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Peinture et architecture

Au début du XVIe siècle, Augsbourg devient la première place financière d'Europe. L'influence italienne, par la Lombardie, se fait sentir en Allemagne.
À Nuremberg, Albrecht Dürer (1471-1528), fils d'orfèvre, devient le maître de la gravure sur bois. Son contemporain, Matthias Grünewald, est surtout célèbre pour son Retable d'Issenheim, exposé à... Colmar et que Huysmans admirait. Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553) produit essentiellement des œuvres de commande pour les électeurs de Saxe, et se lie d'amitié avec Luther, dont il fait un portrait célèbre. Albrecht Altdorfer (1480-1538), avec son chef-d'œuvre halluciné, La Bataille d'Alexandre (1529, Munich), utilise l'espace et la lumière avec une grandeur épique toute wagnérienne.
Le XVIIe siècle, avec sa guerre de Trente Ans (1618-1648), sera une période sombre pour l'Allemagne. Au XVIIIe s, l'architecture surtout marquera sa suprématie. Chaque prince veut faire bâtir son Versailles. La Bavière catholique développe un baroque influencé par l'Italie. Le théâtre de la Cour (1750-1753) à Munich est un joyau de l'art rococo. En Saxe, l'une des œuvres majeures est le Zwinger de Dresde, commencé en 1711. Les parcs oscillent entre le style à l'italienne ou à la française ou encore à l'anglaise.
La réaction contre le baroque se fera dans le goût néoclassique de Palladio. Berlin et Munich se couvriront d'édifices froids et rigides à la gloire de ce nouveau culte de l'Antique.
Le retour à la « grande » peinture n'aura lieu qu'à la fin du XIXe siècle avec la découverte des arts océaniens ! Si les romantiques Otto Rünge et Caspar David Friedrich traduisent le fantastique romantisme d'un Hoffmann ou d'un Novalis, Emil Nolde (1867-1956) sera le premier à traduire la modernité en peinture. À sa suite, le groupe expressionniste Die Brücke est fondé à Dresde en 1905. Dans le même temps, à Munich, le Bavarois Franz Marc et le Rhénan August Macke créent, avec le Russe Kandinsky, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier bleu ») en 1912.
Après la Première Guerre mondiale, Otto Dix et Georg Grosz, par leur critique violente de la société de Weimar, seront de vrais peintres punks avant la lettre. Max Ernst, s'il commence sa carrière auprès des dadaïstes allemands, émigre vite en France. À l'heure actuelle, une nouvelle génération de peintres, dont Baselitz, Kiefer et Polke, connaît un succès sur le marché international de l'art contemporain. Dans le domaine de la « sculpture », c'est évidemment Joseph Beuys qui s'impose comme figure de proue.
En architecture, on retiendra surtout les noms de Walter Gropius (1883-1969), fondateur du Bauhaus en 1919 à Weimar, puis en 1925 à Dessau, où peintres, architectes et sculpteurs entendent « concevoir et créer le nouvel édifice du futur », et de Mies van der Rohe (1886-1969), qui, exilé aux États-Unis, va couvrir Chicago de buildings.

Littérature

Depuis Abélard et saint Bernard, le rayonnement français contamine les Allemands. L’oncle de l’empereur rapporte chez lui des traités d’Aristote et le goût de la scolastique. Jongleurs et étudiants errants font circuler le savoir.
Dès 1160, Heinrich von Melk pose le premier jalon de l’idéal courtois qui donnera bientôt le la de la chevalerie. On joue les premières chansons de geste. L'Hildebrandslied carolingien fut le premier à héroïser les Germains des Grandes Invasions. On retrouve ces braves gens en 1204 à propos du conflit entre Burgondes et Huns sur les deux fleuves cultes de la Germanie, le Rhin et le Danube. Même le cycle celte de la Table ronde passe à la moulinette germanique : c'est le Tristan de Gottfried de Strasbourg et le Parsifal de Wolfram von Eschenbach.
Au XIVe siècle, l'Allemagne a rejoint le concert des lettres européennes : de nouvelles universités y permettent d'économiser le stage à la Sorbonne. Sa scolastique rayonne avec Albert le Grand, maître du futur Thomas d'Aquin, et surtout Maître Eckhahrt, qui jette les fondements de la mystique allemande. 

Les Lumières

À partir de 1750, à Hambourg, Leipzig puis Berlin, les idées des Lumières se diffusent : c'est l'Aufklärung. Mais l'Allemagne se cherche un modèle historique original. Wieland, précepteur du futur duc de Weimar, s'enthousiasme pour la Grèce antique. Lessing ne jure que par Shakespeare.
Le mouvement Sturm und Drang (« Tempête et Passion »), qui apparaît vers 1760, exalte le lyrisme échevelé. Les jeunes Schiller et Goethe y font leurs premières armes.
Mais quand Goethe arrive à Weimar, en 1775, un an plus tard, il songe déjà à ce qui deviendra le classicisme allemand. C'est l'idéal de « l'honnête homme » que forge l'expérience de la vie. Puis la Révolution française enflamme les esprits, et ceux qui deviendront les grands romantiques allemands trouvent un peu courte la philosophie de la vie selon Goethe.

Le romantisme

À Iéna, vers 1800, on cultive l'ironie (le Witz) mais on se passionne pour le merveilleux, la magie, le magnétisme animal. On redécouvre un Moyen Âge très stylisé. Novalis ouvre la porte à Nerval, à Lautréamont et aux surréalistes.
Terre de contes et légendes, l'Allemagne trouve avec les frères Grimm ses meilleurs illustrateurs. 2013 sera l'année de leur jubilé.
Après la chute de Napoléon, une « seconde génération » romantique apparaît. Sur le Rhin, l'atmosphère est plus mystique qu'à Berlin.
Après la chute de Napoléon, une « seconde génération » romantique apparaît. Sur le Rhin, l’atmosphère est plus mystique qu’à Berlin.
Dès 1890, l'agitation sociale va imposer un style naturaliste. Frank Wedekind signe au théâtre de violentes satires. Une première génération expressionniste prophétise l'apocalypse de 1914 : elle y disparaîtra elle-même...

Du Reich aux ruines

Après 1918, c'est l'apothéose de Berlin et de ses cabarets, la « Babylone » de Brecht et des expressionnistes qu'Alfred Döblin immortalisera juste avant fermeture dans son grand roman : Berlin Alexanderplatz (1929).
Tandis qu'Erich Maria Remarque et Ernst von Salomon tirent plutôt froidement les conclusions de l'effondrement de l'Empire, Ernst Jünger et Thomas Mann portent un regard sibyllin de grands bourgeois désabusés sur un avenir encore plus sombre. Au théâtre, Brecht s’engage politiquement très à gauche, avec Tambours dans la nuit (1922) puis L'Opéra de quat'sous (1928). La poésie se fait macabre, avec Gottfried Benn, médecin à la morgue, ou « concrète » (et dadaïste) avec le loufoque Kurt Schwitters.
En 1933, pour beaucoup, c'est l'exil, parfois même le suicide, ou encore l' « exil intérieur », dont Ernst Jünger sera le symbole. La génération suivante produit ce que l'on appellera la « littérature des ruines » !
Les écrivains allemands de l'après-guerre, en dehors des figures que sont Heinrich Böll ou Günter Grass, voire Peter Handke, restent coincés, par la droite et par la gauche, dans une liberté restreinte et surveillée.
1999 : prix Nobel de littérature à Günter Grass, qui révèle en 2006, dans ses Mémoires, son enrôlement à 17 ans dans la Waffen SS. Aveu tardif mais qui contribue à une réflexion sur les années de plomb.

Musique classique

Avec l'Aufklärung apparaît en Thuringe la dynastie des Bach. Le plus célèbre, Johann Sebastian (1685-1750), s'il est un excellent organiste, développe aussi le domaine vocal, de nouvelles formes et jeux d'écriture.
Pendant la même période, Georg Friedrich Haendel sera infiniment plus célébré de son vivant. Il émigre vite en Angleterre où il compose de splendides musiques de cour.

Le mouvement préclassique regroupe deux des fils de Bach, Wilhelm Friedmann et Carl Philip Emmanuel, ainsi que Georg Philip Telemann et Johann Mattheson, qui, plus modernistes, considèrent Bach et Haendel comme des hommes du passé...
Arrive alors Ludwig van Beethoven (1770-1827). Fasciné par le tumulte de l'histoire, admirateur ambigu de Napoléon, le plus célèbre sourd échevelé du romantisme laisse derrière lui neuf symphonies.

Le romantisme s'exprime aussi avec Carl Maria von Weber (1786-1826) et son grand opéra fantastique : le Freischütz (1821). Mais c'est surtout Robert Schumann (1810-1856) qui incarnera le mieux, au travers de ses Lieder, l'âme romantique du XIXe siècle. Paralysé de la main droite à 22 ans, il voit sa carrière de virtuose brisée. De dépressions en tentatives de suicide, la destinée de Schumann s'achève à l'asile d'Endenich, tempérée par l'amitié de Mendelssohn et du jeune Brahms (1833-1897), qui prolongeront l'esprit du Maître.
Richard Wagner (1813-1883) va, lui, faire table rase et s'enfermer dans un univers fantastique et somptueux, dont ses nombreux créanciers ne parviendront jamais à le tirer ! À partir de l'opéra Tannhäuser (1845), le style mégalo de Wagner ne cesse d'alimenter les controverses. Il devient le protégé de Louis II de Bavière. La représentation de Parsifal en 1882 marque l'apothéose du génie (mégalo ?) créateur de L'Or du Rhin et de La Walkyrie.

L'époque moderne arrive. On s'attaque à la construction même de la phrase musicale : « atonalité », « dodécaphonisme », « sérialisme » représentent en musique l'équivalent de la révolution cubique puis abstraite en peinture. En Allemagne, Paul Hindemith et Carl Orff sont les meilleurs représentants de cette tendance « expressionniste », tandis que Richard Strauss (1864-1949) maintiendra le cap d'un romantisme tour à tour impressionniste, mystique et grandiloquent.

Après la dernière guerre, Karlheinz Stockhausen (né en 1926), élève de Milhaud et de Messiaen, développe la théorie du « hasard guidé » et la « technique sérielle ponctuelle ». Parallèlement, Hans Werner Henze enrichit la musique concrète.


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