Low Cost : petits prix et grands effets

05 janvier 2016

Avec la crise et la stagnation de leur pouvoir d’achat, les Français doivent bien souvent revoir leur budget « vacances » à la baisse.
Depuis quelques années, le phénomène des compagnies aériennes à bas coût, qui proposent des prix cassés sur les destinations intra-européennes et internationales, ne cesse de grandir. Et le passager, dans tout ça ? S'il est vrai que la perspective d'un aller Paris - Madrid à moins de 20 euros est séduisante, les vols low cost sont-ils pour autant toujours un bon plan ? Malgré la flexibilité qu'offrent ces nouvelles compagnies, il reste des contraintes à prendre en compte.
Et, bien que les prix d'appel low cost soient alléchants, il peut arriver de payer son billet aussi cher que sur une compagnie traditionnelle. Pour vous retrouver dans la jungle des vols à bas prix, découvrez dans notre dossier quelques principes de base à assimiler sur le low cost.
La révolution « low cost »

La petite histoire
Le phénomène des vols à bas coûts est une formule importée des États-Unis. C'est en 1991 que la compagnie irlandaise Ryanair, s'inspirant de la politique développée par l'américaine Southwest Airlines à partir des années 1970, se restructure pour se concentrer sur des lignes qu'elle exploite à coût et à prix réduits. Sur sa liaison phare Dublin-Londres, elle devient vite un sérieux concurrent de British Airways.
D'autres compagnies prennent rapidement le relais, mais le phénomène explose réellement en Europe à partir de 1997, avec la déréglementation totale des transports aériens décrétée par la Commission européenne. Celle-ci autorise les transporteurs aériens à desservir n'importe quel aéroport des pays de l'Union, et met fin au monopole des compagnies nationales sur les liaisons intérieures, ouvrant la porte à la concurrence. Aujourd'hui, à côté des incontournables Ryanair et easyJet, les compagnies à bas prix se multiplient en Europe et élargissent leur offre de manière exponentielle.
Le paysage aérien européen bouleversé
Le paysage aérien du Vieux Continent a changé. En France, selon les statistiques de l’Union des Aéroports Français, les low cost ont représenté 43,2 % du trafic en France métropolitaine, en 2023, soit une évolution de 15,6 % par rapport à 2022.
De leur côté, les géants du ciel européen, comme Lufthansa, ont riposté en créant leurs propres filiales à bas coût, avec Eurowings par la compagnie allemande Lufthansa. En Espagne, Iberia est entrée au capital de la low cost Vueling qui assure des vols en partage de codes avec la compagnie nationale espagnole. Elle a lancé sa propre filiale low cost Iberia Express.
Air France a créé en 2007 sa propre low cost, Transavia.com, qui dessert les principales destinations « loisirs » du bassin méditerranéen. Ce beau succès a inspiré Air France, qui a lancé en 2013 sur ses lignes intérieures une gamme de prix s'inspirant des low cost, avec des options à la carte : les tarifs "mini".
Enfin, outre-Atlantique, les compagnies régulières, frappées durement par la crise, piquent des idées aux low cost. Elles ne proposent plus de repas ni de boissons gratuites sur les vols nord-américains et font payer l’enregistrement des bagages, entre autres. Si les transporteurs européens n’en sont pas encore là, certains, comme Iberia ou SAS, n’hésitent plus à facturer la nourriture et les boissons à bord sur leurs vols intra-européens. Le low cost semble devenir un modèle pour toute l’industrie aérienne frappée par la crise et la hausse du coût du carburant.
Les principales compagnies
- Airarabia, airBaltic, AirAsia, WestJet, Southwest Airlines, Eurowings, Blue Air, Easyjet, Virgin Atlantic, Laudamotion, Jet2.com, Air Italy, Norwegian, Pegasus, Ryanair, smartWings, Transavia.com, Volotea, Vueling et Wizz Air...
Quelle est la recette du bas prix ?

Le secret des bas prix
La recette des compagnies low cost repose sur deux piliers :
1 – Réduire les coûts d’exploitation au maximum en transportant le plus de personnes possible à des prix imbattables.
2 – Développer les dépenses annexes en faisant payer tous les services.
Comment y arrivent-elles ?
- En faisant voler les avions au maximum entre les aéroports les moins chers (souvent des bases secondaires, comme Beauvais en France ou Gérone en Catalogne) ou des aérogares moins coûteuses (comme Orly-Sud, Saint-Exupéry à Lyon ou MP2 à Marseille).
Ces aéroports sont la plupart du temps excentrés et plus petits que les principales plates-formes aériennes. Leurs taxes sont par conséquent plus basses. Souvent, les collectivités locales subventionnent même l'installation d'une low cost qui est censée développer le trafic et l'activité économique.
Les aéroports secondaires, moins encombrés, permettent ainsi de plus nombreuses rotations aériennes (les avions ne restent que 25 minutes en moyenne au sol entre deux vols et volent 11h par jour), donc un meilleur rendement, soit une plus grande rentabilité…
Attention ! Le voyageur, lui, doit prévoir un budget de transport supplémentaire pour rallier l'aéroport (un aller Paris-Beauvais en navette autobus coûte 15,90 euros pour 1h15 de trajet). Certains aéroports sont même particulièrement éloignés des centres-villes.
- En employant le moins de personnel possible, en particulier au sol. La maintenance des avions, tout comme l’enregistrement et la livraison des bagages, sont confiés à des sous-traitants. Le personnel des low cost est polyvalent, assurant la vente à bord et le nettoyage sommaire de l’appareil entre les vols, le tout pour des salaires moindres que ceux des compagnies traditionnelles.
- En uniformisant la flotte aérienne, ce qui évite notamment de former différents équipages en fonction de l'appareil. C'est Boeing qui est content, car la plupart des avions sont des 737, et, avec le succès croissant des low cost, les commandes affluent ! De plus, les flottes sont récentes, ce qui réduit la consommation de kérosène de presque 20 %. Par ailleurs, les avions low cost ont plus de sièges par appareil (donc moins d’espace pour le passager).
- En généralisant la vente par Internet. Les voyageurs, quant à eux, sont encouragés à réserver leur billet en ligne, afin de réduire au minimum les commissions. Les compagnies low cost n'utilisent pas non plus, pour la plupart, les services des agences de voyages. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas passer par le web appelleront les centrales de réservation des compagnies, mais attention, les offres ne seront pas forcément aussi alléchantes que sur le Net...
- En réduisant le service au maximum et en développant les revenus annexes. Tout est pensé pour faire dépenser le plus d’argent possible aux passagers en dehors du prix des billets car tous les suppléments sont payants : enregistrement des bagages en soute (au minimum 20 €, selon les compagnies), choix des places à bord, repas et boissons. Il n’y a bien entendu pas de classe affaires. Certaines low cost, comme Ryanair ou easyJet, offrent également des réservations d’hôtels ou de locations de voiture, devenant pratiquement des agences de voyage en ligne.
Low cost or not low cost ?
Attention, il ne faut pas mettre toutes les low cost dans le même sac, d’autant plus qu'aucun de ces transporteurs aériens n’a eu d’accident mortel à ce jour en Europe.
Les low cost ont chacune leur particularité et leur niveau de service. Si Ryanair a un positionnement marketing agressif et multiplie les suppléments de prix, d’autres compagnies, comme Transavia.com, se soucient de l’environnement, en proposant des produits équitables à bord et en utilisant des technologies moins gourmandes en énergie. Enfin, signalons l'annonce récente d'EasyJet qui va compenser dès 2020 toutes les émissions carbone de ses vols.
Comment bien choisir son billet ?

Comment trouver les billets les moins chers ?
- Les tarifs s'indexent sur la demande, que ce soit par anticipation (certaines dates - week-ends, jours fériés - seront forcément prises d'assaut) ou en fonction de l'évolution, surveillée en temps réel, du taux de remplissage des avions : cela s’appelle le yield management. Ainsi, plus un vol est demandé, plus les prix grimpent ! De manière générale, il vaut donc mieux réserver le plus tôt possible… et voyager en période creuse.
- Réservez sur le Web ! On l'a dit plus haut, les compagnies incitent leurs clients à acheter leur billet sur Internet. La réservation en ligne revient en général moins cher que par téléphone ou par agence, car elle donne droit à une réduction tarifaire. Les numéros des centrales téléphoniques, il faut en tenir compte, sont souvent surtaxés. Enfin, c'est sur le Net que les offres promotionnelles sont annoncées et que l'on peut en profiter. Certains transporteurs, comme Ryanair, ont décidé de basculer dans le 100 % web.
Lors de la réservation, faites attention aux options proposées. Par exemple, Easyjet inclut automatiquement une assurance lors de l’achat d’un billet. Pensez donc à décocher ce dont vous n’avez pas besoin, sinon cela vous sera facturé.
Attention, doux rêveurs ! N'oubliez pas dans votre budget que, derrière le prix d'appel, se cachent une ribambelle de taxes d'aéroport et de frais de fonctionnement non inclus, de suppléments carte de crédit, etc., qui peuvent facilement faire doubler le prix du billet ! Certaines compagnies, comme Ryanair et Easyjet, font payer les bagages en soute, voire l’enregistrement...
Et ne vous laissez pas aveugler par une belle étiquette " low cost ", car il arrive que les compagnies traditionnelles proposent finalement (mais c’est rare !) des vols moins chers que ce que vous pourrez trouver chez celles à bas prix, en particulier si vous vous y prenez tardivement. Pensez toujours à comparer, avec un comparateur de vols par exemple, y compris avec d'autres moyens de transport comme l'autocar !
Avantages et contreparties de la flexibilité
De manière générale, les low cost offrent une plus grande liberté de déplacement que les compagnies traditionnelles, ne serait-ce que parce qu'elles proposent des vols directs sur des lignes peu exploitées (Bergerac-Londres, Toulouse-Cardiff, etc.).
- Une envie de dernière minute ? Vous pouvez acheter votre billet jusqu'à deux heures à l'avance chez certaines compagnies. Attention cependant, les délais d'enregistrement sont scrupuleusement respectés, impératif de ponctualité oblige. Le check in se termine généralement trente minutes avant le décollage. Pas la peine de se présenter une fois l'enregistrement fermé, vous trouverez porte close.
- Les low cost offrent la possibilité d'acheter uniquement des allers simples. Cela laisse la liberté de choisir son retour (si retour il y a…) et, si l'on s'y prend bien, de s'en sortir pour bien moins cher qu'avec les allers-retours obligatoires des compagnies traditionnelles. Les correspondances, cependant, n'existent pas, et, si vous prévoyez de continuer sur un autre vol, calculez bien votre temps : il faudra d'abord récupérer les bagages, puis de nouveau les enregistrer avant de rejoindre votre avion, qui ne vous attendra pas en cas de retard.
- Vous changez d'avis ? Il est possible de modifier, en payant un supplément forfaitaire, son vol ou le nom du passager. Attention toutefois, il n'est pas toujours possible de changer de destination (seulement la date ou les horaires), et il faudra payer la différence si le nouveau billet coûte plus cher que le premier (mais ça ne marche pas dans l'autre sens !). Au final, la facture risque d'avoir fortement augmenté. Et, sans supplément au moment de l’achat, le billet est tout simplement ni modifiable, ni remboursable pour la plupart des compagnies.
Dans tous les cas, veillez à lire les conditions d’utilisation du billet pour éviter de mauvaises surprises ! Et en cas de litige, n’hésitez pas à consulter notre dossier sur les droits du passager aérien.
Ce à quoi vous n'aurez pas droit
Outre les apéros et plateaux-repas gratuits qui, finalement, ne semblent pas vraiment manquer à ceux qui voyagent avec des low cost, certaines prestations, en particulier des compensations en cas de problème, ont été rayées du répertoire de ces compagnies.
- Pas facile de faire voyager seul votre bambin : les enfants non accompagnés ne sont parfois pas acceptés en dessous de 14 ou 16 ans selon les compagnies.
- Si vous ne pouvez pas prendre votre vol, il faudra avoir une bonne excuse pour en obtenir le remboursement. Rares sont les compagnies à accepter de rembourser les billets, même si vous changez d'avis à l'avance. Il faudra de toute façon payer des frais d'annulation : pas de quoi récupérer des ponts d'or. Au mieux, tout juste obtiendrez-vous un bon d'achat pour un autre vol. Si, en revanche, le vol est annulé du fait du transporteur, il est tenu de rembourser billet et taxes (les frais de carte bancaire, le cas échéant, sont perdus). Mais n'espérez pas vous faire payer une bonne nuit d'hôtel si vous êtes obligés d'attendre le lendemain pour repartir, il ne faut pas non plus en demander trop !
Un concept dérivé

C'est bien connu, quand une formule marche, il faut l'exploiter au maximum ! Forts du succès des vols à bas coûts, des petits malins se sont empressés de reprendre l'idée pour l'appliquer à d'autres domaines commerciaux. Et l'on retrouve en tête un certain Stelios Haji-Ioannou, qui n'est autre que le patron d'easyGroup, la société qui gère notamment le très lucratif easyJet…
La location de voitures, avec easyCar, fonctionne selon un principe identique : plus on réserve à l'avance sa location, que ce soit par Internet ou par le centre d'appel, moins elle reviendra cher, car les prix sont calculés en fonction du taux de réservation. Attention donc, les besoins de dernière minute ne seront pas forcément plus avantageux que chez un loueur traditionnel. À noter qu'Europcar France s'est lancé à son tour dans la formule, par le biais de sa filiale Gold Car.
- Le groupe s’est également attaqué à l’hôtellerie en proposant des nuitées à des prix défiant toute concurrence pour un confort et un service des plus basiques. Des easyHotels ont ouvert leurs portes en Grande-Bretagne et en Suisse, par exemple.
- Bref, le monde selon Stelios est easy. De la pizza aux finances, en passant par le téléchargement de musiques, les produits cosmétiques pour homme et les abonnements téléphoniques, easyGroup propose toute une panoplie de services à prix cassés. Même le luxe se monnaie à bas tarif. Par exemple, les croisières à bas coûts comme les croisières easyCruise à des prix imbattables !
Le secteur ferroviaire a également succombé à la tentation du low cost. La SNCF a lancé en avril 2013 sa ligne de TGV à bas coût, Ouigo. Fonctionnant sur le même principe que ses cousines de l’aérien, elle permet de se procurer des billets à partir de 10 euros (5 euros pour les enfants). Pour autant, les bases régionales ont dû être privilégiées au détriment des grandes gares. La majorité des départs se fait depuis Marne-la-Vallée pour la région parisienne, mais aussi certaines des gares principales comme Montparnasse et Gare de Lyon, Saint-Exupéry pour l’agglomération lyonnaise, Marseille Saint-Charles ou encore Montpellier Saint-Roch. Et comme toujours, la commercialisation s’effectue uniquement via Internet…
La SNCF a également lancé IDbus en 2012, devenu Ouibus en 2016, puis racheté en 2019 par BlaBlaCar il change d'appellation pour BlaBlaBus, pour voyager en bus à prix cassés vers de grandes villes françaises et européennes (Londres, Barcelone, Milan, Amsterdam…).
Et, au-delà, le modèle low cost inspire des secteurs entiers de l’économie, comme le hard discount alimentaire (Lidl, ED…), le vêtement (H&M, Zara…), l’automobile (La Logan de Dacia/Renault), l’hôtellerie (Etap Hotel, Formule 1, Ibis Budget…), les médias ou encore les opérateurs téléphoniques (B&You, Red, Sosh).
Sur le même sujet également, une interview intéressante intitulée Low Cost : des hauts et débat, parue le 6 janvier 2012 sur le site de l’IPSOS. Elle décrypte la relation qu’ont les consommateurs avec le low cost, devenu omniprésent dans notre société. Tout un programme !
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