Le mal du pays

Laetitia Perier
par Laetitia Perier

05 janvier 2007

Mal Pays Lapins Famille
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Ça y est, vous êtes sur le point de quitter votre pays pour plusieurs mois, voire plusieurs années, et de faire votre vie à l'étranger pour étudier, travailler ou simplement suivre votre conjoint. Plus tout à fait ici, mais pas encore là-bas, voilà un bout de temps déjà que vous préparez ce grand saut dans l'inconnu. Visas, logement, emploi, assurance-santé, scolarisation des enfants, valises, vous avez déjà étudié toutes ces questions et trouvé une solution adéquate et il ne vous reste plus qu'à monter l'esprit tranquille dans votre avion… Félicitations pour votre sens de l'organisation et votre prévoyance. 

Mais si vous avez réussi à anticiper tous les problèmes administratifs et matériels, avouez qu'il reste un point majeur en suspens qui pourrait bien vous gâcher votre séjour, à savoir le mal du pays. « Maladie » courante chez les voyageurs au long cours, le mal du pays peut vous plomber en deux temps trois mouvements et vous faire regretter amèrement d'avoir quitté votre pays. Pas de panique pour autant ! Même si aucun remède miracle n'a encore été trouvé, le Routard a déniché pour vous des petits trucs et astuces pour gérer le blues des mauvais jours et éviter la sinistrose aiguë loin de son pays natal.

Qu'est-ce que c'est ?

Mal Pays Dépression Solitude
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Définition

Le mal du pays est considéré avant tout comme le reflet d'une difficulté d'adaptation à une nouvelle culture et à un nouveau pays.

Ce mal n'est pas une maladie au sens traditionnel du terme. Il n'y a pas de médicaments, de vaccin pour y remédier ou de risques de contagion comme dans les cas de grippe ou rougeole. Il entraîne néanmoins des symptômes plus ou moins graves qui proviennent tous d'un déséquilibre psychologique provoqué par un changement de repères et de façon de vivre.

Symptômes

Dans la plupart des cas, le mal du pays se traduit par une nostalgie, une mélancolie, voire une dépression. Les symptômes sont un renfermement sur soi, une tristesse permanente ou une anorexie.

Le mal du pays se manifeste généralement quelques semaines, voire quelques mois après l'arrivée. En effet, une fois la découverte d'un nouveau pays passée, la routine s'installe et la nostalgie du pays natal commence à se faire sentir. Selon les individus, cette période de blues peut être plus ou moins longue, mais en tout cas pas unique. La plupart des gens ressentent le mal du pays à plusieurs moments de leur séjour : parfois juste au milieu, parfois juste avant de revenir dans leur pays…

Pourquoi certains souffrent plus que d'autres ?

Plusieurs facteurs entrent en jeu. D'abord, les personnes qui sont vraiment désireuses de partir ont plus de chances de s'adapter à un univers différent du leur. Ensuite, c'est une affaire de caractère : si vous êtes d'un naturel curieux, ouvert et désireux de faire des rencontres, vous partez bien sûr avec un avantage certain sur ceux qui sont obtus, renfermés et d'une timidité maladive ! Enfin, il y a aussi une question de culture. Les Asiatiques, et en particulier les Japonais, sont par exemple particulièrement sujets au mal du pays quand ils viennent s'installer à Paris. 

Pourquoi eux plus que les Américains, les Argentins ou les Suédois ? Tout simplement à cause de la trop grande différence de cultures. Les Japonais, extrêmement polis et possédant un fort esprit de groupe, perdent leurs repères une fois en France où l'individualisme à l'occidentale prédomine. Ils se sentent rejetés, incompris et agressés par le comportement impatient des Français. Chaque année, près d'une centaine d'entre eux tombent dans une dépression profonde, avec parfois des délires de persécution et des tentatives de suicide à la clé. De fait, plus votre culture d'origine sera éloignée de celle de votre pays d'accueil, plus le choc culturel sera fort et l'intégration difficile.

Comment le gérer ?

Femme Skype Téléphone
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Anticiper en se renseignant sur son pays d'accueil

Avant même de partir, il vous est tout à fait possible de vous préparer à vivre dans votre futur pays d'accueil et de limiter un éventuel mal du pays en vous renseignant un maximum sur votre destination. Normalement, si vous avez bien préparé votre séjour, vous devez déjà savoir un minimum de choses sur le pays (langue, monnaie, régime politique, climat, capitale, etc.). Mais vous êtes-vous renseigné sur la société, la culture, les coutumes, en somme les gens que vous allez côtoyer pendant plusieurs mois ou plusieurs années ? 

Potassez donc quelques livres avant votre départ à ce sujet, histoire de ne pas tomber des nues une fois sur place devant certaines façons de faire, ou pire de commettre un impair que vous auriez pu tout bêtement éviter en ayant lu quelques livres bien choisis. Une petite mise au point avant votre départ vous fera gagner pas mal de temps et vous évitera bien des problèmes d'adaptation une fois sur place.

Tant que vous ne saurez pas que les Japonais n'expriment pas leurs sentiments en public, que le marchandage et le bakchich sont monnaie courante dans les pays arabes et que les Allemands sont très sensibles dès que l'on aborde la question du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, vous risquez fort, au mieux de commettre quelques gaffes, au pire de ne pas vous faire beaucoup d'amis. Connaître un tant soit peu les us et coutumes de son pays d'accueil est à la fois un moyen de se préparer à y vivre et de limiter autant que possible le choc culturel et par conséquent le mal du pays.

Pour combler vos lacunes, vous pouvez :
- jeter un coup d'œil à la collection L'État du monde, aux éditions de la Découverte qui propose sur différents pays des analyses complètes en histoire, économie, santé, culture, éducation, médias, etc.

- feuilleter les guides touristiques (par exemple le Guide du routard) qui non contents de vous donner des informations touristiques vous offrent très souvent des renseignements sur la vie quotidienne d'un pays ou d'une région.

- fouiner dans les centres culturels et les librairies exclusivement consacrées à un pays : c'est là que vous aurez le plus de chances de tomber sur le livre qui vous apprendra tout sur votre destination et ne vous fera pas passer pour un idiot une fois le pied posé sur le sol de votre nouveau pays.

Rencontrer d'autres compatriotes

Une fois sur place, ne jouez pas les fiers. D'autres sont passés par là avant vous, ont connu les mêmes problèmes d'adaptation et auront certainement plein de conseils à vous donner. Rencontrer d'autres compatriotes vous aidera à passer le cap un peu difficile des débuts, à ne pas vous retrouver isolés et à mieux appréhender votre nouvel environnement. La communauté française de l'étranger est nombreuse et se trouve absolument sur tous les continents. Pour entrer en contact avec d'autres Français qui ont choisi le même pays que vous, adressez-vous à votre université d'accueil, ambassade, consulat ou autre représentation diplomatique sur place (adresses sur www.expatries.org). Ils seront les plus à même de vous renseigner et de vous mettre en relation avec d'autres Français. Avec un peu de chance, vous risquez même de tomber sur une amicale bouliste, un cercle de poésie ou un club francophone !

Enfin, sachez que plusieurs associations créées pour et par les Français de l'étranger existent et sont aussi des moyens non négligeables pour échanger et se rencontrer :

- l'Union des Français de l'étranger : comme son slogan l'indique, « aucun Français n'est seul à l'étranger », l'UFE se charge d'accueillir et de guider les nouveaux arrivants. Elle propose aussi des sorties, des rencontres et des activités qui permettent aux Français de se rencontrer.

- la Fédération internationale des accueils français et francophones à l'étranger : la FIAFE, avec ses 123 bureaux dans le monde, organise des rencontres entre Français et francophones expatriés, mais aussi des francophiles des pays d'accueil.

- la Maison des Français de l'étranger : outre une multitude de renseignements pratiques sur l'expatriation, la Maison des Français, sous la tutelle du Ministère des Affaires étrangères, propose des fiches pratiques par pays, des liens et un forum où les expatriés échangent des conseils et s'organisent pour se rencontrer.

Garder le contact avec ses amis, sa famille et son pays

Aujourd'hui, garder le contact avec sa famille est aussi simple qu'un clic de souris. Yahoo, Hotmail et autres messageries vous permettent d'envoyer et de recevoir autant de mails que vous le souhaitez. Mieux encore, les « chats » type Msn ou Yahoo messenger vous font dialoguer en direct avec votre interlocuteur, sans oublier WhatsApp, Skype et consorts qui permettent de téléphoner gratuitement et même de se voir !

L'autre avantage d'Internet, c'est de pouvoir se tenir informé de ce qui se passe dans son pays. Si vous n'êtes pas dans une grande ville où l'on peut se procurer des journaux étrangers, vous pouvez très bien, si ce n'est mieux, vous informer via le Web. La plupart des grands quotidiens nationaux et régionaux français, ainsi que des hebdomadaires, ont leur propre site, souvent très bien faits et régulièrement actualisés.

En dépit de cette révolution technologique, ne négligez pas les moyens traditionnels type lettre, colis et téléphone. Si vraiment vous êtes en manque du pays natal, demandez à l'un de vos proches de vous envoyer des petites choses bien de chez vous : pot de Nutella, biscuits, pâtés de campagne, journaux, camemberts… Ça ne coûte rien et ça fait toujours plaisir à celui qui l'envoie comme à celui qui le reçoit.

Les pièges à éviter

Groupe Café Amis
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Piège n° 1 : ne rester qu'entre Français

Attention : s'il est tout à fait normal de chercher la compagnie de ses compatriotes quand on débarque dans un pays étranger et que l'on se sent un peu perdu, il ne faut pas non plus tomber dans le travers de ne fréquenter que des ressortissants de son pays. C'est sans aucun doute la solution la plus facile pour limiter ce vague-à-l'âme, mais aussi le meilleur moyen pour passer à côté de belles rencontres. Vivre dans un pays étranger est une expérience unique et extrêmement enrichissante. Ce n'est pas seulement manger différemment, entendre les gens autour de soi parler une langue qui n'est pas la nôtre et s'habituer à un climat différent. C'est aussi et surtout la découverte d'une autre culture, d'un autre mode de vie et d'autres personnes.

Alors faites-vous violence et jetez-vous à l'eau. Une fois que vous vous sentirez un peu plus à l'aise dans votre nouvel environnement, faites l'effort d'aller vers les autres et de vous intégrer dans votre pays d'accueil. Les pots au bureau, les travaux de groupe à la fac, les clubs sportifs, les associations de quartier sont autant d'occasions de rencontrer des gens, des voisins, des collègues et de se faire des ami(e)s.

Pensez aussi à aller du côté des Alliances françaises, présentes dans plus de 130 pays. Elles ont pour mission de mettre en relation des francophiles et de promouvoir la culture française. Avec un peu de chance, vous pourrez rencontrer des personnes désireuses de rencontrer un Français et qui se feront un plaisir de vous faire découvrir leur pays.

Piège n° 2 : refuser d'apprendre la langue

Si vous avez la chance (ou la malchance, c'est selon) de vous retrouver dans un pays non francophone, vous avez deux solutions : soit vous refusez catégoriquement d'apprendre la langue du pays et estimez que vous pourrez très bien vous débrouiller en parlant anglais ou avec le langage des mains, soit vous faites l'effort de vous y mettre et de potasser une méthode Assimil ou de prendre des cours sur place. Car enfin, regardons les choses en face : comment comptez-vous vous intégrer, vous faire des amis ou tout simplement aller au cinéma, si vous ne comprenez pas un traître mot de ce que l'on vous dit ? Non seulement vous ne profiterez pas à fond de votre séjour, mais surtout vous serez complètement isolé. Et autant dire que ça, ce n'est pas très bon pour le moral, mais excellent en revanche pour développer le mal du pays…

Et enfin…

Ne passez pas votre temps à rouspéter, critiquer, vous plaindre… bref, à gaspiller votre énergie pour rien. Souvenez-vous de la chance que vous avez de vivre à l'étranger et laissez de côté vos remarques désobligeantes du style « ils ne savent vraiment pas cuisiner ici » ou « franchement, ce sont tous des imbéciles ». Ça ne sert à rien (si ce n'est à vous rendre encore plus nostalgique de votre pays où tout est forcément mieux) et cela vous empêche d'aller de l'avant et de vous faire des ami(e)s. Soyez positifs, curieux mais sans juger, désireux de comprendre et de faire des rencontres. Bref, adoptez la « routard attitude » et ce méchant mal du pays se transformera en lointain souvenir…

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