Berlin multiculturelle, la capitale mosaïque

27 septembre 2013

Autrefois divisée, la capitale allemande est devenue, aujourd’hui plus que jamais, le cœur cosmopolite de l´Europe. Foyer d’immigration depuis les années 1950, Berlin abrite une importante population turque, mais aussi russe, yougoslave et polonaise. Ville mosaïque, elle attire à présent une nouvelle vague d’arrivants du monde entier, artistes ou jeunes créatifs.
C’est le moment de partir à la rencontre de la faune multicolore qui peuple cette ville aux mille visages, n’en déplaise aux esprits chagrins et à leurs thèses nauséabondes, nostalgiques d’un passé qui lave plus blanc. Berlin « Multikulti », c’est par ici…



À la découverte de Kreuzberg 36

Avec son importante population turque, Kreuzberg arbore fièrement le surnom de « Little Istanbul ». Mamies coiffées de tissus à fleurs, marchands de légumes et surtout d´innombrables stands de falafels et döner kebabs dominent le paysage urbain.
En synergie avec les réalités culturelles du quartier, le théâtre Ballhaus Naunynstrasse a été dédié aux formes artistiques « post-migrantes ». À la croisée du théâtre, de la danse et de la performance, sa programmation fait résonner les voix de dramaturges turcs, palestiniens, ou encore syriens, qui interrogent les notions de migration, d´identité et d´exil.
Cœur urbain palpitant, Kreuzberg est au centre d´un dense tissu associatif, accueillant une myriade d´initiatives de quartier, dont beaucoup ont leur siège dans l´ancien hôpital Bethanien, à Mariannenplatz (photo). Ce lieu symbolique, occupé par de nombreux collectifs dès les années 1970, incarne la convergence entre actions sociale et artistique.
Aujourd´hui, une multitude de projets créatifs y ont élu domicile, entre autres Kunstraum Bethanien et le centre d´art contemporain Kunstquartier Bethanien, qui évoque le 104 à Paris. Quelques rues plus loin, l´association NGBK tient une librairie et galerie d´art, et un laboratoire d´expérimentations artistiques et politiques qui méritent le détour.
Kreuzberg : plus au sud

C´est aussi ici que se tient le très apprécié marché turc (photo), les mardis et vendredis. En arpentant ce bazar chaotique, où les teintes des foulards colorés s´épousent comme dans une procession, l´on se sent transporté aux portes de l´Orient. Dans une atmosphère enfiévrée, les vendeurs invitent à goûter à de délicieuses préparations à base d´olives et d´épices ou encore aux nombreux fromages, comme le haloumi, d'origine chypriote… Un véritable régal !
À quelques stations de métro d’Istanbul, on atterrit à Jérusalem. Le Musée juif a été édifié en 2001, juste à côté du quartier turc de Hallesches Tor. L´architecture impressionnante du bâtiment suscite un effet d´oppression puissant, faisant affluer le souvenir de l´Holocauste. L´exposition permanente retrace l´Histoire juive, du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, rythmée par les persécutions, l´exclusion et le déracinement. Un panorama passionnant, qui éclaire le passé pour mieux comprendre le présent.
Juste en face, la Berlinische Galerie est un musée d’art moderne et contemporain phare. De Dada à la Nouvelle objectivité, en passant par l’Expressionnisme, sa collection consacrée à l’art berlinois donne à voir un reflet captivant de l’histoire de la capitale, narrée à travers les révolutions artistiques du 20e siècle. La modernité de Berlin ne date pas d’hier.
Cultures urbaines à Kreuzberg

Très marqué par la présence des squats et d´une culture militante, Kreuzberg se transforme depuis quelques années pour ouvrir la voie à une nouvelle génération de créatifs. Autrefois fréquenté par David Bowie et Iggy Pop, le SO36, qui trône sur Oranienstrasse est l’un des clubs alternatifs légendaires de la capitale, vestige d´une époque en voie de disparition.
Les rues environnantes sont désormais jonchées de boutiques de disques et friperies vintage, bars et boutiques branchés. Le Coretex est le rendez-vous clé des amateurs de rock hardcore, le Bateau Ivre fait tanguer les cœurs, les métalleux se retrouvent au Trinkteufel, tandis que l´ancienne maison close Madame Claude, saturée de néons rouges, appelle les amateurs de cabarets macabres. Que vous soyez geek ou skater, punk ou hipster, à Berlin, tous les goûts sont dans la nature…
Mais à présent, la nouvelle vague berlinoise est surtout artistique. Pôle créatif interdisciplinaire, où gravitent des artistes venus du monde entier, le Hebbel am Ufer (HAU) est l´un des lieux créatifs les plus excitants de toute l´Europe, au dynamisme extraordinaire. Théâtre documentaire d´Amérique latine, performances d´Europe de l´Est, art contemporain japonais… Ici, la création ne connaît pas de frontière !
Cultures urbaines à Friedrichshain

L´un des lieux les plus emblématiques de cette évolution est Raw-Tempel (photo), situé dans Revaler Strasse. Cet ancien atelier ferroviaire possède un aspect vertigineux et post-apocalyptique. À l´intérieur, une multitude d’entrepôts constellés de graffitis s’imbriquent. La décoration est complètement surréaliste, des baignoires éventrées obstruent le passage, des pantins patibulaires dégringolent des murs.
Ce lieu mythique était l´un des projets artistiques les plus ambitieux du quartier, abritant même une école de cirque. Au cours des dernières années, un grand nombre d´espaces ont été privatisés, et RAW s´est transformé en épicentre des cultures urbaines. Concerts de rock et soirées électro alternent au Cassiopeia et à l´Astra, tandis que le Badehaus accueille plutôt des groupes de jazz des Balkans. Sans oublier l’immense skatepark, la salle d´escalade, et, bien sûr, le marché aux puces du dimanche, qui livre une concurrence effrénée à celui, très réputé, de Boxhagener Platz.
Tout autour, les rues autour de la très branchée Simon-Dach-Strasse sont envahies de boutiques de designers et de coiffeurs New Age. Jeunes couples d’architectes assortis de dalmatiens solennels, punks nostalgiques aux tatouages protubérants, hommes d´affaires en costard qui dégustent des glaces… À l´image de Brooklyn à New York, Friedrichshain est aujourd’hui devenu le foyer nombriliste du « Come as you are », où chacun se délecte de pouvoir inventer sa manière d’être et son mode de vie.
Neukölln : la nouvelle bohème

Ici, on vit au rythme des petites gueulantes du quotidien, dans un foisonnement d’anecdotes et de mini-scandales. Cet authentique quartier berlinois, au charme quelque peu désuet, est connu pour son atmosphère encanaillée. De rudes bonhommes à la langue bien pendue, gueulards et rigolards, renardent dans des tripots noyés dans les effluves de la liqueur Jägermeister, baignés dans des nuages de fumée.
Depuis quelques années, ces troquets populaires oldschool sont reconvertis en bars tendance, éclairés seulement par quelques bougies, où l´on vibre au rythme des basses électro, avant de s´affaler dans les canapés défoncés. Dans le quartier autour de Weserstrasse et Reuterstrasse, les bars branchés (Freies Neukölln, Ä, Kuschlowski), galeries et salons de piercings ont poussé comme des champignons. Une nouvelle bohème aux tenues fluorescentes a pris d´assaut l´ancien vilain petit canard.
Artistes et créatifs du monde entier coexistent à présent avec les vieux immigrés turcs, yougoslaves, polonais, dans une sérénité qui crée le pouvoir de séduction du quartier. Afin d´offrir un écho à cette diversité sociale, le théâtre Heimathafen – un théâtre populaire où les flows hip-hop se mêlent à la sauce kébab – multiplie les soirées slam. Des pièces y traitent des révolutions arabes, ou tournent en dérision le folklore du quartier.
Pop culture à Neukölln

Là où Kreuzberg attire des galeries de plus en plus chic, reflet d’une certaine intégration sur le marché de l’art international, les Galerie im Saalbau et Galerie im Körnerpark de Neukölln préservent une proximité avec la dimension cosmopolite du quartier. Elles semblent accueillir le monde entier entre leurs murs, avec des œuvres qui nous entraînent de Bamako à Podgorica, sans oublier bien sûr l’inévitable détour par Istanbul.
Ce foisonnement culturel parvient à son apogée, tous les ans en juin, lors du festival 48 Stunden Neukölln. Au cours de cette manifestation palpitante, environ 600 évènements se répartissent sur 300 lieux. Performances de danse, expositions, pièces de théâtre, concerts et lectures s´égrènent à travers les rues, célébrant le droit à la culture pour tous.
Enfin, toute l´année, la Werkstatt der Kulturen propose de découvrir des cinéastes et musiciens du monde entier et organise de nombreuses célébrations en l´honneur de la diversité culturelle. Elle est à l´origine du populaire Carnaval des cultures (photo), un défilé tourbillonnant lors duquel près de 48 000 troupes submergent les rues de Neukölln et Kreuzberg. Fanfares brésiliennes, danses folkloriques boliviennes, compagnies royales thaïlandaises, percussionnistes d’ici ou d’ailleurs…
Au cours de cette fête enivrante, à la diversité incroyable, qui rassemble des Berlinois tous azimuts, le multikulti est plus que jamais à l’honneur !
Toutes les cuisines du monde

Tour du monde en cuisine, Berlin épate également par sa succulente cuisine asiatique. Le Cunô de Schlesische Str. et le Hamy de Hasenheide, proposent des nouilles de riz, de succulents currys au lait de coco et des bo-bun parsemés de coriandre, dont les saveurs subtiles ravissent mêmes les palais les plus exigeants. Autre coup de cœur : le Princess Kim-Chi, un restaurant coréen qui surplombe un cadre somptueux.
En quête de dépaysement gustatif, les plus gourmands sont conviés à faire une excursion du côté des Caraïbes, à la rencontre de l´infinie variété de poissons frais du restaurant jamaïcain de Kirk, le Rosa Caleta.
Back to the Roots : de là jusqu´en Éthiopie, il n´y a qu´un pas… Situé au bord du canal, le Langano laisse affleurer les sensations de l’Afrique. Notre plat favori, le Bejainetu est une immense crêpe composite, parsemée pêle-mêle de lentilles, de bœuf, d´agneau, de poulet, le tout saupoudré de curry aux oignons. On repart en se léchant les babines… Et les doigts, car on mange bien sûr sans fourchette !
Et un petit dernier pour la route : le Matriochka, un restaurant russe à Boxhagenerstrasse. Pour moins de 10 €, on peut goûter à tous les basiques de la cuisine russe, du bœuf stroganoff aux délicieux blinis au saumon et à la vodka. Et même au Kchvanchkara, le vin préféré de Staline. Comme le précise le menu, ce n’était pas la faute du vin !
Fiche pratique

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Office de tourisme de Berlin
Office de tourisme d'Allemagne
Comment y aller ?
Air Berlin dessert l’aéroport de Berlin-Tegel depuis Paris-Orly et Bâle-Mulhouse. Vols à partir de 49,99 € TTC.
Berlin est également reliée à Paris-CDG et à d’autres aéroports français en vol direct ou avec escales, en vol low cost ou régulier (Lufthansa, Air France...)
Où dormir ?
Trouvez votre hôtel à Berlin ou une chambre chez l'habitant.
Ou manger ?
- Hasir (Restaurant turc) : Adalbertstr. 12
- Baraka (Restaurant marocain et égyptien) : Lausitzer Platz 6
- Cunô (Restaurant vietnamien) : Schlesische Str. 5
- Hamy (Restaurant vietnamien) : Hasenheide 10
- Princess Kim-Chi (Restaurant coréen) : Skalitzerstr. 36
- Rosa Caleta (Restaurant jamaïcain) : Muskauerstr. 9
- Langano (Restaurant éthiopien) : Kohlfurterstr. 44
- Matriochka (Restaurant russe) : Boxhagenerstr. 60
Ou sortir?
- SO36 : Oranienstr. 190
- Festsaal Kreuzberg : Skalitzerstr. 130
- RAW-Tempel : Revalerstr. 99
- Bateau Ivre : Oranienstr. 18
- Trinkteufel : Naunynstr. 60
- Madame Claude : Lübbener Straße 19
- Freies Neukölln, Ä, Kuschlowski : Weserstr. à Neukölln
Musées et galeries
- Kreuzberg Museum : Adalbertstr. 95A
- Berlinische Galerie : Alte Jakobstr. 124
- Musée Juif : Lindenstr. 9-14
- Bethanien : Mariannenplatz 2
- Librairie et galerie NGBK : Oranienstr. 25
- Galerie im Saalbau : Karl-Marx-Str. 141
- Galerie im Körnerpark : Schierkerstr. 8
Centres culturels et théâtres
- Werkstatt der Kulturen : Wissmannstr.32
- Ballhaus Naunynstr. : Naunynstr. 27
- Hebbel am Ufer (HAU) : Stresemannstr.29, Hallesches Ufer 32, Tempelhofer Ufer 10
- Heimathafen : Karl-Marx-Strasse 141
- Neuköllner Oper : Karl-Marx-Strasse 131
Pour se tenir informé
Berlin Poche est LE magazine culturel des francophones à Berlin. Des bons plans concerts, soirées, expos, théâtre, littérature, mode… Un agenda toujours à jour pour survivre dans la jungle culturelle berlinoise, et plein de places à gagner !
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