La Crète orientale, une terre de légendes

Eric Milet
par Eric Milet

19 mars 2016

Grèce Crète
© Eric Milet

La Crète est l’île la plus grande et la plus fertile de l’archipel méditerranéen. À un peu plus de 3 h d’avion de la France, ce n’est pas encore l’Afrique, mais plus tout à fait l’Europe. Terre de Minos, d’Icare, de Thésée et du Minotaure, elle fut le théâtre de bien des épopées mythologiques.

Il faut dire qu’en Crète, et plus particulièrement en Crète orientale, la limite entre le réel et la fiction est ténue. Les hippopotames et les éléphants nains, qui peuplaient les lacs au bord desquels vivaient les hommes au paléolithique, côtoyaient des rongeurs géants… Et c’est sans compter les dinosaures qui batifolaient dans la région quelque 100 millions d’années plus tôt. Des os de géants aux grottes habitées par des cyclopes, il n’y a qu’un pas…

Ajoutons à cela des marins naufragés recueillis par une civilisation techniquement plus avancée, des palais labyrinthiques dont on ressort ivre de résiné, des taureaux ensanglantés, des naïades chichement vêtues aux cheveux embaumés de parfum, des décoctions d’herbes qui guérissent tous les maux… Autant de personnages et de faits extraordinaires qui ont inspiré les auteurs de l’Antiquité…

De cette histoire singulière, mêlée à une géologie prise au sens étymologique du terme, à savoir « le discours de la terre », la Crète orientale a gardé les stigmates : des pics, des failles, des grottes et de larges dépressions devenues maraîchères, d’où émergent çà et là les ruines des palais à jamais disparus.

Un vrai pays de randonneurs, en somme...

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D’Héraklion à Knossos : rencontre avec des hommes remarquables

Grèce Crète Knossos
Knossos © Eric Milet

La Crète fut le berceau d’une civilisation à nulle autre pareille : celle des Minoens (attention, ne pas confondre avec les Minions !). Une société très avancée pour l’époque (entre 2700 et 1450 av. J.-C.), qui s’est développée en même temps que celle du Moyen-Empire de l’Égypte pharaonique. Les Minoens, dont on connaît finalement encore peu de choses, devaient régner sur toute la Méditerranée orientale sans se soucier d’une quelconque attaque, car leurs villes n’étaient même pas fortifiées.

Quand on débarque à Héraklion – ville agréable de jour comme de nuit –, la première chose à faire est d’aller visiter le musée archéologique. Une halte indispensable avant d’aller randonner vers les sites de la partie orientale de l’île.

Situé à 5 km d’Héraklion, Knossos, où se trouvait le premier palais royal, est le plus proche et le plus évocateur d’entre eux. Il permet de prendre la mesure de la complexité des constructions minoennes. Leur adéquation avec l’élément terrestre, la richesse des couleurs employées pour les décorer, l’élégance des symboles et la légèreté qui émane de leur composition, témoignent d’une vie en étroite relation avec la nature.

Ce déterminisme géographique est omniprésent en Crète. Il forge l’humain à l’image d’une terre tantôt rêche, faite de ravines et de collines peignées d’oliviers à l’est, tantôt montagneuse et verte, offrant une terre généreuse… comme c’est le cas pour le Lassithi et la plaine de la Messara.

Le Lassithi : le potager des dieux

Grèce Crète Plateau du Lassithi
Plateau du Lassithi © Eric Milet

Le plateau du Lassithi constitue ce que les géologues appellent un poljé. Une cuvette entourée de montagnes rendue fertile par l’apport d’alluvions charriées par l’eau. Au temps des Vénitiens, on y cultivait la céréale, aujourd’hui des pommes de terre et des citrouilles énormes.

Le Lassithi a toujours plus ou moins servi de refuge aux Crétois. Pour échapper aux Doriens d’abord, puis aux Vénitiens. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui ont mis en place les petites éoliennes de toile blanche que l’on voit sur les cartes postales. Aujourd’hui, elles ont été remplacées par des motopompes.

On trouve quelques curiosités sur le Lassithi, comme la grotte de Dikti, où Rhéa s’était réfugiée pour accoucher de son fils Zeus et le soustraire à l’appétit de son père Cronos, qui avait entrepris de bouffer tous ses gosses. En fait, le Lassithi est surtout le point de départ de plusieurs randonnées.

Ce plateau, qui connaît la neige en hiver, ne doit pas vraiment sa réputation à ses accointances avec les dieux et ses petites éoliennes. Il est surtout connu pour une herbe miraculeuse, qui pousse sur les flancs du mont Dikti : la dictame. Une herbe cousine de l’origan, qui fut l’un des tous premiers antiseptiques de l’Histoire. Une étude récente a même mis en évidence ses propriétés anticancéreuses.

Plus prosaïquement, l’essence de dictame entre dans la composition de certains vermouths, dont le Martini Bianco pour ne pas le citer…

Agios Nikolaos : le petit Saint-Trop’ crétois

Grèce Crète Presqu'île de Kolokytha
Presqu'île de Kolokytha © Eric Milet

Une ambiance délicieusement « riviera » règne aux abords du petit port intérieur d’Agios Nikolaos. Ici, l’ambiance est plutôt shopping et bronzette, en attendant d'aller visiter le musée archéologique.

Cependant, la région réserve bien des surprises, pour qui possède son propre moyen de locomotion. Un peu plus au nord, le village d’Elounda, séparé de la mer par la presqu’île de Kolokytha (belles petites plages), constitue une base de villégiature agréable pour explorer la région.

Encore plus au nord, Plaka est le port d’embarquement pour Spinalonga, une île rendue célèbre par le best-seller de Victoria Hislop, L’île des oubliés. Spinalonga a connu une histoire mouvementée. Prise aux Crétois par les Vénitiens qui la transformèrent en forteresse, puis par les Turcs jusqu’au début du 20e s, l’île fut ensuite transformée en léproserie jusqu’en 1957. Sa visite est chargée d’émotion.

Pour celles et ceux qui aiment l’aventure, les landes désolées et les routes qui tournicotent, il faut partir à l’assaut de la montagne qui surplombe Plaka : direction Skinias, ancien foyer de peuplement de la région. Là-haut, parmi les moulins, les murets de pierre sèche et des arbustes nanifiés par le vent, règne une ambiance de fin du monde.

Sitia et le Géopark : la mémoire souterraine de la Crète

Grèce Crète Géopark
Paysage du Géopark © Eric Milet

Porte d’entrée maritime de la Crète orientale, Sitia est une petite ville qui n’a pas tout misé sur le tourisme, ce qui lui confère encore une certaine authenticité. Son musée archéologique mérite le détour, et sa promenade en front de mer est bien agréable.

En ville, quelques tables réputées permettent de découvrir la cuisine crétoise, originale et goûteuse, mais aussi très saine. La Crète présente le nombre de décès dus au cancer ou à des maladies cardiovasculaires le moins élevé de la planète !

Le 25 septembre 2015, l’Unesco a reconnu la valeur de patrimoine mondial du Géopark, situé à l’est de Sitia, en le classant dans le GGN (Global Geoparks Network). La raison ? Une géologie exceptionnelle, principalement constituée de roches carbonatées érodées, qui ont donné naissance à de nombreuses cavités souterraines. À cela, il faut ajouter quelques fossiles d’animaux préhistoriques allant des bivalves marins au dinothérium. Cet ancêtre de l’éléphant, version XXL, vivait dans le coin il y a une quinzaine de millions d’années.

Du coup, l’arrière-pays de Sitia est un formidable terrain d’exploration, avec une quinzaine de « géoroutes » balisées qui permettent de découvrir la géologie, mais aussi la faune et la flore locales. La Crète recèle environ 160 espèces endémiques (qu’on ne trouve nulle part ailleurs) servant une biodiversité parmi les plus remarquables en Europe.

Kato Zakros : paradis crétois des randonneurs

Grèce Crète Débouché de la Vallée des morts
Débouché de la Vallée des morts © Eric Milet

La région de Zakros est un véritable petit paradis pour les amateurs de vieilles pierres, de randonnées et de criques secrètes. Et pour cause, dans cette partie de la Crète, le tourisme est relativement confidentiel. Pas (encore) de grosses unités all inclusive : l’hébergement se fait la plupart du temps chez l’habitant ou dans de petites unités hôtelières qui louent généralement de petits apparts tout équipés.

Les véliplanchistes jettent leur dévolu sur Palékastro en raison du puissant vent thermique qui y souffle dès les premières chaleurs. De leur côté, beaucoup de randonneurs posent leur sac à Kato Zakros, au débouché de la célèbre « vallée des morts ».

La vallée des morts s’enfonce comme un coup de glaive dans l’épaisse couche de calcaire qui recouvre la région jusqu’à Xérokambos. Elle est appelée ainsi, non pas parce qu’on y risque de passer l’arme à gauche, mais en raison des sépultures taillées dans la falaise. C’est, pour les férus de rando, le point de départ d’un long voyage à pied : en effet, elle signe l’entrée du sentier européen E4 qui traverse la Crète d’est en ouest.

Sur ces deux lieux de villégiature (Palékastro et Kato Zakros), s’élèvent les restes de palais minoens qui, à l’instar des autres, furent détruits vers 1400 av. J.-C. peut-être consécutivement à l’explosion du volcan de Santorin. Les résultats de leurs fouilles sont exposés au musée de Sitia.

Ierápetra : la Crète grand bleu

Grèce Crète Snorkelling à Iérápetra
Snorkelling à Iérápetra © Eric Milet

La route entre Goudouras et Ierápétra traverse des paysages beiges, âpres et désolés qui se détachent sur le bleu profond de la mer de Libye. Ici, l’homme profite des 340 jours d’ensoleillement par an pour cultiver son potager à l’année sous d’immenses serres.

La côte déchiquetée offre également de jolies petites criques pour y dérouler sa serviette, notamment aux abords du monastère de Kapas, peu avant Kalo Nero. Au large, les îles désertes de Koufonissi et Chrissi sont carrément paradisiaques avec leurs eaux cristallines et leurs grandes plages de sable blond.

Ierápetra est une petite ville sans histoire. Quelques tavernes en front de mer, une forteresse vénitienne gardienne du port, et un vieux quartier pas bien grand, rendu célèbre depuis que Bonaparte s’y serait réveillé un matin de juin 1798 alors qu’il se rendait en Égypte.

Mais Ierápetra, c’est aussi le point de départ du Néféli, un caïque retapé par un garçon charmant et francophone, qui emmène les touristes faire quelques sessions de snorkelling (nage avec masque et tuba) le long de la côte et parfois même jusqu’à l’île de Chrissi. Intéressant, ne serait-ce que pour se rendre compte de l’extrême pauvreté des fonds marins dans cette partie de la Méditerranée.

La Messara, grenier des dieux

Grèce Crète Gortyne
Gortyne © Eric Milet

Une mer d’oliviers. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier l’immense plaine de la Messara, bordée au nord par le massif de l’Ida (ou Psiloritis) et au sud par celui des Asterousia. Le premier lui déverse ses eaux, le second – véritable Mecque pour les amateurs de varappe –, la protège des vents desséchants du sud. Le Sahara n’est, en effet, qu’à 400 km à vol d’oiseau !

De cet immense dais de verdure, sillonné par des pickups chargés de fruits ou de légumes, émergent trois sites archéologiques. Le premier, Gortyne reste célèbre pour avoir été de théâtre de l’accouplement entre Zeus et Europe (ils firent leur affaire sous un platane vert et eurent 3 fils, dont le célèbre Minos).

Le second, Phaistos, est un site minoen où fut trouvé le célèbre disque de Phaistos (exposé au musée d’Héraklion) que personne n’a encore réussi à déchiffrer. Enfin, la villa minoenne d’Agia Triada, où fut excavé un sarcophage de toute beauté (musée d’Héraklion), complète le trio.

Les franges littorales de la Messara ne sont pas en reste. Matala accueillait dans les années 1960 une importante communauté hippie. Joyeuse, musicale et insouciante, elle prenait du bon temps dans les grottes qui surplombent la plage, avant de poursuivre sa route vers Katmandu.

Ils ont été évacués manu militari dans les années 1970, mais la petite station balnéaire surfe encore aujourd’hui sur la vague Flower Power de cette époque (bars musicaux, bijoux, marchés artisanaux un peu comme à Formentera dans les Baléares), même si celle-ci commence sérieusement à se faner…

Fiche pratique

Grèce Crète Agios Nikolaos
Agios Nikolaos © Eric Milet

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Comment y aller ?

En bateau

Au départ d’Italie (Ancône, Venise, Bari ou Brindisi) sur Héraklion ou La Canée (Hania) via Le Pirée avec Cap Mer (www.viamare.fr ou www.navifrance.net) ou encore Euro-mer (www.euromer.com). Il est impératif de réserver à l’avance, surtout pour les grandes vacances.

En avion

Héraklion et, dans une moindre mesure, La Canée (Hania) sont desservies par de nombreuses compagnies low-cost (Transavia, EasyJet, Ryanair…) au  départ de la France, de la Belgique et de la Suisse. Mais également par la compagnie nationale grecque Aegean, au départ de plusieurs villes de France en saison.

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Quand y aller ?

En Crète, la saison touristique s’échelonne de mi-mars à mi-novembre, avec un pic de fréquentation au mois d’août quand les Grecs et les Italiens débarquent à leur tour. Pour la rando, choisissez plutôt l’arrière-saison.

Où dormir ? Où manger ?

Aucune difficulté pour trouver un logement. Hors saison, le prix de la chambre double climatisée avec salle de bain mais sans petit déj oscille entre 25 et 30 €, rajouter 10 € en pleine saison et quelquefois 5 € de plus pour avoir une vue sur mer.

Au restaurant, les repas varient entre 10 et 18 € selon ce qu’on mange. Le poisson du jour est généralement facturé entre 50 € et 60 € le kilo. La portion servie tourne autour des 300 g.

Le carburant est environ 20 % plus cher qu’en France.

- À Héraklion

Le Rea Hotel : odos Kalimeraki. Bien placé et d’un bon rapport qualité-prix.

Pour manger : l’ouzeri Ippokambos (Tél. : 28-10-28-02-40), sur le port, et pour celles et ceux qui en ont les moyens Peskesi (Tél. : 28-10-28-88-87) pour sa cuisine crétoise revisitée.

- Sur le plateau du Lassithi

Vilaeti Traditional House  à Agios Konstandinos : un hébergement agréable et bien dans l’esprit du Lassithi.

Taverna Maria-Réa  dans la rue principale d’Agios Géorgios. Tél. : 28-44-03-17-74. Une bonne cuisine locale préparée par une dame adorable.

- À Agios Nikolaos

Sunbeam : 23, Etnikis Antistaseos. Un hôtel central, propre et bien conçu.

Avli Taverna : 12, odos Georgiou. Tél. : 28-41-08-24-79. Bon petit resto à l’écart des circuits classiques

- À Sitia

Arhontiko Hotel : 16, odos Kondilaki. Tél. : 28-43-02-81-72. Bon rapport qualité-prix-accueil.

Tzivaeri : 60, odos Venizelou, tél. : 28-43-02-81-70. Bons mezzés.

- Dans la Messara

The Snails House à Plouti : sur la route de Zaros, proche du site de Gortyne. Tél. : 28-92-09-63-52. Pour goûter aux escargots avec un verre de blanc.

Myke’s Restaurant à Pitsidia : proche de la place centrale. Tél. : 28-92-04-50-07. Bonne cuisine du cru.

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