Lombok, la discrète

Olivia Jenlis
par Olivia Jenlis

02 avril 2012

Olivia Jenlis
Croisant au large de Bali, dans le bras de mer de 24 kilomètres de large qui sépare l’île des Dieux de Lombok, une baleine se prélasse. C’est par bateau qu’il faut arriver à Lombok, qui signifie « piment » en javanais. Outre la respiration du cétacé, réservée aux chanceux, on devine au fil de l’eau la découpe du mont Rinjani, l’un des nombreux volcans actifs d’Indonésie, si impérial dans les hauteurs.

À l’ouest, trois îlots se détachent sur le ciel bleu, baptisés les îles Gili. Au loin, on devine les rizières verdoyantes hérissées de palmiers tombant presque dans la mer. Et l’on débarque sur une des plages de sable de l’île, au son du muezzin. Lombok la discrète joue sur son image de « Bali intact », « Bali il y a vingt ans »... Et elle n’a pas tort ! Plongée dans le fleuron de la province de Nusa Tenggara occidental.
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Des plages à conquérir

Olivia Jenlis

La petite route qui mène à Senggigi, la principale ville de la côte nord-ouest de Lombok, fait peau neuve. Finis les nids de poule, les chiens errants à l’approche d’un village : bientôt la superbe côte ourlée de rubans blancs et de plantations de cocotiers se dévoilera sans danger, même en scooter, ménageant des points de vue inoubliables sur les îles Gili.

Cette région, en plein développement touristique, reste néanmoins très préservée. On vient ici pour le calme, le sable blanc - si dur à trouver à Bali -, et le snorkeling. L’eau est toute l’année entre 27 et 30 degrés ! Les hôtels ont beau grignoter les pans encore inoccupés de plage – le Jeeva Klui vient d’ouvrir sur la plage jusque là déserte de Klui, au nord de Senggigi –, aucun d’entre eux ne dépasse le sommet des cocotiers.

Une cinquantaine de kilomètres plus au sud, après avoir emprunté une longue route de montagne et évité les singes farceurs courant sur les bas-côtés, voici Kuta. Rien à voir avec la ville éponyme située au sud de Bali. Ici pas de surfeurs australiens tatoués, ni de touristes rougis par la bière et le soleil. Le petit village – quelques cabanons et paillotes –, s’étire sur une longue plage bordée de rochers imposants. On déguste du poisson grillé en tailleur dans des « warungs » de fortune. Pour combien de temps encore ?

Un projet de mega resort est dans les tuyaux : la maison mère du complexe aseptisé de Nusa Dua à Bali veut construire deux golfs, huit hôtels de luxe, des milliers de villas dans la baie de Kuta. Si les travaux n’ont pas encore commencé, les millions promis par Dubaï tardant à se concrétiser, le nouvel aéroport international situé près de Praya possède déjà sa tour de contrôle…

Pour accéder aux plages situées à l’ouest de Kuta, les plus belles de l’île, il faut à nouveau emprunter une route défoncée. Mawun, Mawi et Selong Blanak forment un trio magique. Un petit air de Ko Phi-Phi en Thaïlande avec leurs rochers karstiques couverts de végétation. En chemin, des chercheurs d’or descendent des collines, le visage triste. La région est très pauvre et les jeunes errent plus qu’ils ne surfent, malgré la proximité du spot mondialement réputé de Bangko-Bangko.

Les Caraïbes de demain ?

Olivia Jenlis

Retour vers le nord-ouest, au port de Bangsal. C’est d’ici que partent les bateaux, locaux ou touristiques, à destination du chapelet des îles Gili. On s’entasse, femmes, hommes, enfants et même quelques poules, au milieu des bidons d’eau remplis. Les Gili, dépourvues de source propre, doivent importer par pipeline ou par bateau de l’eau douce. Trois îlots minuscules apparaissent après vingt minutes de traversée chaotique.

Les îles « Gili », qui signifie « petit », n’ont pas usurpé leur nom. Une heure et demie à vélo suffit pour faire le tour de Gili Trawangan, la plus « grande » des trois îles. Peut-être faut-il compter deux heures si l’on préfère se laisser trimballer dans un « cidomo », ces charrettes traditionnelles tirées par des petits chevaux, seul véhicule autorisé sur l’île.

Selon les saisons, les tortues, raies manta, requins gris de récif viennent croiser dans les eaux chaudes et calmes baignant les trois îles. Un paradis pour les plongeurs, qui affluent depuis une dizaine d’années. Avec dix-huit spots de plongée réputés, le choix est large. Hanns Reef, Shark Point, Manta Point, Simons Reef : les débutants comme les plongeurs avertis trouvent leur bonheur. Il est désormais interdit aux pêcheurs locaux d’approcher les récifs fragiles.

Si Gili Air, la plus petite des trois, reste calme à longueur d’année, Gili Trawangan a acquis une réputation d’île de la fête. En saison, les raves full moon parties se succèdent, les pieds dans le sable, et la bière coule à flots.

Ceux qui préfèreraient mettre le cap vers des paradis plus calmes iront vers d’autres Gili, encore très peu explorées. Au large de la côte sud-ouest de Lombok, douze îles pour la plupart inhabitées sont en train de s’ouvrir au tourisme, tout doucement. Surnommées les « Caraïbes de demain », elles sont facilement accessibles par bateau depuis Lembar. Mais chut… !

Sur les pentes du volcan Rinjani

Olivia Jenlis

À chaque fois que le géant menace de cracher son feu intérieur, des milliers d’habitants préparent des offrandes, quelques menus bagages et grimpent en procession jusqu’au lac de cratère. Là, ils déposent leurs petits paniers remplis de riz et de fleurs colorés et prient les dieux de calmer le volcan.

Le mont Rinjani, deuxième sommet d’Indonésie avec ses 3 726 mètres, est vénéré et redouté. Le sommet servirait de demeure à la déesse Anjani, sacrée pour les Sasak – peuple originaire de Lombok – comme pour les Balinais. Le Rinjani fut créé, selon la légende, lorsque des singes jouant avec la lune la brisèrent en trois morceaux et les laissèrent tomber sur la terre : un morceau devint le mont Merapi à Java, un autre le mont Agung à Bali et le dernier le mont Rinjani à Lombok. Le dernier réveil de ce volcan actif, situé en plein sur la célèbre « ceinture de feu », remonte à mai 2010.

L’exploration des pentes du Rinjani reste l’un des treks les plus difficiles d’Asie du Sud-Est. Il faut bien compter trois jours pour partir à l’assaut du volcan, idéalement d’avril à novembre. Au départ du village de Senaru, le chemin grimpe à travers la jungle, truffée de macaques à longue queue, les « keras ». Des fleurs de frangipanier, du jasmin, l’ylang-ylang poussent au soleil. Si on brûle ces fleurs réputées magiques un jeudi soir sous un banyan, elles ont un effet très puissant sur l’âme.

On atteint d’abord le bord de l’immense caldeira, d’où la vue est superbe. En contrebas, une baignade dans les eaux profondes du lac de cratère puis dans les sources d’eau chaude permet de se revigorer avant d’attaquer le plus dur : l’ascension vers le sommet. Là-haut, au petit matin, la récompense est à la hauteur des efforts consentis tant le panorama sur Lombok, Bali et au-delà est spectaculaire.

Ceux qui voudraient simplement découvrir la région pourront se baigner dans la « cascade secrète », Tumpasan Senaru, accessible en une heure et demie de marche depuis Senaru. Autre option, même temps de marche, la cascade de Tiu Kelep. Selon la croyance populaire, à chaque fois que l’on passe derrière la chute d’eau, on rajeunit d’un an ! Au retour, il suffit de suivre le canal d’irrigation, véritable artère de vie, pour trouver son chemin jusqu’au village, avec l’aide bienveillante des femmes travaillant dans les rizières.

Des artistes qui s'ignorent

Olivia Jenlis
Si l’artisanat de Lombok n’est pas aussi riche qu’à Bali, il réserve tout de même quelques surprises. Les objets fabriqués le sont davantage dans un but pratique que purement décoratif. Labuapi est réputée pour ses sculptures sur bois, Banyumulek pour ses poteries, Sukarara pour ses sarongs, Pringgasela pour son ikat. À chaque village sa spécialité !

Partout, les artisans seront ravis de travailler devant vous, de vous montrer leur savoir-faire ancestral. L’ikat, une technique de teinture très savante, consiste à teindre d’abord le fil avec une précision millimétrée – par exemple, rouge puis jaune puis noir puis un long espace de blanc puis rouge à nouveau, selon des formes géométriques déterminées à l’avance. Ensuite seulement, il est tissé. Certains sarongs, tenue traditionnelle colorée portée tant par les hommes que par les femmes, ainsi fabriqués peuvent nécessiter des mois de travail !

Quant aux poteries, réalisées essentiellement par les femmes selon une méthode transmise de mère en fille depuis des centaines d’années, elles sont désormais exportées dans le monde entier. Les pots de fleurs, bols, plats, vases, bocaux, plateaux de fruits en argile rouge sont réalisés manuellement, puis cuits au four traditionnel. De quoi ramener quelques jolis souvenirs à Paris, à des tarifs plus intéressants que ceux pratiqués à Bali !

La vie rurale en pays Sasak

Olivia Jenlis

À la sortie de l’école, des grappes de jeunes filles en uniforme marron et un voile immaculé noué autour de la tête sautent à quatre sur un même scooter. Les Sasak, qui représentent 85 % des trois millions d’habitants de Lombok, pratiquent un islam modéré. À l’origine, ce sont des agriculteurs animistes, fidèles au culte des ancêtres, venus de Birmanie et d’Inde. Une minorité d’entre eux pratique encore le « waktu telu », un mélange d’islam et d’animisme propre à Lombok mais non reconnu par les autorités indonésiennes.

À l’intérieur des terres, vers Tetebatu et Kotaraja comme plus au sud, à Sade et Rembitan, les villages ont conservé leurs maisons traditionnelles, appelées « Bale Tani » (littéralement, la maison du fermier). À Rembitan, les 145 habitants n’ont l’électricité que depuis cinq ans. Dehors, une vieille dame prend son bain dans un grand seau sous le regard de petites filles amusées.

Si l’on pousse une petite porte de bambou coulissante, on entre, courbé en deux, dans une pièce sombre, dépourvue de fenêtres. Le toit de la maison est à base d’herbe alang-alang, et le sol, de bouse récupérée dans l’enclos voisin des vaches, puis séchée.
Quand il pleut, l’odeur est difficilement soutenable pour des narines non habituées, précise un des jeunes du village.

Seuls les nouveaux mariés peuvent dormir ensemble. Sinon, la femme et les enfants dorment à l’intérieur, sur des paillasses dépliées à la nuit tombée, et le mari passe la nuit dehors. À l’entrée du village trône le grenier à riz, appelé « lumbung ». Bientôt, il ne contiendra plus assez de grains pour nourrir toutes les bouches. Le sud du pays sasak étant très sec et l’irrigation inexistante, une seule récolte de riz est possible par an.

Le peuple de Lombok possède des cérémonies particulières, comme le festival de Bau Nyale (« attraper les vers marins »). Le dixième mois du calendrier sasak, un soir de pleine lune, environ six mille personnes se dirigent sur la plage de Seger, à l’est de Kuta, pour voir et attraper des milliers de vers marins venus pondre leurs œufs sur la plage. Un spectacle étonnant ! Autre particularité culturelle propre à l’est de l’île : les combats de canne, qui voient s’affronter, en août, des hommes torse nu, armés de bâtons en bois et de boucliers. Comme au temps des chevaliers...

Fiche pratique

Olivia Jenlis

Pour préparer votre séjour, consultez nos fiches Indonésie et Bali.

Comment y aller ?

En avion

Quand le nouvel aéroport international sera achevé, mi 2011, des vols directs reliront la France à Lombok. En attendant, Garuda Airlines assure un vol quotidien au départ de Bali (25 min) et trois vols quotidiens au départ de Jakarta (2 h).
Silk Air (filiale régionale de Singapore Airlines) assure trois vols par semaine au départ de Singapour. Durée du vol : 2 h 30.

En bateau

Les bateaux Gili Cat assurent une liaison quotidienne (deux en haute saison) entre Padangbai (est de Bali) et Bangsal (nord-ouest de Lombok) puis Gili Trawangan. 1 h 15 de traversée pour Lombok. Rajouter 15 minutes pour atteindre Gili.

Climat

Lombok est accessible toute l’année, la saison des pluies de janvier à avril étant moins contraignante qu’à Bali. Soleil garanti ! Surtout dans le Sud, bien plus au sec.

Où loger ?

À Kuta Lombok
Tastura Hotel : sur la route principale. Le meilleur petit hôtel du centre. Vingt-cinq chambres proprettes réparties dans un grand jardin avec fontaine, et même une jolie piscine ! Compter 30 € la nuit avec petit déjeuner.

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Où manger ?

À Senggigi

Warung Coco Beach, sur la plage de Kerandangan (à 5 kilomètres au nord de Senggigi) : plus qu’un warung, un petit café convivial où passer la journée installé dans des « bale » aux rideaux blancs ouverts au vent de la mer, sur des coussins moelleux.

Gravir le mont Rinjani

Rinjani Trekking Center organise des excursions en 2J/1N ou 3J/2N. Départ à 5h du matin, depuis votre hôtel à Senggigi. Compter 1 500 000 Rps (125 €) incluant le guide, les repas, l’entrée du parc national, etc.
www.gunungrinjani.com

Plonger aux Gili

Manta Dive, Big Bubble, Blue Marlin vous emmènent plonger pour 38 US$ ou passer le PADI pour 350 US$. Ceux qui préfèrent se contenter de faire du snorkelling peuvent louer palmes, masque et tuba pour 40 000 Rps (3,50 €) la journée.

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