Fès, impériale

Jean-Philippe Damiani
par Jean-Philippe Damiani

20 décembre 2010

Maroc Fès
Fès © majonit - stock.adobe.com
À seulement 2 h 30 de Paris en avion, bien desservie par les low cost, Fès invite à un voyage dans le temps. C’est dans cette ville d’histoire, plus authentique que Marrakech, que bat le cœur de la culture marocaine, et plus particulièrement ses origines arabo-andalouses. Creuset des civilisations méditerranéennes, Fès a conservé ses traditions et son patrimoine, à commencer par sa médina, étonnamment intacte, et son artisanat, fruit d’un savoir-faire immémorial.

De riches demeures en médersas, de caravansérails en palais, Fès dévoile au promeneur curieux les fastes de ses douze siècles d’histoire. En toute discrétion, car elle demeure mystérieuse et insaisissable, à l’image de sa médina. Elle n’en est que plus séduisante. À une heure de route, pour s’oxygéner un peu, les montagnes du Moyen Atlas livrent leurs forêts de cèdres aux randonneurs. Une région splendide, tout en contrastes, entre nature et culture.
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L'Athènes de l'Afrique

Jean-Philippe Damiani
Les philosophes Averroès et Maïmonide, les écrivains Pierre Loti et Colette, le maréchal Lyautey… Aucune ville marocaine (à part peut-être Tanger) n’a accueilli autant d’hôtes illustres que Fès. Aujourd’hui, plus discrète – et authentique – que Marrakech ou Casablanca, cette vénérable cité, fondée il y a douze siècles, jouit toujours d’un certain prestige au Maroc. Les rejetons de ses grandes familles occupent des postes de haut rang dans l’administration et l’économie du royaume. Et elle est toujours considérée comme un centre culturel et religieux majeur. À la fondation de Fès, le souverain Idriss Ier voulait en faire « la demeure des sciences et la maison du savoir religieux ». Pari gagné !

Palais, universités, mosquées, caravansérails, l’histoire a richement doté la doyenne des villes impériales marocaines, classée depuis 1981 au Patrimoine Universel de l’Humanité de l’Unesco. Fondée au VIIIe siècle dans la plaine fertile du Saïs, Fès connaît son âge d’or entre le XIe et le XIVe siècle, notamment sous la dynastie mérinide. On la surnomme alors « l’Athènes de l’Afrique ». La ville s’agrandit avec la création de Fès el-Jedid, mais surtout s’embellit : c’est l’apogée de l’art hispano-mauresque avec la construction de somptueux édifices – aujourd’hui encore debout – de marbre, bois de cèdre et faïences précieuses, les zelliges.

Mais Fès, c’est aussi – et surtout – un creuset humain exceptionnel, où se sont mêlées, dans un climat de tolérance, toutes les cultures de la Méditerranée : arabes, berbères, juifs séfarades, andalous, siciliens. De ce brassage ne pouvait que résulter un développement du commerce et des échanges, doublé d’un épanouissement des arts et du savoir. En arpentant les ruelles sinueuses du labyrinthe de la médina, le promeneur est confronté à la mémoire des siècles. Pourtant, cette ville de culture n’a rien d’un musée. Là réside le miracle de Fès. Elle a su demeurer vivante, tout en conservant l’héritage de son histoire et de ses traditions.

Mystérieuse médina

Jean-Philippe Damiani
Derrière les portes d’entrée de la vieille ville se cache un enchevêtrement de ruelles, de passages, de petites places. Un labyrinthe inchangé depuis le Moyen Âge, où une modeste façade peut abriter un palais de marbre et de faïence. Un monde a priori impénétrable où pourtant des artisans travaillent, échoppes ouvertes, le bois, le fer, la céramique, le tissu, les peaux. Vue de loin, la médina (le nom vient de Médine, la première cité de l’Islam) a l’air tranquille ; à l’intérieur, elle grouille de vie. Tendez l’oreille, ouvrez l’œil, humez l’air… La médina est un fabuleux terrain de jeux pour les sens.

Classée à l’Unesco, cette médina est la plus grande du monde arabe. Entourée de 24 kilomètres de murailles, elle abrite, sur 200 hectares, plus de 200 000 personnes. L’une des densités urbaines les plus élevées au monde ! En son sein, on compte 9 500 maisons, 176 mosquées, 83 mausolées, 11 médersas et 40 hammams. Selon le modèle de la ville arabo-andalouse médiévale, chaque quartier s’organise autour de son lieu de culte, du four à pain, de l’école coranique et de la fontaine. Dans les rues du vieux Fès s’exprime la mémoire collective du peuple marocain.

Une mémoire menacée, toutefois. La médina, dont 35 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, s’est dégradée, car sa population n’a plus les moyens de l’entretenir. Autrefois creuset de différents milieux sociaux, elle est habitée aujourd’hui par les plus démunis. L’état des lieux est inquiétant : 4 000 bâtisses sont menacées de ruine, dont 1 800 dans un état grave.

Depuis une trentaine d’années, un travail de sauvegarde a été lancé par l’Agence pour la dédensification et la réhabilitation (ADER) de la médina de Fès, soutenue par des mécènes, les collectivités locales et des fonds d’aide internationaux. Plus d’un millier de demeures ont été restaurées, tout comme des monuments et des fontaines. Enfin, les activités artisanales les plus polluantes, comme la céramique, ont été délocalisées. L’objectif : conserver la médina en bon état tout en ne la dénaturant pas. Un équilibre fragile, à respecter.

L’artisanat, trésor de Fès

Jean-Philippe Damiani
N’hésitez pas à vous aventurer dans le labyrinthe de la médina, au-delà de ses deux artères principales Talâa Kbira et Talâa Sghira. Une expérience inoubliable. Six circuits thématiques fléchés, ponctués de panneaux explicatifs, guident le visiteur. Une brigade touristique d’une cinquantaine de policiers a été mise en place afin de limiter les risques de harcèlement. Pour approfondir la visite, contactez un guide officiel. Privilégiez ceux de l’office de tourisme à ceux proposés par les hôtels. Et précisez que vous ne tenez pas à être trimballé de commerce en commerce.

La médina est un conservatoire vivant des métiers traditionnels. Malgré un certain déclin, dû à la désaffection des jeunes, on recense encore 50 000 artisans, 200 métiers et trois tanneries traditionnelles à Fès. Parmi les spécialités locales, citons la maroquinerie, la menuiserie, le tissage et la bijouterie. Quant à la poterie et à la céramique de Fès, bleue ou polychrome, ses artisans ont été déplacés sur la route de Taza pour des raisons de sécurité.

Si la plupart des bazars sont sur Talâa Kbira, l’artisanat fassi est régi par des corporations regroupées en quartiers : par exemple, la place Nejjarine pour les ateliers de menuiserie, le souk Henna spécialisé dans le henné et les plantes ou la place Seffarine avec ses chaudronniers et ses dinandiers. À ne pas manquer, les tanneries chouara et Guerniz (photo) pour observer le travail des peaux. Elles sont plongées dans des cuves de fiente de pigeon et de chaux, puis teintes dans des colorants naturels, avant d'être tannées. Les tanneurs, qui travaillent dans des conditions épouvantables (notamment l’odeur pestilentielle), font partie d’une corporation très cotée.

Dans la médina, on peut rencontrer les artisans de métiers en voie de disparition : l’échoppe de M. Tazi, dernier fabricant de seaux d’eau en bois de chêne (sur Talaa Kbira) ; le dernier atelier de brocart du Maroc avec les somptueux tissus de M. Ouazzani, dans l’oued Zhoun ; non loin de là, un petit atelier de produits en corne de bœuf. D’émouvants vestiges de savoir-faire ancestraux encore vivants. Pour combien de temps encore ?

Palais et médersas : douze siècles d’histoire

Jean-Philippe Damiani
Avec douze siècles d’histoire, Fès possède un patrimoine remarquable. Sa médina recèle de nombreux trésors. Ses portes d’accès, tout d’abord, à l’image de Bâb Boujloud, construite au XIIe siècle, avec ses faïences bleues et vertes, son bois de cèdre et ses stucs sculptés.

Ville de savoir, Fès possède de magnifiques médersas, la plupart construites sous la dynastie des Mérinides. Ce sont des sortes d’internats, où les élèves étudiaient le Coran, mais aussi les sciences. Les médersas, comme les demeures et palais marocains, s’organisent autour d’une ravissante cour pavée de marbre et disposent de chambres pour les étudiants, de salles d’étude et d’un oratoire. Parmi les plus belles, la médersa Bou-Iniana, sur Talâa Kbira, et la médersa Attarine (photo), construites au XIVe siècle, sont des chefs-d’œuvre d’art hispano-mauresque. Une étourdissante profusion de marbre de Carrare, de mosaïques, de zelliges, de stuc, de cèdre…

Près de la place Seffarine, au cœur de la médina, la mosquée Qaraouiyine est la plus ancienne du Maroc. Construit au IXe siècle, cet édifice gigantesque (1 hectare) peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles, mais demeure inaccessible aux non-musulmans. Son université, toujours en activité, compte parmi les plus anciennes du monde. Sa bibliothèque, rarement ouverte au public, contient des trésors comme un Coran du IXe siècle ou un manuscrit d’Averroès.

Non loin de là, en remontant vers Talâa Sghira, il ne faut pas manquer le foundouk Nejjarine, caravansérail du XVIIIe siècle superbement restauré, qui abrite un intéressant petit musée des Arts et Métiers du bois. En chemin, vous aurez croisé quelques curiosités comme une horloge hydraulique du XIVe siècle (face à la médersa Bou-Iniana) ou le Dar Mnebhi, une belle demeure traditionnelle du XIXe siècle qui fut la première résidence de Lyautey au Maroc. C’est aujourd’hui un restaurant. De retour vers Bab Boujloud, une halte au musée Dar-Batha est conseillée pour sa belle collection d’artisanat fassi, notamment les céramiques.

Enfin, pour avoir un aperçu panoramique de la médina, montez aux borj (forts) ou aux ruines des tombeaux Mérinides (XIVe siècle) qui dominent Fès. Le panorama, avec les montagnes au second plan, est magnifique, envoûtant dans la lumière dorée du couchant.

Ifrane, la petite Suisse marocaine

Jean-Philippe Damiani
La région autour de Fès ne manque pas d’attraits. Si Meknès, autre ville impériale, et le site antique de Volubilis sont très connus, les montagnes du Moyen Atlas recèlent une curiosité : la petite ville d’Ifrane, qu’Hassan II appelait la « petite Suisse du Maroc ». Et oui ! Ce lieu de villégiature, construit à 1650 mètres d’altitude par les Français sous le protectorat, a des airs de village à l’européenne. On se croirait en Alsace ou dans la Forêt Noire. Aujourd’hui, sous la silhouette imposante de l’un des hôtels les plus chics du royaume, le Michlifen Ifrane, la ville attire des Marocains plutôt aisés et bien gardés par la statue du Lion de l’Atlas qui trône dans le centre-ville.

Il fait bon vivre à Ifrane. L’air est pur, les rues sont dégagées et calmes. Ifrane – ou, à quelques kilomètres Azrou, plus abordable – peut servir de base pour explorer la région. Ce paysage bucolique de hauts plateaux et de montagnes, avec des vergers et des forêts de cèdre, ne se trouve qu’à 250 kilomètres à vol d’oiseau des dunes de Merzouga.

En avril et en été, la route des Cèdres et la magnifique cédraie du Moyen Atlas (photo) sont accessibles aux randonneurs et aux VTTistes. Il n’est pas rare d’y croiser des sangliers, des faucons, des geais ou des macaques de Barbarie. En hiver, on peut même skier dans la région grâce à trois petites stations, héritées également du protectorat : Michlifen, Habri et Hibri.

De cette région isolée, rude en hiver et peu habitée, se dégage une atmosphère de sérénité, empreinte d’une certaine poésie : celle des grands espaces. Le Moyen Atlas est une terre austère et authentique qui élève l’âme. C’est sans doute pour cette raison que Xavier Beauvois est venu ici même, – au monastère de Tioumliline, à quelques kilomètres d’Azrou –, tourner son film sur les moines de Tibérine, Des hommes et des dieux.

Fiche pratique

Jean-Philippe Damiani

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Maroc.

Office national du tourisme marocain

Office du tourisme de la région de Fès

Comment y aller ?

La low cost d'Air France-KLM transavia.com dessert Fès au départ de Paris Orly-Sud à partir de 80 € TTC.
Vols directs également depuis Paris-CDG, Marseille, Lyon et Montpellier.

Où dormir ?

La plupart des hôtels sont situés dans la ville nouvelle, même si on en trouve aussi dans la médina. Plus d’une cinquantaine de riads, ces magnifiques demeures traditionnelles marocaines, sont répertoriés dans la médina. Compter au moins 60 € la nuit, souvent beaucoup plus.
Solution moins chère : dormir chez l’habitant, grâce au programme des ziyarates, des logements sélectionnés par la ville. Ne vous attendez pas à beaucoup d’intimité par contre.
Fès recèle également l’un des plus beaux palaces du Maroc, le Sofitel Palais Jamaï, qui appartient à l’ONCF (les chemins de fer marocains).

Trouvez votre hôtel à Fès.

Où manger ? Où prendre un verre ?

- Café Clock : 7, derb el-Magana, Talâa Kbira. Café alternatif et branché dans la médina. Ambiance sympa, nombreuses activités (cours de yoga, calligraphie…), petite restauration bon marché et superbe terrasse.
- Riad Fès : 5, derb Benslimane, Zerbtana. Pour un dîner en amoureux – ou une grande occasion – dans un décor digne des 1 001 nuits. Carte autour de 400 Dh (36 €).

Aller à Ifrane

On peut se rendre à Ifrane depuis Fès en bus (10 A/R par jour) pour une poignée de dirhams ou en grand taxi. Service de taxi également depuis l’aéroport.

Visiter la cédraie et la région d’Ifrane

Une voiture est conseillée. Il existe également un circuit pour les VTT et de nombreuses possibilités de randonnées. Infos auprès de la délégation provinciale du tourisme d’Ifrane, tél. : (212)05-35-56-68-21 ou www.tourisme-vert-ifrane.com. Possibilité de visiter la région sur plusieurs jours avec un guide. Contacter M. Saïd Jari : saoudjari@yahoo.fr

À ne pas manquer à Fès

Le festival des musiques sacrées au mois de juin : chaque année pendant une semaine, les plus grandes voix des musiques du monde montent sur les scènes de la médina. Ce festival est aujourd'hui reconnu comme l'un des événements les plus importants de la scène musicale du Maroc.

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