La Garrotxa, le visage volcanique de la Catalogne

21 juillet 2026

La Garrotxa ! Rien que le nom fleure bon la terre âpre, brutale. Ça tombe bien car le terme “garrotxe” peut se traduire ainsi. Cette comarque (équivalent d’un département), à l’ouest de Gérone, qui vient lécher, dans sa partie haute (Alta Garrotxa), les vallées des Pyrénées Orientales, est le visage volcanique de la Catalogne.
Ne voyez point ici de double sens caliente à une Espagne festive, non, ce territoire est littéralement bosselé de 38 volcans, qui ont marqué son relief au fer rouge. Ces géants désormais aussi rabougris (786 m pour le Croscat) qu’endormis côtoient une vingtaine de coulées de lave piquetées de hêtres et de chênes verts.
Avec son parc naturel (depuis 1982), ses villages sépia, pour certains en équilibre sur des colonnes basaltiques (Castellfollit de la Roca), la Garrotxa, à 1h30 de voiture de Barcelone, colore en vert et de son sable noir, une Catalogne minérale et immémoriale.
Le parc naturel de la zone volcanique de la Garrotxa

Plus de 15 000 hectares (96,4% de sa superficie est “propriété privée”), 11 communes, 28 réserves naturelles, des forêts denses de feuillus et de conifères et une quarantaine de volcans qui ne devraient pas trop vous faire de misères. Contrairement aux humains qui ne se sont pas gênés, eux, pour exploiter le plus vigoureux d’entre eux, le Croscat, en prélevant des lapillis des années 60 aux années 80 avant que des écologistes n’y mettent le holà. Résultat, une large entaille (observable par l’itinéraire pédestre #15) balafre sa silhouette strombolienne, lui qui a craché ses dernières cendres il y a 14 000 ans.
Plus loin, au cœur du cratère du volcan de Santa Margarida, nulle lave en fusion ou magma, mais un ermitage roman (trop souvent fermé) du XIe siècle bien esseulé dans ce pré abandonné. Puis, juste après l’esglesia de Sant Miquel de Sacot, la Fageda d’en Jordà pourrait paraître anodine si cette hêtraie ne prospérait pas sur une coulée de lave. Pour s’en convaincre, il n’y qu’à balader ses pupilles sur les dizaines de tertres (les tossols) alentours.
Plusieurs itinéraires sillonnent le parc naturel. Vous les retrouverez ici : https://parcsnaturals.gencat.cat. L’itinéraire 1 « Fageda d’en Jordà - Volcà Santa Margarida - Volcà Croscat » (boucle de 10,25 km qui se fait en 3h15) offre un beau condensé de la Garrotxa avec quelques surprises (d’étranges sculptures sur le chemin). Ceux qui bouderaient la marche peuvent toujours découvrir la région avec un vol en montgolfière. Pas forcément donné, mais rien de mieux pour toiser les cratères.
Les villages croquignolets de la Garrotxa

A l’est, Besalu a gardé de sa splendeur passée (jadis un éminent comté indépendant) son majestueux (et restauré) pont roman (puente romanic) du XIe siècle, flattant son entrée et enjambant la Fluvia. 105 mètres fortifiés par une tour hexagonale qui mènent à un centre historique et sinueux qui empile les beautés patrimoniales : ici le monastère Sant Pere, là l’esglesia Sant Vicenç avec son fragment de la Vera Cruz, plus loin la muraille ou le quartier juif avec l’un des deux derniers Miqwé (bain juif de purification découvert en 1964) conservés d’Espagne (avec celui de Gérone).
C’est un tout autre spectacle qui vous attend à Castellfollit de la Roca. Bien plus minéral puisque ce bourg riquiqui est juché sur un bandeau d’orgues basaltiques d’un kilomètre de long et de 50 m de haut. Il faut gagner, après 10 minutes de marche, le pont sur la rivière Toronell pour admirer, en contre-plongée, cette merveilleuse presqu’île de pierre formée par deux coulées de lave superposées.

A côté, Olot ferait presque figure de mégalopole avec ses 40 000 habitants. En symbiose avec ses somnolents voisins, la cité, aussi appelée « la ville des volcans », en jouxte pas moins de quatre : la Garrinada, le mini Bisaroques, le Montolivet et, surtout, le Montsacopa, le jeunot de la Garrotxa avec ses 100 000 ans, planté au cœur de la ville. Son cratère de 120 m offre ses flancs à une balade sportive où il fait bon profiter du coucher du soleil, des deux tours de guet et de la chapelle de Sant Francesc (1817). Un autre bâtiment religieux, la néoclassique basilique de Sant Esteve, exhibe un expressif Jésus lesté de sa croix d’El Greco (chapelle de l’Immaculée Conception). Et puis, les férus de modernisme apprécieront les joyaux disséminés aux quatre coins de la ville : la casa Sola Morales rajeunie par le célèbre architecte Lluis Domenech i Montaner au début du XXe siècle, la casa Gaieta Vila ou la casa Masramon.
Enfin, le compact village de pierres de Santa Pau s’enroule autour de son château (XIIIe) et des arcades de sa plaça Major.
Olot est le terrain de jeu favori du trio d’architectes Ramon Vilalta, Carme Pigem et Rafael Aranda (RCR), lauréats du prix Pritzker en 2017. La ville leur doit le restaurant étoilé (deux au Michelin) Les Cols, la Bunka fundacio, l’espace Barberi, le parc de Pedra Tosca, le stade d’athlétisme ou la Row House.
Si la voiture est vivement conseillée, des bus de la compagnie Teisa relient Gérone (environ 4,50€ pour aller à Besalu) ou Barcelone (entre 18€ et 26€ jusqu’à Olot) aux villages de la Garrotxa ainsi que les bourgs entre eux (2,55€ entre Besalu et Castellfollit par exemple).
L’Alta Garrotxa, falaises et arrière-pays sauvage

Voilà un espace d’intérêt naturel perclus d’escarpements et de falaises calcaires. Oublié des transports en commun, ce vaste territoire de près de 33 000 hectares enfile les gorges et les vallées aussi profondes qu’intimidantes jusqu’à celle de Camprodon (de Torrent del Toll, del Llierca, del Bac, de Sadernes, Vall de Beget, etc.) et d’où surgissent de fragiles villages : Beget (merveilleux bourg de carte postale), Sadernes, Montagut, Oix ou Tortella, les portes d’entrée de la Haute Garrotxa.
Une dizaine d’itinéraires pédestres vient rompre la tranquillité de l’Alta Garrotxa en partant à l’assaut de ses rivières (Muga, Sant Aniol), de ses ponts (Llierca), de ses montagnes (El Tallo, Bassegoda) et de ses myriades d’ermitages des XIe et XIIIe siècles (Sant Aniol d’Aguja, Sant Miqueld’Hortmoier), églises (del Mont, Sant Antoni, Santa Cecilia) ou monastères en ruines (Sant Llorenç de Sous). Du vert et des vieilles pierres à foison dans un havre propice au calme et à l’introspection. Vous ne devriez pas être embêté.
Itinerànnia, c’est 2 500 km de sentiers qui connectent la Garrotxa, Alt Emporda et Ripollès. Rien que dans la Garrotxa, on compte plus de 700 km de chemins balisés (panneaux et signalisation jaunes) câblant la Haute Garrotxa à la Vall d'Hostoles, le Collsacabra à Besalú. De quoi faire chauffer ses ischios.
Fiche pratique
Pour préparer votre séjour, consultez notre guide en ligne Catalogne
Office de tourisme de Barcelone
Office du tourisme de la Catalogne
Office du tourisme de la Garrotxa
Aller à Barcelone
Plusieurs vols directs depuis la France avec Vueling, Iberia, Transavia et EasyJet. Également liaison en TGV depuis Paris, Lyon, Marseille et Toulouse. Réservez votre billet d’avion
Bus de la compagnie Teisa pour rejoindre la Garrotxa : https://www.teisa-bus.com/ca/horaris
Où manger ?
La Quinta Justa : Passeig Barcelona, 7, 17800 Olot. A Olot, le restaurant La Quinta Justa ne renie pas les traditions culinaires de la Garrotxa, loin s’en faut. On retrouve donc sur sa carte les pommes de terre d’Olot (des beignets de patates farcis, 9,20€ les 4) ou la poêlée de haricots de Santa Pau avec son effiloché de Butifarra (saucisse traditionnelle et aromatisée de Catalogne, 13,60€) que l’on rencontre aussi en plat principal (Butifarra de Can Riera a la brasa con patatas nuestras o fesols, 12,10€). Menu du jour à 19,40€ et menu « volcanique » rehaussant les saveurs régionales à 40,50€ (pour deux personnes minimum).
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