Caen, millénaire et moderne

Paula Boyer
par Paula Boyer

06 mai 2025

Caen
© claudia - stock.adobe.com

C’est le moment d’aller à Caen ! En 2025, la ville accueille le Tour de France (le 9 juillet) et surtout célèbre à grands renforts de parades, animations et expositions, son « Millénaire ».

Toujours fièrement dominée par le château de Guillaume le Conquérant, cette cité de 109 000 habitants offre aussi un visage résolument moderne dans le nouveau quartier des rives de l’Orne, faisant oublier qu’elle fut sévèrement bombardée en 1944.

Aujourd’hui comme hier, Caen regarde vers la mer. À quelques kilomètres à peine, Ouistreham Riva-Bella, Hermanville et Lion-sur-Mer alignent leurs belles plages de sable blond. Caen, 1 000 ans et toujours jeune !

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Caen, une millénaire étonnement jeune et moderne

Quartier Rives de l’Orne - Caen
Quartier Rives de l’Orne © lucienvatynan - stock.adobe.com

Pour aborder le visage le plus contemporain de Caen, l’idéal est d’arriver en train (2 h 20 depuis Paris–St-Lazare). D’emblée, on se trouve plongé, surtout s’il fait beau, dans une ambiance étonnement jeune et joyeuse - l’université en plein développement accueille 35 000 étudiants. Pour cela, il faut sortir de la gare du côté des Rives de l’Orne.

Ce fleuve traverse la capitale de la Basse-Normandie. Et le canal creusé au XIXe s pour relier Caen à la Manche forme, dans ce coin, une presqu’île longtemps vouée aux friches industrielles. Une opération d’urbanisme a tout métamorphosé. Le tramway vient désormais par là et un vaste éco-quartier a fait pousser immeubles modernes, rues larges et places avenantes.

Quai Vendeuvre - Caen
Quai Vendeuvre © david-bgn - stock.adobe.com

Magasins, cinémas, cafés, restaurants voisinent avec les salles du Cargö, dédiées aux musiques actuelles, et les 500 sièges de co-working et bureaux du Moho. Devenues un lieu incontournable pour boire un verre, manger, faire du shopping et même travailler, les Rives de l’Orne et la presqu’île attirent la jeunesse locale.

Autre spot en vogue, le quai Vendeuvre tout proche, qui longe le bassin Saint-Pierre (il abrite le port de plaisance), fait cohabiter allée piétonne, piste cyclable et bistrots.

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Ne pas rater, le dimanche matin, le marché animé qui s’étire du quai Vendeuvre à la place de Courtonne. Etals nombreux et colorés.

Caen : 1 000 ans d'histoire

Caen médiévale - mur du château
Caen médiévale - mur du château © Dmitry Tonkopi - stock.adobe.com

Ce coup de jeune n’empêche pas la ville de cultiver son passé. Caen fête cette année avec éclat son millénaire. C’est en effet en 1025 que, pour la première fois, « Cadomus » a été mentionné sur une charte ducale.

Bien entendu, Caen n’a pas surgi alors ex-nihilo. Habité dès le néolithique, le site vit prospérer un village d’artisans à l’époque gallo-romaine. « Au début du XIe siècle, ajoute Jean-Marie Levesque, directeur du Musée de Normandie et du château, Caen était déjà un bourg, un port et une importante place de foires. » S’y vendaient des céréales, des draps et la pierre calcaire locale si facile à tailler s’exportait jusqu’en Angleterre.

Cette cité médiévale, alors blottie sur la seule rive gauche de l’Orne, devient un lieu de pouvoir et la deuxième ville normande après Rouen, lorsque Guillaume le Conquérant assied son autorité en Normandie occidentale.

Vers 1060, le nouveau duc de Normandie décide d’y édifier un château qui sera sa résidence principale. Un acte politique majeur conforté par l’émergence de deux faubourgs, chacun autour d’une abbaye bénédictine, l’abbaye aux Hommes fondée en 1063 par le duc lui-même ; et, l’abbaye aux Dames fondée par son épouse Mathilde de Flandres. Lorsqu’après la bataille d'Hastings (1066), Guillaume devient roi d’Angleterre, Caen acquiert une importance encore plus stratégique.

Place Saint-Sauveur
Place Saint-Sauveur © Paula Boyer

De la cité médiévale, il reste peu de choses, sinon la tour Leroy (sur le boulevard des Alliés) et quelques éléments de remparts et d’architecture. La rue Froide, dans l’ancien quartier des imprimeurs (sur place, plusieurs librairies indépendantes) a une allure assez médiévale, mais ses façades datent du XVIe, tout comme les jolies maisons à pans de bois sculptés des 52 et 54, rue Saint-Pierre.

Sur l’actuelle place Saint-Sauveur, jadis appelée place du Pilori ou du Vieux-Marché, il ne reste rien des maisons en bois et des passages couverts du Moyen-Age. D’allure désormais très classique, cette place est depuis peu égayée par les figures en aluminium - controversées - de l’artiste néerlandais Joep Van Lieshout. Le marché s’y tient toujours.

Abbaye aux Hommes - Caen
Abbaye aux Hommes © milosk50 - stock.adobe.com

Ce sont les églises qui témoignent le mieux du passé médiéval de Caen. Ainsi, Saint-Pierre joue magnifiquement sur la transition des styles - gothique rayonnant et flamboyant puis Renaissance - à l’abri de son haut clocher XIVe s.

L’abbaye aux Hommes (120 moines au Moyen-Age) est, quant à elle, une pure merveille. Abandonnée à partir du XVIe, reconstruite au XVIIIe, elle a été transformée en lycée en 1804 puis en hôtel de ville en 1965. L’ancien scriptorium accueille des expositions temporaires (jusqu’au 11 mai, "Les 1000 ans de Caen"). Des visites guidées font découvrir l’imposant cloître et quelques-unes des plus belles salles du XVIIIe s.

Intérieur de l'église abbatiale de la Trinité - Caen
Intérieur de l'église abbatiale de la Trinité © photogolfer - stock.adobe.com

Ne pas rater, dans la foulée, la grandiose église abbatiale Saint-Etienne contiguë : un chef-d'œuvre de l'art roman normand même si le chœur a été remanié à l’époque gothique. Elle a inspiré beaucoup d’églises anglaises construites après la conquête de l’Angleterre. Le duc Guillaume y est inhumé.

À l'autre bout de la ville, se dresse l'abbaye aux Dames qui fut très prospère du XIe siècle à la Révolution. Sa fondatrice, la reine Mathilde, repose dans le chœur de l'église abbatiale de la Trinité. Les bâtiments conventuels du XVIIIe s hébergent désormais le siège de la Région Normandie. 

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Dans le cadre des festivités du Millénaire, se tient le 9 mai la « Parade Opératique », un imposant spectacle itinérant, puis du 27 au 29 juin, un week-end baptisé « Caen au fil de l’eau ». Programme complet sur https://www.millenairecaen2025.fr/fr

Le château de Guillaume le Conquérant

Château de Caen
Château de Caen © s4svisuals - stock.adobe.com

Impossible de rater le château de Caen ! Ses puissants remparts juchés sur un éperon rocheux se voient de loin. C’est un des plus grands ensembles fortifiés d’Europe. Mais, celui qui compte y trouver le donjon, édifié vers 1060 à la demande de Guillaume le Conquérant, sera déçu. Seuls l’emplacement au sol et des éléments de dallage de la grande tour anglo-normande édifiée du temps de son fils Henri 1er restent visibles.

Au vrai, comme le dit Jean-Marie Levesque, le directeur du château, « il n’y a pas eu, sur place, un, mais plusieurs châteaux ». Ils se sont juxtaposés, parfois succédé, à l’intérieur de l’enceinte de 5,5 hectares au fur et à mesure que se succédaient aussi duc et rois : Guillaume, ses fils, la dynastie des Plantagenêts, puis le roi de France. Ce dernier fera construire le châtelet à quatre tours, entouré d’un profond fossé, dont les vestiges sont très visibles du haut des remparts.

Musée de Normandie - Caen
Musée de Normandie © Klaus Brauner - stock.adobe.com

Viendront ensuite les Anglais qui renforceront les défenses de Caen. « Le château que l’on voit aujourd’hui est davantage celui de la Guerre de Cent ans que celui de Guillaume de Conquérant », affirme Jean-Marie Levesque.

Devenu château de plaisance après le retour du roi de France en 1450, le site sera endommagé sous la Révolution puis transformé en caserne après la guerre de 1870. Si les bombardements alliés de 1944 ont eu raison des casernes, remparts, salle de l’échiquier, logis du gouverneur et église Saint-Georges ont été restaurés après-guerre. Depuis, des fouilles archéologiques sont menées.

En 1963, le musée de Normandie a été installé dans l’ancien logis des gouverneurs. Le musée des Beaux-Arts a rejoint l’enceinte du château en 1970. Le site a rouvert au public en mars 2025 après deux ans de travaux. Depuis, un grand parc paysager a remplacé l’horrible parking à l’intérieur de l’enceinte.

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Jusqu’au 31 décembre, la salle de l’Échiquier accueille un superbe spectacle immersif (17 min) qui donne à voir et à vivre 1 000 ans d’histoire caennaise. Mieux vaut réviser un peu l’histoire de la ville pour bien en profiter. C’est gratuit, mais il faut réserver.

Nos ancêtres les Vikings...

Parc Ornavik
Parc Ornavik © Paula Boyer

Depuis quelques années, la Normandie redécouvre son héritage viking. Poussés par le besoin de trouver de nouvelles ressources, ces hommes du Nord – les futurs Normands - ont commencé, dès le VIIIe s, à remonter les rivières d’Europe avec leurs bateaux à fond plat. Ils pillèrent et rançonnèrent les riches abbayes chrétiennes et les villes, avant de s’en retourner chez eux. En 911, le roi de France Charles III le Simple leur concéda le territoire compris entre « l’Epte et la mer » en signant avec un de leurs chefs, Rollon, le traité de Saint-Clair-sur-Epte.

Leur épopée et ce traité ont largement façonné la Normandie. Dans le domaine de Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair, en bordure du canal qui relie Caen à la mer, le parc Ornavik créé en 2011 à l’initiative de deux passionnés (Christian Sebire et Christian Heitz) s’inspire des découvertes archéologiques pour construire un village carolingien et un campement viking. Une motte féodale a également été édifiée.

Le lieu s’explore d’avril à novembre lors de visites guidées : les bénévoles au travail expliquent les techniques ancestrales utilisées. Compter deux heures minimum mais une journée n’est pas de trop pour tout voir. Crêperie sur place.

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À l’automne 2026, ouvrira sur ce site un imposant Centre d’interprétation – un projet unique en France - qui présentera de manière dynamique et vivante l’épopée viking, depuis sa naissance, jusqu’à son terme.

Ouistreham, la mer près de Caen

Ouistreham - vélo le long de la plage
Ouistreham - vélo le long de la plage © Paula Boyer

Caen a toujours été liée à la mer, grâce à son port installé d’abord dans l’estuaire de l’Orne, puis sur le canal creusé en 1857.

Les bourgs côtiers tout proches sont, quant à eux, longtemps restés de paisibles villages de pêcheurs. Depuis la fin du XIXe, y sont nées des stations balnéaires prisées des riches Parisiens. Leurs villas cossues, de style assez éclectique, se laissent toujours admirer à Ouistreham, Hermanville et Lion-sur-Mer.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie de celles d’Ouistreham furent détruites par les Allemands pour installer les imposants ouvrages du Mur de l’Atlantique. Cela n’empêcha pas le débarquement allié de 1944 auquel participèrent dans ce coin-là, aux côtés des Anglais, les 177 Français du commando Kieffer.

Aujourd’hui, à Ouistreham, on peut se baigner, pratiquer le char à voile, jouer au Casino Barrière, s’offrir des soins au Centre de thalasso, faire du vélo seul ou avec un historien lors de balades organisées par l’office de tourisme. Et aussi, acheter poissons et coquillages frais au marché couvert ou prendre les bateaux de Brittany Ferries pour rejoindre Portsmouth, en Angleterre.

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Cela vaut le coup de grimper au phare (visite guidée le jeudi, pendant les vacances. Visite libre l’été. (3 €). L’effort (171 marches !) est récompensé par la vue sublime sur la côte, sur Ouistreham et au loin, sur Caen.  

Le Mémorial de Caen : revivre l’histoire du XXe siècle

Intérieur du Mémorial de Caen
Intérieur du Mémorial de Caen © Marie Petit - Calvados Attractivite

Faut-il encore présenter le Mémorial de Caen ? Il retrace, avec force photos, documents et objets d’époque, l’histoire des guerres du XXe s depuis 1918 et la difficile recherche de la paix. Une aile est consacrée à la guerre froide, une salle à la Shoah.  

C’est un outil pédagogique grand public très bien fait, notamment les films « Le Jour J et la Bataille de Normandie » et « L’Europe, notre histoire ». Audioguide. Le bus ligne 2 (direction La Folie-Mémorial) y conduit depuis le centre-ville.

Seul (petit) regret, le parcours s’achève sur une photo de Caen bombardé par les Alliés en 1944. Il est indiqué que 35 % de la ville fut détruite, mais on en sort avec le sentiment qu’elle fut totalement anéantie, comme Le Havre. Ce ne fut pas le cas, même s’il y eût tout de même 2 000 morts.  

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L’abbaye aux Hommes propose (entrée par l'hôtel de ville) l’exposition permanente Un été 44, la vie continue. Un bon rappel de la bataille et la Libération de Caen. Cet été-là, l'abbaye aux Hommes et l'abbatiale Saint Etienne furent converties en "îlot sanitaire".

Fiche pratique

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Office de tourisme de Caen-là-mer

Calvados Tourisme

Comment y aller ?

En train : 2h20 depuis Paris-Saint-Lazare (ligne Paris-Cherbourg)

En voiture : par l’autoroute via l’A84 (gratuite depuis Rennes), l’A28 (depuis Le Mans) ou l’A13 (depuis Paris).

En avion : Caen est relié à plusieurs aéroports français (Lyon, Marseille, Nice, Montpellier, Toulouse, Corse…) par Air France et Volotea, et internationaux via Lyon. Trouvez votre billet d’avion

Bonnes adresses

- Hôtel The People : 15, avec Victor Hugo à Caen. Simple, ambiance jeune et sympa. La double à partir de 80 € (jusqu’à 100 €, selon le taux d’occupation). Petit déj. 12,5 €. Le restaurant sert d’excellentes pizzas, à 12,5 €. Rooftop à l’heure de l’apéro. 

- Le Raphaël : 7, quai Mitterrand à Caen. Ambiance jeune, cuisine française inventive, rooftop agréable. Menu du jour : 24 €. Fermé dim et lundi.

- Le Mancel : c’est le restaurant du château de Caen. Il sert, face aux remparts, une cuisine créative et goûteuse. Entrée + plat : 26 €.

- La voile blanche : 16 pl. Alfred Thomas, à Ouistreham. Excellents poissons et fruits de mer. Menu : 35 €.

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