Gibraltar, l'Angleterre au sud de l'Espagne

27 novembre 2025

Gibraltar, ce territoire britannique en terre andalouse, doit beaucoup à son rocher (El Peñon, comme disent les Espagnols), qui occupe 40 % de sa superficie. Il abrite l’ensemble des attractions qui justifient la demi-journée passée ici.
Et en premier lieu, ses résidents farceurs et joueurs : les macaques de Barbarie, jamais avares en grimaces ni en filouteries. Grottes, tunnels, plateformes panoramiques, château maure en haut. Et plus bas, un aéroport minuscule et urbain, un port et des rues sans beaucoup de charme, qui fleurent quand même bon l’Union Jack.
Une halte so British avant de reprendre la route espagnole.



Gibraltar, un territoire disputé

Cette enclave britannique au cœur de l’Andalousie est un vilain caillou dans la chaussure des relations entre le Royaume-Uni et l’Espagne. Et ce, depuis le traité d’Utrecht, signé en 1713, qui offrit « pour agréable à présent et à toujours » ce territoire-confetti de 6,8 km² et 38 471 habitants (en 2023) à la Perfide Albion.
Depuis, le voisin hispanique a multiplié les tentatives et les coups de pression pour le récupérer : guerres, demandes répétées d’abrogation de ce traité vieux de plus de trois siècles, référendum d’autodétermination en 1967 (99,64 % des Gibraltariens se prononcèrent pour la souveraineté britannique), fermeture de la frontière riquiqui (1,2 km) par Franco entre 1968 et 1985, négociations serrées pour absorber les effets du Brexit.

Rien n’y a fait et alors que Gibraltar est toujours inscrit sur la liste officielle des territoires à décoloniser selon l’ONU (au même titre que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française), le Royaume-Uni s’y accroche comme une moule à son rocher.
D’autant que le faible taux d’imposition sur les sociétés et d’autres dérogations en ont fait un paradis fiscal. Mais pour les routards, montrer patte blanche (la CNI suffit) au poste-frontière (le temps d’attente peut être long) après avoir visité des pueblos blancos a quelque-chose de forcément étrange.
Gibraltar est un lieu privilégié pour les achats hors TVA ! Attention, les quantités sont limitées et le montant total de vos achats ne doit pas dépasser 300 € (contrôles douaniers fréquents au poste espagnol).
Visiter le rocher de Gibraltar

Gibraltar est indissociable de son détroit et de son rocher culminant à 426m, qui toise, plus bas, l’Atlantique et la Méditerranée.
Réserve naturelle depuis 1993, son entrée est payante (£25) et on peut y accéder en téléphérique (£44 l’A/R avec entrée pour la réserve ou £41,50 l’aller simple), près du Grand Parade Car Park.

Autre accès : Jews’ Gate, par les Mediterranean Steps, un chemin à flanc de falaise (les piliers d’Hercule) qui ouvre le maquis méditerranéen (jolies Iberis gibraltarica) et des vues incroyables sur la Costa del Sol, la Mer d’Alboran et la côte africaine (par beau temps) à 15km de là.
Raide, zigzagant (comptez 45 minutes-une heure) mais pareillement panoramique, il mène à la Batterie O’Hara, le point culminant du rocher. De là, un chemin emperle les principales attractions du Rocher.

Dans l’Upper Rock, il y a la grotte Saint-Michel (une fois votre droit d’entrée acquitté pour la réserve, vous recevez un bracelet avec un QR-Code qui vous ouvre les portes de toutes les attractions), l’objet de nombreuses histoires (militaires pour la plupart) et légendes.
On dit ainsi qu’Hercule en serait à l’origine, lui qui aurait aussi ouvert le détroit de Gibraltar ; que la porte des Enfers s’y trouverait ou que, sans fond, elle aurait mené jusqu’à l’Afrique et permis l’entrée des facétieux macaques.
Ce qui est sûr, c’est que la taille des chambres, dont l’une accueille un auditorium de 400 places, et la richesse des formations de calcite (on y voit un ange cyclopéen) impressionnent.
Un spectacle son et lumière, The Awakening, anime les parois de la grotte. Un peu plus loin, vous trouverez le Skywalk, une plateforme en verre qui mériterait un coup de chiffon et le pont suspendu Windsor, 71 mètres de long au-dessus du vide, inauguré en 2016.

En descendant vers la ville, se déploie un réseau fascinant de tunnels. Ceux du Grand Siège, étirés de 460 mètres, ont été creusés en 5 semaines lors du siège de Gibraltar par les Français et les Espagnols entre 1779 et 1783.
Les World War II Tunnels ont été entaillés, sur près de 55km (!), lors de la Seconde Guerre mondiale pour héberger, soigner et nourrir (des réserves pour 16 mois) une garnison de... 16 000 hommes ! Les fortifications et le château maure, ou ce qu’il en reste, closent cette découverte du rocher de Gibraltar.
L’exposition City Under Siege ou le Military Heritage Centre reviennent également sur cette période de résistance du siège de Gibraltat.
Les magots de Gibraltar

Impossible d’évoquer le rocher de Gibraltar sans faire mention des 300 macaques de Barbarie, les seuls en liberté sur le continent européen, qui ravissent, au sens propre comme au figuré, les touristes… et beaucoup moins les Gibraltariens quand il leur prend de s’aventurer en ville.
On en trouve un peu partout, mais surtout au Charles V Wall, au Douglas Look Out, à la Princess Caroline’s Battery, à l’entrée de la grotte de Saint-Michel (attirés par le snack bar) et à Apes’ Den, le bien-nommé repaire des singes.
Il fut un temps, entre 1915 et 1991, où ces agiles compagnons sans queue, sans doute introduits par les Arabes au VIIIe siècle, étaient sous la protection de l’armée de terre britannique, puis du régiment royal de Gibraltar avec un officier dédié à leur petite personne. On baptisait même les bébés du nom d’un haut gradé !
Une prophétie redoutée énonce que le jour où les magots disparaitront du rocher, Gibraltar retombera dans l’escarcelle espagnole. La menace a été prise très au sérieux, par Winston Churchill lui-même, qui demanda la réintroduction de dizaines d’individus lorsque les singes furent décimés par quelque maladie en 1942.
Le centre-ville de Gibraltar et Main Street

On n’ira pas par quatre chemins, le centre-ville de Gibraltar n’a pour seul intérêt que son contraste avec l’Andalousie.
Partant d’une place un poil morose, Grand Casemates Square, Main Street, la rue principale, easy, aligne les boutiques sans âme : des bijouteries, des opticiens, des magasins de cadeaux, des vendeurs d’alcool, de jeux de société, quelques pubs et une cabine téléphonique rouge...
Vraisemblablement conscients de la faible attractivité du centre-ville, les services culturels de Gibraltar ont initié un grand projet Street Art. En 2024, de petits pans de mur (comme des séparateurs de voie en béton) de la forme du rocher ont été peints par l’artiste Kyrane Lia. Ils croquent l’histoire de Gibraltar et ont été disséminés tout le long de Main Street. D’autres fresques urbaines égayent pignons et devantures.

Aucune institution culturelle notable si ce n’est le Gibraltar National Museum (15£ tout de même) qui revient sur la riche histoire (naturelle, militaire, etc.), quoique d’une manière désordonnée, du territoire.
Parmi les monuments à voir, la compacte cathédrale de la Sainte-Trinité, la mosquée Ibrahim-al-Ibrahim, l’une des plus imposantes hors pays musulman ou le phare d’Europa Point.
Privilégiez le port de plaisance, Ocean Village, pour boire une pinte et écouter el Llanito, le sabir hispano-anglais local, avant de crapahuter (et de dormir, logements chers à Gibraltar) vers l’Andalousie.
Fiche pratique
Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos utiles dans le Routard Andalousie en librairie
Site de l’office de tourisme de Gibraltar
Comment y aller ?
Gibraltar se trouve à 1h35 de voiture de l’aéroport de Malaga. On peut s’y rendre quand on veut, la frontière terrestre restant ouverte 24/24 et 7/7 sans aucune limitation ni frais de passage. Une carte d’identité suffit.
La ville frontalière entre l’Espagne et Gibraltar s’appelle La Línea et peut-être une alternative pratique pour stationner (moins cher et passage pédestre moins encombré), à 5 minutes de marche de la frontière... en traversant la piste de l’aéroport ! Si vous venez d’Angleterre, des vols vous déposent au centre du territoire.
Où boire une bière dans un pub ?
The Angry Friar : Main St, 289. Tlj 7h-23h. Plats 9-12 £. Un pub aux banquettes de skaï, avec des cadres aux murs, un bar de bois sombre… On s’y croirait. Possibilité de pub grub pour se restaurer.
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les idées Week-ends, les derniers reportages en Andalousie

Cadix, l’appel du large en Andalousie

Andalousie : Costa de la Luz, 5 raisons d’y aller

Almería, l'Andalousie entre mer et désert

Grenade, la métisse d’Andalousie




















