Au cœur de Naples

Naples
Naples © Sergii Figurnyi - stock.adobe.com

Qui n’a pas visité Naples ne connaît pas vraiment l’Italie. Le verbe haut et les gesticulations théâtrales des Napolitains, leur goût pour la superstition et l’exagération baroque, le caractère frondeur et éruptif de la ville… tout ici respire l’italianité.

Pour prendre le pouls de Naples, rien ne vaut une balade dans son cœur historique, autour de Spaccanapoli. Le vieux Naples, à la différence des centres-villes européens, a eu le bon goût de ne pas s’embourgeoiser. S’y promener offre l’occasion de découvrir son peuple coloré, dans des rues où des églises et des palais magnifiques côtoient des immeubles populaires et délabrés, avec le linge étendu aux fenêtres.

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Le chant de la sirène

Jean-Philippe Damiani

A peine sorti de la gare, Piazza Garibaldi, ou descendu du ferry, au Molo Beverello, Naples fait l’effet d’un tourbillon. Trafic des plus chaotiques, hordes de voitures, de taxis et de vespas, feux rouges parfois inutiles, chantier du métro au milieu de la chaussée, marchands de rue pas toujours légaux, conversations animées des habitants : la rue est une scène bruyante et frénétique.

Observer les Napolitains, écouter la musique de leur langue, suivre des yeux leurs gestes théâtraux et codifiés font partie des plaisirs d’un voyage à Naples. L’exubérance semble, ici, un art de vivre. Les Napolitains sont nés, rappelons-le, sous l’ombre d’un volcan.

La légende raconte que Naples a été fondée par la sirène Parthénope. Désespérée de n’avoir séduit Ulysse, elle se serait laissée mourir sur l’îlot de Mégaris, non loin de Naples, à laquelle elle aurait donné son nom.

Des générations de voyageurs ont, par la suite, succombé au chant de la sirène parthénopéenne. Naples (fondée, en fait, par les Grecs au VIIIe siècle av. J.-C.) a longtemps été une ville à la mode. Après la découverte de Pompéi, au XVIIIe siècle, la cité sous le volcan fut l’une des étapes obligées des voyages en Italie très prisés, un siècle plus tard, par les romantiques. Lamartine, Goethe et Stendhal, pour qui Naples était « la plus belle ville de l’univers », comptent parmi les illustres visiteurs de la cité.

Ils vinrent y chercher ce qu’on n’y trouve nulle part ailleurs. Une ville où trois millénaires d’histoire ont laissé des traces, mais qui est tout sauf un musée. Naples vibre de cette vie éclatante qui manque aux cités du nord. De ce point de vue, elle n’a sans doute guère changé depuis les voyages de Goethe ou de Stendhal.

Chasse aux trésors à Spaccanapoli

Jean-Philippe Damiani

C’est dans le quartier autour de Spaccanapoli que la culture napolitaine se donne à voir dans toute sa richesse. Spaccanapoli signifie « fend Naples » : cette rue (en fait la succession de plusieurs ruelles), longue de 2 km et large d’à peine 6 mètres, divise la ville en deux.

De chaque côté se déploie un labyrinthe de vicoli, les ruelles caractéristiques de la Naples ancienne et populaire. Ce quartier correspond à la ville gréco-romaine : Spaccanapoli reprend d’ailleurs le tracé de l’un des decumani romains, ces axes qui quadrillaient la ville.

L’entrée dans le vieux Naples se fait par la piazza del Gesù Nuovo, une place napolitaine typique où trône la baroque Flèche de l’Immaculée. Vittorio de Sica y tourna plusieurs scènes de Mariage à l’italienne.

N’y cherchez pas une unité de style : elle n’en a pas. Cette place, tout comme Naples, s’est construite au fil des dynasties qui ont jalonné son histoire mouvementée. Avant d’être rattachée au royaume d’Italie en 1860, la ville a été sous la coupe des Grecs, des Romains, des Normands, des Angevins, des Aragonais et des Espagnols. Et cette histoire se lit sur les murs.

Sur la place, la monumentale église del Gesù Nuovo a gardé la façade Renaissance à pointes de diamant du palais des Sanseverino dans laquelle elle a été fondée à la fin du XVIe siècle. Mais, à l’intérieur, c’est une débauche baroque, toute de marbre, qui attend le visiteur. Une profonde ferveur religieuse s’y exprime, non dénuée de superstition si l’on en juge aux centaines d’ex-voto que les Napolitains ont laissé dans l’église.

De l’autre côté de la rue, le très beau monastère Santa Chiara a, quant à lui, été restauré après la Seconde Guerre mondiale dans son style gothique initial. Dans son cloître, à l’ombre des orangers, se dressent de superbes colonnes recouvertes de majoliques, ces faïences inspirées par les azuleijos ibériques.

Le trésor de Spaccanapoli est, quant à lui, bien caché dans un vicolo derrière San Domenico : c’est la fastueuse chapelle Sansevero, truffée de symboles maçonniques, où se trouve l’un des chefs-d’œuvre du baroque tardif, le Christ voilé de Giuseppe Sanmartino.

La rue est une scène

Jean-Philippe Damiani

C’est la rue qui offre le contraste le plus saisissant du vieux Naples : ce véritable musée en plein air, où se déploient le faste des églises et des édifices, se trouve dans un quartier aux immeubles pour la plupart vétustes, resté authentiquement populaire. Le cœur de Naples n’a pas connu la gentrification à l’œuvre dans les grandes villes du monde. Spaccanapoli n’est ni le Marais, ni le Campo dei Fiori. Tant mieux !

En fait, le quartier est loin de transpirer la richesse. Des familles très modestes y vivent encore dans les bassi, des pièces uniques donnant de plain pied sur la rue. Aujourd’hui, ces logements précaires sont toutefois en voie de disparition ; certains ont été réhabilités et transformés en magasins.

Ouvrez les yeux, la rue est un théâtre grandeur nature : le linge est étendu aux fenêtres, les moteurs des vespas résonnent dans les vicoli, les artisans travaillent sur le pas de leur magasin, les pâtisseries et pizzerie s’ouvrent sur la rue, les gamins jouent au foot sur les places et les échoppes, où l’on trouve toutes sortes d’objets, font penser aux souks marocains. Bienvenue en Méditerranée !

Dans la Via dei Tribunali, un marché s’est installé sous des arcades romaines, tandis que dans la via San Gregorio Armeno se succèdent les boutiques-ateliers de santons des crèches de Noël. On s’attendrait presque à voir surgir Scapin au coin de la rue.

Si l’on voit encore des vieilles mammas discutant assises sur une chaise devant leur porte, les jeunes sont très nombreux dans le quartier, qui est aussi universitaire.

« Comme tous les Napolitains, les habitants de Spaccanapoli sont très attachés à leur quartier. On est d’ici tout autant que de Naples. », nous confie Angela, étudiante à l’université Orientale di Napoli. « Spaccanapoli, c’est un mélange très sympa, entre des vieilles familles du quartier, des travailleurs et des étudiants. Un résumé de Naples ! »

Un petit village italien alors ? Dans le centre de la troisième ville italienne, la vie s’organise, comme dans un village, autour de la place principale, piazza San Domenico Maggiore où se trouve l’excellente pâtisserie Scaturchio. Faites-y une halte pour goûter à ses babas d’une blondeur alléchante.

Pizza, mozzarella et caetera

Jean-Philippe Damiani

Naples compte parmi les capitales gastronomiques de l’Italie. Avec d’un côté la généreuse terre de Campanie, gorgée de soleil, et de l’autre la Méditerranée, elle offre des plaisirs culinaires simples, mais d’une saveur intense.

Les produits locaux sont en effet exceptionnellement bons. Pour s’en régaler, les routards trouveront leur bonheur autour de Spaccanapoli et de la Via dei Tribunali.

Commençons par la reine de la table : la pizza, née à Naples, se déguste ici sur le pouce, pliée « en mouchoir ». Faites comme les Napolitains et arrêtez vous dans les deux meilleures pizzerie de la Via dei Tribunali, di Matteo et Sorbillo où on les prépare sous vos yeux.

Pour un euro (et oui !), vous aurez droit à la classique margherita (fromage, basilic, tomate) aux couleurs de l’Italie et, pour un peu plus cher, à la pizza fritta farcie de ricotta, mozzarella, tomates fraîches et lardons.

Mais la table napolitaine, c’est bien plus que de la pizza. Faites un tour dans l’un des alimentari (épiceries) typiques de Spaccanapoli, envahis par les pâtes et les victuailles de toutes sortes. Vous y trouverez l’onctueuse mozzarella di bufala, une spécialité de la Campanie préparée au lait de bufflonne (rien à voir avec le plastique sans goût des supermarchés), et de la charcuterie locale comme la saucisse de Naples que l’on accompagne de friariellli (brocolis amers).

Certains vins de la région sont tout à fait recommandables : dans les rouges, le taurasi, un vin de garde puissant et parfumé, n’a rien à envier aux meilleurs chiantis. Quant aux blancs, le falanghina et le falerno, qui se boivent très frais, accompagnent à merveille les poissons et les antipasti de fruits de mer.

La Campanie est également réputée pour son limoncello, une délicieuse liqueur de citron produite sur la côte amalfitaine et à Ischia, qui titre tout de même 35° et se consomme très fraîche à la fin du repas.

Enfin, sur la Via Benedetto Croce, les vitrines de pâtisseries attireront les gourmands avec leurs plantureux baba al limone (baba au limoncello) et la sublime sfogliatella, la douceur préférée des Napolitains : un coquillage de pâte brisée ou feuilletée fourré à la ricotta, à la cannelle, à la vanille et aux écorces d’orange. Irrésistible, surtout avec un bon café !

Naples souterraine : la machine à remonter le temps

Jean-Philippe Damiani

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe une ville sous l’actuelle Naples. Une fois la balade autour de Spaccanapoli achevée, il est possible de visiter la Naples souterraine.

En effet, la cité parthénopéenne, qui s’est constamment transformée au fil de son histoire, donne à voir, dans ses édifices et son urbanisme, plusieurs strates temporelles.

Ainsi, des palazzi de la Renaissance ont été édifiés sur des colonnes romaines ; l’église baroque de San Paolo Maggiore, au début de la Via dei Tribunali, intègre deux colonnes antiques dans sa façade, un mur romain s’appuie sur des fondations grecques, elles-mêmes ensevelies par un glissement de terrain.

Chaque époque a laissé des vestiges sur lesquels on a reconstruit : les murs et le sol de Naples sont une formidable machine à remonter le temps, à l’image du Templo Mayor de Mexico ou des édifices de Cuzco au Pérou.

L’entrée de Napoli Sotteranea se fait sur la Piazza San Gaetano, où l’on découvre les vestiges de l’aqueduc romain construit sous Auguste à partir de cavités laissées par les Grecs qui avaient extrait du tuf pour modeler les remparts de l’antique Neapolis.

Personne ne connaît vraiment l’étendue réelle du sous-sol napolitain : les spéléologues ont recensé pour l’instant 700 cavités pour un espace d’un million de mètres cubes.

Au vico Cinquesanti, un basso conduit à un théâtre greco-romain. Enfin, dans le cloître de San Lorenzo Maggiore, de l’autre côté de la Piazza San Gaetano, il suffit de descendre de quelques mètres pour se transporter des splendeurs gothiques de l’église aux pierres des murailles grecques, en passant, comme dans un mille-feuilles temporel, par les fouilles archéologiques de l’ancien marché romain. Fascinant.

Frissons érotiques au musée archéologique

Jean-Philippe Damiani

Pour continuer ce voyage dans le temps, il ne faut pas manquer le Musée archéologique national dans le quartier voisin de Capodimonte. Ouvert en 1816, il abrite la collection Farnèse, avec son célèbre taureau et son splendide Hercule, mais aussi les trésors archéologiques issus des villes ensevelies par l’éruption du Vésuve de 79 apr. J.-C., dont Pompéi.

Il s’agit de l’un des plus grands musées archéologiques du monde. Mosaïques, peintures, bijoux et objets laissent deviner la vie quotidienne au Ier siècle apr. J.-C.. Les mosaïques, dont la fameuse bataille d’Alexandre retrouvée dans la maison du Faune à Pompéi, sont admirablement conservées.

Le Cabinet secret, qui rassemble des peintures, sculptures et mosaïques érotiques, se visite sur réservation. Longtemps controversées et jugées choquantes (Mussolini l’a même fait murer !), ces salles ne sont ouvertes au public que depuis 2000.

Les œuvres, particulièrement bien conservées, montrent à quel point les anciens avaient intégré sans tabou la sexualité à la vie quotidienne. Elle avait même un sens initiatique et symbolique : les nombreuses statuettes votives ou mosaïques représentant des phallus n’étaient pas les ancêtres des objets érotiques que l’on vend dans des sex-shops. Elles représentaient en fait la fertilité ou le bonheur. Rien à voir avec les plaisirs solitaires.

Les cinéphiles, quant à eux, se souviendront du film Voyage en Italie de Roberto Rossellini et de l’émoi d’Ingrid Bergman devant la beauté des corps statufiés, exposés à son regard. Un trouble, une perte des repères et un ravissement que les voyageurs ressentent à chaque visite de Naples, à condition de savoir s’abandonner à ses outrances et à sa singulière générosité.

Infos pratiques

Jean-Philippe Damiani

Comment y aller ?

Vols directs avec Air France depuis Paris CDG et en correspondance avec Alitalia, Lufthansa ou Swiss depuis les principaux aéroports de province.
Vols low cost directs depuis Paris CDG avec Meridiana  et depuis Orly Sud avec EasyJet.

Où dormir ?

Miseria e Nobiltà B&B : via S. Anna dei Lombardi, 5. Tél : 081-497-11-27. www.bbmiseriaenobilta.it À deux pas de la place Gesù Nuovo, une charmante pension de 4 chambres, très cosy, au 1e étage d’un immeuble moderne. Son nom, qui fait référence à un film de Totò, résume très bien le quartier. De 70 à 90 €.

Centro Turistico Napoli T’Amo : via Toledo 148. tél : 081-552-36-26. www.napolitamo.it En plein centre et à l’étage noble d’un palais du XVIe siècle, une adresse confortable et à l’accueil agréable. De 65 à 165 €.

Où manger une pizza et plus ?

Pizzeria di Matteo : via dei Tribunali, 94. Tél : 081-455-262. Fermé le dimanche et 15 jours en août. Très connue des Napolitains et souvent bondée, cette excellente pizzeria à l’ambiance populaire a connu son heure de gloire lors de la visite d’un certain Bill Clinton lors du G7. Il a du goût ce Bill ! Pizza à partir de 2,50 € en salle. Une aubaine !

Pizzeria Sorbillo Antica : via dei Tribunali, 35. Tlj sf dim 12 h – 15 h 30, 19 h – minuit. Fermé en août. Ce tout petit resto vous propose pas moins de 25 variétés de pizze à partir de 2,50 €.

Trattoria Campagnola : via dei Tribunali, 47. Tél : 081-45-90-34. Fermé le soir et dimanche. Une sorte d’épicerie-bar à vin avec sa petite salle dans l’arrière-boutique. Une adresse d’une simplicité désarmante qui sert de la cuisine traditionnelle. Repas complet autour de 10 €.

Où déguster une bonne pâtisserie ?

Giovanni Scaturchio : piazza San Domenico Maggiore, 19. Tél : 081-551-69-44. Fermé le mardi et 2 semaines en août. Au cœur de Spaccanapoli, l’une des meilleures pâtisseries de Naples. Goûtez aux sfogliatelle et aux baba al limone.

Où acheter des produits locaux ?

Charcuterie Esposito : via Benedetto Croce, 43. tél : 081-551-69-81. Une caverne d’Ali Baba de la gastronomie napolitaine où l’on trouve de tout, et surtout des pâtes, des pâtes, encore des pâtes…

Liens utiles

Informations touristiques sur Naples
www.inaples.it/fra/home.asp

Site de l’office du tourisme de la Campanie
www.turismoregionecampania.it

Musée archéologique national de Naples (en italien et en anglais)
http://cir.campania.beniculturali.it/museoarcheologiconazionale/


Naples souterraine
www.napolisotterranea.it/fr/index21d56.html

Site consacré à la cuisine de la Campanie avec des recettes
www.cookaround.com/cucina/regionale/campania/index.php

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