Cinéma
Inspirés d'abord par le fantastique d'Hoffmann, les cinéastes allemands vont
vite adopter l'expressionnisme. Le Cabinet du docteur Caligari (1919),
avec l'acteur fou Conradt Veidt, lance le genre, entre grand guignol et delirium
tremens. Avec le redressement économique apparaît la « nouvelle objectivité
» dont G.W. Pabst est l'auteur le plus illustre : La Rue sans joie (1925),
où une inconnue du nom de Greta Garbo crie misère, Lulu (1929), où Louise
Brooks est divinisée par la critique, et L'Opéra de quat'sous (1928),
en collaboration avec Brecht. De son côté, Ernst Lubitsch, avant de filer à
Hollywood, donnera dans le grand spectacle avec Madame du Barry (1919)
et Anne Boleyn (1920).
L'apparition du parlant marque la fin de l'âge d'or, à quelques exceptions
près, dont L'Ange bleu (1930) de Joseph von Sternberg, avec la révélation
de Marlène Dietrich, ou le très bolchevique Ventres glacés (1932) de
Slatan Dudow. Seul Fritz Lang surfera génialement sur divers styles, depuis
Les Trois Lumières (1921) jusqu'au Testament du docteur Mabuse (1932).
Après que le sosie de Charles Chaplin aura achevé en sous-sol son macabre tour
de piste, l'Allemagne se passera pendant 20 ans de faire du cinéma... Seuls
émergent dans ce désert Les Assassins sont parmi nous (1946) de Wolfgang
Staudte, et Un homme perdu (1951) de l'ancien acteur fétiche de Lang,
Peter Lorre.
L'exemple de la « nouvelle vague » française réchauffera les jeunes imaginations
vers 1963-1964. Dans le sillage de Volker Schlöndorff (avec Les Désarrois
de l'élève Törless, 1965), et Peter Fleischmann (Scènes de chasse en
Bavière, 1969), une nouvelle génération se hisse vite à un niveau mondial
en cultivant un style décadent et un humour nihiliste. L'inépuisable Rainer
Werner Fassbinder en est l'âme punkoïde, tandis que Werner Herzog, avec Aguirre
(1972), cultive un certain mysticisme et que Wim Wenders, à partir de L'Ami
américain (1977), stylise sa fascination pour les road-movies...
Signalons en 2003, le fabuleux succès de Good Bye Lenin,
film culte de l’Ostalgie, et Rosenstrasse de Margarethe von Trotta,
l’histoire d’une révolte de femmes sous le régime
nazi, qui fut primé à la Mostra de venise. En 2005, La Chute
raconte avec réalisme les derniers jours de Hitler dans son bunker berlinois.
Littérature
L'Hildebrandslied carolingien fut le premier à héroïser les
Germains des Grandes Invasions. On retrouve ces braves gens en 1204 à propos
du conflit entre Burgondes et Huns sur les deux fleuves cultes de la Germanie,
le Rhin et le Danube. Même le cycle celte de la Table ronde passe à la moulinette
germanique : c'est le Tristan de Gottfried de Strasbourg et le Parsifal
de Wolfram von Eschenbach.
Au XIVe siècle, l'Allemagne a rejoint
le concert des lettres européennes. Sa scolastique rayonne avec Albert le Grand,
maître du futur Thomas d'Aquin, et surtout Maître Eckhahrt qui, en traduisant
le bonheur de l'âme unie à Dieu, jette les fondements de la mystique allemande.
Les Lumières
À partir de 1750, à Hambourg, Leipzig puis Berlin, les idées des Lumières se
diffusent : c'est l'Aufklärung. Le mouvement Sturm
und Drang (« Tempête et Passion »), qui apparaît vers 1760, exalte
le lyrisme échevelé. Les jeunes Schiller et Goethe y font leurs premières armes.
Mais quand Goethe arrive à Weimar, en 1775, il songe déjà à ce qui deviendra
le classicisme allemand. C'est l'idéal de « l'honnête homme » que forge l'expérience
de la vie.
Le romantisme
À Iéna, vers 1800, autour du très jeune Novalis, on cultive l'ironie
(le Witz) mais on se passionne pour le merveilleux, la magie,
le magnétisme animal. Après la chute de Napoléon, une « seconde génération »
romantique apparaît. Dès 1890, l'agitation sociale va imposer un style naturaliste.
Frank Wedekind signe au théâtre de violentes satires.
Du Reich aux ruines
Après 1918, c'est l'apothéose de Berlin et de ses cabarets, la « Babylone »
de Brecht et des expressionnistes qu'Alfred Döblin immortalisera juste
avant fermeture dans son grand roman : Berlin Alexanderplatz (1929).
Tandis qu'Erich Maria Remarque et Ernst von Salomon tirent plutôt froidement
les conclusions de l'effondrement de l'Empire, Ernst Jünger et Thomas Mann portent
un regard sibyllin de grands bourgeois désabusés sur un avenir encore plus sombre.
Au théâtre, Brecht s’engage politiquement très à gauche,
avec Tambours dans la nuit (1922) puis L'Opéra de quat'sous (1928).
La poésie se fait macabre, avec Gottfried Benn, médecin à la morgue, ou « concrète
» (et dadaïste) avec le loufoque Kurt Schwitters.
En 1933, pour beaucoup, c'est l'exil, parfois même le suicide, ou encore « l'exil
intérieur » dont Ernst Jünger sera le symbole. La génération suivante produit
ce que l'on appellera la « littérature des ruines » ! Les écrivains allemands
de l'après-guerre, en dehors des figures que sont Heinrich Böll ou Günter Grass,
voire Peter Handke, restent coincés, par la droite et par la gauche, dans une
liberté restreinte et surveillée. 1999 : prix Nobel de littérature décerné à Günter
Grass.
Musique
L'art instrumental reste timide jusqu'au XVIIe siècle.
Mais le Nordique Dietrich Buxtehude (1637-1707), avait un tempérament romantique
et fougueux. À l'opposé, Johann Pachelbel (1653-1706), opte pour l'équilibre
et le classicisme latins. De son côté, Johann Kuhnau (1660-1722) annonce déjà
la « musique à programme ».
Avec l'Aufklärung apparaît en Thuringe
la dynastie des Bach. Le plus célèbre, Johann Sebastian (1685-1750), s'il est
un excellent organiste, développe aussi le domaine vocal, de nouvelles formes
et jeux d'écriture qu'il expose dans L'Art de la fugue.
Pendant la même
période, Georg Friedrich Haendel sera infiniment plus célébré de son vivant.
Le « mouvement préclassique » regroupe deux des fils de Bach,
Wilhelm Friedmann et Carl Philip Emmanuel, ainsi que Georg Philip Telemann et
Johann Mattheson, qui, plus modernistes, considèrent Bach et Haendel comme des
hommes du passé... Arrive alors Ludwig van Beethoven (1770-1827).
Le romantisme s'exprime aussi avec Carl Maria von Weber (1786-1826) et
son grand opéra fantastique : le Freischütz (1821). Mais c'est surtout
Robert Schumann (1810-1856) qui incarnera le mieux, au travers de ses Lieder, l'âme romantique du XIXe siècle.
Richard Wagner (1813-1883)
va, lui, faire table rase et s'enfermer dans un univers fantastique et somptueux
dont ses nombreux créanciers ne parviendront jamais à le tirer ! À partir
de l'opéra Tannhäuser (1845), le style mégalo de Wagner ne cesse d'alimenter
les controverses.
Mais l'époque moderne arrive. En Allemagne, Paul Hindemith
et Carl Orff sont les meilleurs représentants de cette tendance « expressionniste »,
tandis que Richard Strauss (1864-1949), à l'écart de toutes les évolutions,
maintiendra le cap d'un romantisme tour à tour impressionniste, mystique (quatre
derniers Lieder) et grandiloquent (Also sprach Zarathoustra).
Enfin,
après la dernière guerre, Karlheinz Stockhausen (né en 1926), élève de Milhaud
et de Messiaen, développe la théorie du « hasard guidé » et la « technique
sérielle ponctuelle » (Kontrapunkte, 1953). Parallèlement, Hans
Werner Henze (né la même année) enrichit la musique concrète.
Peinture et architecture
À Nuremberg, Albrecht Dürer (1471-1528), fils d'orfèvre, devient le maître
de la gravure sur bois. Son contemporain, Matthias Grünewald, est surtout célèbre
pour son Retable d'Issenheim, exposé à... Colmar et que
Huysmans admirait. Albrecht Altdorfer (1480-1538), avec son chef-d’œuvre
halluciné, La Bataille d'Alexandre (1529, Munich),
utilise l'espace et la lumière avec une grandeur épique toute wagnérienne.
Le
XVIIe siècle, avec sa guerre de Trente Ans (1618-1648), sera une période sombre
pour l'Allemagne.
Au XVIIIe siècle, l'architecture surtout marquera sa suprématie.
Chaque prince veut faire bâtir son Versailles. La Bavière catholique développe
un baroque influencé par l'Italie. Le théâtre de la Cour (1750-1753)
à Munich est un joyau de l'art rococo, ainsi que l'église Saint-Jean Népomucène.
En Saxe, l'une des oeuvres majeures est le Zwinger de Dresde,
commencé en 1711.
La réaction contre le baroque se fera dans le goût néo-classique
de Palladio. Berlin et Munich se couvriront d'édifices froids et rigides à la
gloire de ce nouveau culte de l'Antique. C'est le retour à la « grande » peinture
n'aura lieu qu'à la fin du XIXe siècle avec la découverte des arts océaniens.
Si les romantiques Otto Rünge et Caspar David Friedrich traduisent le fantastique
romantisme d'un Hoffmann ou d'un Novalis, Emil Nolde (1867-1956) sera le premier
à traduire la modernité en peinture. Après la Première Guerre mondiale, Otto
Dix et Georg Grosz, par leur critique violente de la société de Weimar, seront
de vrais peintres punks avant la lettre. Max Ernst, s'il commence sa carrière
auprès des dadaïstes allemands, émigre vite en France.
En architecture, on retiendra surtout les noms de Walter Gropius (1883-1969),
fondateur du Bauhaus en 1919 à Weimar, puis en 1925 à Dessau, où peintres, architectes
et sculpteurs entendent « concevoir et créer le nouvel édifice du futur », et
de Mies van der Rohe (1886-1969) qui, exilé aux États-Unis, va couvrir Chicago
de buildings.
Philosophie
Leibniz, né en 1646, étudie la philosophie à Leipzig, les maths
à Iéna, et vient à Paris s'imprégner de Pascal, puis va en Hollande bavarder
avec Spinoza.
Kant, qui naît en 1724 à Königsberg, accomplira
une « révolution copernicienne » dans la philosophie. S'en réclameront Fichte,
Schelling, et surtout Hegel (1770-1831),
sans lequel le monde moderne n'aurait sans doute pas été la foire d'empoigne
que l'on sait. Embaumé dès son vivant, il sera alors la cible des « hégéliens
de gauche », dont Stirner, Bauer et le jeune Karl Marx.
Marx, renversant l'idéologie hégélienne, créera ce bon vieux « matérialisme historique
».
Schopenhauer (né à Dantzig en 1788), à contre-courant de tout,
avec son ouvrage phare, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818),
aboutit à un pessimisme égoïste et douloureux qui inspirera l'antihumanisme
de Friedrich Nietzsche.
Nietzsche, ce célèbre moustachu, né en
1844, sera l'enfant terrible de la philosophie. Il fut hélas « récupéré » par
les nazis (tout comme Hegel et Schopenhauer), et il a fallu attendre les années
1950 pour que le « vrai » Nietzsche soit correctement découvert...
Husserl
(1858-1938) et Heidegger (1889-1976), en revanche,
bunkérisés dans leur langage de spécialistes de la « phénoménologie transcendantale
», s’inscrivent en réaction au style vivant et imagé de
Nietzsche…
L'école de Francfort, créée dans les années 1920
par Max Horkheimer et Theodor Adorno, est sans doute la pensée philosophique
(mélange de Freud, de Marx et de sociologie) la plus intéressante de cette époque.
On y trouve Wilhelm Reich et Herbert Marcuse, qui
émigreront aux États-Unis en 1933 et deviendront les deux grands théoriciens
de la libération sexuelle chez nos amis les hippies (La Fonction de l'orgasme,
Éros et Civilisation).
Aujourd'hui, Jürgen Habermas (Raison
et légitimité, 1973) perpétue l'esprit de l'école de Francfort : sorte de
Baudrillard allemand, il reste en quelque sorte le dernier philosophe dérangeant
outre-Rhin.
Médias
La presse
Lire le journal est une activité très populaire en Allemagne. 78 % des citoyens allemands lisent quotidiennement le journal, en moyenne durant 30 mn.
La presse écrite allemande est l'une des plus puissantes d'Europe ; plus de 30 millions de quotidiens sortent des imprimeries allemandes chaque jour ! Plus des deux tiers des journaux sont vendus par abonnement. Ce sont les quotidiens locaux et régionaux qui dominent le paysage journalistique et ont une influence réelle sur les faiseurs d'opinion politiques et économiques.
Le Bild, populaire et
populiste, est le quotidien le plus important. Quotidiens suprarégionaux à retenir
: Die Welt, Die Frankfurter Allgemeine Zeitung. Citons dautres médias importants comme les magazines d'information Der Spiegel et Focus ainsi que l'hebdo Die Zeit.
La radio, la télévision
Il existe en Allemagne deux formes différentes d'organisation et de financement.
Les chaînes privées vivent presque essentiellement des recettes publicitaires. Elles se sont spécialisées dans des programmes thématiques.
Les chaînes de droit public, en revanche, sont financées par le biais des redevances et de la publicité. L'audience a droit à un approvisionnement de base en information, éducation et divertissement. Des émissions culturelles de haut niveau doivent figurer dans ces programmes.