Paris caché

05 septembre 2013

À ne pas mettre entre toutes les mains ! Ces sorties dans un Paris caché et insolite sont réservées aux initiés, ou à ceux qui veulent s’amuser.
Partons sur les traces des anciens lieux de plaisir, des fascini et des décolletés provocants, des rendez-vous meurtriers, des sites ésotériques, des graffitis implorants, voire des fantômes.
Voici nos itinéraires à travers les derniers vestiges d’un Paris coquin et rêveur, pour découvrir la face cachée de Paname. Encore mieux que le ciné : les murs ont de la mémoire !



Le Paris des cocottes

Les courtisanes, croqueuses de diamants, s’installaient volontiers du côté des Champs-Élysées pour étaler leur réussite.
Les femmes galantes aimaient à fréquenter l’avenue Montaigne, surnommée autrefois l’« Allée des Veuves ».
Au n° 1, Madame Tallien tenait la Chaumière Rouge avec, en vedette, Joséphine de Beauharnais. Le 12 abrita les frasques des deux sexes avec Marlène Dietrich. Jérôme Bonaparte installa sa maîtresse, la comédienne Rachel, au n° 16.
Au n° 28, devenu la Maison Dior, la Castiglione demanda un million de francs à Napoléon III pour une nuit exceptionnelle. Les danseuses du french-cancan s’exhibaient au bal Mabille du 49-53, devenu Chanel.
L’Hôtel Dassault, 7, rond-point des Champs-Élysées, retentit des fastes du duc de Morny. On achetait des « dragées d’Hercule », des aphrodisiaques à la poudre de cantharide, à l’angle de la rue Quentin Bauchart.
À voir :
- Les bas-reliefs Art déco du Théâtre des Champs-Élysées, 15, avenue Montaigne 75008, où Joséphine Baker dansait nue.
- L’hôtel de la Païva (photo) au 25, avenue des Champs-Élysées, témoignage de la réussite d’une belle juive russe et rousse, Esther Lachmann. Une visite étourdissante, avec un grand escalier en onyx, une baignoire en argent niellé où coulait le champagne, des bronzes et des sculptures des plus grands maîtres. Ses amants, dont Napoléon III, ne la surnommaient-ils pas « La paye y va »… ? Visites sur rendez-vous. Plusieurs sites sur internet.
- L’architecture du Lido (1946) au 116 bis, avenue des Champs-Élysées
Paris viril

Fascinus était le mot employé par les Romains pour désigner le divin phallus… Fascinus, fascinum, fascinant, le mot exprime depuis des siècles la puissance masculine.
Notre discrète enquête à la recherche des fascini en pierre de Paris s’est révélée étonnante. Les siècles passés ont soigneusement occulté ce précieux témoignage.
Une feuille de vigne, des jambes croisées, une draperie ou une main pudique cachent la plupart du temps ce membre illustre. Seuls quelques angelots coquins osent montrer un petit morceau de leur nudité…
Le fascinus n’ose s’afficher que depuis une centaine d’années dans les lieux publics.
À voir :
- Au Père Lachaise (92° div.) : objet de culte des femmes stériles, il apparaît sous la braguette lustrée de l’anti-bonapartiste Victor Noir. Objet de toutes les convoitises, le fascinus d’Oscar Wilde est à nouveau replacé sous son sphynx ailé (89° div.).
- En voici d’autres, au repos sur le relief de la Marseillaise de François Rude (1835) à l’Arc-de-Triomphe, à la lorgnette sur le quadrige de Georges Recipon (1900) au Grand-Palais…
- Encouragés par l’Art déco et l’Exposition universelle de 1937, les fascini se multiplient en conséquence sur les sculptures des jardins du Trocadéro et du Palais de Tokyo (75016) : le plus beau, celui de l’Apollon d’Henri Bouchard, escalier est du Trocadéro ; le plus mignon, celui d’Éros de Marcel Gaumont, façade sud du Palais de Tokyo (photo).
- Il fallait bien un cheval pour améliorer l’ordinaire. On s’extasiera enfin devant le Centaure de César (1985) au carrefour Croix-Rouge (75006).
Paris des charmes féminins

Et ces dames ? Les arts les exhibent entièrement nues et sous toutes leurs coutures depuis des siècles. Encore un effet du sexisme ?
La courbe des hanches, symbole maternel, est prioritaire. Le sein se dévoile d’abord timidement sous un drapé. Mais pour une poitrine « provocante », il faut attendre le 20e siècle qui permettra d’admirer publiquement les gorges déployées.
À voir :
- Les voluptueuses statues d’Aristide Maillol au jardin du Carrousel du Louvre (75001) se succèdent parmi les touristes et les enfants. Inspirées, pour les plus récentes, de la plantureuse Dina Vierny, elles font rêver les jeunes et les moins jeunes.
L’Action enchaînée (1905, photo), à côté du pavillon de Marsan, nécessiterait bien un soutien-gorge taille 130, car ce bronze pèse son poids. Mais où donc se situe son action, ses mains restant enchaînées ? Jugée impudique à sa création (1922), la statue, proche de l’église de Puget-Théniers, fut déplacée à l’entrée du village provençal.
- Autre buste culte, celui de Dalida par lesculpteur Alain Aslan (1997), se situe sur la place qui porte le nom de la chanteuse, sur la butte Montmartre (75018), près de la rue d’Orchamp, où elle habitait. Son décolleté de bronze brille de plus en plus sous l’effet des caresses de ses admirateurs. Cela porterait-il bonheur ?
Paris ésotérique

Comment transformer le plomb en or, par l’alchimie ou la recherche spirituelle ? Nous voilà plongés dans les ombres médiévales et romantiques du Vieux Paris.
À voir :
- Nicolas Flamel (1340-1418), découvreur de la pierre philosophale, est le maître de l’ésotérisme et de l’alchimie, avec sa gente épouse dame Pernelle. Sa maison, qu’il n’a jamais habitée, est l’une des plus anciennes de la capitale (1407). La façade est recouverte de ses initiales, de figures d’anges et d’une inscription gothique édifiante. Auberge Flamel, 51, rue de Montmorency (75003).
- Pancartes rues Flamel et Pernelle, près de leur ancienne échoppe de la tour Saint-Jacques.
- Sphinx et hiéroglyphes vous accueillent à l’Espace culturel Saint-Martin où siège l’ordre de la Rose-Croix avec une librairie ésotérique. 199 bis, rue Saint-Martin (75003).
- Levez la tête devant la façade de l’église Saint-Merri. Au sommet du portail se détache un petit démon cornu de 30 cm, aux seins de femme et au sexe d’homme. Il s’agit du Baphomet, figure culte des Templiers. 76, rue de la Verrerie (75004).
- À l’occasion, descendez au bar du théâtre de la Ville. Une plaque évoque la pendaison restée mystérieuse, en 1855, du poète ésotérique Gérard de Nerval.
- Passant devant les portails de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, observez, parmi d’autres, les symboles ésotériques de l’aigle et du dragon ailé (photo), avant d’arriver au musée du Moyen Âge de Cluny. Nombreuses inscriptions symboliques sur la façade et pierre tombale de Nicolas Flamel dans l’escalier. 6, place Paul Painlevé (75005).
Paris occulte

Mages et guérisseurs ont eu leur heure de gloire dans la capitale. Moins chers et discrets, ils sont aussi efficaces en effigies dans les cimetières. Un monde obscur qui attire toujours ses fans…
À voir :
- Au cimetière des Batignolles (75017) : la tombe du Sâr Joséphin Péladan (1858-1918) est reconnaissable à ses mosaïques décolorées, 6° div. La croix souvent volée de ce célèbre rosicrucien témoigne de la foi qui entoure encore ce mage de l’occultisme.
- Au cimetière de Gentilly (75013) : le buste du zouave Henri Jacob (1829-1913, photo) 23° div., patiné côté cœur, continue à guérir par son regard hypnotique.
- Au cimetière du Père-Lachaise (75020) : sous le dolmen très fréquenté d’Allan Kardec (1804-1869) 44° div. : le granit de sa tombe et le bronze de son buste sont d’excellents conducteurs pour réaliser un vœu.
Non loin, Gabriel Delanne (1857-1926) est réputé guérir les maux de pieds. Le petit dolmen de Gaëtan Leymarie (1817-1901) 70° div., édifié avec le granit de Kardec, est un bon rendez-vous. Marie-Anne Lenormand (1772-1843) 3° div., est censée prédire l’avenir.
Les disciples de Papus, alias Gérard Encausse, communient avec ferveur le 25 octobre autour du pape de l’occultisme, 93° div. Bonne-Maman, alias Rufina Noeggerath (1821-1908) 94° div., guérit, paraît-il, des problèmes de vue et de solitude.
- Pour réussir un examen, passez la main sur le pied en bronze de Montaigne, face à la Sorbonne, rue des Écoles (75005).
Paris franc-maçon

Sans aller jusqu’à voir partout des symboles maçonniques, certains restent significatifs : triangle, compas, équerre, ciseau, règle, acacia, ruche…
Hors des nombreux tombeaux de francs-maçons, quelques lieux sont à voir :
- Le parc Monceau, propriété de Philippe-Égalité, duc d’Orléans et Grand Maître du Grand Orient de France au XVIIIe siècle, était orné d’édifices maçonniques, comme en témoigne encore la pyramide (photo) dont l’entrée ressemble à un tombeau égyptien. (75008)
- Le musée du Grand Orient de France. Superbe collection sur le sujet, avec visites guidées et boutique. Pensez à aller aux toilettes pour longer le couloir initiatique orné d’ammonites et de branches d’acacia. Étonnant ! GODF 16, rue Cadet (75009). http://www.godf.org/
- Le musée de la Grande Loge de France, et ses collections de tabliers et objets maçonniques. GLDF 8, rue de Puteaux (75017). www.gldf.org
- La grille et les colonnes de la Grande Loge Nationale Française. Musée virtuel sur internet. GLNF 12, rue Christine de Pisan (75017). www.glnf.fr
- La façade néo-égyptienne du Temple du Droit Humain, avec une colonnade et une maxime édifiante : « Dans l’humanité la femme a les mêmes devoirs que l’homme, elle doit avoir les mêmes droits dans la famille et dans la société » ! 5, rue Jules Breton (75013)
- Le monument des Droits de l’Homme, par Ivan Theimer, est inspiré des mastabas égyptiens. Installé en 1989, côté est du Champ de Mars, il comporte des références maçonniques, dont le triangle avec trois points. Avenue Charles-Risler (75007).
Paris grafitti

Difficiles à repérer, non classés, les innombrables graffitis et messages des murs parisiens sont des témoins fragiles de la mémoire. Une quête de patience et d’observation.
À voir :
- 9, rue Beautreillis (75004). « Maison salubre, tout à l’égout », cette plaque émaillée, en hauteur sur le crépi neuf, rassurait le locataire.
- 13, place des Vosges (75004). « 1764 NICOLAS » (photo), sur une arcade, évoque peut-être le souvenir de Nicolas Restif de la Bretonne, surnommé le Griffon pour son goût des inscriptions.
- 95, rue de l’Hôtel de Ville (75004). Les anciens noms de rues sont expressifs, telle la « Rue de la Mortellerie ». Au n° 89, l’ornementation élégante d’un B reste inexpliquée.
- Jardin des Plantes (75005). « Dieu seigneur éternel rendez-nous victorieux confondez les prussiens 7bre 1870 », est l’une des exhortations gravées sur la gloriette de Buffon. Les Prussiens allaient envahir Paris…
- Place de l’Alma (75008). L’environnement minéral de la flamme de la Liberté, au-dessus du tunnel où Lady Diana trouva la mort, est toujours couvert de messages éternels.
- 7, rue Cabanis (75014). Que de souffrances sur ces planches en bois exposées devant l’hôpital Sainte-Anne ! Un long cri de détresse de Jeannot le Béarnais. À la suite de drames familiaux atroces, il est interné et se laisse mourir de faim en 1972, à 33 ans.
- Place des Abesses (75018). L’amour toujours fait couler ici bien des « Je t’aime » en 300 langues et calligraphies différentes sur un mur de lave signé Frédéric Baron et Claire Kito, au square Jehan-Rictus.
Paris assassin

Crimes et châtiments, le vieux Lutèce en garde de nombreuses traces, notamment le long de la Seine.
À voir :
- Square du Vert-Galant (75001), au bas des escaliers, Philippe Le Bel ordonnant en 1314 les exécutions sur le bûcher du Grand Maître du Temple Jacques de Molay et de ses dignitaires. Sur le feu ardent, Molay maudira et le roi et le pape… qui décéderont quelques mois plus tard.
- Les cachots de la Conciergerie (75001) retentissent encore des cris des prisonniers. « Je tue un homme comme je bois un verre de vin », fanfaronnait l’assassin Lacenaire en 1836. Témoignages de la Révolution, on visite encore les geôles des Pailleux et de Marie-Antoinette. www.conciergerie.monuments-nationaux.fr
- Mais où donc fut assassiné Henri IV en 1610 ? Devant le n° 11 de la rue de la Ferronnerie (75001), indique le dallage au sol. Le régicide Ravaillac fut mené place de Grève (place de l’Hôtel-de-Ville actuelle), lieu des exécutions capitales. « Tenaillé aux mamelles, cuisses et jambes », sa main droite brûlée, il mourut écartelé par quatre chevaux. La foule dispersa ses morceaux dans la ville. Un vrai film d’horreur…
- « 22, v’là les flics ! » est une expression venant des 22 boutons de l’uniforme policier en 1900. Vous l’apprendrez en visitant le musée de la Préfecture de Police (photo). Une abondante documentation et 2 000 pièces, dont les photos de Landru, la machine infernale de Fieschi, des couperets de guillotine, la classification des criminels par Bertillon. 4, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève (75004). www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr
Paris fantôme

Il était une fois… des fantômes à ne pas croiser le soir dans Paris. Légendes ou réalités, en voici quelques-unes à voir :
- La rue du Cheval Vert évoque un cheval folâtre qu’un maître teinturier du XVe siècle s’amusait à peindre en vert pour terroriser son voisin. Pancarte à l’angle des rues des Irlandais et Lhomond (75005).
- Plus noble est l’histoire des quatre fils Aymon, héros des chansons de geste médiévales. Tous les quatre sur le dos du légendaire cheval Bayard, ils franchissaient les vallées d’un seul bond. Bas-relief en bronze par Yvan Theimer (1988, photo), 11, rue des Quatre Fils Aymon (75003).
- Gaston Leroux s’inspira de faits bien réels pour son roman Le Fantôme de l’Opéra. En 1873, on retrouva un squelette difforme dans les souterrains de l’Opéra. Était-ce l’un des aides de l’architecte Garnier ou un jeune pianiste défiguré lors d’un incendie ? Nul ne put l’identifier, mais, par la suite, le grand lustre tomba, un machiniste se pendit, et un inconnu donna 20 000 francs par mois pour avoir la loge 5… Opéra Garnier (75002).
- Gardez-vous bien de rencontrer le Petit Homme Rouge des Tuileries. Bossu, le pied fourchu, un serpent pour cravate, son rire diabolique est présage de malheur. Assassiné par Catherine de Médicis, il jura de se venger.
Sa silhouette rouge annonça ainsi l’assassinat d’Henri IV (1610), la mort de Louis XIV (1715), la décapitation de Marie-Antoinette (1793), la défaite de Waterloo (1815), la mort de Louis XVIII (1824) et enfin l’incendie du château (1871). Jardin des Tuileries (75001).
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