La Guadeloupe, les sens en éveil

<a href=/membre/1434 target=blank>Guilhèm Thouy</a>
La chaleur vous saisit dès la sortie de l’aéroport. Le thermomètre affichait des températures bien plus fraîches au départ de métropole - un mot qu’on ne cesse de répéter, comme un repère, mais qu’on apprend vite à … oublier ! On se dévêt, on retire une couche de vêtements, deux couches, trois couches. On s’imprègne de cette torpeur qui marque l’île et ses sœurs d’âme.

Un premier ti-punch avec modération pour prendre le pouls de cette terre d’outre-mer. Et c’est le départ pour un petit tour de Guadeloupe, entre Grande-Terre et Basse-Terre. Dans cette île de poètes, les sites de randonnée, les fonds sous-marins, les plantations de café, de bananes et de sucre, mais aussi le rhum, offrent mille et une possibilités de sorties, en famille (les enfants adorent jouer dans le sable blanc des plages guadeloupéennes) ou entre amis (les amis adorent parfaire - avec modération toujours ! - leur connaissance du rhum guadeloupéen). Dur de faire un choix… Alors, laissons-nous aller…
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La Pointe des châteaux et la côte sud de Grande-Terre

<a href=/membre/2845 target=_blank>Ludo Rido</a>
Saint-François, l’une des villes balnéaires principales de Grande-Terre, est très séduisante avec son port de pêche, son petit bistrot où l’on prend le premier (ou le dernier) ti kafé ou son golf. Le soir, on trouve de l’animation du côté de la marina et, le mardi, dans les allées de son tout nouveau marché nocturne. La Pointe des châteaux, balayée par les vents, est l’une des attractions dans les parages. Un très bel hôtel jouxte l’endroit. Toute cette côte, que dis-je, cette péninsule évoque les paysages bretons. La roche est déchirée, la mer s’y infiltre et l’on peut s’approcher au plus près des embruns. Sur les hauteurs, un bernard-l’hermite s’adonne sur le bitume brûlant à une danse de Saint-Guy. Mais que fait-il donc là ?

Puis Notre-Dame-de-la-Baie s’annonce. Une Vierge noircie est posée là, à même le sol, près de la chapelle qui l’honore. Les lieux sont imprégnés d’une odeur de cire brûlée. On lit les messages adressés à la Vierge, des souhaits de guérison, d’amour, d’espoir, de paix. Sur la route, une femme, vêtue de noir, se rend au cimetière. Les tombes sont de véritables demeures, couvertes de céramiques. Parfois, on croise un groupe d’hommes, assis face à l’une des entrées, jouant aux dominos. À la radio, le midi, le soir, à l’heure du repas, les avis nécrologiques égrènent le nom des défunts et de leurs proches. Memento mori. Une autre femme, qu’on laisse traverser nous adresse un « Dieu te le rendra, qu’il te bénisse ».

À Sainte-Anne, le marché recèle toutes les merveilles de l’île, du sirop de canne aux planteurs et autres rhums arrangés. La vendeuse nous donne sa recette : « C’est simple, pour un rhum à la vanille, tu mets tes gousses à l’intérieur et t’attends, tu verras, c’est un délice ». Tutoiement de rigueur ! Au début, cela surprend, mais on s’y fait vite. Sur la plage de Sainte-Anne, des pélicans semblent nous attendre. Enfin presque. Du moins nous observent-ils depuis la petite barque où ils se sont posés. Leurs gosiers (qui ont donné leur nom à la ville branchée des faubourgs de Pointe-à-Pitre) aident d’ailleurs les pêcheurs dans leur travail. Les amateurs de fruits de mer apprécieront les « menus langouste » aux tarifs avantageux, mais pas donnés tout de même. On s’y essaie Chez Anne, sur la plage, à la sortie de la ville en direction de la capitale. Accras de morue, langouste entière croquante et tendre à la fois, banane flambée pour… 25 €. Qui dit mieux ? Un petit bonheur, à savourer dans cette paillote en bois, les pieds dans le sable.

Saint-John Perse à Pointe-à-Pitre

<a href=/membre/3279 target=blank>Eric Boissières</a>
Samedi matin, le cœur de la ville bat. Les boutiques sont toutes ouvertes, des bateaux de croisière accostent. Coup de cœur pour le centre de Pointe-à-Pitre, la place de l’hôtel de ville et le charme de ses immeubles colorés. Saint-John Perse, l’un des enfants de l’île, vécut à Pointe-à-Pitre. Né en 1887 en Guadeloupe, il exercera ses fonctions de diplomate au Quai d’Orsay, à Paris, dans l’ombre d’Aristide Briand. Il recevra le Prix Nobel de Littérature en 1960. L’île de la Guadeloupe garde les traces de son passage, notamment dans la maison-musée de son enfance, dans la capitale de l’île, au no 54 de la rue Achille-René-Boisneuf, face à la médiathèque. Il ne reste plus que quelques traces de la belle maison créole d’autrefois. Saint-John Perse vécut là jusqu’à la fin de sa douzième année.

Les inconditionnels préfèreront peut-être aller à Saint-Claude découvrir La Joséphine, une autre maison de vacances de la famille, qui reste aujourd’hui une demeure privée. L’inspiration vous gagnera t-elle davantage dans l’autre demeure où vécut l’artiste, Bois-Debout près de Capesterre-Belle-Eau, dans une bananeraie, proche de cette allée majestueuse de palmiers, plantée par un aïeul du poète ? Peut-être est-ce en souvenir de ces lieux que Perse écrivit dans Chanson : « Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre, appuyé du menton à la dernière étoile, il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir ». En tout cas, Perse continue d’inspirer ses congénères, tant les places et rues qui lui sont dédiées pullulent à travers toute l’île.

Sainte-Rose et Deshaies, le nord du bas !

<a href=/membre/3398 target=blank>Sébastien Blon</a>
Direction la Basse-Terre, plus précisément au nord. Première étape, la distillerie du Domaine Séverin, un endroit qui cultive l’art de la canne mais aussi les ouassous. Les ouassous, ce sont des espèces de crevettes-langoustines, bien généreuses. En Guadeloupe, on les déguste flambées au rhum vieux. Entre autres modes de cuisson et de préparation ! Anecdote amusante, tirée du guide et entendue au cours de mes visites : « ouassou » est la déformation phonétique de « roi des sources ». Le ouassou naît dans des eaux de source et doit en 24 heures rejoindre l’eau de mer, sous peine de mourir. Terrible destin. Le Domaine Séverin propose quelques chambres dans l’habitation, toutes en bois, où l’on lézarderait bien des heures. Du charme à revendre. Le Domaine vend aussi des produits créoles bien épicés. Idéal pour frimer au retour en cuisinant quelques plats.

Sainte-Rose invite à de belles escapades maritimes, comme le Cul-de-sac marin, classé à l’Unesco. De quoi jouer les Robinsons entre deux îles, dans la mangrove, sur un bateau ou en canoë. Au petit matin, les expéditions partent à l’assaut de ces îlets classés. La classe ! Au large, j’aperçois la Tête aux Anglais, un rocher bizarre. Ce rocher aurait servi d’entraînement à l’artillerie française pour les exercices militaires français parce qu’il ressemblait à un casque… d’anglais ! J’avoue que je ne vois pas trop la ressemblance. De superbes chambres d’hôtes dans les parages, surtout à Deshaies. Je goûte aux maracudjas, mieux connus sous le nom de fruits de la passion. L’idée du paradis sur mon palais entre quelques grains sucrés.

Les panneaux se succèdent le long des routes : voici le jardin botanique de Deshaies, connu pour avoir été le lieu de villégiature de Coluche lorsqu’il venait sur l’île. Pendant la visite, entre deux perroquets et un talipot (un palmier géant qui meurt après son unique floraison, tous les 50 ans !), on découvre la fameuse villa, au toit rouge. Vue sublime — même si cet adjectif est galvaudé au bout de quelques jours de séjour, il n’en reste pas moins qu’il reflète bien la réalité !

À Pointe-Noire, je craque pour la Caféière Beauséjour, et l’accueil de sa délicieuse propriétaire. Attention, le chemin monte dru, et c’est peu dire ! Hardi petit ! Au sommet, le vent s’engouffre dans le restaurant, dans les chambres de l’habitation qui dominent les monts plantés de caféiers. L’odeur m’enivre, un peu âcre. Je rêverais d’assister à l’un des concerts de musique classique proposé lors du festival annuel. Une tasse à la main, je demande, curieux, « Et George Clooney, il est déjà venu ici ? ». Pour sûr qu’il adorerait l’endroit, si calme, si apaisant…

Dans la marmite de Bouillante

<a href=/membre/1734 target=blank><b><i>Claude Stoller</i></b></a>
Avant d’atteindre Bouillante, la plage de Malendure. Nombreux sont les amateurs de fonds marins qui viennent ici découvrir les îlets Pigeon. L’autre petit nom de l’endroit : la réserve Cousteau. C’est ici que le fameux marin a tourné quelques scènes du Monde du Silence. Un buste honore sa mémoire à 12 mètres de profondeur, sous l’eau. D’autres préfèrent prendre la route de la Traversée, la bien nommée. Elle « traverse » en effet Basse-Terre de part en part. On peut faire des balades, des promenades, des randonnées — dont une, celle de la Cascade aux Écrevisses, qui est entièrement aménagée pour l'accès des personnes à mobilité réduite et des malvoyants (panneaux en braille, fil d'Ariane) — et même des parcours sportifs. Certaines attractions permettent aussi de partir sur la canopée des forêts embrumées. À la question « Ça fait peur ? », j’entends le roulis d’un homme tracté le long d’un câble qui hurle ! On me rassure : c’est haut, mais c’est bon pour l’adrénaline. Un léger voile nimbe toute la route. Impressions étranges entre brouillards et percées ensoleillées. De nuit, un petit sentiment angoissant nous étreint. Faites qu’on ne tombe pas en panne ! Les stations-essence sont bien présentes à travers toute l’île.

À Bouillante, quelques bons souvenirs gustatifs. Souvent les cartes des restaurants annoncent de la cuisine créole évolutive : imbrications des héritages et des influences. C’est bon, très bon même. J’en salive encore. Stop dans le village de Vieux-Habitants où règne une ambiance sympathique et bon enfant. Voici la plus ancienne commune de l’île, fondée en 1636, d’où le nom. Sur la plage de Simaho, sous le vieux tamarinier, des gargotes où il fait bon contempler la mer. Une charmante dame vend quelques racines sous un arbre, à l’ombre. Le temps passe, paisiblement. Allez, hop, c’est parti pour la Soufrière, le célèbre volcan, terre de jeu des randonneurs. Les plus courageux se renseignent auprès du Parc national de Guadeloupe et du Bureau des Randonnées pédestres.

Capesterre-Belle-Eau, terre des origines

<a href=/membre/3530 target=blank>Romain Massola</a>
À Trois-Rivières, ne pas manquer le Musée de la banane tenu par la délicieuse Nancy. Elle vous explique l’histoire de ce fruit qu’on appelait autrefois la pomme de paradis, avec un talent de conteuse hors pair. On apprend tout sur les bananes femelles, le régime le plus haut, celui qu’on consomme, qui est caché dans les sachets bleus, prêts à partir pour la métropole. Et il y a la « popote », cette jolie fleur violacée où se cachent les plants mâles. Nancy nous montre aussi ses créations « chapeautées », à base de feuilles de bananier, qui ravissent les visiteurs. Rares sont ceux qui ne craquent pas pour ses chapeaux originaux ! Bravo Nancy, tes créations sont superbes.

Christophe Colomb a mis le pied pour la première fois en Guadeloupe le 4 novembre 1493 tout près de Capesterre-Belle-Eau. Rien n’indique véritablement l’endroit, si ce n’est un restaurant tenu par Julien, rasta-poète au grand cœur et bon cuisinier. Au bout de l’impasse, son resto gît sous les cocotiers. Petit jardin, hamac, et l’occasion peut-être de goûter de la christophine, tubercule proche de la pomme de terre, ainsi nommée en hommage à… Christophe Colomb. Les amateurs de rhum ne feront pas l’impasse sur la distillerie Longueteau. Visite gratuite ! C’est suffisamment rare pour l’indiquer. Belle demeure, près d’un petit lac, au milieu des champs de canne. À la boutique, on regarde, impressionné, les étiquettes des concours gagnés par la maison. On goûte un petit rhum arrangé au maracudja — décidément ! Une merveille. Toujours avec modération… La boucle est presque bouclée. On revient doucement vers Pointe-à-Pitre. On pourra partir tôt le matin vers Marie-Galante… Quelques notes de Laurent Voulzy nous trottent déjà en tête.

Marie-Galante, yes we « canne »

<a href=/membre/2843 target=blank>Catherine Lechat</a>
On arrive sur l’île de Marie-Galante de deux manières, soit par la mer, en 45 minutes de bateau rapide. Et ça secoue pas mal ! Soit par les airs, en 15 minutes : plus agréable, très beau, mais plus cher aussi (vols Air Caraïbes Express). La plus grande ville est Grand-Bourg, avec son marché du samedi, assez animé, ses petites ruelles qui s’emplissent et l’animation sur le port. Les terrasses près de l’hôtel de ville sont très vite prises d’assaut et on trouve pas mal de gargotes sur le front de mer. L’une des plages les plus sublimes, — « la » plage carte postale —, est celle de la Feuillère avec ses palmiers qui se reflètent dans le bleu translucide de la mer. Croyez-le ou non, l’eau est VRAIMENT translucide. Je ne me lasse pas d’admirer les panneaux : « Attention chute de noix de coco », avant de boire un jus de fruits frais les pieds dans le sable à la Datcha, le bistrot de la plage. Les yeux dans le bleu. Les palmiers nonchalamment penchés vers leur reflet. Et là, on se dit, que… non, on ne dit plus rien ! On se laisse aller.

Les côtes se suivent et ne se ressemblent pas : j’ai un petit faible pour Anse Canot, un peu secrète, abritée par les arbres. Les points de vue nous incitent à nous arrêter à tous les virages… À l’intérieur des terres, des champs de canne à sucre, quelques vestiges de moulin, l’un des plus beaux restant sans doute le moulin de Bhézard. Le soleil écrase les rues de Saint-Louis aux murs blancs. L’après-midi, casquette et produits solaires de rigueur. Le soir, le ti-punch obligatoire ou presque, à consommer avec modération toujours (on atteint quand même les… 59° pour certaines productions !). Reste à choisir son camp côté distillerie, et là, que du bon ! Les visites ont lieu la plupart le matin.

J’avoue une préférence pour la distillerie du Père Labat, ne serait-ce que pour son histoire. Le Père Labat était un moine dominicain qui vulgarisa l’utilisation de l’alambic dans les Antilles françaises à la fin du XVIIe siècle. Je songe enfin à la « banane galante » goûtée Chez Henri, à Saint-Louis toujours, où le sirop de batterie venait aiguiser mes papilles, face à la mer (encore ! toujours !), les pieds dans le sable (ça devient indécent !). Voici un vrai repaire de skippers et de marins qui rejoignent leur canot ou leur embarcation, le soir, après le repas, une lampe de poche à la main. Magique ! Le sable gratte encore un peu entre les doigts de pied (ou les piqûres de moustiques, au choix !). Demain, déjà, il faut repartir.

Infos pratiques

Consultez notre fiche Guadeloupe

Office de tourisme de la Guadeloupe
www.lesilesdeguadeloupe.com

Parc national de la Guadeloupe
www.guadeloupe-parcnational.com/site.html

Randonnées pédestres : avec le Bureau des guides de randonnées pédestres, cité Brunet. Tél. : 05-90-81-98-28. irene.henrimarie@wanadoo.fr

Le Tapeur, parc aventure en forêt tropicale (label parc national de la Guadeloupe) : face au parking du parc des Mamelles.

Le parc des Mamelles : www.actipages.com/zooguadeloupe
Caféière Beauséjour : www.cafeierebeausejour.com
Maison de la Banane : www.maisondelabanane.com
Rhum Longueteau : www.rhumlongueteau.fr

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