L’Irlande à vélo : du Connemara au Ring of Kerry

Laurène Vitoux
par Laurène Vitoux

01 juillet 2009

Irlande Connemara
Connemara © Uwe Albert-Thiele - Fotolia
La nature est l’un des atouts de l’Irlande, qu’il faut prendre le temps de visiter pour en goûter les charmes inépuisables. L’un des meilleurs moyens de prendre son temps consiste à se déplacer à vélo pour s’imprégner des paysages changeants et de l’atmosphère bucolique de l’île verte. Certes, le soleil ne brille pas tous les jours dans ce coin d’Europe et les routes sont parfois rudes. Mais un périple à deux roues chez nos amis celtes vous laissera un souvenir inoubliable. Récit d’un voyage du Connemara au Ring of Kerry, avec plein de conseils pour préparer et réussir son circuit irlandais à bicyclette.
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L'Irlande à vélo ? Chiche !

Laurène Vitoux
« Lig dvinn draiocht a chur ort »: laissez-nous vous jeter un sort…On accepte volontiers d’être ensorcelé par l’Irlande, qui y réussit d’ailleurs fort bien. Ici, le gaélique parvient parfois à supplanter l’anglais et des légendes celtiques surgissent à chaque bout de pierre. Kerry, Mayo, Sligo, Galway… Ces comtés, qui ont chacun leurs particularités, rivalisent de charme. Pour s’en imprégner, voire les éprouver, il faut les parcourir à vélo.

L’Irlande est un pays qui se prête facilement à la petite reine : distances raisonnables, paysages changeants... Inutile d’effectuer au préalable un entrainement digne d’un tour de France, une bonne forme physique et de la motivation suffisent. Et lorsque les côtes semblent ne jamais se finir, il suffit de poser pied à terre et de pousser le vélo ! Le plus important, dans un tel voyage, est de savoir prendre son temps (surtout lorsque l’on part en groupe).

Point négatif de ce transport : les routes. Certes, il existe soi-disant quelques pistes cyclables… mais très vite, leur trace se perd. Le réseau cycliste est assez peu développé. Se retrouver souvent à pédaler sur le bas-côté de la nationale (entendez par « nationale » une route à une seule voie) n’est guère rassurant lorsque les voitures vous doublent à une allure folle. Cela vaut le coup d’investir dans un casque et un gilet fluorescent. De plus, il est important de signaler qu’un vélo, accompagné de grosses sacoches, est toujours difficile à poser dans un coin pour se balader à pied. Malgré tout, sillonner l’Irlande à vélo demeure un vrai plaisir, qui offre son lot d’émotions et de découvertes.

Délicieux Connemara

Laurène Vitoux
Westport, jolie petite ville du Comté de Mayo, est notre point de départ pour un périple de 13 jours et de 800 kilomètres environ. Après avoir passé une journée à Dublin, un bus nous permet de rejoindre la côte ouest de l’Irlande, réputée pour être la plus jolie du pays. L’aventure commence. Les premiers kilomètres seront les plus faciles (une cinquantaine jusqu’à Leenane) : le sud du Comté de Mayo est une succession de villages de pêcheurs, de landes désertes, et de fjords où les voitures se font rares et les côtes faciles à gravir. Pour notre première nuit, nous installons nos tentes dans une maison en construction, face à Killary Harbour : divin !

Deuxième jour de vélo et nous pénétrons dans la légendaire région du Connemara. Au loin, les montagnes des Twelve Bens se découpent. Une sensation d’ivresse nous envahit. L’abbaye de Kylemore, ancien château du XIXe siècle, surgit soudainement au milieu d’un écrin de verdure, comme sortie de nulle part. Elle abrite actuellement un collège privé tenu par des sœurs bénédictines, ce qui explique une visite intérieure décevante. Mais le parc justifie à lui seul le billet d’entrée.

Clifden (à 20 kilomètres) nous réserve une surprise : la ville est en pleine effervescence. Effectivement, le hasard fait que nous sommes le troisième jeudi du mois d’août en plein « Poney show » ou fête du poney. Un air de kermesse envahit les rues. Une petite langue de terre s’avançant dans la baie de Clifden et entourée de deux plages nous séduit et, malgré le panneau d’interdiction de camping, nous décidons d’y dormir. Et pour couronner cet endroit idyllique où le soleil nous offre un superbe coucher, des toilettes publiques sont à proximité : emplacement quatre étoiles !

Troisième jour de vélo et 65 kilomètres de routes ondulées pour rejoindre Galway. Cette portion de terre battue par le vent — nommez-la « crag » — est absolument superbe. Pas un arbre : nous sommes dans un paysage de tourbière (le résultat de la décomposition en milieu humide de racines d’arbres). Nous osons, au moment de déjeuner, y faire quelques pas. Pauvre de nous : nous nous enfonçons immédiatement dans le « bog » !

Galway : de quoi s’occuper pendant la pluie

Laurène Vitoux
Réveil difficile : il pleut fortement. Replier les tentes est un moment particulièrement désagréable à passer. Heureusement, la ville de Galway n’est qu’à deux kilomètres. Nous n’hésitons pas à nous arrêter quelques heures pour éviter que notre voyage en vélo ne devienne un supplice. Et pour célébrer cette pause, un bon « Irish breakfast » : œufs, bacon, haricots blancs, et saucisses. Un régal ! Pour les plus réticents (« des saucisses au p’tit déj’ : jamais! »), des « french toasts » et de la confiture font l’affaire !

Galway, troisième ville du pays, est connue pour être la capitale de la musique celte. Autant dire que les pubs, sont de véritables repères à musiciens, surtout à Quay Street, le « quartier latin » de la ville ! Les maisons rivalisent de couleurs et d’originalité et les enseignes de pubs défilent sous nos yeux : The Quays, King’s Head… Même à 11 h du matin, il y règne une ambiance festive. Impressionnant…

Désertée par ses étudiants l’été, la ville, une des plus dynamiques du pays, respire de fraîcheur entre ses jolies promenades le long du fleuve Corrib ou ses déambulations dans Eye Square, parc dédié à J.-F. Kennedy, d’origine irlandaise. Ce dernier vint à Galway en 1963, une visite qui fit sensation. Le temps de visiter le musée de la ville et la pluie laisse place à un petit crachin normand. Nous reprenons nos sacs, abandonnés dans des pubs bienveillants et repartons sur la route pour cinquante kilomètres, avant de rendre les armes à Ballyvaughan, aux portes du Buren. Ce « damned » crachin irlandais nous cache la baie de Galway, réputée pourtant pour être jolie.

Coup de cœur pour le Burren

Laurène Vitoux
Quatrième journée : le soleil est revenu. Requinqués, nous commençons par un dénivelé de 100 mètres afin d’atteindre le sommet du Burren. Ce plateau karstique, désertique, possède un sol recouvert de dalles de calcaire, striées de crevasses. D’où son nom gaélique « An Bhoireann », « pays pierreux ». Étant particulièrement poreuse, la roche retient l’eau de pluie et permet à une flore abondante de se développer. Qui eût cru que cette terre d’apparence stérile et austère pouvait faire apparaître autant d’espèces de fleurs ? Magnifique ! Un véritable coup de cœur.

Deux heures de descente plus tard, nous arrivons non loin des Cliffs of Moher, un des lieux les plus touristiques d’Irlande : 200 mètres de haut en moyenne sur 8 kilomètres de large d’une roche noire à l’aspect dramatique. Doolin, petit port de pêche aux maisons colorées et à la vue imprenable sur les falaises, nous accueille pour la nuit. Le village est aussi le point de départ pour les îles d’Aran. Du coup, il est devenu un lieu de passage incontournable et l’ambiance dans l’unique pub est assurée. Le panneau « Celtic’s music at O ‘Connor » nous appâte rapidement : musiques irlandaises, Guinness à volonté et un bon crumble aux fruits rouges accompagnés de glace à la vanille… Petit détail à savoir : dans les pubs irlandais, vous passez commande au bar et on vous l’apporte. De quoi s’emmêler parfois les pinceaux et recevoir deux crumbles au lieu d’un : mais qui s’en plaindra ?

Le lendemain, visite des fameuses falaises de Moher. Et là, quelle déception ! Il y a foule, l’endroit est moins sauvage qu’on ne l’avait espéré : des vendeurs nous agressent de partout (« non, nous ne voulons pas acheter un torchon de cuisine « made in China » avec les falaises dessus »), un pseudo-musée promet des explications de folie en 3D sur le « pourquoi » de la roche. Nous nous dépêchons de fuir vers Ennis, à 40 kilomètres. Le paysage, aux airs de Normandie, ne nous emballe pas beaucoup. Mais peut-être est-ce dû à la pluie qui tombe de nouveau. Nous avons beau envelopper nos pieds dans des sacs-poubelle, au bout de deux heures, nous sommes trempés. Seuls les bonnets de douche, version « mamie veut pas abîmer son brushing », sont efficaces : mais quelle dégaine !

Dingle : culture celtique… et touristique

<a href=/membre/3901 target=_blank>Liliane Marconnes</a>
Septième journée de vélo et voilà que nous trichons. Nous prenons un bus d’Ennis à Tralee. L’Irlande possède un réseau de bus très bien développé, surtout en plein mois d’août. Bien pratique pour sauter 80 kilomètres de campagnes ponctuées de « Bed and Breakfeast » tous les deux kilomètres (seul bémol : les 11 €, en plus du billet de bus, pour voyager avec son vélo).

De Tralee à Dingle, une cinquantaine de kilomètres nous conduit à travers la montagne. Au loin, le mont Brandon, deuxième sommet d’Irlande, culmine à 951 mètres. La péninsule de Dingle est connue pour être un pays à part en Irlande où les traditions celtiques sont plus ancrées qu’ailleurs. Cette magnifique langue de terre désolée, balayée par le vent et parsemée de murets de pierres, tombe de façon abrupte dans l’océan Atlantique. Elle laisse quelques petites criques de sable remplies de charme. Nous empruntons le Dingle Way ou Slea Hide Drive pour notre huitième jour de vélo: une quarantaine de kilomètres de routes, souvent en bord de falaises.

Le port de pêche, Dingle « An Daingean », installé au fond d’une magnifique rade naturelle, est connu pour être un des bastions du gaélique. Malheureusement, en plein mois d’août, difficile de trouver un peu d’authenticité : les pubs débordent de touristes et les Fish and Chips ou Irish Stew (sorte de ragoût national accompagné d’une sauce à la bière) se servent à la pelle.

Ring of Kerry : rêve et brouillard

Laurène Vitoux
67 kilomètres plus tard, nous voici pénétrant une des régions les plus connues d’Irlande, nommé « the kingdom » ou le royaume du Kerry. Sa capitale, Killarney, est idéalement placée au pied des montagnes du Macgillycuddy’s Reeks et à l’entrée du parc national éponyme, classé réserve biosphère par l’Unesco en 1982. Une journée de pause nous permet de le parcourir à pied. Trois lacs percent une forêt dense de chênes et d’Ifs. Après les landes désertes de Dingle, le contraste est saisissant. Et pour ceux qui saturent d’un trop-plein de nature, se situe, dans le parc, le manoir de Muckross, construit en 1843 d’un pur style élisabéthain. De quoi rêver un instant et se croire dans un roman de Jane Austen !

Killarney est également un bon point de départ pour parcourir le « Ring of Kerry », 200 kilomètres et trois jours nous permettent de faire le tour de la péninsule d’Iveragh. Une première étape nous conduit jusqu’à Cahersiveen, petit port de pêche à 70 kilomètres (quelques montées pénibles mais de superbes passages bordant la falaise). Tout près, l’île Valentin, demeure des moutons, offre un des plus beaux points de vue, depuis ses falaises, sur la côte déchiquetée du Kerry.

Malheureusement, ce sera notre dernière vision du Kerry. Un brouillard épais s’installe sur la péninsule, « au moins pour plusieurs jours » selon un pêcheur. Seuls souvenirs visibles : l’impression de bout du monde et la chaleur des locaux. Bien que le Kerry soit une des régions les plus touristiques d’Irlande, passé Killarney et son parc, on se sent rapidement seuls au monde et les rencontres se font beaucoup plus spontanément. Notre regret : nous être entêtés à terminer le ring en vélo, dans le brouillard. Nous aurions mieux fait de nous arrêter pour marcher dans la montagne (le choix de chemins est vaste et le brouillard ne franchit généralement pas les cols), quitte à prendre un bus par la suite. En Irlande, le ciel a souvent le dernier mot !

Préparer son vélo pour le voyage

Laurène Vitoux
Louer ou emmener un vélo ?
Louer sur place un vélo pour 15 jours (comptez généralement entre 70 et 80 € par semaine) revient plus cher que l’emmener par les airs. Il vous en coûtera généralement 30 € par vol si la réservation se fait par Internet.

Pour le transport aérien
La règle d’or : moins ça dépasse, plus vous aurez de chance de retrouver votre vélo à l’arrivée. Soyez assuré que le vélo sera maltraité.
La première étape consiste à démonter tout ce qui pourrait être arraché. Dégonflez les pneus (afin que la pression en vol ne les endommage pas), abaissez la selle et le guidon afin de mettre ce dernier parallèle au cadre, démonter les pédales pour les fixer. Attachez également la roue avant au cadre. Du gros scotch marron fera l’affaire.
Deuxième étape : recouvrir les parties sensibles du vélo (pédale, chaîne…) avec du papier bulle ou des bouts de carton.
Ultime étape avant le décollage : envelopper les vélos, à la demande des compagnies aériennes. Nous avions acheté des housses étanches spéciales vélos. Quelle ne fut pas notre déception à l’atterrissage : elles étaient déchirées de partout, un vrai carnage. Préférez des sacs-poubelle bien grands que vous pourrez jeter à l’arrivée.

Les bagages
En plus de recouvrir nos deux sacoches arrière d’une protection étanche, nous avons mis toutes nos affaires, à l’intérieur, dans des sacs-poubelle, en les répartissant par thème. Double étanchéité garantie et un gain de temps précieux gagné !
N’oubliez pas, en plus d’un kit de réparation, d’une pompe à vélo et d’un démonte-pneu, au moins deux chambres à air.

Enfin, inutile de partir avec de la nourriture, vous trouverez toujours un supermarché sur votre route. Pédaler des heures et des heures sans rencontrer âme qui vive n’est qu’un mythe…

Fiche pratique

Laurène Vitoux
Consulter notre fiche Irlande

Office de tourisme d’Irlande

Comment y aller ?
Les compagnies Ryanair et Aer Lingus proposent des billets d’avion à des prix attractifs. Autre avantage : elles desservent souvent les petites villes de province et permettent d’éviter de retourner à Dublin pour le retour.

Quelques auberges sympas
- Cahersiveen Sive Hostel : 15, East End. 15 € en dortoir, 22 € en chambre double. Petite AJ conviviale et proprette.
- Rainbow Hostel : Milltown. AJ/Camping à la grande cuisine toujours remplie de monde et d’ambiance. L’endroit idéal pour rencontrer des routards.

Camper en Irlande
Nous avons opté pour la solution la plus économique : le camping sauvage (toléré). Dormir à même la terre irlandaise n’est pas toujours la meilleure option pour se réchauffer et faire sécher ses affaires. Même si le temps est au beau fixe, l’humidité se dépêche de tremper vos affaires !
C’est pourquoi, tous les trois jours, nous avons dormi en auberge. Recharger les batteries pour mieux repartir. De surcroît, les auberges irlandaises sont particulièrement accueillantes.

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