Musique
Festivals, fleadhtha et seisiúin
Si une bonne part de la vie musicale est concentrée dans les pubs, il est bien d'autres lieux où elle s'exprime. Un fleadh (prononcer « fla », pluriel fleadhtha) est un rassemblement populaire de musique traditionnelle irlandaise. Dans les villes où ils se tiennent, les pubs ferment beaucoup plus tard, la musique est reine et l'ambiance de folie. Pour ces soirées improvisées, les seisiúin (pluriel de seisiún, prononcer « shèshoun »), arrivez de bonne heure dans les pubs.
L'événement musical majeur en Irlande est le All Ireland Fleadh, finale de tous les fleadhtha locaux, qui se tient en général l'avant-dernière semaine d'août. Il change de ville chaque année. Pendant ces périodes, vous trouverez difficilement à vous loger. Allez assister aux concours entre orchestres, puis précipitez-vous dans les pubs, où les mêmes groupes vont continuer à jouer. On y retrouve les instruments traditionnels, comme le bodhran (prononcer « bôrône »), grand tambourin fait d'une peau de chèvre tendue, et la flûte irlandaise (tin whistle).
Les vraies seisiúin ont lieu en hiver. En été, dans les endroits touristiques, elles sont organisées à l'avance, et 2 ou 3 musiciens sont payés pour former un noyau autour duquel viendront se greffer d'autres musiciens au gré de leur humeur du moment (non payés).
Une autre forme de rassemblement musical est le festival (sorte de fest-noz), fréquenté surtout par les jeunes. Folk irlandais bien sûr, mais il s'ouvre en général à d'autres genres de musiques : blues, jazz, rock... Les festivals se déroulent généralement en pleine campagne, en plein air ou sous chapiteau. Les plus connus : Cork (pour le jazz) fin octobre, Castlebar (pour le rock) en été, Miltown Malbay (musique traditionnelle) en juillet.
Le rock irlandais
Se conter et se raconter en vers est, depuis la nuit des temps, presque un réflexe conditionné chez l'Irlandais. Avec la grande émigration vers le Nouveau Monde au XIXe siècle, les Irlandais apportèrent dans leurs bagages ce don de capter l'histoire d'un peuple.
Le rock'n roll est né en Amérique de la rencontre de l'Afrique et de l'Europe. Mais il aura fallu un long chemin pour que leurs musiques se confrontent et donnent naissance au rock.
Avant tout, le rock est une musique de révolte. En raccourci, on peut dire que l'esclavagisme et la Grande Famine sont les sources de ce fleuve qui inonde le monde d'aujourd'hui. Si, à ses balbutiements, ce sont les Noirs qui ont monopolisé le rock au travers du blues et du rhythm and blues, les Blancs étaient de grands consommateurs de country & western. Chuck Berry chanta une espèce de dérivé du country & western : le rock avait pris forme.
Mais l'histoire du rock irlandais prend, au début des années 1980, un tournant décisif avec l'arrivée des Pogues. C'est le retour aux sources : les chants traditionnels sont passés à la moulinette punk. Les Pogues sont certainement quelque part à l'origine du mouvement des Commitments à Dublin aujourd'hui (de to commit : « commettre, s'engager » ; commitments : « engagements »). S'engager à être irlandais. À rester à Dublin, à ne pas s'exporter au travers du showbiz anglo-américain... Du coup, 1 200 groupes dublinois jouent dans les pubs irlandais et enregistrent leurs disques en Irlande. Bref, l'antithèse de U2...
Cinéma
- L'Homme tranquille (américain, 1952) : de John
Ford. The Quiet Man raconte l'histoire d'un boxeur américain qui revient
en Irlande, l'île de ses ancêtres. Adapté d'un roman irlandais par un monstre
sacré du western hollywoodien (de son vrai nom, John Ford s'appelait Seán O'Fearna),
le film fut tourné dans le Connemara, à Cong (où le pub du film est devenu le
pub The Quiet Man), et dans ces merveilleux paysages de collines et de
lacs de l'Ouest. Ford engagea des acteurs américains d'origine irlandaise :
John Wayne, le roi des cow-boys, et Maureen O'Hara, la plus célèbre rousse aux
yeux verts que l'Irlande ait jamais déléguée à Hollywood.
- Un taxi mauve (français, 1978) : d'Yves Boisset.
Adaptation du roman de Michel Déon (ce romancier aime tellement le pays qu'il
s'y est installé pour y vivre). Fred Astaire, dans son taxi mauve, rythme la
valse énigmatique de Philippe Noiret et de Charlotte Rampling à travers de superbes
paysages, vastes et désolés, qui servent de toile de fond à cette intrigue envoûtante
et fort bien ficelée. Le film fut tourné dans le Connemara, du côté de Cong
et dans la péninsule de Dingle.
- Gens de Dublin (américain, 1987) : de John Huston.
Par l'un des derniers monstres sacrés d'Hollywood, adaptation risquée mais réussie
de The Dead (Les Morts), une nouvelle de James Joyce. Aventurier et intellectuel, John Huston avait les deux qualités
pour porter à l'écran ce texte génial : l'audace et la finesse d'analyse. De
plus, il était lui-même
d'origine irlandaise. Huston est mort peu de temps après le tournage.
Gens de Dublin peut être considéré comme son testament cinématographique.
- The Field (irlandais, 1990) : de Jim Sheridan.
Une vraie tragédie grecque ! Années 1930. Un vieux paysan (Richard
Harris) au caractère pas du tout facile s'apprête à acheter aux enchères ce
qu'il convoite depuis des années : le champ loué et cultivé par ses ancêtres
pendant des générations et qu'il destine à son fils (John Hurt). Totalement
écrasé par son père, ce dernier rêve en secret de partir avec la fille du Traveller
(une nomade !). Survient alors un Américain fortuné (Tom Berenger) en quête
de racines... et donc de terre. Il s'agit de la première grande œuvre de Jim
Sheridan (Au Nom du père, entre autres). Les premières images annoncent
immédiatement la couleur (sombre). Les paysages de Leenane sont très bien filmés
et le personnage de Richard Harris effrayant de détermination. D'après ce qu'on
a compris, il ne s'agirait pas forcément d'une histoire inventée...
- Michael Collins (irlandais, 1996) : de Neil Jordan.
Du même réalisateur que le précédent, une évocation du destin d'un homme qui
lutta et donna sa vie pour l'indépendance de son pays. On peut critiquer les
libertés prises vis-à-vis de l'histoire, mais il n'en reste pas moins un grand
film récompensé par le Lion d'Or de Venise, nous éclairant sur une période mal
connue (du moins dans nos chaumières) de l'histoire irlandaise.
- Bloody Sunday (anglo-irlandais, 2002) : de Paul Greengrass.
La reconstitution de l'engrenage infernal qui allait mener, le dimanche 30 janvier
1972, à la tragédie que l'on sait (13 morts parmi les manifestants
d'une marche pacifique à Derry, en Irlande du Nord). Un film qui a valeur
de document, monté en séquences courtes, sans pathos. Paul Greengrass,
récompensé par l'Ours d'or du Festival de Berlin en 2002, a également
produit Omagh (2005), sur une autre tragédie irlandaise.
- Le vent se lève (The Wind That Shakes the Barley ; anglais,
2006) : de Ken Loach. Dans la veine de son Land and Freedom, un Ken Loach historique
qui retrace le parcours d’un jeune Irlandais laissant tomber ses études
de médecine pour rejoindre l’IRA, au moment de la guerre d’Indépendance.
Un film très fort qui dénonce les atrocités commises par
les troupes britanniques. Palme d’or du Festival de Cannes 2006.