Milan, nouvelle vague

Milan, nouvelle vague
Hangar Biccoa © Florent Oumehdi

Depuis une dizaine d’années, Milan ne cesse d’évoluer. Boostée par l’exposition universelle de 2015 qui a profondément modifié son paysage, la capitale lombarde voit essaimer de nouveaux quartiers qui la réinventent bien loin des clichés d'une Italie de trattorias et de vespas.

Partons à la découverte de ce Milan miraculeux qui, tout en tutoyant les sommets, propose de nouveaux parcours culturels, culinaires et festifs.

Milan, d’art pur et de déco fraîche

Milan, d’art pur et de déco fraîche
Fondazione Prada © Florent Oumehdi

Bien sûr, il y a le superbe musée du Novecento, la pinacothèque de Brera ou le Palazzo Reale. Mais Milan ne se contente plus des classiques : de nouveaux venus en déco ont imposé leur dynamisme comme la Fragile Gallery, consacrée au design, au sol graphique à en perdre la tête, ou Nilufar, tout comme d’autres espaces culturels venus chatouiller la domination artistique des grandes institutions.

Par exemple, la Fondazione Prada accueille depuis 2015 des expos consacrées à l’art contemporain. Adossée à la voie ferrée de Milano Porta Romana, à Largo Isarco, elle a réinvesti sept vestiges d’une ancienne distillerie des années 1910 en y accolant trois nouveaux bâtiments (Cinema, Torre, Podium) sous l’impulsion de Rem Koolhaas. Après le shoot d’art contemporain et le selfie devant les façades réfléchissantes et légèrement déformantes, on s’accorde un peu de repos dans les différentes cours qui circulent entre les bâtiments.

Au sud-ouest de la ville, près de la Porta Genova, plutôt que le MUDEC, pourtant joliment architecturé, on choisira BASE, rappelant le 104 de Paris en miniature, au croisement des Via Bergognone et Tortona. L’ancienne usine de production de wagons et de tramways d’Ansaldo accueille aujourd’hui ces deux institutions, alors qu’un de ses bâtiments est alloué à la Scala (Laboratori). Il ne faut pas se laisser rebuter par ses murs jaunes, BASE a bien d’autres choses à offrir sur ses deux étages (bientôt trois !) et ses 6 000m² dédiés aux expositions temporaires (casaBASE, 1er étage) ou au co-working (2e étage). Au rez-de-chaussée, le lounge, le bar-restaurant et leur déco rustico-récup environnés de lourds piliers de béton raviront les amateurs d’ambiance indus’décontractée. À l’entrée, des feuilles A4 donnent le programme des réjouissances à venir (fêtes, conférences, visites thématiques) qui se veulent populaires, pédagogiques et participatives.

Armani Silos © Florent Oumehdi

À quelques mètres, Armani a ouvert en 2015, pour ses 40 ans, ses Armani/Silos. Hommage à la palette souvent neutre du styliste qui affectionne le gris, le beige et le noir, cet ancien entrepôt à céréales de 1950 en béton armé a été retoiletté dans des teintes bien so(m)bres avec ses plafonds noirs et son sol en ciment gris. Et il en jette, avec ses 4 niveaux, se déployant en hauteur plus qu’en largeur, squattés par des mannequins sans tête dévoilant la mode féminine, florale et luxueuse, du créateur.

On passe du côté Nord de la forza milanaise, près de la gare Garibaldi et son style Liberty (l’art nouveau à la sauce italienne comme l’hôtel Gallia), pour s’interroger sur l’architecture, tout un concept en elle-même, de la Fondazione Giangiacomo Feltrinelli. Le bâtiment, inauguré en 2016, fonctionne en trompe-l’œil. De face, les arêtes donnent l’impression que l’édifice n’est qu’une façade nue très découpée. Sans profondeur. Léger. Il suffit de se déplacer sur le côté, pour apprécier ce mastodonte gris, qui abrite des archives et la librairie La Feltrinelli et qui est scindé en deux (Microsoft occupe la deuxième partie).

Des musées secrets bien gardés

Des musées secrets bien gardés
Cabinet dantesque du musée-maison Poldi Pezzoli © Museo Poldi Pezzoli

Pourtant ouverts depuis des années, certains musées cultivent leur secret. C’est le cas du musée-maison Poldi Pezzoli, tout proche de la Scala. Dans le superbe écrin d’un palais familial, on s’enthousiasme pour la collection de Gian Giacomo Poldi Pezzoli, un riche héritier passionné par les armes (quelle salle des armes !). C’est un voyage dans la peinture des écoles lombarde, vénitienne et toscane de la Renaissance (Botticelli, Magnasco, Ribera, Mantegna, Strozzi…) qui débute par la montée de l’escalier monumental. Mention spéciale au cabinet dantesque, avec ses dorures et son vitrail représentant le poète Dante.

On change de période et de quartier (pas loin de Città studi) avec la méconnue Fondazione Boschi di Stefano. Encore une maison-musée, cette fois-ci d’un couple d’amateurs d’art (la ville propose d’ailleurs un parcours de ces case-museo intégrant la non moins formidable maison-musée Necchi Campiglio et la Bagatti Valsecchi). 11 pièces, dont une salle de bain aux tons abstraits, pour découvrir des œuvres italiennes du XXe siècle (jusqu’aux années 1960) parmi lesquels plusieurs Lucio Fontana, des Giorgio Morandi et des Roberto Crippa. Le mobilier, d’époque, vaut, aussi, le détour… gratuit puisque vous ne débourserez aucun euro.   

Et terminons en beauté avec la locomotive de l’art contemporain à Milan, HangarBiccoca, vautrée sur une ancienne zone industrielle (Pirelli, Breda, Falck, Marelli) qui produisait notamment des… wagons. Depuis 2004, ce vaisseau amiral et admirable de 15 000m² fait la part belle aux artistes les plus cotés parmi lesquels Christian Boltanski, Marina Abramovic ou Lucio Fontana (encore lui). L’installation permanente, The Seven Heavenly Palaces d’Anselm Kiefer, baignée de références religieuses, investit parfaitement ces espaces monumentaux avec ses sept tours brinquebalantes.

Milan futuriste, tours d’horizon

Milan futuriste, tours d’horizon
Torre Velasca © Elisa Locci - stock.adobe.com

En parlant de tours, justement, force est de constater que la capitale lombarde n’en manque pas.  

Il Dritto, Lo Storto et Il Curvo ne sont pas les protagonistes, taiseux et solitaires, d’un nouveau western spaghetti mais les actrices principales, bien visibles, du quartier des Tre Torri et, plus largement, d’un district en devenir appelé CityLife. S’étalant sur près de 360 000m², il est chapeauté à plus de 150 m de hauteur par ces trois nouvelles tours conçues par ce qui se fai(sai)t de mieux en la matière : Zaha Hadid pour la Generali Tower ou Il Storto (170m), Daniel Libeskind pour Il Curvo (175m) et Arata Isozaki pour l’Allianz Tower ou Il Dritto (202m).

Si Il Curvo a pris du retard et ne s’incurve toujours pas, les deux autres, achevée (Il Dritto) ou en voie de l’être (Il Storto), ont de la gueule pour trois. L’ambiance est franchement futuriste dans ce paysage de grues, de barrières métalliques et à l’abri de ces dominos de verre. Surtout le soir, si vous avez la chance de voir débarquer, à grand renfort de sono et de lumières portatives, un rassemblement de cyclistes déjantés. Le complexe résidentiel attenant et ses bacons végétalisés, environnés d’un parc de 170 000m², ont eux aussi été pensés par Hadid et Libeskind.

A quelques encablures du Duomo, il y a bien évidemment la fongique Torre Velasca (106m). Iconique. Eternelle. Et qui fête ses 60 ans en 2018. Cette incongruité architecturale, dans le style neo-Liberty cher à ses créateurs, le studio BBPR, inquiète avec ses étages en surplomb et la structure métallique qui la ceinture ne rassure pas sur sa stabilité.

Au Business district, à Porta Nuova, la Torre Unicredit surplombe ce nouveau quartier, lorgnant sur la Highline new-yorkaise, les ramblas barcelonais ou… les Tuileries à Paris. Les intentions sont clairement assumées, même si la courte promenade plantée manque de patine et de vie.

Bosco Verticale © Naeblys - stock.adobe.com

De la piazza Gae Aulenti, avec sa sculpture en nénuphars aux tiges vertes, il ne faut que quelques minutes pour apprécier le vert Bosco Verticale. Colonisé en ses balcons par des milliers d’arbres et arbustes équivalant à un hectare de forêt, ce complexe architectural, composé de deux blocs d’habitation, s’impose depuis trois ans comme une utopie écoresponsable. De quoi rendre vertes de jalousie les autres capitales européennes.

A 10 minutes à pied, Pirellone, comme l’appellent affectueusement les Milanais, trône comme un roc. Un pic. Un cap. Une péninsule. La Torre Pirelli, achevée en 1958, est un symbole de 70 000 tonnes du renouveau économique d’après-guerre en Italie. Et son histoire n’a pas été de tout repos puisqu’elle s’est même pris un avion en plein dans sa façade en mur-rideau en 2002.

D’autres tours, comme la multicolore Torre Arcobaleno (ou tour arc-en-ciel), rénovée en 2015, ou le nouveau siège de la Région Lombardie dominé par un gratte-ciel sinusoïdal de 160 mètres, mouchètent le paysage milanais, qui verra aussi éclore de pimpantes zones commerciales comme Westfield Milan (à Segrate) ou d’affaires comme Symbiosis. La course aux étoiles milanaises n’est pas prête de s’achever.

Hype, hype, Milan !

Hype, hype, Milan !
© Un posto a Milano

Des étoiles, on pourrait en décerner quelques-unes à ces nouveaux établissements qui font frémir la vie et la nuit milanaises.

Commençons par Un posto a Milano, une ferme cantine/auberge de jeunesse en briquettes rouges (à l’intérieur) à privilégier en semaine, tant elle est bondée le weekend. Une cuisine simple, des produits et cocktails savoureux et des espaces verts qui invitent à la détente. C’est un peu loin du centre, derrière Porta Romana, mais rien que pour le cadre, on s’y précipite illico presto. D’autres institutions, prisées par les Milanais, raviront vos papilles de gourmet. C’est le cas de Mangiari di Strada, à San Cristoforo, et ses appétissantes bruschettas.

À La Balera dell’Ortica, le menu n’est pas très varié, mais les Milanais y trouvent leur compte. Cadre kitschissime, façon loto-bingo, agrémenté de fanions, cette ancienne salle de bal, qui en organise de temps en temps et qui accueille aussi deux terrains de bocce (jeu de boules italien), a été reprise en mains en 2012 par papa Antonio, maman Rita et leurs filles jumelles. On vous conseille les arrosticini abruzzesi, des brochettes d’agneau, et les pasta e fagioli, des pâtes relevées par des haricots.

Autre solution pour manger à moindre coût : les épiceries fines, qui ne manquent pas en Italie. Il y a bien sûr Eataly, l’arbre, plutôt onéreux, qui cache une forêt d’autres enseignes. Comme la Drogheria Milanese, qui jouxte les colonnes de San Lorenzo. Mamma mia, que c’est bon !

Pour les bourses un peu plus fournies, les restaurants Seta (Mandarin Oriental), Carlo e Camilla (quel cadre !), le néo-bistro 28 posti ou El Mercato version restaurant, noodle bar ou burger bar devraient faire l’affaire.

Corso Como © Florent Oumehdi

Pour s’approcher des astres, quoi de mieux qu’un rooftop ? Il y a bien évidemment ceux avec vue sur le Duomo comme Duomo 21, en haut du très chic TownHouse Duomo, la Food Hall de La Rinascente ou Terrazza Aperol.

Le Viu Hotel occupe une place de choix dans le cœur des noceurs italiens. Faut dire qu’il a des arguments : une terrasse avec roofpool nécessairement accueillante pour un déjeuner ou un apéro et un restaurant avec aux manettes (des fourneaux) le chef Giancarlo Morelli.

Proche du paisible Cementerio Monumentale, le Ceresio 7, qui a pris ses quartiers dans une zone plutôt en friche, mais en voie expresse de boboïsation, concurrence le Viu dans la course pour la hype. Mêmes prestations : une piscine extérieure sur le toit avec des transats au top, une vue sur la Tour Unicredit et une population chic.

À la tombée de la nuit, certains privilégieront peut-être les étoiles du cinéma à l’Anteo Palazzo del Cinema, très art déco, ou dans la plus ancienne salle de cinéma, le Mexico, pour une séance barjot du Rocky Horror Picture Show (consultez le programme).

D’autres iront siroter un verre aux concepts stores 10 Corso Como (profitez-en pour arpenter la galerie Carla Sozzani, au premier étage) ou au Deus Cafe (qui est aussi le paradis des cyclistes), au minuscule Rufus bar, à l’Union Club, au Straf Hotel (ah, ces canapés !) ou au surprenant Gerry’s Bar du luxueux Grand Hotel et de Milan (5 étoiles). Enfin près de la fondazione Prada, la Salumeria della Musica (groupes locaux), les Magazzini Generali ou le Santeria Social Club raviront ceux qui veulent prolonger et optimiser de manière festive, et jusque tard dans la nuit, leur découverte de ce Milan décidément insatiable.

Fiche pratique

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Site de l’office du tourisme de l’Italie

Site de l’office du tourisme de Milan

Comment y aller ?

- En train avec Thello depuis Paris Gare de Lyon, Nice et Marseille.

- En avion : vols depuis Paris et d’autres aéroports français avec Air France, Alitalia ou EasyJet. Trouvez votre billet d’avion.

Où dormir ?

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Adresses citées dans le reportage

- Fragile Milano : Via S. Damiano, 2, 20122 Milano

- Nilufar Gallery : Via della spiga, 32, 20121 Milano

- Fondazione Prada : Largo Isarco, 2, 20139 Milano

- BASE : Via Bergognone, 34, 20144 Milano

- Armani/Silos : Via Bergognone, 40, 20144 Milano

- Fondazione Giangiacomo Feltrinelli : Viale Pasubio, 5, 20154 Milano

- Museo Poldi Pezzoli : Via Alessandro Manzoni, 12, 20121 Milano

- Casa-Museo Boschi Di Stefano : Via Giorgio Jan, 15, 20129 Milano

- HangarBiccoca : Via Chiese, 2, 20126 Milano

- Il Dritto, Lo Storto, Il Curvo : Piazza Tre Torri, 20145 Milano

- Torre Velasca : Piazza Velasca, 5, 20122 Milano

- Torre Unicredit : Tower A, Piazza Gae Aulenti, 3, 20154 Milano

- Bosco Verticale : 20124 Milan

- Torre Pirelli : Via Fabio Filzi, 22, 20124 Milano

- Torre Arcobaleno : Via Giuseppe Ferrari, 18, 20154 Milano

- Symbiosis : Viale Ortles, 3, 20139 Milano

- Westfield : 20090 Segrate

- Un posto a Milano : Via Privata Cuccagna, 2, 20135 Milano

- Mangiari di strada : Via Lorenteggio 269, 20152 Milan

- La Balera dell’Ortica : Via Giovanni Antonio Amadeo, 78, 20134 Milano

- Drogheria Milanese : Via Conca del Naviglio, 7, 20123 Milano

- Seta : Via Andegari, 9, 20121 Milano

- Carlo e Camilla : Via Giuseppe Meda, 24, 20141 Milano

- 28 posti : Via Corsico, 1, 20144 Milano

- TownHouse Duomo : Via Silvio Pellico 2, 20121 Milano

- Food Hall La Rinascente  : Via Santa Radegonda 3, Piazza Duomo, 20121 Milan

- Terrazza Aperol : Piazza del Duomo, 20121 Milano

- Viu Hotel  : Via Aristotile Fioravanti, 6, 20154 Milano

- Ceresio 7 : Via Ceresio, 7, 20154 Milano

- Anteo Palazzo del Cinema : Piazza Venticinque Aprile, 8, 20121 Milano

- Cinema Mexico : Via Savona, 57, 20144 Milano

- 10 Corso Como et Galleria Carla Sozzani : Corso Como, 10, 20154 Milano

- Deus Cafe : Via Thaon di Revel, 3, 20159 Milano

- Union Club : Via Moretto da Brescia, 36, 20133 Milano

- Straf Hotel : Via S. Raffaele, 3, 20121 Milano

- Grand Hotel et de Milan : Via Alessandro Manzoni, 29, 20121 Milano

- Salumeria della musica : Via Antonio Pasinetti, 4, 20141 Milano

- Magazzini Generali : Via Pietrasanta, 16, 20141 Milano

- Santeria Social Club : Viale Toscana, 31, 20136 Milano

 

Texte : Florent Oumehdi

Mise en ligne :

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