous.
Pendant plus d’un siècle et demi, les “Cadiens”, devenus Cajuns, ont vécu en paix sur ce territoire de misère, à ramasser les mousses pour bourrer les matelas, couper le bois, trapper, pêcher chevrettes et cocodris…
Le passage de la Louisiane dans le giron américain n’y changea d’abord rien. Mais l’uniformisation progressive et le boom du pétrole, qui attira de la main-d’oeuvre dans les années 1930, rattrapèrent les Cajuns. Plus question, à l’école, de parler le français — au risque de se retrouver au coin, genoux à nu sur un lit de grains de maïs…
Près de Sorrento, le Village cajun (photo) restitue le cadre de cette Louisiane d’autrefois avec sa petite église, ses baraques en planches, ses oies barbottant dans les mares et sa salle des fêtes où se tenaient les fais-dodo — les fêtes des fins de semaine, tancées par les stridulations des violons et les claquements des talons sur les planchers.
On parle ici d’Acadiana : un vaste territoire situé au centre-sud de la Louisiane, peuplé au XVIIIe siècle par les Acadiens, déportés par les Anglais de leurs terres de l’est canadien. Des colons créoles occupant déjà la Nouvelle-Orléans et les flancs du Mississippi, seuls restaient les bayous.
Pendant plus d’un siècle et demi, les “Cadiens”, devenus Cajuns, ont vécu en paix sur ce territoire de misère, à ramasser les mousses pour bourrer les matelas, couper le bois, trapper, pêcher chevrettes et cocodris…
Le passage de la Louisiane dans le giron américain n’y changea d’abord rien. Mais l’uniformisation progressive et le boom du pétrole, qui attira de la main-d’oeuvre dans les années 1930, rattrapèrent les Cajuns. Plus question, à l’école, de parler le français — au risque de se retrouver au coin, genoux à nu sur un lit de grains de maïs…
Près de Sorrento, le Village cajun (photo) restitue le cadre de cette Louisiane d’autrefois avec sa petite église, ses baraques en planches, ses oies barbottant dans les mares et sa salle des fêtes où se tenaient les fais-dodo — les fêtes des fins de semaine, tancées par les stridulations des violons et les claquements des talons sur les planchers.
Pêche à l’écrevisse dans les bayous

Claude Hervé-Bazin
Moteur coupé, la barque glisse sur le miroir du bayou Têche, entre deux barrières de cyprès chauves recouverts de mousses. A proximité s'étendent les immensités marécageuses du bassin de l'Atchafalaya, aux mille bras secondaires et aux vieux méandres éparpillés dans les sous-bois.
Soudain, un jeune alligator glisse à l'eau, sous notre nez. Immobilisé à la surface, à 2 m du bateau, il laisse tout juste dépasser le nécessaire : deux gros yeux jaunes fendus d'une pupille noire.
Après avoir failli disparaître dans les années 1970, victime du braconnage, l'alligator est revenu en force. Ils seraient aujourd'hui plus d'un million et demi en Louisiane, fermes d’élevage non incluses ! Les autorités ont même rouvert les vannes de la chasse, un mois par an, en septembre.
Les jacinthes d’eau, aux grosses fleurs violacées, envahissent la surface du lac. Ferril (Farouche pour les intimes) connaît le coin comme sa poche, empoigne la perche et pousse la barque à travers ce délicat passage. Un vrai homme des bois, à la parole comptée et mesurée.
Un peu plus loin, tirant sur un fil de laine accroché à un arbre, il remonte un casier. Puis deux. Puis trois. Peu à peu, les écrevisses s'amoncellent. Par intermittence, une aigrette, un anhinga séchant ses ailes au soleil se détachent.
Ferril nous fait l'honneur de sa cabane. Ancrée à un radeau de bois flotté, elle s'ouvre en grinçant sur un vieux fauteuil et trois casseroles. Que rêver de mieux, pour regarder le bayou, loin de tout et de tous, dans la plus totale sérénité ?
Soudain, un jeune alligator glisse à l'eau, sous notre nez. Immobilisé à la surface, à 2 m du bateau, il laisse tout juste dépasser le nécessaire : deux gros yeux jaunes fendus d'une pupille noire.
Après avoir failli disparaître dans les années 1970, victime du braconnage, l'alligator est revenu en force. Ils seraient aujourd'hui plus d'un million et demi en Louisiane, fermes d’élevage non incluses ! Les autorités ont même rouvert les vannes de la chasse, un mois par an, en septembre.
Les jacinthes d’eau, aux grosses fleurs violacées, envahissent la surface du lac. Ferril (Farouche pour les intimes) connaît le coin comme sa poche, empoigne la perche et pousse la barque à travers ce délicat passage. Un vrai homme des bois, à la parole comptée et mesurée.
Un peu plus loin, tirant sur un fil de laine accroché à un arbre, il remonte un casier. Puis deux. Puis trois. Peu à peu, les écrevisses s'amoncellent. Par intermittence, une aigrette, un anhinga séchant ses ailes au soleil se détachent.
Ferril nous fait l'honneur de sa cabane. Ancrée à un radeau de bois flotté, elle s'ouvre en grinçant sur un vieux fauteuil et trois casseroles. Que rêver de mieux, pour regarder le bayou, loin de tout et de tous, dans la plus totale sérénité ?
Vous reprendrez bien des gratons ?

Claude Hervé-Bazin
Une pile d’écrevisses, une grande marmite et le tour est joué : voici le plat roi des Cajuns qui trône sur la table. Chez Mulate’s, à Breaux Bridge, très officielle “capitale mondiale de l’écrevisse”, les plateaux recouverts de leurs montagnes de crustacés valsent entre les danseurs. Tous les soirs, la musique va bon train, sur des rythmes de quadrille. Dans l’assiette, aussi : gumbo, steak d’alligator, excellent crabe farci, jambalaya (sorte de paella), huîtres frites et un drôle de poisson rouge bourré (vivaneau farci)…
Le 14 février, la Boucherie de Saint-Martinville bat son plein. On égorge le cochon, avant de l’installer sur des tréteaux et de l’ébouillanter. La chair fume et le couteau entre à nouveau vite en action, grattant les soies. A grands coups précis se détachent la queue, les oreilles, le ventre en pointillé, vidé, les jambonneaux et le lard, coupé en dé qui rissole déjà dans l'huile bouillante en gratons (photo) — vendus en cornets comme chez nous les marrons à l'orée de l'hiver.
Venues de toute la paroisse, les familles déambulent entre les stands de hot dogs, d'artisanat, de glace et celui du concours de tartes — pommes ou patate douce. Vers 14 h 30, un attroupement se forme dans le champ voisin : les combats de coq débutent. Les propriétaires approchent les deux adversaires ; les cous se tendent, les becs claquent, les plumes s'étalent en corolles pour mieux impressionner
Le 14 février, la Boucherie de Saint-Martinville bat son plein. On égorge le cochon, avant de l’installer sur des tréteaux et de l’ébouillanter. La chair fume et le couteau entre à nouveau vite en action, grattant les soies. A grands coups précis se détachent la queue, les oreilles, le ventre en pointillé, vidé, les jambonneaux et le lard, coupé en dé qui rissole déjà dans l'huile bouillante en gratons (photo) — vendus en cornets comme chez nous les marrons à l'orée de l'hiver.
Venues de toute la paroisse, les familles déambulent entre les stands de hot dogs, d'artisanat, de glace et celui du concours de tartes — pommes ou patate douce. Vers 14 h 30, un attroupement se forme dans le champ voisin : les combats de coq débutent. Les propriétaires approchent les deux adversaires ; les cous se tendent, les becs claquent, les plumes s'étalent en corolles pour mieux impressionner
Musique : laissez les bons temps rouler

Claude Hervé-Bazin
Pour faire un bon cajun, il faut aussi une bonne toune… Un air d’accordéon de derrière les fagots, les sacades de la basse, les pleurs lancinants des violons, le grattement rythmé des cuillères sur le frottoir (tablier de métal), le ting métallique du ‘tit fer (triangle), l’emportement des guitares et l’enthousiasme de tout un public…
La musique cajun est un joyeux méli-mélo de vieilles valses, de polkas, de quadrilles, de contredanses, de tempos irlandais attrapés en Nouvelle-Écosse, auxquel sse sont greffés au fil du temps touches western, voire blues et jazzy dans le zarico et la zydéco des Créoles louisianais (emportés par Clifton Chenier).
Le rythme, les thèmes sont proches de ceux de la country music : les textes parlent d’amours perdus, de disparus, de déracinement, du bon vieux temps… Jusqu’à cet emblématique 200 lines: I must not speak French d’Hadley Castille, cri de révolte de toute une génération que l’on voulait forcer à oublier ses racines.
Largement autodidactes, les musiciens cajuns ont presque tous appris à l’oreille. Pas de partitions ici, mais des gestes mille fois répétés. Longtemps restée confidentielle, leur musique a entrouvert la porte du placard dans les années 1950. Zachary Richard, qui intégra les rythmes traditionnels au monde contemporain, lui a apporté la consécration.
Comme dirait Tee-Mick, animateur de Radio Louisiane : “Nous autres, c’est pas Hollywood et pas Nashville non plus”. Mais, sur les ondes ou sur les fauteuils rouges du Liberty Theater d’Eunice, une bourgade de l’Acadiana des plaines, c’est toute “la fierté d’être cajun” et la nostalgie de “tout ce qui s’en est allé” qui s’exprime.
La musique cajun est un joyeux méli-mélo de vieilles valses, de polkas, de quadrilles, de contredanses, de tempos irlandais attrapés en Nouvelle-Écosse, auxquel sse sont greffés au fil du temps touches western, voire blues et jazzy dans le zarico et la zydéco des Créoles louisianais (emportés par Clifton Chenier).
Le rythme, les thèmes sont proches de ceux de la country music : les textes parlent d’amours perdus, de disparus, de déracinement, du bon vieux temps… Jusqu’à cet emblématique 200 lines: I must not speak French d’Hadley Castille, cri de révolte de toute une génération que l’on voulait forcer à oublier ses racines.
Largement autodidactes, les musiciens cajuns ont presque tous appris à l’oreille. Pas de partitions ici, mais des gestes mille fois répétés. Longtemps restée confidentielle, leur musique a entrouvert la porte du placard dans les années 1950. Zachary Richard, qui intégra les rythmes traditionnels au monde contemporain, lui a apporté la consécration.
Comme dirait Tee-Mick, animateur de Radio Louisiane : “Nous autres, c’est pas Hollywood et pas Nashville non plus”. Mais, sur les ondes ou sur les fauteuils rouges du Liberty Theater d’Eunice, une bourgade de l’Acadiana des plaines, c’est toute “la fierté d’être cajun” et la nostalgie de “tout ce qui s’en est allé” qui s’exprime.
Mardi Gras in Mamou

Claude Hervé-Bazin
Quelques traditions oubliées ont retrouvé vie, aussi. Ainsi à Mamou et Iota, deux bourgades paumées de la plaine, où l’on célèbre le Mardi Gras à l’ancienne — femmes un jour, hommes un autre.
Le violet et le jaune, couleurs du carnaval en Louisiane, dominent. Les masques se mettent aussi en place, typiques avec leur base de grillage, sur laquelle se greffent une grosse bouche, une langue pendante, d’énormes sourcils et, toujours, un nez protubérant.
De maison en maison, les pitreries se multiplient, canalisées par les coups de fouet. Peu avant le déjeuner, les clameurs montent : un fermier fait don d’une poule pour le gumbo tant annoncé. Juché sur le toit, un capitaine accomplit le rituel du lâcher… Honneur à celle qui attrapera la bestiole ! Tout le monde la partagera, le soir venu, avant de se laisser dériver vers la piste de danse au son des cajun bands entonnant qu’ici, « après 300 années, on parle encore le français »…
Le violet et le jaune, couleurs du carnaval en Louisiane, dominent. Les masques se mettent aussi en place, typiques avec leur base de grillage, sur laquelle se greffent une grosse bouche, une langue pendante, d’énormes sourcils et, toujours, un nez protubérant.
De maison en maison, les pitreries se multiplient, canalisées par les coups de fouet. Peu avant le déjeuner, les clameurs montent : un fermier fait don d’une poule pour le gumbo tant annoncé. Juché sur le toit, un capitaine accomplit le rituel du lâcher… Honneur à celle qui attrapera la bestiole ! Tout le monde la partagera, le soir venu, avant de se laisser dériver vers la piste de danse au son des cajun bands entonnant qu’ici, « après 300 années, on parle encore le français »…
Nostalgies et fierté

Claude Hervé-Bazin
Oui, les Cajuns se battent et continuent de redresser la tête. Avec le développement du tourisme et la mode de la cuisine créole, leur Louisiane s'est taillée une place à part dans le paysage local. Et un peu partout, sur les T-shirts, s'affiche aujourd’hui le slogan : Proud to be a coon ass (fier d'être un cul de raton laveur !) — un surnom que les Cajuns portèrent longtemps à leur détriment…
Reste que, si l’on en croit les rares statistiques disponibles, moins d’un dixième des quelque 500 000 Cajuns de Louisiane parle encore couramment le français. Et même parmi ceux qui en sont capables, il est plus fréquent, dans le couple et avec les enfants, de se parler en anglais. Avec les autres francophones, la timidité règne et il n’est pas rare de se voir rappeler en préambule, par les Cajuns, qu’ils ne parlent pas comme nous autres…
En tout état de cause, la très grande majorité des locuteurs est âgée et l’adoption de classes d’immersion n’y a pas changé grand chose : le français qu’on y apprend n’est plus vécu, mais scolaire. C’est dur à conter et dur de voir tout ça s’en aller, reconnaît Tee-Mick…
Reste que cet article honni de Life Magazine, qui annonçait la mort du français cadien en Louisiane pour la fin du XXe siècle s’est trompé. Et, à défaut de garder sa langue pour l’éternité, la communauté aura au moins renoué avec ses racines, son histoire, sa fierté et sa volonté de survie. Allez, lâchez pas la patate, comme on dit ici !
Reste que, si l’on en croit les rares statistiques disponibles, moins d’un dixième des quelque 500 000 Cajuns de Louisiane parle encore couramment le français. Et même parmi ceux qui en sont capables, il est plus fréquent, dans le couple et avec les enfants, de se parler en anglais. Avec les autres francophones, la timidité règne et il n’est pas rare de se voir rappeler en préambule, par les Cajuns, qu’ils ne parlent pas comme nous autres…
En tout état de cause, la très grande majorité des locuteurs est âgée et l’adoption de classes d’immersion n’y a pas changé grand chose : le français qu’on y apprend n’est plus vécu, mais scolaire. C’est dur à conter et dur de voir tout ça s’en aller, reconnaît Tee-Mick…
Reste que cet article honni de Life Magazine, qui annonçait la mort du français cadien en Louisiane pour la fin du XXe siècle s’est trompé. Et, à défaut de garder sa langue pour l’éternité, la communauté aura au moins renoué avec ses racines, son histoire, sa fierté et sa volonté de survie. Allez, lâchez pas la patate, comme on dit ici !
Fiche pratique

Claude Hervé-Bazin
Pour préparer votre séjour, consultez nos fiches Louisiane et Etats-Unis.
Louisiane Tourisme
Y aller ?
Pas de vol direct entre la France et la Louisiane. Les aéroports de La Nouvelle-Orléans, Lafayette et Baton Rouge sont desservis notamment par United et Delta Airlines, via Atlanta (partage de codes avec Air France), Houston, Washington ou Newark.
Où dormir ?
Si vous vous sentez l’âme de Scarlett O’Hara, vous adorerez passer une nuit dans l’une des nombreuses demeures de plantations transformées en B&B.
Parmi nos favorites :
- la gigantesque Nottoway, dont 2 des chambres ouvertes à la visite dans la journée sont louées en privé le soir (mais 17h-9h seulement) !
- Madewood est remarquablement restée hors du temps ; les tarifs incluent apéro, dîner et cognac mais restent très élevés (près de 300 $ la double les fins de semaine).
- Les B&B plus classiques tournent autour de 80-130 $ la double, comme le Old Castillo de Saint-Martinville, aux chambres à l’ancienne et au plancher qui craque.
Une bonne base pour aller saluer Évangéline, l’héroïne acadienne par excellence, symbole dignement statufié du déchirement du Grand Dérangement. Autre adresse cajun de choix : Julia’s Cajun Country B&B, à Houma.
Où manger ?
La cuisine est presque aussi importante pour les Cajuns que la musique — et c’est peu dire !...
Outre l’incontournable Mulate’s, à Breaux Bridge, vous vous délecterez d’écrevisses, de jambalaya, d’alligator, de crabe, d’huîtres et autres espèces du bayou chez Randol’s et Préjean, à la sortie de Lafayette.
En dessert ? Une tarte aux pécanes (noix de pécan). Chez D.I.’s, à Basile (environs d’Eunice) ou au Frog City Café, à Rayne, la capitale du ouaouaron (grenouille), aux murs recouverts de fresques à thèmes batraciens, les cuisses de grenouille s’ajoutent au menu…
Dans la plupart de ces endroits, touristes et locaux se mêlent et se retrouvent presque toujours sur la piste de danse (même les plus timides y ont droit !).
Dans le même genre, mais plus liquide que solide, vous ne regretterez pas l’escale au Angelle’s Whiskey River Landing, près d’Henderson (Atchafalaya). Sinon, pour un simple en-cas en route, demandez un po’boy, un sandwich baguette farci selon l’humeur de crevettes frites, huîtres, écrevisses, poisson-chat, roastbeef ou chorizo. Mais attention, n’oubliez pas que la plupart des plats sont bien relevés !
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Pas de vol direct entre la France et la Louisiane. Les aéroports de La Nouvelle-Orléans, Lafayette et Baton Rouge sont desservis notamment par United et Delta Airlines, via Atlanta (partage de codes avec Air France), Houston, Washington ou Newark.
Où dormir ?
Si vous vous sentez l’âme de Scarlett O’Hara, vous adorerez passer une nuit dans l’une des nombreuses demeures de plantations transformées en B&B.
Parmi nos favorites :
- la gigantesque Nottoway, dont 2 des chambres ouvertes à la visite dans la journée sont louées en privé le soir (mais 17h-9h seulement) !
- Madewood est remarquablement restée hors du temps ; les tarifs incluent apéro, dîner et cognac mais restent très élevés (près de 300 $ la double les fins de semaine).
- Les B&B plus classiques tournent autour de 80-130 $ la double, comme le Old Castillo de Saint-Martinville, aux chambres à l’ancienne et au plancher qui craque.
Une bonne base pour aller saluer Évangéline, l’héroïne acadienne par excellence, symbole dignement statufié du déchirement du Grand Dérangement. Autre adresse cajun de choix : Julia’s Cajun Country B&B, à Houma.
Où manger ?
La cuisine est presque aussi importante pour les Cajuns que la musique — et c’est peu dire !...
Outre l’incontournable Mulate’s, à Breaux Bridge, vous vous délecterez d’écrevisses, de jambalaya, d’alligator, de crabe, d’huîtres et autres espèces du bayou chez Randol’s et Préjean, à la sortie de Lafayette.
En dessert ? Une tarte aux pécanes (noix de pécan). Chez D.I.’s, à Basile (environs d’Eunice) ou au Frog City Café, à Rayne, la capitale du ouaouaron (grenouille), aux murs recouverts de fresques à thèmes batraciens, les cuisses de grenouille s’ajoutent au menu…
Dans la plupart de ces endroits, touristes et locaux se mêlent et se retrouvent presque toujours sur la piste de danse (même les plus timides y ont droit !).
Dans le même genre, mais plus liquide que solide, vous ne regretterez pas l’escale au Angelle’s Whiskey River Landing, près d’Henderson (Atchafalaya). Sinon, pour un simple en-cas en route, demandez un po’boy, un sandwich baguette farci selon l’humeur de crevettes frites, huîtres, écrevisses, poisson-chat, roastbeef ou chorizo. Mais attention, n’oubliez pas que la plupart des plats sont bien relevés !
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