La Catalogne, versant pyrénéen

Eric Milet
par Eric Milet

28 juin 2013

Val d'Aran
Le Val d'Aran - Eric Milet

La Catalogne ne se résume pas à Barcelone et à la Costa Brava. C’est aussi un pays de montagnes et de Résistance longtemps isolé – mais ô combien déterminant dans les échanges entre les versants nord et sud des Pyrénées !

Cette Catalogne possède un patrimoine unique au monde. Un monde de couleurs bien avant l’heure, où les campaniles des églises romanes soudent la terre au ciel. Des vallées secrètes, que les hommes se sont évertués à apprivoiser. Un peuple qui est parvenu à conserver ses traditions tout en les faisant évoluer vers un tourisme responsable.

Car les Pyrénées catalanes sont bien là, avec leurs vallées encaissées et leurs forêts, leurs torrents et leurs sentiers. Un pays de mules et de chèvres, de contrebande et de fromage. Un pays où les retours de balades se conjuguent en grandes tablées, Costers de Segre (le vin du coin), cochonnaille et légumes du potager.

Une destination pour les fêlés de grands espaces, pour les fondus de varappe, de sports en eaux vives et de rando. Dans les Pyrénées catalanes, le plein air n’est pas un vain mot.

Préparez votre voyage en Catalogne avec nos partenaires
Plus de services

Un patrimoine exceptionnel

Saint Jean de Boi
Saint-Jean-de-Boi - Eric Milet

Les églises romanes du val de Boí – classées patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 2000, ont traversé l’Histoire presque intactes grâce à un facteur : leur isolement.

Car l’histoire de cette vallée est singulière. Sous tutelle de la maison de Toulouse jusqu’au IXe siècle, ce comté va passer sous la férule des seigneurs Erill au XIIe siècle, lesquels financeront l’embellissement de leurs églises pour affirmer leur toute puissance.

Situées à l’écart des routes de Saint-Jacques-de-Compostelle, elles ne subiront pas l’influence du roman français, car ce sont des artistes lombards qui œuvreront ici. Ces petits bijoux vont alors se parer de fresques somptueuses, dont certaines témoignent d’une forte influence byzantine.

Tentés par de nouvelles conquêtes, les Erill descendront guerroyer dans la plaine où ils se piqueront à l’influence du gothique-flamboyant. Clochers et retables seront construits à la hauteur de leur envie de paraître, laissant à la gouverne de leurs serfs leurs vallées perchées et leurs églises. Et les siècles vont s’écouler…

Il faudra attendre le tout début du XXe siècle pour que des intellectuels de passage dans le coin s’intéressent à ce patrimoine. Du coup, antiquaires et marchands du temple déboulent et se mettent à le piller. Le Musée National d’Art de Catalogne se met alors à acquérir la plupart des œuvres afin de les protéger.

Un chapelet d'églises

Saint Jean de Boi
Eric Milet

Peu distantes les unes des autres, les églises du val de Boí offrent de réels et multiples prétextes- pour se balader : à pied, à cheval, en voiture…

Certaines d’entre elles recèlent de véritables trésors, telle la descente de croix de l’église Sainte-Eulalie d’Erill La Vall. Sculptée dans le bois vers la fin du XIIe siècle, cette œuvre représente un Christ souffrant, en total décalage avec les représentations de l’époque (il préfigure le style gothique).

Dans l’église Saint-Jean de Boí, ce sont les fresques qui attirent le regard. Sur ses murs se déploie un bestiaire fantastique représentant les caractères moralisant de l’humanité. Le paysage est stylisé, presque moderne, alors que ces chefs-d’œuvre datent du XIIe siècle.

Mais c’est le village de Taüll qui mérite la palme. Consacrée en décembre 1123, l’église Saint Clément dresse fièrement son campanile dans le paysage. Dans l’abside principale, un Christ Pantocrator côtoie un crucifix et une madone à l’enfant du XIIIe siècle.

À une encablure de là, Sainte-Marie, la seule église de la vallée à occuper la place du village (paraît que les gens du coin n’étaient pas trop fous de la messe), est aussi la seule à avoir gardé trace de sa période baroque.

Perché sur sa montagne, l’ermitage de Saint Quirc expédie ses deux cloches vers les nuages. C’est de là-haut que descend chaque année le feu purificateur qui commémore le solstice d’été. Une fête païenne à laquelle les villageois sont encore très attachés.

Une géologie rebelle

Parc d'Aigüestortes
Eric Milet

Deuxième parc des Pyrénées après celui d’Ordessa et Monte Perdido, le parc national d’Aigüestortes i Estany de Sant Maurici (photo) est un véritable labyrinthe de granit. Ses vallées abruptes, rabotées par les puissants glaciers du quaternaire pendant des millénaires, ont engendré pas moins de 200 lacs ! Aujourd’hui hyper protégé et très bien balisé, il constitue un véritable paradis pour les amateurs de randonnée.

Le val de Boí en forme l’épicentre. Sa beauté, il la doit à son isolement. En effet, jusque dans les années 1920, il fallait 3 jours de route depuis Barcelone pour arriver jusqu’ici. C’est, au dire des amateurs, l’un des sites naturels les plus spectaculaires des Pyrénées, et s’il fallait un qualificatif pour l’évoquer, un seul mot viendrait à l’esprit : sauvage !

Aujourd’hui un petit tour  à la maison du parc, située dans le village de Boí, permet de tout comprendre. Fort bien documenté, ce centre d’interprétation dresse l’inventaire des possibilités offertes pour observer le vol circulaire du gypaète barbu ou l’escalade vertigineuse de l’isard. Ce dernier est désormais le seul mammifère à hanter les pacages d’altitude depuis l’extinction du bouquetin des Pyrénées, pourtant présent ici jusqu’au milieu du XIXe siècle.

À ce petit jeu du corps à corps avec la nature, les fondus de dépense physique s’inscriront au traditionnel Carros de Foc, un parcours d’endurance qui relie les 9 refuges du parc sur plus de 55 km, totalisant pas moins de 9 200 m de dénivelé !

Val d’Aran, l’émotion grand format

Val d'Aran
Eric Milet

Le val d’Aran a toujours été très convoité. Ses habitants, descendants des Celtes et des Basques arrivés à la fin du néolithique, ont dû croiser le fer à plusieurs reprises pour sauvegarder leur autonomie.

Longtemps enclavé, voire carrément tourné vers la France, le val d’Aran s’est véritablement "catalanisé" grâce au percement du tunnel de Vielha dans les années 1960. Conséquences de cette relative autonomie, le val d’Aran possède sa propre langue (une forme d’occitan), ainsi qu’un Generalitat qui le rend autonome vis-à-vis de la Catalogne.

Aujourd’hui, le val d’Aran joue la carte du tourisme "grand format", en balisant plus de 400 km de randonnées à pied ou en VTT, et en domestiquant la montagne pour y construire des stations de sport d’hiver (près de 15 m d’enneigement en 2013 !). Toutefois, la région essaie de garder le côté sauvage, afin de satisfaire les amateurs de rafting ou les fondus d’équitation.

Si la clientèle (majoritairement française) s’adonne ici aux sports de pleine nature, elle n’en oublie pas moins qu’après l’effort, c’est le réconfort. Le val d’Aran – dont l’éthique en matière de tourisme ne cède en rien à son sens inné du commerce –, a su mettre en valeur la tendance du moment : le bien-être.

Un bien-être qui prend ici façon de spa, avec massages à tout ce qu’on veut et tout le tralala, sans oublier une table, où les recettes de grands-mères côtoient parfois une cuisine plus "moléculaire", le bonheur quoi !

Áneu, le val rebelle

Eleveur de chèvres de Gavàs (Val d'Aneu)
Eleveur de chèvres de Gavàs - Eric Milet

Le val d’Áneu, c’est le côté pile du val d’Aran, sa complétude version minimaliste, son côté revêche. Áneu c’est un mode de vie dicté par une géographie du peu. Une vie de subsistance et de débrouille, avec ses hivers interminables, ses églises bricolées mais touchantes, dont certaines recèlent de vrais petits bijoux d’art populaire.

Terre de passage vers l’exil, ce territoire fut déterminant pendant la guerre civile. Il est aujourd’hui intelligemment mis en valeur par l’Écomuseu d’Esterri d’Áneu, qui a compris tout l’intérêt de décloisonner les espaces et les pratiques. Il invite les touristes à tutoyer les autochtones, à la faveur d’une visite d’exploitation agricole ou de fromagerie.

Cette approche globale combine visites guidées des églises et du patrimoine architectural, tout en faisant la part belle à une nature omniprésente. Le val d’Áneu cultive encore aujourd’hui son côté rebelle comme une marque de fabrique.

Et s’il fallait mettre une image pour se représenter tout ça ? Au choix : les sentes parfumées aux essences de pin, de thym ou de genévrier qui grimpent vers les estives, les torrents où fraye la truite fario, les monastères en ruines où résonnent encore les cantiques des bénédictins, les estaminets des villages fortifiés où l’on vient se dessiner des moustache à la bière locale au retour d’une rando… Ou mieux encore, ce serait la démone offrant son fromage au Christ, une fresque de l’église San Julià d’Unarre !

Fiche pratique

Monastère bbénédictin de Burgal (Val d'Aneu)
Monastère bénédictin de Burgal (Val d'Aneu) - Eric Milet

Pour préparer votre voyage, consultez notre guide en ligne Catalogne

Office de tourisme de Catalogne

Vall de Boi

Val d’Aran

Pallars Sobira

Comment y aller ?

En voiture depuis la France, par Saint-Gaudens ou Bagnères-de-Luchon.

Barcelone est reliée à plusieurs aéroports français par Vueling, Iberia, Air France et Easy Jet. Ensuite une voiture de location est nécessaire.

Où dormir ?

Pas mal de campings dans toutes les vallées. Ceux du val de Boí et du val d’Áneu nous ont paru plus sympas. Sinon, les offices de tourisme possèdent les listes à jour des chambres chez l’habitant et des gîtes. Pas de souci pour les hôtels dans le val d’Aran, mais attention au hors-saison.

Vall de Boí : Hostal La Plaça à Erill La Vall

Val d’Aran : un refuge bien dans l’esprit montagne à Salardù ; sinon aranrual.com

Val d’Áneu : Hotel Castellarnau à Escalo

 

Où manger ?

Vall de Boí : le resto de l’hostal La Plaça à Erill La Vall reste une référence en matière de gastronomie locale.

Le restaurant El Fai à Taüll est idéal pour une pause-déjeuner .

Val d’Aran : le restaurant El Niu à Escunhau propose une cuisine inventive à base de produits locaux. Une excellente adresse. Tél. : +34-973-641-406

Quoi faire ?

De la rando et encore de la rando, à pied, à ski, en raquette, en VTT, à cheval, etc.

Parcs de Catalogne

Aiguestortes

Carros de Foc

VTT Val d’Aran

Randos en Val d’Aran

Que voir ?

Le patrimoine culturel de toutes ces vallées mérite qu’on s’y attarde.

Centre roman Vall de Boi

Bienestar Val d’Aran

Ecomuseu Vall d’Aneu

Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !

Le meilleur de nos reportages, idées et carnets de voyage

Réductions, gratuités & actualités voyage à ne pas manquer

Les idées Week-ends, les derniers reportages en Catalogne

La Catalogne, sur les traces de Gaudí : les sites à voir

La Catalogne, sur les traces de Gaudí : les sites à voir

En 2026, la Catalogne célèbre l'un de ses plus grands artistes : le génial architecte moderniste Antoni Gaudí, décédé il y a 100 ans. Le 10 juin prochain sera un jour historique pour la Sagrada...
Catalogne : Cadaqués, joyau de la Costa Brava

Catalogne : Cadaqués, joyau de la Costa Brava

À une heure de la frontière avec la France, Cadaqués (3 000 hab.) est l’un des villages les mieux préservés de la Costa Brava, avec ses ruelles pavées, étroites et sinueuses, et ses maisons blanches...
Les plus belles randonnées de Catalogne

Les plus belles randonnées de Catalogne

De l’autre côté des Pyrénées, la Catalogne offre de très beaux terrains de jeu aux randonneurs. Côté montagne bien sûr, avec quelques perles de nature pyrénéenne, mais aussi grâce à d’autres massifs...
Les castells de Catalogne

Les castells de Catalogne

Parmi les traditions typiquement catalanes, les castells sont l’une des plus belles vitrines du folklore local. Ils consistent à ériger des tours humaines les plus hautes possibles, et à les...
Catalogne, au pays de Salvador Dalí

Catalogne, au pays de Salvador Dalí

Salvador Dalí, superstar ! Et pas qu'au cinéma avec le film Daaaaaali !, actuellement en salles. En Catalogne, à Cadaqués, Figueres et Púbol, musées et demeures perpétuent la mémoire du maître...

Bons plans voyage Catalogne