Tanzanie, à l'ombre du Kilimandjaro

Arnaud Bebien
par Arnaud Bebien

17 janvier 2011

Volker Haak - Fotolia

Tanzanie : la contraction de Tanganyika, ancienne province coloniale britannique, et de Zanzibar, ex-comptoir arabe. D’un côté, les grands espaces et les splendeurs naturelles de l’Afrique. De l’autre, une île océane, tournée vers l’Orient et le grand large. La Tanzanie est le fruit d’un mélange unique qui invite au rêve. Une terre d’évasion, dominée par la silhouette familière du Kilimandjaro.

Malgré l’essor anarchique de ses deux villes principales, la Tanzanie a su préserver son époustouflante beauté. Bienvenue sur les terres de l’Afrique éternelle. Il faut croiser les Massaï à Arusha, grimper au sommet du mont Kilimandjaro, frissonner avec la faune du Serengeti, percer l’horizon des lacs Victoria et Tanganyika, sursauter dans la réserve de Selous et finir les pieds dans l’eau à Zanzibar.

Voici sept étapes d’un saisissant voyage en terre d’Afrique avec, pour compagnon de route, la nature en majesté.

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Arusha, la fièvre de la tanzanite

Arnaud Bebien

Arusha passe pour la capitale mondiale du safari. À vrai dire, les rues de cette ville de 500 000 habitants, où la plupart des Européens atterrissent, grouillent de touristes en short et en chapeau de John Wayne. Les véhicules 4x4 sont légion et les rabatteurs accostent le chaland. Dominée par le splendide sommet du mont Meru (4 566 m), Arusha jouit d’un climat des plus agréables. A 1 500 m d’altitude, la température n’est ni trop chaude, ni trop froide. Il est possible d’apercevoir par temps clair le sommet du Kilimandjaro, situé à 80 km.

Siège du Tribunal pénal international pour le Rwanda, en charge de juger les crimes du génocide de 1994, la grande ville du nord de la Tanzanie est également réputée pour une pierre précieuse d'un bleu profond aux reflets mauves, la tanzanite (photo). On ne la trouve qu’ici sur la planète.

Découverte pour la première fois en 1967 par un berger massaï, elle a depuis fait la fortune de ces gardiens de troupeaux, qui exploitent 95% des mines de tanzanite, où les conditions de travail sont déplorables. La plupart ont quitté leur village pour rejoindre Arusha. C’est près du marché central qu’on les retrouve, formant, telle une ruche, une véritable colonie rouge et bleue, aux couleurs de leurs toges (la shuka).

Sous les tissus, les pierres s’échangent, comme les dollars. Pas de photo, SVP, ou alors il faut payer : les Massaï aiment la discrétion. D’un coup d’œil avisé, ils déterminent la valeur de cette pierre que l'on dit mille fois plus rare que le diamant. La tanzanite fait un véritable tabac dans la joaillerie de luxe aux Etats-Unis.

Kilimandjaro, la fin des glaciers

<a href='/membre/1046'>Yafoing</a>

Combien de temps encore chantera-t-on « Les neiges du Kilimandjaro » ? Le temps presse pour ce célèbre volcan situé à 80 km au nord-est d’Arusha. Les glaces fondent comme neige au soleil, si l’on peut dire. Une statistique résume à elle seule l’étendue de la fonte : depuis 1900, 85% des neiges éternelles ont disparu. Et les scientifiques donnent 2025 comme date probable de la fin des glaciers au sommet du « Kili ».

Depuis Moshi, la ville au pied de la montagne, près de 40 000 touristes essaient chaque année de rallier le sommet à 5 892 m d’altitude. La moitié échoue. Pour les autres, le spectacle est sublime avec une arrivée au petit matin du sixième jour d’ascension et une vue au-dessus des nuages (photo). Grimper sur le Kilimandjaro, volcan endormi à trois têtes, est un exercice difficile sur les derniers jours, en raison du froid. Il fait moins de 0° au sommet, même si on se trouve près de l’Equateur.

Les droits d’ascension au « Kili », qui attire les people (Madonna, Zidane, etc.), ne sont pas donnés. Sachez qu’une excursion de six jours revient au moins à 750 $ sans les pourboires. Les porteurs, hommes à tout faire dont on ne peut se passer en raison de l’altitude, ne profitent guère de la manne touristique. Mal équipés et payés une bouchée de pain par les compagnies, ils portent entre 20 et 30 kilos sur leur dos en haute altitude. Chargés de préparer les camps et les repas, ils vivent un marathon quotidien. Récemment, des femmes se sont même lancées dans cette aventure dantesque et ô combien dangereuse.

Sommet mythique, le « Kili » a une histoire riche. Ptolémée, le premier, a identifié le mont enneigé sur une carte, en 200 après J.-C. Et son sommet ne fut atteint que le 5 octobre 1889 par une expédition germano-autrichienne. Selon diverses sources, l’un des guides locaux ayant participé à cette ascension historique serait décédé en 1996, à l’âge canonique de 125 ans !

Serengeti, la grande plaine animale

<a href='/membre/1186'>Guillaume Fargeon</a>

L’un des derniers bastions de la vie animale, le parc national du Serengeti, à l’ouest d’Arusha, est connu des amoureux de documentaires. Tous les animaux vivent dans cette grande plaine verte et abondante. Le spectacle ne s’arrête jamais dans ce paradis naturel. Ici, des lions se reposent. Au loin, des girafes se régalent de feuilles d’acacias. Derrière nous passe une meute de hyènes…

Le Serengeti, c’est aussi les migrations entre la Tanzanie et le parc kenyan du Massaï-Mara. L’épopée magnifique, et tragique aussi, d’un million de gnous, zèbres et antilopes qui bravent dangers et caprices du ciel pour rejoindre de vertes prairies. La rivière Mara, impitoyable, est la gueule du loup. Infestée de crocodiles, elle attend patiemment le passage des herbivores. Combien mourront noyés ou broyés par les mâchoires des crocos ? Cette scène de la vie sauvage séduit pourtant les photographes du monde entier.

Le Serengeti, c’est aussi le frisson de la nuit que s’offrent certains. Une frêle toile de tente plantée, on essaye de dormir. Mais, tel le crocodile, on ne dort que d’un œil. Car la nuit, la faune ne dort pas : elle mange. Au moindre bruit, l’imagination prend le dessus. Mais qu’est-ce ? Avons-nous de la visite ? Oui, ce sont les hippopotames qui broutent l’herbe. On ne bouge plus, on ne respire même plus. Silence. Ils s’éloignent enfin. Ouf, se dit-on. Et voilà qu’un éléphant approche... Sacré Serengeti. La nuit aura été blanche, mais quelles sensations !

Victoria, la grande bleue d’Afrique

Arnaud Bebien

Au nord du pays, le majestueux lac Victoria. Voir l’autre rive ? N’y pensez même pas ! Trois cents kilomètres d’une grande étendue bleue, de la taille de l’Irlande, nous en séparent. Avec ses 68 000 km², Victoria est le roi des lacs africains. Et le second au monde, après le lac Supérieur en Amérique du Nord.

Baptisé Victoria par les explorateurs anglais du XIXe siècle, en honneur de leur reine, le lac fait travailler 200 000 pêcheurs chaque jour. Les ressources halieutiques, dont la perche du Nil rendue tristement célèbre par le film Le cauchemar de Darwin, sont surexploitées. Mais des politiques d’aménagement ont été mises en place, et selon de derniers relevés, les stocks du lac remontent.

Les plages, elles, arborent un sable blanc digne de l’océan Indien. Le tourisme décolle sur les bords du lac. On ne compte plus les constructions d’hôtels. A Mwanza, le grand port tanzanien du lac Victoria, une poussée subite de buildings étonne le voyageur. Et, à l’écart du tumulte urbain, des plages paisibles offrent la possibilité d’une baignade. Attention toutefois, car les hippopotames, comme les crocodiles, parcourent les eaux du lac…

Pour naviguer sur le lac, il faut prendre le bateau - Victoria, évidemment ! - qui relie Mwanza à Bukoba, au nord sur la rive ouest. Le rythme est immuable avec un départ à 21 heures et une arrivée à 6 heures le lendemain. En 1996, le ferry MV Bukoba coulait, entrainant par les fonds plus de 500 passagers. La catastrophe hante encore tous les esprits.

Tanganyika, longueur et profondeur

<a href='http://www.flickr.com/photos/stusemple/1527807500/in/set-72157602338678900/'>Stuart Semple</a>

La Tanzanie regorge de records. Le lac Tanganyika, au sud-ouest, illustre à merveille le gigantisme de ce pays pratiquement deux fois plus grand que la France. On pourrait d’ailleurs comparer le Tanganyika au Chili : très long et assez étroit. Le lac fait en effet 680 km de long (le premier au monde pour cette caractéristique) pour seulement 60 km de large. Sa profondeur (1 435 m) fait de lui le second de la planète, après le lac Baïkal en Russie.

Pour naviguer sur le Tanganyika, il faut prendre un ferry centenaire, construit en Allemagne au début des années 1910. Les pièces furent acheminées de Hambourg puis assemblées sur place. Le MV Liemba (photo) traverse chaque semaine le lac du nord au sud. On parle de le remplacer et d’en faire un musée flottant à Kigoma, la grande ville du lac Tanganyika. En attendant, il continue son service sans broncher.

L’explorateur David Livingstone a fini ses jours sur les rives du lac. Il est mort en 1871 à Ujiji, près de Kigoma, où un musée dédié à sa mémoire a été ouvert. Son corps fut transporté par le journaliste Henry Morton Stanley jusqu’à Zanzibar. Le même qui, peu de temps avant la mort de Livingstone, lançait à l’explorateur lors de la première rencontre le désormais mythique « Doctor Livingstone, I presume ? ».

Le Tanganyika, c’est aussi le seul endroit de Tanzanie hébergeant des chimpanzés. Ces primates ont été rendus célèbres par les travaux de la scientifique anglaise Jane Goodall, arrivée sur place dans les années 1960.

Selous, le frisson de la réserve

<a href='/membre/1770'>Patrickt</a>

Il y a des contradictions qui peuvent surprendre, comme donner le nom d’un chasseur à une réserve animale… Créée en 1922, la grande réserve du centre-est tanzanien a hérité du nom de Frederick Selous, un Anglais mort en 1917 au combat durant la Première Guerre mondiale. Il devait sa réputation à « l’efficacité » de son coup de fusil : ses victimes animales se compteraient en milliers.

Selous, à visiter uniquement pendant la saison sèche (juin-décembre), impressionne avec ses 55 000 kilomètres carrés, ce qui en fait la plus grande réserve naturelle protégée au monde. Sa superficie dépasse celle de la Suisse… Frisson assuré. À la différence des parcs du nord, le safari ne se fait pas par étapes, d’un camp à un autre. Au Selous, on rayonne dans les environs, en bateau, en voiture ou avion. Sur le fleuve Rufiji, qui se jette dans l’océan Indien, on côtoie pratiquement crocodiles, hippos et autres gros mammifères.

Pour le passionné de la vie animale, Selous est un paradis. Tous les animaux vivent dans la réserve, des plus rares aux plus communs. Selous est l’un des derniers endroits où le rhinocéros noir serait visible. Des espèces endémiques d’antilopes vivent dans le cœur de la réserve. Elles sont très difficiles à apercevoir. La topographie des lieux change complètement entre le nord et le sud. Loin des circuits très fréquentés du nord, Selous est un paradis originel, où l’homme n’a encore que peu d’influence sur l’écosystème.

Zanzibar : boutre, clou de girofle et sable blanc

<a href='/membre/162853'>dove33</a>

Dar-es-Salaam, ville tentaculaire de 4 millions d’habitants, est le port de départ pour Zanzibar. A « Dar », rien de folichon à se mettre sous la dent, à part le bruit, la pollution et les moustiques. On met donc le cap sur l’archipel de Zanzibar, composé de deux îles, Unguja (communément appellée Zanzibar) et Pemba. On débarque à Stone Town, la capitale de l’archipel, après deux heures de navigation.

Zanzibar est un état semi-autonome : il dépend de Dar-es-Salaam pour les affaires qu’il ne peut gérer lui-même. Pour le reste, Zanzibar, qui a son propre président, dispose d’une certaine autonomie. Des générations d’écrivains voyageurs ont rêvé de Zanzibar, sans jamais y venir : Jules Verne, Joseph Kessel ou encore Arthur Rimbaud. Le chanteur du groupe Queen, Freddy Mercury, y est né.

Au débarquement, outre la chaleur qui étreint, un sentiment d’ailleurs saisit le voyageur, avec l’impression de ne plus être totalement en Afrique. L’influence des Omanais, arrivés par boutre au Moyen-Âge, est bien visible. Le sultan d’Oman faisait même de Zanzibar la capitale de son sultanat en 1840.

Pour s’imprégner de l’atmosphère de cet archipel, il faut le traverser en taxi, sur 50 km. On rejoint ainsi la côte Est, plus tranquille. On y apprécie surtout les plages de sable blanc et leurs cocotiers dansant sous l’effet du vent. L’eau bleue et transparente est chaude toute l’année : de quoi se requinquer quand l’hiver sévit en Europe. Le dhow (ou boutre) est l’une des particularités de Zanzibar. Navigation très élancée, le dhow est le bateau de prédilection des Zanzibaris.

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Zanzibar, se trouve Pemba : plus petite que sa grande sœur voisine, elle possède des fonds sous-marins encore plus clairs. Pemba produit trois fois plus de clous de girofle que Zanzibar. Elle est très fertile et les Arabes l’appelaient l’île verte (« Al Khudra »). Pemba demeure peu visitée par les touristes, alors que ses plages sont absolument superbes et qu’elle présente de nombreuses curiosités. L’un des nombreux joyaux de la Tanzanie.

Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Tanzanie.

Office du tourisme de Tanzanie (en anglais)

S’y rendre

La Tanzanie est dotée de deux aéroports internationaux : le Kilimandjaro Airport (via Amsterdam avec KLM), entre Arusha et Moshi dans le nord du pays, et Dar-es-Salaam. Pour Zanzibar, prendre un vol pour Dar, puis un autre pour l’archipel, sur place.
Le voyage dure entre 12 h et 15 h, selon la durée de l’escale. En moyenne, aller-retour entre 750 et 1 200 euros, selon la saison. Plus cher pour le Kilimandjaro Airport que pour Dar-es-Salaam (entre 150 et 200 euros plus cher).
Pas de vol direct depuis la France.

Climat

Eviter les saisons des pluies, entre février et avril, et quelques éparses en novembre. Migrations animales en janvier-février, et septembre-octobre.
Très frais entre juin et septembre, surtout dans le nord. Sur la côte, il fait chaud toute l’année (plus de 30 degrés), avec des pointes à près de 40 vers fin décembre - début janvier.

Hébergement

La Tanzanie a réalisé des progrès significatifs dans l’hébergement. Les parcs nationaux du Nord, l’île de Zanzibar et Dar-es-Salaam offrent à présent des hôtels du meilleur standing, avec les prix qui y correspondent (de 15 US$ à plus de 500 US$ la nuit). Un peu partout, les guesthouses poussent comme des champignons.

Adresses

- Backpackers Arusha : quartier du marché. Portable : 0 753 377 795 ou 0 754 377 795. Chambre simple 6 US$, chambre double 12 US$ et dortoir 5 US$ par personne, petit déjeuner (copieux) inclus. Un hôtel construit et aménagé spécifiquement en vue d’accueillir des routards. Il existe le même à Moshi, aux mêmes prix, près de la gare routière.
- Econolodge à Dar-es-Salaam : rue perpendiculaire à Lybia St, (022) 211 6048 / 49 - Chambres de 20 000 à 45 000 TSH. Chambres bien entretenues, endroit assez calme.
- Malindi Lodge à Zanzibar : à la sortie du port, tout près du cinéma Afrique. Chambre simple à 12 000 TSH et 16 000 TSH, chambre double à 26 000 TSH et 30 000 TSH. Endroit propre et plaisant. Personnel parlant remarquablement français !

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