Ile de Mozambique, le temps retrouvé

par Stéphanie Poli
27 juillet 2009

Stéphanie Poli
Bercée par les flots de l’océan Indien, au large de l’Afrique australe, l’île de Mozambique, située au nord du pays du même nom, tangue au souvenir d’un passé glorieux. Classés par l’Unesco, les bâtiments coloniaux de cet ancien comptoir portugais sur la route des Indes attirent les amoureux d’histoire, d’architecture et d’évasion. Terre de métissage et de tolérance, l’île conjugue les influences portugaises, africaines, indiennes et arabes. Un formidable creuset culturel à contempler en toute intimité.
Une terre de brassage
Sur les traces de Vasco de Gama
Chasse au trésor
<em>Saudade</em> sur un rythme africain
Fiche pratique
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Une terre de brassage

Stéphanie Poli
En fin d’après-midi, le soleil déclinant illumine la mosquée d’où sortent les derniers fidèles. Juste derrière, sur la petite plage, l’animation est à son comble pour saluer le retour des pêcheurs. Il semble que toute l’île se soit donné rendez-vous au milieu des barques, des seaux et des paniers tressés. Quelques touristes sont venus observer le ballet des écailles, marché improvisé sur le sable, tandis que les femmes, avec leurs capulanas chatoyantes chargent sur leur tête des bassines pleines de thon, mérous, sardines et autres poulpes. Plus loin, on répare des filets multicolores.
Momade, gardien d’une mosquée toute verte, est en grande conversation avec Padre Bruno, le prêtre italien. En ce vendredi, l’un a revêtu sa djellaba d’apparat, l’autre, en short, cheveux blancs hirsutes, est un ecclésiastique pour le moins rock’n roll qui avoue un certain penchant pour la bière et dont les bavardages sont fameux. Cette scène témoigne d’un des traits de caractère les plus réjouissants du lieu : l’entente, la tolérance et la souplesse religieuses, issues de la longue histoire de métissage de cette île, aujourd’hui éloignée de tout (Nampula, la ville la plus proche, se trouve à quatre heures de bus), qui fut une terre de passage et de brassage.
Ainsi, Padre Bruno, avec la provocation qui le distingue, a t-il pu ouvrir une institution catholique pour jeunes filles juste en face de la mosquée et de la madrasa, poussant l’humour et le paradoxe à en inscrire l’accueil en arabe. Non loin, le temple hindou survit au service d’une ultime famille qui honore en dilettante les dieux de son panthéon. Les trois religions cohabitent paisiblement, même si l’Islam reste fortement majoritaire.
Momade, gardien d’une mosquée toute verte, est en grande conversation avec Padre Bruno, le prêtre italien. En ce vendredi, l’un a revêtu sa djellaba d’apparat, l’autre, en short, cheveux blancs hirsutes, est un ecclésiastique pour le moins rock’n roll qui avoue un certain penchant pour la bière et dont les bavardages sont fameux. Cette scène témoigne d’un des traits de caractère les plus réjouissants du lieu : l’entente, la tolérance et la souplesse religieuses, issues de la longue histoire de métissage de cette île, aujourd’hui éloignée de tout (Nampula, la ville la plus proche, se trouve à quatre heures de bus), qui fut une terre de passage et de brassage.
Ainsi, Padre Bruno, avec la provocation qui le distingue, a t-il pu ouvrir une institution catholique pour jeunes filles juste en face de la mosquée et de la madrasa, poussant l’humour et le paradoxe à en inscrire l’accueil en arabe. Non loin, le temple hindou survit au service d’une ultime famille qui honore en dilettante les dieux de son panthéon. Les trois religions cohabitent paisiblement, même si l’Islam reste fortement majoritaire.
Sur les traces de Vasco de Gama

Stéphanie Poli
Le soir, devant un caril de crevettes aussi succulent qu’épicé sur la terrasse du Reliquias, l’unique restaurant du coin, on révise l’histoire de cette île mythique, située sur la route des Indes. Car si la Ilha, comme l’appellent les Mozambicains, semble aujourd’hui oubliée de tous et loin de tout, elle fut jadis l’objet de bien des convoitises en raison de sa position stratégique dans l’océan Indien.
Lorsque Vasco de Gama et sa flotte accostent en 1498, les Arabes et les Swahilis occupent déjà ce petit bout de terre (à peine trois kilomètres sur 500 mètres) placé sous la tutelle du cheikh Mussa Mbiki, qui laissera son nom au pays. En 1752, les Portugais en font la capitale de la colonie (ce n’est qu’en 1898 que celle-ci sera transférée à Lourenço Marques, l’actuelle Maputo), érigeant forts, palais, églises et demeures. Les techniques de construction, les matériaux utilisés (la pierre et la chaux) et l’apport décoratif des azulejos ont donné à l’île de Mozambique une unité architecturale exceptionnelle que l’Unesco a jugée urgent de préserver en l’inscrivant sur la liste du Patrimoine mondial en 1991. D’autant que la chapelle Notre-Dame-de-Baluarte, fièrement dressée sur l’océan, est considérée comme la construction européenne la plus ancienne de tout l’hémisphère sud.
L’île devient un comptoir majeur sur la route des Indes, entre Lisbonne et Goa, attirant aventuriers, commerçants, vice-rois et voyageurs au long cours. Épices et ivoires y sont débarqués des navires en quantité. Mais plus honteuse, c’est surtout la traite des esclaves qui fera sa richesse et sa renommée sur la scène internationale, attirant une bourgeoisie européenne qui prospère jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Lorsque Vasco de Gama et sa flotte accostent en 1498, les Arabes et les Swahilis occupent déjà ce petit bout de terre (à peine trois kilomètres sur 500 mètres) placé sous la tutelle du cheikh Mussa Mbiki, qui laissera son nom au pays. En 1752, les Portugais en font la capitale de la colonie (ce n’est qu’en 1898 que celle-ci sera transférée à Lourenço Marques, l’actuelle Maputo), érigeant forts, palais, églises et demeures. Les techniques de construction, les matériaux utilisés (la pierre et la chaux) et l’apport décoratif des azulejos ont donné à l’île de Mozambique une unité architecturale exceptionnelle que l’Unesco a jugée urgent de préserver en l’inscrivant sur la liste du Patrimoine mondial en 1991. D’autant que la chapelle Notre-Dame-de-Baluarte, fièrement dressée sur l’océan, est considérée comme la construction européenne la plus ancienne de tout l’hémisphère sud.
L’île devient un comptoir majeur sur la route des Indes, entre Lisbonne et Goa, attirant aventuriers, commerçants, vice-rois et voyageurs au long cours. Épices et ivoires y sont débarqués des navires en quantité. Mais plus honteuse, c’est surtout la traite des esclaves qui fera sa richesse et sa renommée sur la scène internationale, attirant une bourgeoisie européenne qui prospère jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Chasse au trésor

Stéphanie Poli
Les traces de cette histoire tourmentée se retrouvent le long de chaque rue poussiéreuse et sur chaque rivage de l’île. À marée basse, tandis que les femmes parées du musiro, un masque de beauté et de protection préparée à base de racines, ramassent des coquillages, les enfants partent à la reconquête du passé. Ils tamisent le sable à la recherche des menus trésors rejetés par les épaves englouties, misangas, perles de verre vénitiennes, et morceaux de porcelaine chinoise qu’ils tenteront de vendre aux touristes.
Outre cet innocent commerce, une société allemande spécialisée dans l’archéologie sous-marine a pris en charge l’exploration des fonds et un petit scandale a éclaté lorsque des porcelaines de la dynastie Ming extraites des profondeurs ont été cédées aux Hollandais. Car si l’Unesco a classé l’île au Patrimoine mondial de l’humanité en 1991, elle en a oublié le littoral, laissant le champ libre aux pilleurs.
Aujourd’hui ce sont surtout les particuliers qui redonnent de sa splendeur à cet écrin architectural. L’association des Amis de l’île de Mozambique tente de sensibiliser la population à la sauvegarde de son patrimoine, tandis que d’autres, Européens pour la plupart, entreprennent la restauration des magnifiques demeures aux murs décatis. Comme Antoine, Français arrivé au temps de la guerre civile avec Hôpital sans frontière et qui, tombé amoureux de l’île, y a créé une École des Arts et Métiers et ouvert dans une ancienne maison de commerce un hôtel de charme, l’O Escondidinho, avec un photographe italien. Ou encore Padre Bruno qui depuis dix ans travaille à la réfection de son église de Santo Antao.
Outre cet innocent commerce, une société allemande spécialisée dans l’archéologie sous-marine a pris en charge l’exploration des fonds et un petit scandale a éclaté lorsque des porcelaines de la dynastie Ming extraites des profondeurs ont été cédées aux Hollandais. Car si l’Unesco a classé l’île au Patrimoine mondial de l’humanité en 1991, elle en a oublié le littoral, laissant le champ libre aux pilleurs.
Aujourd’hui ce sont surtout les particuliers qui redonnent de sa splendeur à cet écrin architectural. L’association des Amis de l’île de Mozambique tente de sensibiliser la population à la sauvegarde de son patrimoine, tandis que d’autres, Européens pour la plupart, entreprennent la restauration des magnifiques demeures aux murs décatis. Comme Antoine, Français arrivé au temps de la guerre civile avec Hôpital sans frontière et qui, tombé amoureux de l’île, y a créé une École des Arts et Métiers et ouvert dans une ancienne maison de commerce un hôtel de charme, l’O Escondidinho, avec un photographe italien. Ou encore Padre Bruno qui depuis dix ans travaille à la réfection de son église de Santo Antao.
<em>Saudade</em> sur un rythme africain

Stéphanie Poli
De l’ancienne capitainerie à l’immense hôpital Joao de Deus, jadis le plus important de la côte orientale africaine, du palais de São Paulo reconverti en musée (au demeurant très intéressant !) au couvent des Jésuites, transformé en poste de télécommunications, Stonetown, la ville de pierre et de chaux, plonge le visiteur hors du temps. Ici, la statue du grand poète portugais Luis de Camões regarde fièrement l’océan, et là, cachées par les figuiers sauvages, quelques ruines conservent des azulejos. Tandis qu’au loin, on aperçoit la voile triangulaire d’un dhow, petite embarcation héritée des marins arabes, se découpant sur l’horizon.
L’ambiance est à la nonchalance et à une charmante saudade aux accents africains. Pour s’en convaincre, il faut se rendre de l’autre côté de l’île au village macuti où vit la majeure partie de la population, dans des paillotes aux toits de palme. Si Stonetown évoque un musée à ciel ouvert, ici la vie bat son plein, riche des traditions macua, l’ethnie majoritaire du nord du Mozambique. On peut y croiser un groupe de danseuses de tufo, un art qui mêle apports arabes et bantous. Estrela Vermelha est le plus connu, mais il existe huit groupes sur l’île. Chaque groupe est mené par une danseuse qui aborde, souvent en les improvisant, des thèmes de la vie quotidienne repris en chœur par les autres femmes, toutes vêtues à l’identique. Les hommes, eux, se contentent de donner le rythme sur des tambours en peau, échos puissants d’une société matriarcale.
Aujourd’hui, il existe un projet de déplacement du village macuti sur le continent, de l’autre côté du pont oxydé (officiellement pour des questions de salubrité). Mais certains y voient surtout une façon déguisée de dégager de l’espace pour créer des infrastructures touristiques et rendre la destination plus populaire. Au risque d’y perdre un peu de son âme.
L’ambiance est à la nonchalance et à une charmante saudade aux accents africains. Pour s’en convaincre, il faut se rendre de l’autre côté de l’île au village macuti où vit la majeure partie de la population, dans des paillotes aux toits de palme. Si Stonetown évoque un musée à ciel ouvert, ici la vie bat son plein, riche des traditions macua, l’ethnie majoritaire du nord du Mozambique. On peut y croiser un groupe de danseuses de tufo, un art qui mêle apports arabes et bantous. Estrela Vermelha est le plus connu, mais il existe huit groupes sur l’île. Chaque groupe est mené par une danseuse qui aborde, souvent en les improvisant, des thèmes de la vie quotidienne repris en chœur par les autres femmes, toutes vêtues à l’identique. Les hommes, eux, se contentent de donner le rythme sur des tambours en peau, échos puissants d’une société matriarcale.
Aujourd’hui, il existe un projet de déplacement du village macuti sur le continent, de l’autre côté du pont oxydé (officiellement pour des questions de salubrité). Mais certains y voient surtout une façon déguisée de dégager de l’espace pour créer des infrastructures touristiques et rendre la destination plus populaire. Au risque d’y perdre un peu de son âme.
Fiche pratique

Stéphanie Poli
Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Mozambique.
Transport
L’aéroport le plus proche de l’île de Mozambique se trouve à Nampula, dans le Nord du pays. La LAM, compagnie nationale mozambicaine, assure des liaisons quotidiennes entre Maputo et Nampula. Comptez 300 € l’aller-retour.
De Nampula, un chapa (bus collectif) vous fera parcourir les 150 kilomètres restants (y compris le pont de trois kilomètres séparant l’île du continent) en quatre heures environ.
Climat
La période la plus agréable pour découvrir le Mozambique est la saison sèche qui s’étend d’avril à octobre.
Où dormir ?
- Casa Branca : Rua João Deus. Tél. : +258 26 610 076. Au nord-est de l’île, dans une ancienne demeure de marchand d’esclaves, cette jolie pension avec vue sur l’océan dispose de trois chambres confortables (ainsi que d’un appartement en annexe) et sert d’excellents petits déjeuners. Comptez 20 € la chambre double.
- O Escondidinho : Rua João Deus. Tél. : +258 26 610 078. L’hôtel le plus chic de l’île se trouve dans cette maison de commerce restaurée par un Français. Les chambres spacieuses sont disposées autour d’un joli patio avec piscine. Compter 50 € la double. Bon restaurant sur place.
- Patio dos Quintalinhos : Rua dos Trabalhadores. Tél. + 258 26 610 090. En face de la mosquée, une autre maison de caractère, tenue par un architecte italien. Les chambres encadrent une cour fleurie. Belle vue sur l’île depuis la terrasse. Chambre double à partir de 25 €.
- Casa do Luis : Travessa dos Fornos. L’option favorite des voyageurs au budget serré. Compter 8 € la chambre double.
Où manger ?
Le restaurant de l’hôtel O Escondidinho et Reliquias, à côté de la capitainerie, sont les deux adresses à retenir. Dans le premier, on choisira un bon steak, tandis que le second permet de déguster un excellent caril de crevettes ou une langouste grillée, face à la mer.
Transport
L’aéroport le plus proche de l’île de Mozambique se trouve à Nampula, dans le Nord du pays. La LAM, compagnie nationale mozambicaine, assure des liaisons quotidiennes entre Maputo et Nampula. Comptez 300 € l’aller-retour.
De Nampula, un chapa (bus collectif) vous fera parcourir les 150 kilomètres restants (y compris le pont de trois kilomètres séparant l’île du continent) en quatre heures environ.
Climat
La période la plus agréable pour découvrir le Mozambique est la saison sèche qui s’étend d’avril à octobre.
Où dormir ?
- Casa Branca : Rua João Deus. Tél. : +258 26 610 076. Au nord-est de l’île, dans une ancienne demeure de marchand d’esclaves, cette jolie pension avec vue sur l’océan dispose de trois chambres confortables (ainsi que d’un appartement en annexe) et sert d’excellents petits déjeuners. Comptez 20 € la chambre double.
- O Escondidinho : Rua João Deus. Tél. : +258 26 610 078. L’hôtel le plus chic de l’île se trouve dans cette maison de commerce restaurée par un Français. Les chambres spacieuses sont disposées autour d’un joli patio avec piscine. Compter 50 € la double. Bon restaurant sur place.
- Patio dos Quintalinhos : Rua dos Trabalhadores. Tél. + 258 26 610 090. En face de la mosquée, une autre maison de caractère, tenue par un architecte italien. Les chambres encadrent une cour fleurie. Belle vue sur l’île depuis la terrasse. Chambre double à partir de 25 €.
- Casa do Luis : Travessa dos Fornos. L’option favorite des voyageurs au budget serré. Compter 8 € la chambre double.
Où manger ?
Le restaurant de l’hôtel O Escondidinho et Reliquias, à côté de la capitainerie, sont les deux adresses à retenir. Dans le premier, on choisira un bon steak, tandis que le second permet de déguster un excellent caril de crevettes ou une langouste grillée, face à la mer.


















