Les grandes villes au cinéma

01 février 2021

« Une ville finit par être une personne », disait Victor Hugo. En inventant le cinématographe à la fin du XIXe siècle, les frères Lumière expérimentent une nouvelle manière de représenter la ville. Dès leurs premiers films, ils immortalisent les paysages lyonnais qui leur sont familiers : la place des Cordeliers, l’usine Lumière…
Pour certains réalisateurs, la ville n’est pas un simple décor mais un personnage à part entière. Ils tâchent d’en saisir les nuances, les spécificités, les innombrables facettes…
Woody Allen, Pedro Almodóvar, François Truffaut, Federico Fellini ou encore Youssef Chahine ont su filmer leur ville bien-aimée, avec tendresse et passion. Ils nous ont fait découvrir New York, Madrid, Paris ou Rome avec leur propre regard.
Voici un voyage à travers les grandes villes de la planète, avec pour guides les films des plus grands réalisateurs. Le New York de Woody Allen, le Berlin de Wim Wenders, le Marseille de Guédiguian ou la Rome de Fellini… C’est ça aussi, la magie du cinéma !
Paris en noir et blanc par… René Clair, Marcel Carné, François Truffaut

Les films
Impossible de citer tous les films ayant pris pour décor la Ville Lumière ! Reconnaissons néanmoins que René Clair (Quatorze juillet, Sous les toits de Paris), Marcel Carné (Hôtel du Nord, Les Enfants du Paradis) et François Truffaut (Les Quatre cents coups) ont mis tout leur talent à contribution pour immortaliser les charmes de Paname et en sublimer les moindres recoins.
Ces trois Parisiens de cœur et de naissance peuvent également se vanter d’avoir révolutionné le 7e art ! Venus au monde peu après l’invention du cinématographe, Clair et Carné font partie des pères fondateurs du cinéma européen. Quant à Truffaut, il est l’un des initiateurs de la Nouvelle Vague et le symbole d’un cinéma d’auteur « à la française », réputé dans le monde entier.
Les lieux
Sous les toits de Paris (1930) s’ouvre sur un travelling impressionnant à travers les rues de la capitale : René Clair pouvait-il trouver meilleure manière de déclarer son amour à sa ville natale ? Dès ses premiers films (La Tour, Paris qui dort), il présente le Paris insouciant de la Belle Époque à travers quelques monuments emblématiques : la Tour Eiffel, les jardins du Trocadéro, la place de la Concorde…
Cette ville mythifiée et fantasmée n’a rien à voir avec celle que dépeint Marcel Carné : il privilégie en effet les quartiers populaires, tels que la station Barbès-Rochechouart ou les environs du canal Saint-Martin.
Dans Les Quatre cents coups, François Truffaut s’inspire de ses souvenirs d’enfance pour raconter les mésaventures d’Antoine Doinel, écolier parisien espiègle mais turbulent. Entre deux âneries, le garçon arpente la rue Marcadet, traverse la place de Clichy et passe même une soirée au Gaumont Palace, salle de cinéma du 18e arrondissement aujourd’hui disparue.
Scène culte : Hôtel du Nord
« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » La fameuse réplique prononcée par Arletty dans Hôtel du Nord (1938) est l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma. Mais contrairement à ce que croient certains spectateurs, le film de Marcel Carné n’a pas été tourné à l’Hôtel du Nord, sur les bords du canal Saint-Martin, mais aux studios de Billancourt ! Ce petit détail ne semble pas déranger les nombreux cinéphiles qui viennent visiter ce lieu de légende reconverti en restaurant.
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Paris en couleurs par… Christophe Honoré, Cédric Klapisch, Jean-Pierre Jeunet

Les films
Critiqué par les uns, adulé par les autres, Christophe Honoré fait partie des réalisateurs les plus prolifiques de la scène cinématographique française. Ses films – souvent musicaux – mettent en scène des personnages un brin égocentriques, obsédés par leurs amours mortes et leurs vies insatisfaisantes (Les Chansons d’amour, Les Bien-aimés…).
Plus populaire, Cédric Klapisch se fait le porte-parole d’une jeunesse en quête de repères (Le Péril jeune) et d’évasion (L’Auberge espagnole, Les Poupées russes), qu’il filme avec beaucoup de clairvoyance. Il a également contribué à la notoriété du programme d’échange interuniversitaire « Erasmus », ainsi qu’à celle du beau Romain Duris. Eh oui !
Impossible de parler de Paris au cinéma sans évoquer le cultissime Le fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, un succès mondial qui met en scène, pour le plus grand plaisir des yeux, un Montmartre de carte postale sublimé par la photographie de Bruno Delbonnel et la musique de Yann Tiersen.
Les lieux
Le titre du quatrième long-métrage de Christophe Honoré, Dans Paris (2006), en dit long sur son lieu de tournage favori. Ses films donnent un bel aperçu de la vie parisienne et plus particulièrement du 10e arrondissement : boulevard de Strasbourg, rue du Faubourg Saint-Martin, métro La Chapelle, Gare de l’Est…
Autre amoureux de Paname, Cédric Klapisch décrit le mélange de solidarité et d’isolement qui est le propre des grandes métropoles (le 11e arrondissement de Chacun cherche son chat). C’est surtout dans Paris (2008) qu’il rend hommage aux mille visages de la capitale en déambulant de l’Opéra Garnier à la place de la Concorde, du Moulin Rouge à la Tour Eiffel, des catacombes au marché de Belleville.
Le Café des Deux Moulins (15 rue Lepic), l'épicerie Collignon - chez Ali - (56, rue des Trois Frères), le cinéma vintage Studio 28 de la rue Tholozé, mais aussi le Sacré-Coeur et le manège du square Willette, bien sûr, comptent parmi les sites immortalisés par le film Amélie Poulain et devenus cultes pour les fans du film de Jeunet !
Scène culte : La Bastille dans Les Chansons d’amour
Dans la première partie des Chansons d’amour, le couple formé par Ismaël (Louis Garrel) et Julie (Ludivine Sagnier) bat de l’aile. Après un repas de famille qui se termine en eau de boudin, Julie quitte l’appartement de ses parents, furibonde. Au même moment, un orage s’abat sur Paris. Tandis que la jeune femme marche jusqu’à la station de métro la plus proche, les personnages entonnent « La Bastille », une chanson mélancolique sur les journées pluvieuses. Au loin, on aperçoit le célèbre Génie de la liberté d’Auguste Dumont, qui trône au sommet de la colonne de Juillet.
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Marseille par… Robert Guédiguian

Les films
Issu d’un milieu ouvrier, Robert Guédiguian est toujours resté fidèle à ses origines populaires et à ses convictions politiques de gauche. Les fermetures d’usine, le chômage, la misère sociale qui constituent la toile de fond de Dernier été en 1980 refont d’ailleurs surface dans Les Neiges du Kilimandjaro.
Entouré d’une troupe d’acteurs fidèles (Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan), le réalisateur prône les vertus du combat collectif et du militantisme face à l’égoïsme qu’il considère comme le pire fléau de notre époque, illustré notamment dans son dernier film Gloria Mundi, récompensé au festival de Venise.
Les lieux
Se qualifiant lui-même de « cinéaste de quartier », Guédigian ne s’est jamais éloigné de sa ville natale. Ses films se situent généralement à Marseille et en particulier dans le quartier de l’Estaque, à l’extrémité nord-ouest de la cité phocéenne.
Méconnu des touristes, réputé pour son ambiance chaleureuse, son petit port et sa plage, ce village des quartiers nord sert de théâtre aux conflits sociaux qui passionnent le réalisateur (Rouge Midi, Marius et Jeannette, À la Vie, à la Mort !…). Avec un sens critique affuté, Robert Guédiguian porte sur ce microcosme populaire un regard bienveillant.
Scène culte : les dockers de l’Estaque dans Les Neiges du Kilimandjaro
Dans Les Neiges du Kilimandjaro (2011), Michel et Marie-Claire, alias Darroussin et Ascaride, approchent de la retraite. Mais lorsque le chantier naval où travaille Michel procède à un plan de licenciements, c’est à lui que revient la charge de tirer au sort les noms des vingt ouvriers « sacrifiés »…
Cette première scène, comme tant d’autres dans le film, a lieu dans le port de l’Estaque. Les bateaux de pêche y étaient nombreux au début du XXe siècle, mais, depuis le déclin du port de Marseille, il s’est transformé en petit port de plaisance. Des visites guidées du quartier sont organisées par l’office du tourisme, afin d’en admirer les splendeurs.
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Madrid par… Pedro Almodóvar

Les films
Réalisateur espagnol emblématique de sa génération, icône de la Movida, Pedro Almodóvar a acquis sa renommée grâce à des films parfois loufoques et volontiers provocateurs, portés par des actrices talentueuses : Carmen Maura, Victoria Abril, Marisa Paredes ou, plus récemment, la pulpeuse Pénélope Cruz.
Son œuvre, peuplée de personnages marginaux (travestis, punks, drogués, prostituées…), témoigne de la liberté artistique acquise depuis la chute du régime franquiste. Elle rend un bel hommage à Madrid, la ville de tous les possibles.
Les lieux
Almodóvar a presque 18 ans lorsqu’il quitte son village natal, Calzada de Calatrava, pour s’installer à Madrid. « Cela ne correspondait pas à ce dont j´avais rêvé : le paysage était chaotique, sale et peu accueillant », confesse-t-il au journal Diario 16 en 1993. Et pourtant, la capitale espagnole et le réalisateur s’apprivoisent rapidement et décident de ne plus se quitter !
Le cinéma d’Almodóvar dépeint un Madrid tout en contrastes, loin des cartes postales et des itinéraires touristiques : quartier populaire de Vallecas, Puerta de Alcala, quartier gay de Chueca, gare de Madrid-Atocha, cimetière de la Almudena, aéroport de Barajas, Gran Vía, tour de Telefónica, théâtre María Guerrero…
Scène culte : la Plaza Mayor dans La Fleur de mon Secret
La Fleur de mon secret (1995) n’est pas le film le plus connu du réalisateur, bien qu’il trône fièrement au centre de sa filmographie. Juste après Talons Aiguilles, un peu avant Tout sur ma mère, Almodóvar nous conte l’histoire de Leo, romancière délaissée par son époux et en panne d’inspiration, qui retrouve peu à peu goût à la vie.
Il en profite pour filmer quelques paysages madrilènes célèbres : au cœur de la nuit, Leo se lance dans une danse traditionnelle (un zapateado) sur la Plaza Mayor. Construite entre 1617 et 1619, cette place a servi de décor à des événements plus ou moins lugubres (autodafés, exécutions, corridas) et accueille aujourd’hui encore de nombreuses manifestations populaires. C’est aussi le lieu idéal pour prendre un café entre amis !
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Rome par… Federico Fellini

Les films
Révélé en 1954 par La Strada, Federico Fellini est couronné de succès dix ans plus tard lorsque La dolce vita obtient la Palme d’Or au Festival de Cannes. C’est avec ce film qu’il tourne définitivement la page du néoréalisme pour imposer son propre style, souvent qualifié de « baroque fellinien ».
Personnages exubérants, narration non linéaire et abolition des frontières entre le réel et l’imaginaire constituent sa marque de fabrique, poussée à son paroxysme en 1963 avec Huit et demi. Bien que fasciné par les femmes et leurs silhouettes envoûtantes, c’est avec un homme, Marcello Mastroianni, qu’il collabore le plus activement au cours de sa carrière.
Les lieux
Chef-d’œuvre révolutionnaire, La Dolce Vita est également une ode à la ville de Rome, que Fellini affectionne particulièrement. À travers une suite de tableaux sans lien apparent, il suit le parcours d’un jeune provincial devenu chroniqueur dans un journal à scandales.
Au coucher du soleil, les personnages se rejoignent sur l’une des plus célèbres artères de Rome, la Via Veneto, reconstituée en studios. Mais d’autres lieux, tels que la Fontaine de Trevi, la Basilique Saint-Pierre, le Quirinal Palace, la Cité du Vatican et les Thermes de Caracalla, servent également de décor au film.
En 1972, le réalisateur fait un nouveau clin d’œil à la capitale italienne dans Roma, qui s’inspire de ses souvenirs d’enfance et de ses fantasmes. « Rome est la ville idéale pour qui fait vœu de fantaisie », disait-il.
Scène culte : la fontaine de Trevi dans La Dolce Vità
Inutile d’être féru de cinéma fellinien pour connaître la scène où Anita Ekberg, starlette américaine aux formes généreuses, décide de prendre un bain de minuit dans le bassin de la fontaine de Trevi en compagnie du beau Marcello.
Malheureusement, il est exceptionnel – si ce n’est impossible – de pouvoir partager un tel moment d’intimité dans ce haut lieu de la capitale italienne, assailli par les touristes qui viennent y jeter leurs pièces de monnaie.
Construite au XVIIIe siècle dans un style purement baroque, la fontaine de Trevi est dominée par la statue du dieu Neptune, dont le char est tiré par des chevaux marins. L’ensemble est surmonté du blason du pape Clément XII, son commanditaire.
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Berlin par… Wim Wenders

Les films
Road movies, documentaires, docufictions, films engagés, poétiques ou polémiques… Wim Wenders est ce que l’on appelle un « touche-à-tout ». En s’essayant à la 3D avec Pina (2011), il invente même une nouvelle manière de filmer la danse.
Pourtant, l’œuvre du réalisateur allemand ne manque pas de cohérence : on décèle dans ses films un humanisme sans faille, une tendresse envers les plus faibles, une obsession pour le temps qui passe. Ses premiers road-movies (Faux mouvement, Au fil du temps) sont des portraits hors pair de l'Allemagne des années 70, mais aussi des réflexions sur l'errance, la solitude et l'histoire.
Grâce à L’Ami américain, il se fait connaître aux États-Unis et décide d’y poser ses valises en 1977. Sept ans plus tard, il obtient la Palme d’Or au Festival de Cannes pour Paris, Texas, road-movie retraçant l’errance d’un homme à la recherche de son passé.
Les lieux
Après dix ans d’émigration aux États-Unis, Wenders revient en Allemagne en 1987 pour réaliser Les Ailes du désir (Himmel über Berlin). Dans ce film, il renoue enfin avec la langue allemande et avec Berlin, symbole d’une Europe divisée en deux blocs.
Perchés au sommet de l’Église du souvenir ou de la Siegessäule (colonne de la Victoire), deux anges, Damiel et Cassiel, contemplent les rues de la capitale et dissertent sur le monde qui s’étend à leurs pieds.
Pour ces êtres invisibles, il ne saurait exister de frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest… Six ans plus tard, le réalisateur s’interroge sur les changements subvenus après la chute du Mur dans Si loin, si proche !, second volet des aventures de Damiel et Cassiel.
Scène culte : la Potsdamer Platz dans Les Ailes du désir
Séduit par la grâce d’une belle trapéziste, Damiel décide finalement de renoncer à son existence d’immortel pour devenir humain. À la fin des Ailes du désir, Cassiel prend son ami dans ses bras et emporte l’ange déchu du côté occidental de la ville où l’attend sa bien-aimée.
On aperçoit alors la Postdamer Platz, traversée d’un bout à l’autre par le Mur de Berlin. Depuis, la place a totalement changé de visage : des travaux colossaux y ont été entrepris entre 1990 et 2005 et elle est devenue un lieu très touristique, grâce à ses nombreux centres commerciaux, cinémas, bars et restaurants…
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Londres par… Alfred Hitchcock

Les films
On me surnomme « le maître du suspense », j’ai réalisé La Mort aux trousses, Psychose, Les Oiseauxou encore Sueurs froides, films qui ont fait trembler le monde entier. Qui suis-je ? Sir Alfred Hitchcock, of course.
Avec plus de cinquante long-métrages à son actif, Hitchcock a totalement bouleversé l’histoire du cinéma. En employant des effets de mises en scène inventifs, il parvient à instaurer un climat angoissant et prend un plaisir sadique à manipuler les pauvres spectateurs… Une chose est certaine : il y parvient à merveille !
Les lieux
Avant de conquérir l’Amérique dans les années 1940, le réalisateur fait une belle carrière en Grande-Bretagne, au crépuscule du cinéma muet et à l’aube du parlant. Sa « période anglaise », qui prend fin en 1939, lui permet d’affiner son style.
L’Homme qui en savait trop (1934) et Les 39 Marches (1935) lui ouvrent les portes du succès… et celles d’Hollywood.
En 1972, il revient pourtant dans sa ville natale pour tourner Frenzy : le générique du film nous fait survoler la ville, en suivant le cours de la Tamise où flotte un cadavre. Les cinéphiles peuvent d’ailleurs profiter du « Alfred Hitchcock London Locations Walk » pour découvrir, au fil d’une promenade de trois heures, les lieux fétiches du cinéaste : le Royal Albert Hall, l’hôtel Hilton London, Hyde Park…
Scène culte : Le British Museum dans Chantage
Son dixième long-métrage, Chantage (1929), fait partie des premiers films sonores réalisés en Grande-Bretagne. C’est aussi la première fois qu’Hitchcock utilise comme décor d’une scène de suspense un lieu célèbre : le British Museum.
Après une suite de péripéties hautes en couleurs et en émotions, l’un des personnages prend la fuite et se réfugie sur le dôme du musée. Il perd malheureusement l’équilibre, plonge dans le vide et se tue. Inauguré il y a 255 ans, le British Museum est réputé pour ses collections d’antiquités hors-du-commun. C'est ici qu'est conservée la fameuse Pierre de Rosette découverte par Champollion !
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New York par… Woody Allen

Les films
Petites lunettes, cheveux dégarnis et humour décapant : tels sont les attributs de Woody Allen. Le réalisateur américain, devenu célèbre grâce à ses comédies de mœurs (Annie Hall, Hannah et ses sœurs…), prend plaisir à se mettre en scène dans des rôles d’intellectuel new-yorkais, juif et chétif, en proie à d’incessantes crises existentielles.
Apprécié en Europe pour ses traits d’esprit et ses talents comiques, Woody garde cependant la tête froide : « Je ne veux pas atteindre l’immortalité grâce à mon œuvre. Je veux l’atteindre en ne mourant pas. »
Les lieux
Amoureux inconditionnel de la Grosse Pomme, il en a fait le décor privilégié de ses films, à commencer par Annie Hall, Manhattan ou encore Meurtre mystérieux à Manhattan et le tout récent Un jour de pluie à New York.
On y reconnaît aisément le Brooklyn Bridge et l'Hudson River, Central Park et Times Square, Broadway et Manhattan. Le restaurant Elaine’s, situé au n°1703 de la 2nd Avenue, apparaît également de temps à autres. Le réalisateur aimait y casser la croûte, paraît-il…
Scène culte : le Queensboro Bridge dans Manhattan
En 1979, Woody Allen rend hommage à sa ville natale dans l’une de ses plus brillantes comédies : Manhattan. Il y incarne un scénariste de télévision angoissé, qui jongle maladroitement entre une carrière insatisfaisante et des relations amoureuses sans avenir. Les diverses facettes de New-York y sont magnifiées par des images en noir et blanc d’une grande finesse.
C’est certainement la discussion au clair de lune au pied du Queensboro Bridge, le long de l'East River, qui constitue la plus belle scène du film. Construit en 1909, ce pont reliant l’île de Manhattan et le Queens est l’un des plus anciens de la ville.
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Tokyo par… Yasujirô Ozu

Les films
Wim Wenders, Aki Kaurismäki… Nombreux sont les réalisateurs à saluer le talent de Yasujirô Ozu, l’un des maîtres du cinéma japonais (avec Kurosawa, bien sûr !).
Il débute sa carrière dans les années 1920 et se montre d’abord hostile, comme Charlie Chaplin, au cinéma sonore. Trente de ses cinquante-quatre films sont d’ailleurs muets !
Il y dépeint la misère du petit peuple et s’intéresse tout particulièrement aux récits familiaux, intimes et tragiques.
Les lieux
« Regarde, Tokyo est vraiment une grande ville ! », murmure le grand-père à son épouse dans Voyage à Tokyo (1953). Ozu avouait volontiers sa fascination et son affection pour la capitale nippone, bien qu’il ne la décrive que très peu dans ses films. Le Chœur de Tokyo, Gosses de Tokyo, Une femme de Tokyo ou encore Une auberge à Tokyo présentent le quotidien douloureux des chômeurs frappés par la crise, mais plus rarement la ville qui les entoure.
Réalisateur peu conventionnel, Ozu préfère les cheminées d’usine aux monuments qui charment les touristes… Néanmoins, il lui arrive de filmer quelques paysages urbains identifiables : la gare d’Ueno, le quartier de Ginza, le temple Kan'ei-ji, la rivière Arakawa…
Scène culte : le palais Kokyo dans Voyage à Tokyo
Voyage à Tokyo est souvent considéré comme l’œuvre la plus aboutie d’Ozu. Dans cette fable à la fois douce et cruelle, un vieux couple décide de rendre visite à ses enfants qui habitent la capitale. Mais ces derniers se révèlent peu accueillants et font leur possible pour se débarrasser de leurs hôtes au plus vite.
Abandonnés par leur famille, les vieillards s’installent donc dans un car touristique : à travers les fenêtres du véhicule, les paysages défilent comme des cartes postales. Les habitués reconnaîtront le quartier commercial de Marunouchi et le palais impérial. Construit à l’emplacement de l’ancien château d’Edo, Kōkyo (littéralement « résidence de l'Empereur ») en a hérité des vestiges de fortifications ainsi que des douves qui l’isolent du reste de la ville. Grâce aux magnifiques jardins qui l'entourent, c’est l’endroit idéal pour faire une pause au calme !
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Lire notre article Trois jours à Tokyo.
Le Caire par… Youssef Chahine

Les films
Considéré comme l’un des plus grands cinéastes égyptiens, Youssef Chahine s’est également forgé, au cours de sa carrière, une réputation d’homme public. Très impliqué dans la vie de son pays (jusqu’à son décès, en 2008), il en incarne les rêves, les espoirs et les craintes.
Ses quarante films, qui appartiennent à des genres aussi variés que le mélodrame, la reconstitution historique ou le récit autobiographique, font preuve d’un militantisme rarement altéré. Il y exprime ses préoccupations sociales (Les Fils du Nil) et politiques (Jamila l’algérienne) ainsi que ses inquiétudes face à la montée de l’intégrisme (Le Destin) et de la corruption (Le Chaos).
Les lieux
« J'aime le Caire. Si profondément, que quand on me pose la question « Comment ? », je me retrouve cherchant mes mots », reconnaît le réalisateur dans Le Caire raconté par Youssef Chahine (1991). Cet étrange docufiction témoigne de la relation fusionnelle unissant le cinéaste à sa ville d’adoption, depuis Gare centrale en 1958.
Entièrement tourné dans la gare du Caire, c’est ce chef-d’œuvre qui révéla le cinéaste sur le plan international. Bien qu’il reste attaché à sa ville natale (Alexandrie, pourquoi ?, Alexandrie, encore et toujours), Chahine aime filmer le Caire, ses rues et ses habitants, qu’il choisit comme points de départ d’une réflexion sur son pays et sur le monde arabe.
Scène culte : le souk El-Khalili dans Le Caire raconté par Youssef Chahine
Au début du Caire raconté par Youssef Chahine, le réalisateur profite d’un cours à l’université pour avouer à ses élèves qu’il projette de réaliser un documentaire sur la capitale égyptienne.
Il leur demande alors ce qu’il devrait filmer pour satisfaire le public français. « Les pyramides ! Le folklore ! Les bateaux descendant le cours du Nil !», s’exclament-ils en chœur.
Cette parenthèse humoristique est l’occasion de redécouvrir quelques paysages emblématiques du Caire, à commencer par Khan el-Khalili, grand souk populaire où les touristes adorent se promener, s’égarer, marchander…
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Lire notre article Le Caire : que voir ? que faire ?
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