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Un peu d’histoire Corse

La trace humaine la plus ancienne remonte à 6 750 av. J.-C. Certains pensent que l’homme aurait pu arriver à pied (presque) sec par le cap Corse vers 60 000 av. J.-C., alors que le niveau de la mer était bien plus bas que de nos jours. Mais les archéologues penchent aujourd’hui pour une occupation saisonnière qui aurait débuté vers 10 000 av. J.-C., par des pêcheurs venus du continent.
Vers 4 000 av. J.-C., la démographie explose et une véritable société insulaire se constitue.

Les populations du continent

Au VIe siècle, la population grecque de la ville de Phocée, en Asie Mineure, traversa la mer pour fuir les armées perses. Les Phocéens exploitèrent les mines et les salines, plantèrent la vigne et l’olivier. Peu concernés, les Corsi continuaient de faire paître leurs troupeaux dans les montagnes. En 535, les flottes étrusques et carthaginoises poussèrent les Phocéens vers de nouveaux rivages.
Vinrent ensuite les Romains, vers 225 av. J.-C. Ils mirent près d’un siècle à soumettre la Corse. L’île y perdit la moitié de sa population. L’occupant pouvait toujours développer Aléria, les montagnes restaient indomptées, les Corses tendant des embuscades aux voyageurs.

Corses contre Corses

Les Romains restèrent 700 ans. Mais le temps des grandes invasions change la donne : Vandales en 456, grands persécuteurs, Goths un siècle plus tard, suivis de près par les Byzantins. En 725, les Lombards débarquent pour finalement être chassés par les Francs. Enfin, au IXe siècle, après une série de razzias terrifiantes, les Maures, appelés Sarrasins ou Barbaresques, ramassèrent la mise.
Mais dans l’intérieur, le héros Ugo Colonna conduisait la résistance, de victoire en victoire. Le drapeau corse, une tête noire avec un bandeau dans les cheveux, représenterait un prince maure décapité après avoir été vaincu à Porto-Pollo. Les Corses, donc, liquidèrent les Sarrasins, après quoi ils purent se battre entre eux.
Les féodaux décidèrent de se partager l'île. Cela tourna au massacre entre clans. Lassé, le peuple corse se donna pour chef un simple homme libre, courageux, un vrai Corse : Sambuccio d'Alando, qui proclama l'indépendance et un gouvernement populaire. Mais, à sa mort, l'île retomba dans la foire d'empoigne. Les insulaires, cette fois, s'offrirent au pape. L'île devint fief de l'évêché de Pise et s’apaisa.

Gênes durable

Au XIIe siècle, Gênes chercha à déloger Pise. En 1284, Gênes détruisit une fois pour toutes la flotte pisane. Durant cinq siècles, les Corses chercheront par tous les moyens à retrouver leur indépendance.
En 1358, une révolte anti-nobiliaire marqua les esprits. Une partie de l’île fut alors débarrassée de ses seigneurs féodaux.
En 1453, Gênes loua la Corse à ses créanciers, l’opulente Banque de Saint-Georges qui ramena dans l’île la paix et la prospérité. Revenue, Gênes durcit sa poigne. Elle exploita à outrance. Les Corses se révoltèrent. En 1735, ils allèrent jusqu’à proclamer l’indépendance. Gênes répondit par le blocus de l’île et s’allia à la France. La partie fut inégale. Gênes rétablit sa domination.

Un roi sans couronne

En 1755, Pasquale Paoli est élu chef de la Résistance. C’est un général talentueux et progressiste. En treize ans, de 1755 à 1767, Paoli fera entrer la Corse dans le concert des nations. Les Corses l’appellent « le Père de la Patrie ».
Au traité de Versailles de 1768, Gênes, ruinée, donne en gage la Corse au roi de France. Gênes ne reverra jamais son ancienne possession, Louis XV ne tenant pas parole et annexant l’île malgré une résistance.
Mais la Révolution française modifie le rapport de force. Paoli, scandalisé par les excès antireligieux de Paris, proclame le royaume corse indépendant sous protection britannique. Mais les Anglais ne le désignent pas comme vice-roi, ils lui préfèrent Sir Gilbert Elliott, aidé par Pozzo di Borgo. Écœuré, Paoli retourne en Angleterre en 1795, et y meurt en 1807.

Le « Petit Corse »

Napoléon Bonaparte est né en Corse dans une noble famille d’origine toscane. Ses parents placent tous leurs espoirs dans ce fils brillant qui est envoyé au collège d’Autun, puis à l’école militaire, sur le continent.
En 1789, il a vingt ans et il est lieutenant. La Corse est alors partagée entre les paolistes et les « populaires », qui veulent propager la Révolution. Napoleone en est. Paoli revenu, Napoleone le sert. Mais bientôt, sa fougue patriote les oppose. Entre les deux, la vendetta est ouverte.
Autriche, Prusse, Espagne, Égypte, Portugal, Italie, Slovénie... il veut tout, il a tout sauf l’Angleterre et la Russie, moyennant quoi il perd tout. Une fois monté sur le trône, Napoléon néglige la Corse et n’y revient qu’une seule fois…

La Corse française

Après son annexion, la France n’est pas restée inerte. Un gouvernement modéré mais ferme accroît la population et développe l'économie. En 1790, la Corse est organisée sur le modèle des départements français. Les fléaux insulaires (vendetta, divisions, banditisme...) déclinent au début du siècle suivant. Au XIXe siècle, la Corse devient une terre mythique chantée par les écrivains.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’illustre en résistant à Mussolini. L’année 1943 aura coûté cher aux résistants, mais le 8 septembre, l’Italie capitule et donne le signal de l’insurrection sur l’île. Le 4 octobre, Bastia est la toute première ville française libérée.
L’accroissement du tourisme, puis son explosion amenèrent de nouvelles réformes.
Parallèlement, dans les années 1970, le mouvement nationaliste se forme. Il s’agit de réaffirmer l’identité insulaire. Se développe alors un mouvement politique et armé qui marque aujourd’hui encore la vie politique de l’île.

Mouvements indépendantistes et autonomes

« Le fusil ou la canne à pêche »

Le mouvement autonomiste né avec l’ARC, l’Action régionaliste corse des frères Siméoni. Le mouvement se durcit lorsque, le 17 août 1975, Edmond Siméoni promet, dans un discours fleuve à Corte, de « se battre à visage découvert », d’offrir, « au service d'une cause sacrée, la liberté et le sang de ses militants ».

Le tournant d'Aléria

Du coup, le 21 août, un commando d’une vingtaine d’hommes occupe la cave viticole d’un riche pieds-noirs d’Aléria. Les pieds-noirs sont accusés de profiter largement des subventions et de trafiquer le vin dans la Plaine orientale. Le gouvernement français réagit en force en envoyant 1 200 hommes, et Siméoni se constitue prisonnier.

Les nuits bleues du FLNC

Les radicaux fondent le Front de libération nationale de la Corse le 5 mai 1976, après une nuit bleue. Les symboles de l’État sautent régulièrement, comme les constructions du littoral.

Enlisement du conflit

Les gouvernements successifs échouent dans leurs tentatives de règlement du « problème corse ». La création de la région Corse en 1970, l’ouverture d’une université à Corte, la création de nouveaux statuts pour l’île en 1982, celle d’une assemblée territoriale, les avantages fiscaux, les primes et les amnisties… rien n’y fait, la surenchère continue, les attentats aussi.

Le problème, avec tous ces groupuscules incontrôlables, est qu’il n’existe en fait aucun leader capable de négocier sérieusement au nom de tous. Un État qui accumule les bourdes depuis 30 ans, un jour « autorisant » une réunion de plusieurs centaines d’hommes armés, sans intervenir, l’autre achetant une paix éphémère à coups de millions de francs… Le préfet Bonnet y perdra sa place en mai 1999.

Luttes internes chez les indépendantistes

Le mouvement indépendantiste n’est plus celui des origines. Luttes intestines et rivalités personnelles nourrissent des méthodes crapuleuses. Cette dérive atteint des sommets avec l’assassinat du préfet Érignac en 1998 et des règlements de comptes en série.

Les accords de Matignon

Jospin décide, en 1999, de réunir autour d’une table tous les partis. Les nationalistes sont représentés par Jean-Guy Talamoni. Chacun expose sa position et défend son point de vue. Jospin émet durant l’été 2000 un consensus après avoir réuni tous les partis, mais la légitimité des accords de Matignon est bientôt contestée. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, démissionne, Talamoni ne contrôle plus ses troupes et les attentats reprennent.

Et maintenant ?

Le changement de donne politique, en mai 2002, enterre ces accords. Le gouvernement Raffarin veut montrer rapidement ses « bonnes intentions » vis-à-vis de la Corse. Mais l’embellie de relations gouvernement-nationalistes ne survit pas aux évènements de l’été 2003 : l'arrestation d’Yvan Colonna, la victoire du « non » au référendum sur l’évolution du statut de l’île et le verdict à l’encontre des accusés dans le procès de l’assassinat du préfet Érignac conduisent le camp nationaliste à durcir sa position.
Fin 2004, le camp nationaliste et le gouvernement campent chacun sur leurs positions dans une sorte de paix armée. Enfin, début 2005, le procès Pieri permet de mettre à jour les pratiques d’un chef de clan nationaliste, condamné à 10 ans de prison, et débouche sur le discrédit apparent, même au sein de la mouvance nationaliste (FNLC Union Radicale).
Aujourd'hui, le camp nationaliste n'arrive plus à masquer ses divisions : les rencontres de Corte, en août 2007, ont marqué une nette fracture entre « indépendantistes » et « autonomistes ».





 


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