Balades insolites dans Paris

30 août 2011

Vous pensez connaître Paris par cœur ? La capitale vous surprendra toujours. Car, au-delà des incontournables de carte postale, Paname possède son lot de secrets, d’histoires et de quartiers méconnus.
Paradis des piétons, Paris se découvre à pied. On prend alors le temps de l’admirer et de (re)découvrir ce que les passants trop pressés ont tendance à négliger. Les murs de Paris ont une mémoire d’éléphant : s’ils pouvaient parler, ils auraient long à nous dire. Sur les alchimistes, les souvenirs d’Égypte, l’architecture contemporaine ou les luttes populaires.
On ne se lasse pas de (re)visiter Paris. Alors, chaussez vos baskets : partagez nos promenades insolites dans Paris inspirées par les Guides du Routard Paris balades et Paris. Une source de plaisir inépuisable… et pas loin de chez vous !



Le Paris de l’alchimie et de l’ésotérisme

Venue d’Orient, l’alchimie connaît son apogée en France au XIIIe siècle. Dans leurs laboratoires clandestins, les alchimistes parisiens consacrent leur vie à trouver le secret des secrets : la transmutation des métaux ou l’art de changer le plomb en or. Non pas pour s’enrichir, mais pour s’élever au-dessus de l’humaine condition. La pierre philosophale, qui transformait celui qui la trouvait en « faiseur d’or », était censée donner l’immortalité.
L’achèvement de Notre-Dame-de-Paris ravit les alchimistes : les ornementations de la cathédrale constituent, à leurs yeux, une allégorie de l’art suprême. Jusqu’au XVIIe siècle, le cœur de Paris – l’île de la Cité et le Marais – forme le creuset de l’alchimie parisienne.
Aujourd’hui, plusieurs lieux portent le souvenir des alchimistes. Parmi ceux-ci :
- Le musée de Cluny (à l’angle des boulevards Saint-Germain et St-Michel, 5e) : le musée du Moyen Âge recèle la pierre tombale de l’alchimiste Nicolas Flamel et la tenture La Dame à la Licorne, allégorie de l’art alchimique.
- Notre-Dame-de-Paris (île de la Cité, 4e, photo) : l’ « abrégé le plus satisfaisant de la science hermétique » selon Victor Hugo. Le portail central (ou portail du Jugement) contient nombre de symboles alchimiques, comme la salamandre.
- La tour Saint-Jacques (41, rue de Rivoli, 4e) : ce clocher est tout ce qui reste de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie, construite en 1060 et détruite en 1797. La tour serait un carrefour de courants telluriques dont les gargouilles indiqueraient les axes. Voire un grimoire à interpréter… C’est pour cette raison que les surréalistes l’affectionnaient particulièrement. Nicolas Flamel avait sa maison face à la tour, d’où démarre l’un des chemins de Compostelle.
- La maison de Nicolas Flamel (51, rue de Montmorency, 3e) : l’une des plus vieilles maisons de Paris, construite en 1407. La façade est toujours ornée de figures et inscriptions, dont la devise alchimique : « ora et labora » (« prie et travaille »).
Paris libertin et coquin : des Tuileries à Montparnasse

Le Paris coquin et libertin ne se limite pas aux néons glauques et aux pièges à touristes de Pigalle. Ville de l’amour, Paris a, tout au long de son histoire, abrité des lieux où ardeurs du désir, élans du cœur et frasques sexuelles se sont épanouis. Certains n’existent plus, d’autres ont changé de vocation.
Il est possible de dresser une carte du tendre au fil des vingt arrondissements de Paris. De jardins en musées, de restaurants en hôtels particuliers, cette carte nous révèle un Paris insoupçonné.
Des Tuileries à Montparnasse, de nombreux sites possèdent leur lot de secrets d’alcôve et de rendez-vous galants, parmi lesquels :
- Jardin des Tuileries (1e arrdt) : en 1640, on l’appelait le « rendez-vous du beau monde et des galanteries ». A la nuit tombée, les allées isolées et les bosquets étaient le cadre d’une intense « activité ». Aujourd’hui, on y drague encore – au masculin exclusivement – du côté de la terrasse du Bord-de-l’Eau.
- Restaurant Lapérouse (51, quai des Grands-Augustins, 6e arrdt, photo) : installé dans ses murs depuis le XVIIIe s., ce resto chic a la particularité d’abriter, encore aujourd’hui, de fameux salons particuliers pourvus de confortables banquettes de velours rouge… pour s’ébattre en toute discrétion !
- Jardin du Luxembourg (6e arrdt) : ah, le Luxembourg, ses statues de faune, sa fontaine de Médicis où un dieu jaloux épie des amants alanguis, son bassin où, aux beaux jours, de belles lectrices esseulées se font aborder par des poètes plus ou moins maudits ou des hommes mariés plus ou moins pressés… Au Luxembourg, on drague, avec plus ou moins de bonheur ! Dejà, au XIXe s., le parc était propice aux rendez-vous galants.
- Le Sphinx (31, boulevard Edgar-Quinet, 14e arrdt) : un «établissement » sans équivalent dédié au luxe et aux voluptés. Bar, dancing, salons et chambres luxueuses… le tout-Paris des lettres, du music-hall, du cinéma et de la politique a fréquenté le Sphinx : Maurice Chevalier, Mistinguett, Colette, Albert Londres, Simenon, Henry Miller. N’essayez pas de réserver : il ne reste plus rien de ce monument du Montparnasse bohème des années folles.
Paris et le cinéma : Montmartre

Paris et le cinéma, c’est une grande histoire d’amour. La ville lumière ne pouvait qu’inspirer les cinéastes. Parmi tous ses quartiers, Montmartre est l’un des endroits les plus prisés du 7e Art. Pittoresque, la Butte l’a toujours été : au tournant du siècle, elle a été immortalisée maintes fois par le pinceau de Renoir, Toulouse-Lautrec, Picasso, Utrillo…
Montmartre a longtemps été un foyer du spectacle vivant avec les premiers cafés-concerts, où furent organisées, au début du XXe siècle, les premières projections du cinématographe.
Prêt pour une balade cinéphile à Montmartre ? On compte de nombreux lieux culte du cinéma dans le quartier, dont :
- Le Bal du Moulin-Rouge (place Blanche, 18e arrdt, photo) : le célèbre cabaret immortalisé par Toulouse-Lautrec est un lieu photogénique qui a inspiré les cinéastes : Jean Renoir avec French Cancan, John Huston avec Moulin-Rouge qui est également le titre du film de Baz Luhrmann avec Nicole Kidman et Ewan McGregor. Aucun film n’a été tourné sur place mais aux studios de Billancourt, à Hollywood et à… Sydney, en Australie !
- Studio 28 (rue Tholozé, 18e arrdt) : toujours en activité, ce cinéma, créé en 1928, a été la première salle d’avant-garde en France. En 1930, la projection de L’Âge d’or de Luis Buñuel fait scandale et le film va être interdit jusqu’en… 1981. Le magnifique décor du Studio 28 est signé Jean Cocteau qui a été intronisé patron du cinéma dans l’après-guerre.
- Café-tabac des 2 Moulins (15, rue Lepic, 18e arrdt) : ce tranquille café de quartier est devenu une destination touristique depuis que Jean-Pierre Jeunet y a tourné Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. L’affiche du film est collée au mur du fond.
- Place de Clichy (18e arrdt) : en sortant du métro, sur le terre-plein au milieu de la place, vous êtes à l’endroit où Antoine Doinel, héros des 400 coups de Truffaut surprend sa mère en train d’embrasser un inconnu. Truffaut est un enfant du quartier : il a grandi près de Pigalle et repose au cimetière Montmartre.
Mai-68 au Quartier latin

En 1968, la France gaulliste est un cocktail explosif d’archaïsme et de modernité. Modernisée grâce à la démocratisation de l’école, la société française est archaïque par bien des aspects : patriarcat et machisme dans la famille, bureaucratie et autoritarisme dans l’entreprise. La jeunesse, excédée par la rigidité de « la France de papa », est prête à s’embraser.
C’est l’occupation de la fac de Nanterre le 22 mars 1968 qui met le feu aux poudres. Dans la foulée est créé le « mouvement du 22 mars » dont l’un des animateurs est Daniel Cohn-Bendit. Le 2 mai, le recteur fait fermer Nanterre.
Le lendemain, la police fait évacuer la Sorbonne et les étudiants dressent des barricades dans le Quartier latin. Pendant un mois, les étudiants résistent contre les matraques et gaz lacrymogènes des CRS. Mais, surtout, ils mettent l’imagination au pouvoir. Car Mai-68 est une révolte joyeuse, qui invente de nouvelles utopies, de nouvelles solidarités et va accoucher de la France moderne.
De l’université, la révolte gagne la France entière avec une grève générale qui débouche sur des avancées sociales. Le parti gaulliste aura beau remporter largement les législatives de juin, la France ne sera plus jamais la même…
Le Quartier latin s’est bien embourgeoisé, mais les lieux de mai-68 sont toujours là. Voici quelques-uns des plus emblématiques :
- La Sorbonne (place de la Sorbonne, 5e arrdt, photo) : c’est de la vieille Sorbonne – fondée au XIIIe s. – que part la révolte du Quartier latin, le 3 mai. C’est aussi ici, dans le grand amphithéâtre, qu’ont lieu les débats, les AG, les réunions des étudiants qui occupent la fac (ils ne sont pas les seuls !), réinventent le monde et résistent à la police.
- Place Edmond-Rostand (6e arrdt) : le célèbre slogan « sous les pavés, la plage » est né ici. En déterrant les pavés de la place pour dresser des barricades, les manifestants découvrent au-dessous du sable blond !
- Rue Gay-Lussac (5e arrdt) : épicentre de la mobilisation étudiante, cette rue haussmannienne bien large n’était pas très indiquée pour dresser des barricades. Dans la nuit du 10 au 11 mai, la rue est la cadre d’une lutte homérique entre étudiants et CRS. Le lendemain, le pouvoir recule : la Sorbonne est rouverte et les étudiants arrêtés libérés.
- Le théâtre de l’Odéon (place de l’Odéon, 6e arrdt) : occupé à partir du 15 mai, il est transformé en un forum permanent sur le théâtre populaire, la création dans la société de consommation et la révolution par l’art. Un des hauts-lieux de mai-68.
Architecture contemporaine : Bastille – Bercy – Tolbiac

Les XIIe et XIIIe arrondissements ont connu d’importants changements urbains ces vingt dernières années, particulièrement entre la gare d’Austerlitz et le boulevard Masséna. Spectaculaires, audacieux, aux volumes et aux formes surprenants, certains bâtiments, dus aux plus grands architectes actuels, sont devenus des monuments à part entière.
De l’opéra Bastille à la nouvelle Université Paris 7, un point commun unit ces innovations architecturales : la culture, qui a (enfin) investi l’Est parisien. Une excellente nouvelle, en plus d’une balade surprenante.
Au cours de votre balade, ne manquez pas :
- Opéra Bastille (place de la Bastille, 12e) : un « opéra populaire », voulu par François Mitterrand, qui est inauguré le 13 juillet 1989 à la veille du bicentenaire de la Révolution française. Œuvre de l’architecte canado-uruguayen Carlos Ott, le bâtiment est controversé. La salle jouit d’une acoustique exceptionnelle et marie avec bonheur couleurs chaleureuses (bois) et épure.
- Parc de Bercy (12e arrdt) : aménagement totalement réussi des anciens entrepôts de vin, dû à l’architecte Bernard Leroy et aux paysagistes Ian Le Caisne et Philippe Raguin, qui ont parsemé leur création de « fabriques » à l’ancienne.
- Cinémathèque française (51, rue de Bercy, 12e) : étonnant bâtiment aux allures de décor de film expressionniste que l’on doit au Canadien Frank O. Gehry. Oui, le père du Guggenheim de Bilbao himself ! Conçu à l’origine pour abriter l’American Center, il a été réaménagé en cinémathèque par Dominique Brard en 2005.
- Bibliothèque nationale de France François-Mitterrand (13e arrdt, photo) : œuvre de Dominique Perrault, elle a été voulue par le président socialiste. L’esplanade est dominée par quatre tours en forme de livre aux noms symboliques (le Temps, les Lois, les Nombres, les Lettres). En contrebas, une forêt de pins, allégorie du temps, de la matière et du repos.
Fiche pratique
Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Paris.
Guide du Routard Paris Balades : des balades thématiques dans Paname
Guide du Routard Paris : tous les bons plans, les anecdotes insolites et tuyaux inédits sur la capitale
Office de tourisme de Paris
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