Canaries : les plus belles cités « coloniales » de Tenerife

05 octobre 2025

Ne vous fiez pas aux resorts et aux alentours bétonnés de l’aéroport, au sud de l’île, car Tenerife, cette oasis volcanique de 85 km de long et 50 km de large, a su préserver ses rivages septentrionaux.
C’est en effet au nord de l’île que se concentre l’essentiel du patrimoine historique de Tenerife, partagé par plusieurs bourgades dites « coloniales », nées à l’époque de la découverte de l’Amérique : La Laguna, La Orotava, Garachico, Icod de los Vinos et Santa Cruz de Tenerife, la capitale. En 1494, les Espagnols s'emparèrent de Tenerife, qui devint la plus importante halte des navigateurs européens avant la traversée de l'Atlantique.
De quoi compléter la visite de splendides sites naturels de l’île comme le parc national du Teide et des parcs ruraux d’Anaga ou du Teno, à quelques kilomètres de là.
La Laguna, la ville modèle du Nouveau Monde

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1999 (la seule à jouir d’un tel statut dans les Canaries), La Laguna a vu le jour à 550 m d’altitude et à la fin du XVe siècle, au nord-est de l’île. Elle prospéra lorsque Tenerife devint l’ultime station avant le départ vers le Nouveau Monde et un important comptoir commercial.
La Laguna a gardé de cette époque son plan en damier, son tracé linéaire, son absence de fortifications, sa Plaza del Adelantado et ses casas aux façades colorées, patios végétalisés et balcons ouvragés. À voir : la casa Salazar, l’ancien palais résidentiel des comtes de la vallée de Salazar, la casa Montañes ou la casa Lercaro, aujourd’hui le museo de Historia y Antropologia.
La calle Obispo Rey Redondo n’est pas en reste avec la casa del Corregidor, la casa de la Alhóndiga et, surtout, les casas Alvarado-Bracamonte et de los Capitones Generales qui rivalisent de fines colonnes, de vasques, de fenêtres à guillotine et d’harmonie. Avec 627 bâtiments classés, la cité n’en finit pas d’étonner.

Preuve de son lustre d’antan, La Laguna, la toute première capitale de l’île, a servi de modèle à bon nombre de villes d’Amérique du Sud (Cartagena de las Indias, La Havane, Lima). Elle héberge également l’unique cathédrale (Nuestra Señora de los Remedios, 7 €) de Tenerife.
On s’attardera sur la capilla de la Virgen de los Remedios et son impressionnant retable baroque, sur la chaire en marbre de Carrare ou sur l’étrange « double-tableau » du Jugement dernier de Cristóbal Hernández de Quintana.
D’autres bâtiments religieux, tels que l’église et ancien couvent San Agustín, le sanctuaire royal du Santissimo Cristo de La Laguna ou l’iglesia Nuestra Señora de la Concepción, plafonnée de bois peint, méritent un crochet.

Mais La Laguna reste aussi le terrain de jeu et d’apprentissage de plus de 30 000 étudiants qui se pressent dans ses amphis et, à la tombée du jour, dans ses rues (Herradores, à arpenter pour la bamboche et ses palais) ou autour de ses places (Doctor Oliveira, de la Concepción, del Adelantado, etc.).
Du haut de la Torre de la Iglesia de la Concepción (2 € avec accès à l’église), vous comprendrez mieux l’organisation de La Laguna, tout en toisant la vallée de Guerra, Tegueste et Tejina. Attention, tous les quarts d’heure, on fait sonner les cloches !
Garachico, la cité blanche

Ce petit village, tout étiré, fut, jusqu’au début du XVIIIe siècle, le port principal de Tenerife (exportation de sucre et de vin). Au nord-ouest, Garachico, la blanche, est l’une des cités les plus anciennes des Canaries puisqu’elle fut fondée en 1496 par un banquier génois, Cristobal de Ponte.
Commencez par le castillo de San Miguel (musée sur l’histoire de la ville, 2 €), dont la construction fut ordonnée par Philippe II au XVIe siècle et les anciens palais, vestiges de sa puissance révolue.

Autres pépites à ne pas manquer : l’écarlate casa de los Pontes, transformée en hôtel, celle de los Condes de La Gomera dite casa de Piedra qui dénote avec sa façade en pierre de taille ou la casa del Marqués de la Quinta Roja.
Enfin, la luxuriante, et enterrée, puerta de la Tierra, sur la plaza Juan Gonzalez de la Torre, ouvrait, il y a quelques siècles de ça, sur l’ancien port.
Garachico fait étalage d’un intéressant patrimoine religieux : le « blasonné » couvent des Conceptionnistes, le couvent dominicain de Santo Domingo flanqué d’attrayants balcons, l’ermitage de San Roque, le convento de San Francisco du XVIe siècle et la fière et immaculée église de Santa Ana.

Mais Garachico, c’est aussi un cadre exceptionnel hérissé de hautes falaises, avec, au large, un rocher solitaire, des piscines naturelles, El Caletón, burinées dans les coulées de lave.
Faites une halte sur des placettes conviviales comme la plaza de la Libertad, gardée par l’incontournable kiosco et la statue de Simón Bolívar, dont la famille était originaire du village. Un délice de se balader dans ses ruelles pavées et colorées par les bougainvilliers et les palmiers.
Garachico étant bien encaissée dans sa vallée, ses alentours s’accommodent parfaitement à la randonnée. Alors pourquoi ne pas gravir et sillonner les paysages lunaires de la Montana Chinyero au départ de la ville ? Attention, ça monte (1 600 m de dénivelé positif) et assez longtemps. Mais vous avez toujours la possibilité de ne pas faire le tour complet du volcan.
Icod de los Vinos, sous le dragonnier

Le Drago Milenario, déclaré monument national en 1917, serait-il l’arbre qui cache une forêt de splendeurs à Icod de los Vinos ?
Ce village, au nord-ouest de Tenerife et à 15 minutes en voiture de Garachico, doit beaucoup à son colossal dragonnier de 800 ans, de 16 m de haut et 20 m de circonférence. On peut le voir de la plaza Andrés de Lorenzo Caceres. Sinon, le parc du Drago (5 €), qui l’abrite, attire chaque année des milliers de visiteurs qui en profitent pour flâner dans la cité.

Ils auraient tort de s’en priver en commençant par la plaza Andrés de Lorenzo Caceres, où trônent le museo de Arte sacro et l’iglesia San Marcos avec ses portes finement menuisées. À l’intérieur, chapelles chargées et retable massif. Pas de surprise.
Comme ses comparses, Icod de los Vinos ne fait pas l’économie de squares agréables comme la plaza de la Constitución, aussi appelée « plaza La Pila ». Palmiers, hibiscus, oiseaux du paradis, fontaine, maisons coloniales blanches, n’en jetez plus !

Plus classique mais tout aussi charmante, la plaza de Luis León Huerta, servie par une volée de marches, trouve une superbe harmonie entre l’église de San Agustín, l’hôtel de ville (un ancien monastère) et d’expressives statues alors que pointe, au loin, le Teide.
Enfin, ne vous étonnez pas de voir certaines rues escarpées (notamment calle Antonio Gonzalez aussi connue sous le nom de calle del Plano) barrées par des pneus et dévalées par des gamins sur des planches en bois, les tablas de San Andrés, fartées à la cire de bougie. Ces casse-cous s’entraînent juste pour les fêtes de San Andrés (le 29 novembre) sous l’œil amusé de leurs aînés et des passants.
Pour les amoureux de la nature et les curieux, deux institutions permettent de faire durer le plaisir à Icod de Los Vinos. Au parc des papillons de Drago (Mariposario del Drago pas donné ; 9,50 €), vous fraierez parmi 800 papillons exotiques (150 espèces), aussi bariolés qu’éphémères. Sinon, la Casa del Platano (5 €) revient sur l’histoire de la banane, trapue, de Tenerife qui a fait ses beaux jours à partir du XVIIIe siècle.
La Orotava, bijou pentu

Fondée en 1505, La Orotava est un bijou tout en déclivité qui n’est avare ni en couleurs douces, ni en bâtiments remarquables, ni en vues plongeantes sur l’océan. Seuls les clochers et le dôme pétaradants de l’iglesia de la Concepción viennent s’insérer dans le panorama. À tout seigneur, tout honneur.
Ne manquez par la calle San Francisco, concrétion de splendeurs architecturales. Avec sa façade lestée de balcons et sgraffite, la casa de los Balcones (6 €) ou casa Mendez Fonseca, reste le parangon du style canarien du XVIIe siècle avec sa gaine intérieure de pin admirablement ciselée et ajourée. Il reste, de sa balustrade raffinée, le poste d’observation privilégié du foisonnant patio d’où émergent ignames, palmiers et toits de tuiles.

Toujours dans la rue San Francisco, la casa Jimenez de Franchy, désormais un centre d’art (museo de la Alfombras), a servi de modèle à la casa de los Balcones tandis que la casa Eladia Machado honore l’artisanat local. Dans son prolongement, calle del Colegio, la casa Lercaro (et son moulin) du XVIIe siècle et la Maquina, un moulin à gofio (farine de céréales grillées typique des Canaries) encore fonctionnel, sont les témoins bien vibrants de l’ancien faste de la ville.
Mais La Orotava ne se résume pas à ses myriades de casas (Diez Flores-Brier, Monteverde, Cologan, Torre Hermosa-Artenerife, Zerolo Fuentes, Llarena Cullen, etc.). L’iglesia de Nuestra Señora de la Concepción, déjà mentionnée, a aussi fière allure baroque avec ses trois nefs et son tabernacle de marbre. Tout comme la plaza de la Constitución et celle del Ayuntamiento avec son pavement géométrico-maçonnique.

La Orotava a la main verte, avec des jardins coupés au cordeau, surenchères de plantes exubérantes et de végétaux aux formes exquises. Les jardines del Marquesado de la Quinta Roja ou jardins Victoria (vue dégagée sur l’océan), remaniés à la fin du XIXe siècle, étagent les parterres, circulations et fontaines. Un aménagement en terrasses que l’on retrouve au Liceo de Taoro du XIXe siècle.
Enfin, la Hijuela del Botanico cache derrière sa gracieuse entrée en fer forgé des plantes et des arbres d’essences multiples (dragonnier, Brachychiton acerifolius, sapotier, pin de Norfolk, etc.).
La Orotova propose le parcours, la Ruta de Los Molinos, sur les traces de dix de ces machines hydrauliques essentielles à la fabrication du gofio. Autant de haltes pour saisir la ville au fil de l’eau. Version XVIe siècle.
Santa Cruz de Tenerife, les trésors de la capitale

Au nord-est, Santa Cruz est la capitale de Tenerife depuis 1833. Et cela se voit ! Un auditorium spectaculaire de Santiago Calatrava. Un gigantesque parc maritime César Manrique. Un espace culturel, TEA (Tenerife Espacio de las Artes), qui a mobilisé la fine fleur de l’architecture mondiale (Virgilio Gutierrez, Jacques Herzog, Pierre de Meuron). Une plage de sable doré, Las Teresitas, à 8 km de son centre. Voilà pour la modernité…

Le passé « colonial » de la ville, fondée en 1494, mérite d’être découvert. Tout commence, et a commencé, à l’iglesia de la Concepción. Sa superbe balustrade de bois et son campanile de basalte dominent la plaza de la Iglesia, la calle Antonio Domínguez Alfonso et celle de la Candelaria, bulles pastel qui semblent imperméables à l’agitation de la ville.
La plaza de San Francisco, avec sa fontaine, son église et ses lampadaires, se prête autant à la vadrouille qu’à la contemplation. Celle de la Candelaria, avec son monument de marbre, el Triunfo de la Candelaria, date du XVIe siècle mais ses alentours, modernes, ont pris un sacré coup de jeune.

Sinon, le château de San Cristóbal de 1577, dont les rares fortifications fringantes s’observent six pieds sous terre, accueille le canon, El Tigre, qui emporta le bras de l’amiral Nelson.
Et puis, comme toutes les cités de Tenerife, Santa Cruz a également droit à son esplanade touffue avec son kiosque central, la plaza del Príncipe de Asturias, et à une autre, plus populaire, Weyler. Mais là, on a déjà basculé dans le XIXe siècle.
Et on prend un nouveau siècle dans la vue avec la basilica de Nuestra Señora de Candelaria (à toutes les sauces), à 20 km de Santa Cruz de Tenerife. Si cet édifice-mastodonte de style régionaliste est sorti de terre en 1959, il célèbre une histoire bien plus ancienne : celle de la Vierge de Candelaria, une sculpture gothique qui aurait échoué non loin et que vénéraient les Guanches au XIVe siècle. La ville est désormais un haut lieu de pèlerinage.
Fiche pratique
Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos pratiques dans le guide du Routard Canaries en librairie.
Consulter nos guides en ligne Canaries et Tenerife
Office de tourisme de Tenerife
Comment s'y rendre ?
Les compagnies Vueling et Transavia proposent plusieurs vols directs par semaine de l’aéroport d’Orly vers Tenerife Sud. Sinon, nombreuses correspondances à l’aéroport de Barcelone.
Réserver votre billet d’avion vers Tenerife
Trouvez votre hôtel à Tenerife
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les idées Week-ends, les derniers reportages aux Canaries

Les Canaries hors des sentiers battus

Canaries : quelle île choisir ?

Canaries : Fuerteventura, 5 raisons d’y aller

Randonnées aux Canaries























