Peinture hollandaise
Rembrandt, maître de l'ombre et de la lumière
Pourquoi Rembrandt est-il considéré non seulement comme le plus grand peintre hollandais, mais aussi comme l'un des plus puissants génies de l'histoire de la peinture ?
Pour deux raisons essentielles : il est l'inventeur d'une technique audacieuse appelée le « clair-obscur ». Avant Rembrandt, seul le Caravage avait eu l'idée de juxtaposer aussi violemment sur sa toile des couleurs sombres, dans les noirs, et des couleurs claires, vives. Mais le peintre hollandais parvient pour sa part à dépasser ces oppositions spectaculaires. Marier la lumière et l'ombre, la clarté et l'obscurité (la vie et la mort ?), voilà l'invention géniale de Rembrandt.
L'autre raison tient à son caractère, à sa vision du monde et des êtres. À l'instar de Dostoïevski, auquel Malraux le comparait, Rembrandt ne se contente pas de représenter les choses, il se jette corps et âme dans la création. Avec lui, la peinture européenne s'interroge pour la première fois sur l'homme. On ne décore plus, mais on explore les profondeurs de l'âme humaine. De tous les peintres du Siècle d'or, Rembrandt est le plus profond.
Vermeer ou le sublime dans la banalité
Parmi les grands maîtres du XVIIe siècle hollandais, Johannes Vermeer (1632-1675) est le seul dont on peut dire qu'il ne commença à exister que 200 ans après sa mort. D'ailleurs, c'est un obscur critique d'art français qui redécouvrit son œuvre à la fin du XIXe siècle. Contrairement à Rembrandt, qui laissa des centaines de toiles, on ne connaît de lui qu'une petite quarantaine de tableaux.
Vermeer peint les scènes les plus banales avec la plus grande subtilité. Il transforme l'ordinaire en merveilleux. Signe particulier de l'artiste : n'aime ni les foules ni le bruit. C'est pourquoi certains le dénomment « peintre du silence ».
Il adore les choses les plus ordinaires, la banalité quotidienne. Aucun exotisme chez ce sédentaire indécrottable.
Frans Hals, le peintre de la vie
Bon vivant, il aimait bien la boisson. Si Rembrandt, son contemporain, fut en quelque sorte le « témoin de l'âme » et Vermeer le « peintre du silence », Frans Hals fut celui « des émotions et des instincts humains ».
Dans la centaine de portraits qu'il a peints, les buveurs, les chanteurs, les comédiens occupent une place importante. Mais on lui doit aussi des portraits d'enfants, des familles connues à l'époque. Sa série de tableaux appelée Les Gardes civiques montre ces hommes d'armes à la parade ou réunis autour d'une table de banquet. Il aimait la fête. Un de ses tableaux les plus connus est Le Joyeux Buveur (1628) au Rijksmuseum d'Amsterdam.
Précurseur de l'impressionnisme, deux siècles avant son avènement, Frans Hals peignait à grands coups de pinceau rapides. Les détails ne sont pas aussi fignolés que chez Vermeer. La lumière de ses tableaux n'a pas l'intensité trouble des clairs-obscurs de Rembrandt. Mais les émotions et les impressions de ses personnages passent bien. C'est là tout le génie de Frans Hals, peintre de la vie et du mouvement.