Les mystères de Paris

30 décembre 2015

Recoins obscurs, passages secrets, île disparue, statues inspirées, métro fantôme, formules ésotériques, lieux maudits et énigmes...
Bien des mystères de Paris demeurent sans réponse, les enquêtes ne sont pas classées, qui va les déchiffrer ? Peut-être vous, qui sait ? Il suffit d’y croire.
En attendant, suivez-nous sur le bitume d’un Paname méconnu et secret, sur les traces de quelques-unes des multiples énigmes de Paris.



L’île Maquerelle (7e – 8e arr.)

Qu’est devenue l’île Maquerelle ?
Des ombres s’agitent sous les arbres… Il y a bien longtemps, l’île Maquerelle était le lieu des duels interdits. Les bretteurs y réglaient quelque mauvaise querelle, d’où le mot maquerelle, pour « mal querelle », est sans doute issu.
Pas moins de 10 000 gentilhommes trouvèrent la mort à la fin du 16e siècle sur cette île de la Seine, au large du Quai Branly….
Les vaches du Moyen Âge y paissaient en toute tranquillité, moyennant une redevance à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, propriétaire du terrain. Puis l’île devint cimetière. À la suite des massacres de la Saint-Barthélémy, quelque 1 200 victimes y furent enterrées, de nos jours disparues au fond des eaux.
Le 17e siècle l’embellit d’un pavillon destiné au « garde-cygnes ». Ce dernier était chargé de récupérer ces oiseaux migrant sur la Seine et de les mettre à l’abri en hiver pour l’ornementation des résidences de la cour.
L’île Maquerelle prit alors le nom de l’Île aux Cygnes, à ne pas confondre avec l’actuelle île artificielle des Cygnes et son allée situées au pont de Grenelle…
Puis Louis XV la vendit à la Ville de Paris. Elle servit d’entrepôt pour le bois de chauffage et de fabrique à huile de suif pour l’éclairage public. Des expériences sur la mécanique à vapeur accompagneront les derniers moments de cette île dont les rives seront comblées en 1812.
L’île Maquerelle a été ainsi engloutie sous les eaux, entre le pont d’Iéna et la tour Eiffel, entraînant dans le fleuve les fantômes du passé….
Mais où exactement ?
Le diable de Saint-Merri (4e arr.)

Une statue pas très catholique
Levez la tête devant la façade rénovée de l’église Saint-Merri, au 76, rue de la Verrerie (4e arr.) .
Au sommet du tympan se détache un petit démon cornu de 30 cm de haut, aux seins de femme et au sexe d’homme. Sculpté au 19e siècle, il représenterait le Baphomet, figure culte des Templiers.
Laid, barbu, cornu, avec une tête de bouc et des ailes de chauve-souris, ce diablotin a tout pour intriguer. Mais le mot hébreu Baphomet pourrait aussi bien signifier Sophia, sagesse… D’après certains historiens, il peut également être le souverain des alchimistes. Rien d’étonnant dans ce quartier dédié au prince de la pierre philosophale, Nicolas Flamel et à sa Dame Pernelle, comme en témoignent les noms des rues adjacentes.
La mystérieuse figure du Baphomet a été reprise dans les séries du Necromom de H.R. Giger, et dans divers romans (dont Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco), mangas et jeux vidéos.
L’intérieur de l’église Saint-Merri, qui date du milieu du 16e s., abrite un splendide buffet d’orgues, les magnifiques vitraux ainsi que la crypte et les tableaux de Coypel, Vouët, Van Loo et Chassériau. Mais c'est un petit diable qui vous accueille à l'entrée...
Le Soldat inconnu de l’Arc de Triomphe (8e arr.)

D'où vient le Soldat inconnu ?
La flamme du Soldat inconnu sous l’Arc deTriomphe brûle jour et nuit.
Il s’agit d’un soldat français non identifié, mort lors de la bataille de Verdun durant la Première Guerre mondiale (1914-1918).
1920. Chaque commandant des huit secteurs militaires autour de Verdun reçoit l’ordre de « faire exhumer, dans un endroit qui restera secret, le corps d’un militaire dont l’identité française est certaine mais dont l’identité personnelle n’a pu être établie ».
Le 8 septembre, huit cercueils, sélectionnés et recouverts du drapeau tricolore, sont alignés ainsi sur deux rangées dans la chapelle ardente de la citadelle souterraine de Verdun.
Désigné d’office, le soldat Augustin Thin du 132e régiment d’infanterie va se trouver chargé d’une mission des plus singulières.
Se présentant devant André Maginot, ministre des Pensions, qui a donné son nom à la célèbre ligne défensive Maginot, Augustin est impressionné.
Le ministre lui offre un bouquet de fleurs en disant : « Celui que vous choisirez sera le Soldat inconnu que le peuple de France accompagnera demain sous l’Arc de Triomphe ! »
Résolu, Augustin additionne tout simplement les chiffres de son régiment 1+2+3 et dépose les fleurs sur… le 6° cercueil.
Le cercueil ainsi désigné est transporté à la gare sur le fût d’un canon de 75. Le 11 novembre 1920, la dépouille est placée sous l’Arc de Triomphe, pour y être définitivement inhumée en 1921.
Le Soldat inconnu restera inconnu.
Le métro fantôme

Une station déserte, plongée dans l’ombre, défile devant la fenêtre… Un frisson vous saisit, est-ce une hallucination ? Il y a plusieurs stations fantômes sur les lignes du métro parisien...
Certaines ont été fermées définitivement par économie lors de la déclaration de guerre en 1939, tels Arsenal (ligne 5) et Champ-de-Mars (ligne 8). La plupart ont rouvert pour servir de cadre à des manifestations.
Ainsi, en 2009, la styliste Sonia Rykiel investit les quais de Saint-Martin (ligne 9) et Croix-Rouge (ligne 10) pour sa nouvelle collection.
Villiers (ligne 3) Gare du Nord USFRT (ligne 5) sont recyclées en centres de formation pour les conducteurs de la RATP.
Les stations d’origine Victor-Hugo (ligne 2) et Martin Nadaud à Gambetta (ligne 3), cachées derrière des grilles, prolongent les stations actuelles.
La station Cluny (ligne 10), fermée depuis 50 ans, est aménagée en correspondance avec le RER B, et rebaptisée Cluny-La Sorbonne.
Porte Molitor-Murat (ligne 9 et 10), construite pour les soirs de match au Parc des Princes, ne sera jamais ouverte. Elle est utilisée en voie de garage.
Porte des Lilas-Cinéma (ligne 3 bis et 7 bis) offre ses décors pour des tournages de films, tels Amélie Poulain, ou Paris, je t’aime.
Quant à la mélancolique station Haxo (ligne 3 et 7), elle n’a jamais vu passer un seul voyageur.
Pourquoi ne pas leur redonner vie, comme à Londres, sous forme de piscines, restaurants ou boîtes de nuit ?
Le torticolis du crocodile de la rue Cuvier (5e arr.)

Une atanomie bien particulière...
À l’angle de la rue Linné et de la rue Cuvier, aux portes du Jardin des Plantes, la fontaine Georges Cuvier (1769-1832) rend hommage à l’un des plus grands savants français de l’anatomie comparée et de la paléontologie.
Sans doute ce zoologue franc-comtois renommé s’étonnerait-il en admirant le groupe en bronze réalisé en 1840 par J. J. Feuchère et l’architecte Vigoureux pour sa fontaine.
Une jeune femme dénudée, allégorie de l’Histoire naturelle, est assise sur le flanc d’un noble lion. Elle présente sur une tablette la devise du savant Rerum cognoscere causas, « Connaître les causes des choses ».
Ses pieds reposent sur un foisonnement d’animaux exotiques, de loutres et de phoques, dont un étrange crocodile, sculpté par P. Pomateau. Manque de pot, l’artiste n’avait pas dû observer les animaux ! Car le crocodile tourne la tête sur un angle à 90 degrés à gauche, gueule dentée grande ouverte.
Une position impossible comme lui aurait fait observer Cuvier… Le sculpteur avait-il simplement visité la ménagerie du Jardin des Plantes ?
Le vrai-faux chien de Marie-Antoinette (Paris, 7e arr.)

Mais où est passé Coco ?
C'est l'une des multples histoires méconnues du Paris révolutionnaire. Le petit loulou-papillon préféré de Marie-Antoinette s’appelait Coco. Lors de son arrestation, Marie-Antoinette confia – paraît-il – son bichon à Madame de Tourzel, gouvernante des enfants royaux.
Le canidé royal n'est pas totalement tombé dans l'oubli. À l’Hôtel de Seignelay, 80 rue de Lille (7e arr.), une petite plaque tombale en marbre blanc, cachée dans la pelouse, porte une épitaphe de 20 cm de côté : Ici, à l’ombre d’un palmier, a été enterré Coco, chien de Sa Majesté la reine Marie-Antoinette qui l’avait confié lors de son arrestation à Madame de Tourzel, gouvernante des Enfants de France . La dalle est une copie, l’original est dans un coffre-fort.
Toutefois, les mémoires écrites de Madame de Tourzel ne font pas état du chien Coco…
Mais alors, qui est ce Coco ? S’agit-il du chien du Dauphin dont Madame Royale, sa sœur, hérita après sa mort ?
Madame Royale a évoqué Coco dans ses écrits. Elle avait 17 ans en 1795 lorsque, dernière survivante de la famille Bourbon, elle fut exilée en Autriche. La petite Histoire raconte qu’elle revint à Paris en 1814, avec le fameux chien… Mais le brave Coco aurait eu alors, de manière improbable, plus de 20 ans.
Cela n'a pas empêché la propagande royaliste, toujours prompte à faire pleurer sur les horreurs de la Révolution, de s'emparer de l’image de Coco, dernier compagnon du jeune roi Louis XVII et de son auguste sœur dans la tour du Temple, déformant la vérité historique.
Alors, y-a-t-il vraiment un chien enterré dans ce jardin ?
La statue de la Liberté (15e arr.)

La Liberté a-t-elle un vraiment un visage ?
L’alsacien Frédéric Auguste Bartholdi (1834-1904), est le sculpteur de la statue de La Liberté « éclairant le Monde » à l’entrée du port de New York depuis 1886. Cette géante en feuilles de cuivre repoussé, haute de de 46 m, classée au patrimoine de l’Unesco, reçoit 5 millions de visiteurs par an.
D’autres répliques non moins célèbres se retrouvent à Paris sur l’île aux Cygnes du pont de Grenelle (11,5 m de haut), aux musées d’Orsay et des Arts et Métiers, ainsi que dans d’autres communes de France et du monde entier.
Des événements sans précédents furent organisés pour trouver les fonds nécessaires à sa construction. À Paris, l’Exposition universelle de 1878 proposait aux visiteurs de pénétrer dans la tête de La Liberté par un escalier haut de 43 m. Une réplique de la flamme de la statue new-yorkaise orna le pont de l’Alma en 1989. Depuis 1997, elle sert de commémoration à l’accident mortel de la princesse Diana.
Mais quelle femme, aux « traits classiques, graves et calmes » décrite dans le brevet intial, servit de modèle à tant de ferveur ? La veuve du milliardaire de la mode Isaac Singer qui avait contribué à son financement ? Charlotte, la mère de Bartholdi ? Un modèle de Pigalle ? Sarah, la fiancée de son ami intime ? Ou bien la statue du mémorial de Niccolini dans la Basilique Santa Croce de Florence ?
Le mystère reste entier.
La tête de Saint Denis (9e et 18e arr.)

Où Saint Denis a-t-il perdu la tête ?
Vers l’an 250, le préfet romain de Lutèce condamna trois jeunes chrétiens venus évangéliser les Gaules : le diacre Rustique, le prêtre Éleuthère et l’évêque Denis.
Enchaînés, ils montèrent péniblement le long d’une sente, baptisée rue des Martyrs de nos jours. L’éxécution eut lieu à mi-pente, non loin de l’actuelle place des Abbesses où ils furent décapités.
Denis se relève alors, prend sa tête sous le bras et la nettoie à l’eau d’une fontaine de la butte. Il continue à marcher vers le nord, encouragé par le chant des anges célestes. Épuisé – on le serait à moins – Denis donne sa tête à une romaine pieuse nommée Catulla, puis s’écroule.
À cet endroit précis, Catulliacus, une église fut édifiée en son honneur. Elle deviendra la basilique de Saint-Denis. Les détails de cette décollation ornent le tympan du portail nord de Saint-Denis et le portail de la Vierge de Notre-Dame-de-Paris.
Quant à la fontaine de la butte Montmartre, ou mont des Martyrs, qui servit à laver sa tête, elle coule toujours square Suzanne-Buisson, sous une impressionnante statue de Denis présentant sa tête dans ses mains. Or, il lui restait encore 6 km à marcher… De quoi croire aux miracles !
La pyramide du Louvre (1er arr.)

Le Da Vinci Code dit-il la vérité ?
Parfait rapport d’équilibre géométrique, la forme pyramidale est réputée pourvue de magnétisme. Certains chercheurs n’hésitent pas et vont jusqu’à rapprocher la forme pyramidale du feu secret des alchimistes…
Réalisée par l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei en 1989, la pyramide du Louvre s’accompagne de trois petits pyramidions sur des bassins triangulaires et d’une pyramide inversée éclairant le sous-sol commercial du Carrousel… Il n’en faut pas plus pour invoquer les symboles maçonniques et exciter l’imagination.
Ainsi, les gardes du Louvre surprennent parfois des ombres furtives plaçant des lames, des piles, voire des bouteilles de vin en équilibre sous la pyramide inversée. Ses ondes seraient-elles capables de réaffuter le métal, de recharger l’électricité ou de bonifier les liquides ? Quant à la grande pyramide, les adeptes du Da Vinci Code auraient bien voulu qu’elle ait 666 losanges de verre, chiffre symbolique de la Bête de l’Apocalypse de Saint-Jean…
Eh bien, non ! Tout cela relève du fantasme.
La pyramide du Louvre comporte 673 panneaux de verre faits pour refléter le ciel de Paris et éclairer le sous-sol du musée, comme le souhaitait simplement l’architecte. Enfin, sa forme géométrique, légèrement aplatie, n’a pas tout à fait celle du polyèdre parfait. Eh oui, cher Dan Brown, le diable se niche parfois (ou pas) dans les détails !
L’enfer des catacombes

Les catacombes sont-elles maudites ?
« Je fais des cercles, des fulminations, des invocations… six hommes que je tiens dans cette caverne, jettent des flammes de poix résine… Je fais voir à mon curieux un grand bouc chargé de chaînes de fer peintes en vermillon… il y a de gros mâtins qui, à mesure que ces hommes les piquents, hurlent tant qu’ils peuvent... et il en sort un bruit si épouvantable que les cheveux m’en dressent d’horreur… »
Ainsi s’exprimait César, le montreur de diable qui abusa des crédules dans les Catacombes au 17e siècle. Emprisonné, il mourut en 1615 au fin fond d’un cachot de la Bastille.
Paris est construit sur des carrières, bien tentantes pour le mystère, d'autant plus que seule une petite partie d'entre elles est ouverte à la visite. Ces salles souterraines, petites ou grandes, possèdent toutes leur histoire : bicyclettes rouillées pour alimenter l’électricté en temps de guerre, fenêtres aveugles des cellules des fous sous l’hôpital Sainte-Anne, carrières de gypse, seules les Catacombes de la place Denfert-Rochereau sont ouvertes au public.
Il paraît que les carriers de 1777 y auraient vu un homme vert et sautillant, portant cornes et pieds de bouc… Aujourd’hui encore, les rumeurs bruissent autour du Paris souterrain, où se dérouleraient des messes noires, des rencontres de malfrats ou autres illuminés extrémistes.
Une chose est certaine : c'est aux catacombes et aux carrières que l'on doit les champignons "de Paris". Depuis Louis XIV, les champignons prospéraient dans les carrières et les catacombes de Paname. Avec la création du métro, ils devinrent indésirables à cause de la moisissure et l'on continua leur culture en province, du côté de Saumur, et ailleurs en Europe.
Arrête ! c’est ici l’Empire de la Mort, est-il inscrit à l’entrée des Catacombes. Attention aux rencontres…
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