Jack Kerouac

Thibaut Pinsard
par Thibaut Pinsard

05 mars 2014

Jack Kerouac Portrait
© Thibaut Pinsard

Jack Kerouac, le père de la Beat Generation, a été un routard avant l’heure. Dans les années 50, il choisit de larguer les amarres pour voyager à travers le continent américain, et de faire de ses pérégrinations le vecteur de la découverte d'une Amérique autre que celle, formatée, qu'on lui proposait.

Son roman mythique Sur la route (1957) retrace ses périples en tous sens à travers les États-Unis, jusqu'au Mexique. Il deviendra l’un des livres de chevet de tous ceux qui s’élanceront sur ses traces et feront de la vie de ce beatnik un modèle. 

En un sens, nous sommes tous des enfants de Kerouac.

A l’occasion de la sortie en salles du film Sur la Route de Walter Salles, voici un dossier pour mieux connaître Jack Kerouac : sa vie, son œuvre, l’itinéraire de Sur la Route et les lieux culte pour partir sur les traces de l’écrivain aux semelles de vent.

Kerouac, héros de la Beat generation

Kérouac beat generation
Kérouac beat generation

Jack Kerouac (1922-1969) fait partie de ces écrivains mythiques sur lesquels tout a été dit. D'innombrables biographies et thèses portent sur cet auteur, dont l’œuvre et la vie ont marqué des millions de personnes dans le monde. 

L'histoire retient schématiquement qu'il faisait partie du noyau dur (avec William S. Burroughs et Allen Ginsberg) de la Beat Generation.

Le mot " beat ", qui désigne le rythme du jazz notamment, est à l'origine un mot d'argot new-yorkais voulant dire " lessivé ", " écrasé ". Kerouac se l'approprie et le travaille de façon à en faire ressortir d'autres significations, telles que " béat ", " béatitude ". L'adjonction de cet adjectif au mot " génération " est une référence directe à la Lost Generation, la " génération perdue " de Francis Scott Fitzgerald.

Mais qu'était donc la Beat Generation ?

Il s'agissait en fait d'un groupement informel d'amis et de connaissances, tous écrivains ou poètes. On comptait dans ses rangs John Chellon Holmes, Herbert Huncke, Gregory Corso, Alan Watts, Ed Sanders, Gary Snyder, Lawrence Ferlinghetti… Ils furent nombreux et très différents, mais tous souhaitaient s'affranchir du conformisme de l'Amérique des années 50 par la création et un mode de vie qu'aujourd'hui on taxerait aujourd’hui de " politiquement (et sexuellement) incorrect ". 

C'est ainsi qu'est né un pan de la contre-culture occidentale, qui perdure jusqu'à maintenant, et dont héritèrent les hippies, les routards et les soixante-huitards, mais aussi les punks et de nombreux courants artistiques avant-gardistes.

Les origines d'un mythe

Tombe Jack Kérouac
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Qui aurait pu croire que des nobles bretons dénommés Le Bihan de Kerouac sont les aïeux du chantre de la Beat Generation ? 

Jack naît Jean-Louis Kerouac en mars 1922, à Lowell, Massachusetts (Nouvelle-Angleterre). Cette petite ville ouvrière compte en son sein une forte population francophone, venue du Canada, marquée par un catholicisme rigoureux. Jack a naturellement pour langue maternelle le français. 

Ses parents sont modestes - un père imprimeur, une mère vendeuse. De plus, Lowell traverse dans les années vingt et trente une grave crise industrielle que sa famille supporte mal. Léo, le père, devient joueur et alcoolique, dilapidant les faibles revenus du foyer. Le décès précoce du grand frère de Jack, Gérard, assène un autre coup difficile à la famille. Jack n'a que quatre ans lorsqu'il meurt, mais cette disparition marquera sa vie entière

Le catholicisme fervent dans lequel Jack grandit tranche bien évidemment avec le protestantisme majoritaire aux États-Unis. Mais ce sont pourtant ses racines canuck (Français originaire du Canada) et sa francophonie qui sont à l'origine d'un perpétuel sentiment d'exclusion. Jack vit mal cet état de fait, bien qu'il puisse néanmoins toujours se réfugier dans sa communauté ou dans sa famille. 

Ce sentiment d'être différent et étranger en son propre pays constitue sans doute la base de son amour pour l'Amérique des exclus, auxquels il s'identifie.

Un choix de vie radical

Blue Note Jazz
© Osugi - Shutterstock

Bien que profondément attaché à sa ville natale, Jack en constate, enfant, les limites : sa lecture d'un autre Jack - London - lui révèle un monde fait de voyages et d'aventures qui le fascine et, dès le plus jeune âge, son net penchant pour l'écriture. 

Kerouac devient extrêmement sportif à l'adolescence. Le football américain en fait une vedette locale. Bon élève, il bénéficie en outre du système américain de bourses qui permet aux sportifs d'étudier à l'université : c'est la clef de sortie de ce futur écrivain. 

Jack Kerouac choisit l'Université de Columbia, New Yorkoù il devient un étudiant de bon niveau. Les quartiers louches de la Grande Pomme exercent sur lui une attraction indéniable. Il côtoie des musiciens de jazz, écrit sur cette musique alors connue de quelques rares Blancs seulement. 

L'obtention de son diplôme en 1940 le ramène dans sa ville natale : pas pour longtemps, les sirènes de New York sont trop fortes. Jack arrête ses études, puis tente de les reprendre, sans grande motivation. 

Des envies grandissantes de voyage le mènent sur la mer. Il tente également la vie militaire, mais, réfractaire à toute discipline militaire, Jack est déclaré inapte. 

Vers 1942, New York n'est pas seule à avoir raison de la vie calme et rangée à laquelle Kerouac se destinait. Il veut être écrivain, raconter sa propre vie et la rendre mythique en incluant sa vision de l'Amérique. Pour cela, il doit chercher plus profondément, à la base, ceux qui la constituent.



New York : Burroughs, Ginsberg et Cassady

Kérouac Burroughs Cassady
Kérouac Burroughs Cassady

Jack Kerouac n'emprunte pas seul les chemins de traverse qui le mènent dans les bas-fonds de New York. Les individus qu'il rencontre en 1943-1945 lui font découvrir des milieux interlopes dont il ne soupçonnait pas l'existence. 

Le plus connu, qui distillera des années plus tard sa subversion dans des ouvrages à la lucidité empoisonnée, est William S. Burroughs. Lettré, homosexuel et ancien étudiant en médecine, il aime à fréquenter les prostitués, les drogués, les criminels et les déviants sexuels. Il ne tardera pas à devenir lui-même héroïnomane, pour le reste de sa longue vie. 

Burroughs et son aura noire attirent bien entendu Jack, mais aussi un jeune poète juif du New Jersey : Allen Ginsberg. Le triumvirat des écrivains Beat naît à New York en ces années de guerre. 

L'amour de Jack pour les rejetés du rêve américain se trouve renforcé au contact de Burroughs. Celui-ci considère aussi les fellaheen (les futurs " anges de la désolation ") comme plus intègres, plus purs, car forcés d'exister dans la marge de la société. 

Dans une ambiance de trafics en tous genres, Jack vit à New York de grandes années de débauche, riches en " dérèglements des sens " chers à Rimbaud. Drogues et sexe ont beau être son occupation quotidienne, cela n'empêche pas Kerouac de s’intéresser aux clochards et aux victimes du racisme. 

Un seul individu suffit à faire entrer de l'air dans leur mode de vie empoisonné : Neal Cassady. Plus jeune que Jack de quatre années, Neal est une tornade. Originaire de Denver, il est orphelin de mère et fils de clochard alcoolique. Avec son énergie inépuisable et son formidable appétit de vivre, il incarnait l'Amérique sauvage à laquelle Kerouac rêve depuis longtemps. Une puissante amitié naît entre les deux hommes

En 1947, ils décident de partir sur les routes de l'Amérique. C'est pour Jack le début d'un voyage sinueux qui va durer dix années, au cours desquelles il va se nourrir de paysages et de rencontres. De cette matière à profusion, il remplira ses romans écrits en prose spontanée dans un long souffle jazz, tapant à la machine sur des rouleaux de téléscripteurs. Il les déroule avec la même avidité qui le fit avaler des kilomètres d'asphalte.

Hit the Road Jack !

Jack Kérouac Livres
Jack Kérouac Livres

Le périple avec Neal Cassady

Une des premières étapes de l'odyssée routière de Jack consiste à faire du stop sur la route 6 pour rallier l'Illinois en passant par Chicago. Il découvre pour la première fois ces paysages grandioses dont il avait rêvé au travers des romans ou des films : le Mississipi, les reliefs du Nebraska ou du Colorado

En chemin, il rencontre fermiers, cow-boys, clochards, chauffeurs routiers, propriétaires de ranchs… Ses carnets se noircissent de sensations, de descriptions, d'éléments de conversation. 

En chemin, il rencontre fermiers, cow-boys, clochards, chauffeurs routiers, propriétaires de ranchs… Ses carnets se noircissent de sensations, de descriptions, d'éléments de conversation. 

La quête de Neal le mène à Selma où, amouraché d'une Mexicaine, il ramasse le coton. C'est, dira-t-il plus tard dans Sur la Route, le métier le plus dur qu'il aura exercé. Pourtant, cet épisode constitue un des passages les plus heureux de Sur la Route - et de sa vie. Effectuant un travail harassant, Jack trouve provisoirement la paix parmi les saisonniers.

On the road again

Kerouac passe l'année 1948 à écrire son premier roman, The Town and the City. Les années suivantes sont faites de mouvement et de pauses lors desquels Jack fait de l'écriture son unique métier, sans un cent en poche. L'aisance matérielle n'est pas sa préoccupation, et il sait qu'il peut toujours retourner - ce qu'il fait régulièrement - chez sa mère pour écrire et être pris en charge. 

Mais Jack ne se coupe pourtant pas des individus dont il alimente son œuvre. On le voit en 1952 et 1953, chef de train pour la Southern Pacific Railroad. Fin 1955, Jack fait la connaissance de Gary Snyder, autre individu qu'il " iconisera " dans un de ses célèbres romans, Les Clochards célestes (il y est Japhy Ryder). Snyder, passionné par la philosophie orientale alors peu répandue en Occident, l'initie sérieusement au bouddhisme. 

Ensemble, ils réalisent l'ascension du Matterhorn, montagne culminant à 4 000 m dans la Sierra Nevada. Jack en retire le morceau de bravoure des Clochards célestes. En juin 1956, Jack travaille dans le parc national de l’Etat de Washington. Il vit coupé du monde en haut du Desolation Peak, ne voyant personne, ne parlant à personne. Jack racontera cette expérience (et bien d'autres) dans Le Vagabond solitaire

Sur la Route est publié en 1957 et son immense succès lui fait enfiler un costume qu'il n'a jamais souhaité, celui d'idole de la jeunesse… Il devient le porte-parole de la Beat Generation. L'anonymat s'envole et les années soixante s'annoncent. Kerouac voyagera encore ponctuellement, mais il a définitivement derrière lui sa vie sur la route, parmi les clochards et les ouvriers.

Trains, automobiles, bus, auto-stop

Route Monument Valley
© Johnny - Adobe Stock

Avant 1957, l'Amérique n'est pas parcourue à dessein par une foule d'enragés du voyage. Ceux qui voyagent y sont contraints par la vie, comme les hobos (terme américain désignant judicieusement à la fois les vagabonds et les saisonniers). 

Leur moyen de transport favori est le train de marchandises. Ce cliché du vagabond voyageant en douce dans les wagons est à l'époque, pour ces individus, une réalité. Jack pratique donc ce mode de transport risqué, qui favorise rencontres et expériences inédites. 

Jack et Neal parcourent souvent les États-Unis à bord de diverses automobiles. Neal Cassady, le Dean Moriarty de Sur la Route, se targuait d'avoir volé à dix-huit ans plusieurs centaines de voitures, ce qui lui avait valu des séjours précoces en prison. De cette frénésie automobile, il a gardé un mode de conduite particulier : il peut rouler à tombeau ouvert tout en doublant à droite pour le plaisir d'effrayer les automobilistes, dissertant en même temps de philosophie, le tout en tee-shirt en plein hiver dans une voiture non chauffée. Jack réserve à ce sujet de croustillantes lignes dans Sur la Route, restituant à merveille la griserie de la vitesse et le charisme de Neal. 

Ne se voulant pas acteur de la route, Jack est le plus souvent conduit. Lorsque ce n'est pas par Neal, cela peut être en car, dans les fameux Greyhound. Quelques relations en résultent parfois, comme la Mexicaine des champs de coton. 

Mais c'est bien entendu pour l'auto-stop que Jack est le plus renommé, involontairement. À la fin des années quarante et au début des années cinquante, ce moyen de transport est d'autant plus aisé que rares sont les autoroutes.

Le Mexique et Tanger, on the Beat

Kérouac Mexique Tanger
Kérouac Mexique Tanger

1950 : le Mexique

Le voyage le plus long de Jack en voiture est celui qui le conduit à Mexico au cours de l'année 1950, pour retrouver William Burroughs. 

Premier déplacement de Jack dans un pays non anglophone, le Mexique est pour lui le pays des fellaheens. À cette époque, les seuls Américains à passer le Rio Grande sont aisés, bien propres sur eux, et ignorent superbement la population. Jack et ses compères sont à l'opposé. Dépenaillés, sales et mal rasés, ils ne demandent qu'à se mêler aux habitants, vivre à leur rythme

Kerouac ne s'empêche pas, en route, de consommer filles de joie et marijuana. Si l'on se fie aux dires de Burroughs : un individu n'est vraiment intégré dans un endroit que lorsqu'il a établi des connexions sur le plan de la drogue et sur le plan sexuel. Alors Jack s'intègre rapidement au Mexique… 

La vie qu'y mènent Jack et consorts est faite d'étude (théâtre, archéologie, lecture…) et de moments de détente rythmés par la drogue, facile à se procurer. Le premier long séjour de Kerouac dans ce pays s'achève par son retour en stop, de Mexico à New York (!).

Indéniablement, le Mexique joue un rôle symbolique fort dans les préoccupations de Jack. Il est d'ailleurs le théâtre d'un de ses romans les plus tragiques, Tristessa, récit de son amour impossible avec une prostituée héroïnomane.

1957 : Tanger

Début 1957, Jack se rend au Maroc dans un tanker yougoslave. Il va retrouver Burroughs, exilé à Tanger. Ce dernier vit paisiblement dans cette zone de non-droit (sa future Interzone du Festin nu) : le Maroc, qui a acquis son indépendance l'année précédente, n'est pas très regardant sur l'héroïne, le haschich ou les prostitués. Ce qui fait le bonheur de Burroughs. 

Jack est vite rejoint par Allen Ginsberg, désormais célèbre, son compagnon Peter Orlovsky, et un membre tardif de la clique new-yorkaise - mais non moins important -, le poète Gregory Corso. L'écrivain Paul Bowles, qui habite le Maroc pour des raisons proches de celles de Burroughs (drogues et beaux jeunes gens), gravite également autour de la bande. 

Jack ne passe que deux mois à Tanger, avant de partir pour la France, mais ces deux mois seront décisifs pour l'histoire de la littérature du XXe siècle. En effet, Kerouac aide Burroughs à trier, classer, puis à dactylographier des notes diverses amassées depuis ses années de déchéance toxicomane ; de ce travail de fourmi naîtra le Festin nu, roman halluciné de Burroughs, à l'influence égale voire supérieure à Sur la Route.

Itinéraire de Sur la route

Kérouac Livre Route
Kérouac Livre Route

Dans Sur la Route, le héros, Sal, et son compère Dean Moriarty se lancent dans un périple qui les conduit de la côte est à la côte ouest, puis au Mexique. L’important n’étant pas, évidemment, le but du voyage, mais la route elle-même, avec son lot d’aventures et de rencontres. 

Routard.com a retracé pour vous l’itinéraire de Sur la Route à partir des lieux mentionnés dans le roman. Un périple de 6 200 km à travers les États-Unis (8 700 km jusqu’à Mexico), à suivre une carte routière à la main :

New York City

New York
Bear Mountain Bridge
Newburgh

Ohio

Ashtabula

Illinois

Chicago, Union Station
Joliet

Iowa

Davenport
Iowa City
Des Moines
Adel
Stuart
Council Bluffs

Nebraska

Omaha
Grand Island
Shelton
Gothenburg
North Platte
Ogallala

Wyoming

Cheyenne

Colorado

Longmont
Denver
Central City

Wyoming

Creston

Utah

Salt Lake City

Nevada

Reno

Californie

Truckee
Sacramento
Oakland
San Francisco
Sausalito
Mill Valley
Oakland
Tracy
Manteca
Madera
Fresno
Bakersfield
Los Angeles
Hollywood
Burbank

Mexique

Mexico DF

Quatre destinations cultes

San Francisco Cable Car
San Francisco Cable Car

San Francisco, berceau de la Beat Generation

La Beat Generation est associée à la ville de San Francisco parce que de nombreux auteurs du mouvement y habitèrent ou s’y installèrent. La ville était alors réputée comme le nouveau pôle artistique des USA. 1955 fut une année-phare pour la Beat Generation, Allen Ginsberg fit une lecture publique de son poème Howl, la Six Gallery Reading, à laquelle assistèrent les pionniers du mouvement. Pour la première fois, la Beat Generation se présentait au grand public. Aussitôt, le fondateur de la librairie City Lights de San Francisco publia l’œuvre, qui fut immédiatement traînée en justice pour obscénité, mais relaxée aussi vite. Howl devint un manifeste, et s’imposa comme ouvrage majeur de la Beat Generation, avec Sur la Route de Kerouac, et Le Festin Nu de Burroughs. Les beatniks s’inspirèrent des surréalistes et du jazz, avant de devenir eux-mêmes une source d’inspiration pour les hippies dans les années soixante.

À voir :

Le Beat Museum 
450 Broadway, San Francisco, 94133 
La Beat Generation au musée ! D’abord situé dans la ville de Monterrey, au sud de San Francisco, le temple des beatniks a déménagé en 2006 dans le quartier de North Beach de San Francisco. Kerouac aimait ce coin où il vécut un temps. Une rue porte d’ailleurs son nom. Le Beat Museum expose des manuscrits originaux, des photographies, de l’art abstrait, mais aussi des pièces collector, comme un chèque de 10,08 $ fait de la main de Kerouac dans un magasin vendant de l’alcool, ou une version dédicacée du poème Howl de Ginsberg.
www.thebeatmuseum.org

Librairie City Lights 
261 Columbus Avenue, San Francisco 94133
La librairie que Ginsberg avait choisie pour lire ses poèmes est toujours ouverte : elle est même devenue un lieu culte pour les fans des beatnicks visitant San Francisco. City Lights se définit elle-même comme la seule véritable librairie indépendante des États-Unis. Et même cinquante ans après le passage des beatniks, leur influence se fait toujours sentir quant à la sélection des livres. La maison d’édition City Lights Publisher, née en 1955, continue aussi dans sa lignée, en s’efforçant de faire paraître des auteurs novateurs et progressistes, et toujours dans un esprit de résistance face à la censure et aux idées conservatrices.
www.citylights.com

Le Chelsea Hotel à New York

Situé dans le quartier de Chelsea à New York (quelle surprise !), le Chelsea Hotel a accueilli bon nombre d’écrivains, penseurs, acteurs, musiciens… dont certains y ont séjourné un certain temps. Édith Piaf, Stanley Kubrick, Bob Dylan, Jean-Paul Sartre, Arthur Miller et Janis Joplin font partie des clients. Pour Kerouac et ses amis qui y résidèrent, le Chelsea Hotel était un lieu d’échange philosophique. La première version de Sur la Route y a été écrite en trois semaines, sur un rouleau de papier de 36 m. Cette version a été longuement revue avant d’être publiée. Pour information, le premier prix pour une nuit en chambre double dans l’hôtel est de 235 $. 222 W. 23rd St, New York 10011
www.hotelchelsea.com

Lowell, ville natale de Kerouac

Jack Kerouac est né en 1922 dans la petite ville de Lowell, Massachusetts. Né Jean-Louis Kirouac, Jack a grandi dans un environnement francophone. Au début du XXe siècle, la Nouvelle-Angleterre a en effet accueilli un grand nombre d’immigrés franco-canadiens. Touchés par le chômage et la misère qui sévissaient alors au Québec, ils étaient venus travailler dans les filatures. Ces immigrés se faisaient vulgairement appeler les « nègres blancs d’Amérique », et les Américains les surnommaient « canuck » ou « coon-ass » (cul de raton laveur). Kerouac a d’ailleurs confié dans une lettre à son ami Allen Ginsberg, quelque temps avant sa mort, qu’il voulait retrouver sa langue maternelle. Ses ancêtres étaient en fait français, il alla à leur recherche en Bretagne en 1957, mais revint bredouille.

Certains lieux de Lowell sont décrits dans les romans de Kerouac, comme l’église Jean Baptiste. Il y retourna en 1967 où il écrit le roman Vanité de Duluoz : une éducation aventureuse, 1935-1946, une autobiographie sur ses jeunes années. Il y décrit sa vie de lycéen à Lowell, puis son entrée à l’université, jusqu’à la naissance de la Beat Generation. La ville lui a rendu hommage en juin 2007 en le nommant posthumément docteur ès lettres de l’Université de Massachusetts.

À voir :

Kerouac Park, Bridge Street 
Le Lowell National History Park rend hommage à la révolution industrielle des États-Unis. Il héberge le Kerouac Park, où a été érigé en 1988 une stèle en son honneur. On peut y lire certaines de ses citations les plus connues.

Cimetière Edson, Gorham Street
Après sa mort en 1969 en Floride, Jack Kerouac fut enterré au cimetière Edson, dans sa ville natale. Sur sa tombe, on peut lire « Ti Jean », ainsi que l’épitaphe « He honored life ».

Lowell Celebrates Kerouac ! 
L’association Lowell Celebrates Kerouac ! a pour but de faire la promotion des œuvres de l’écrivain, en s’associant aux écoles qui incluent Kerouac dans le programme scolaire. Les volontaires se chargent aussi de l’entretien du Kerouac Park. Le premier week-end d’octobre, ils organisent le festival d’octobre, pendant lequel des visites guidées de la ville font découvrir les lieux que l’auteur fréquentait. Le festival organise aussi des projections de films, des concerts de jazz, des lectures d’œuvres de la Beat Generation, une compétition de poésie, et bien d’autres activités en lien avec le mouvement.

Denver, la ville de Neal Cassady

Jack Kerouac et Neal Cassady se sont rencontrés à l’université à New York. Ce dernier est originaire de Denver. C’est pour le rejoindre que Kerouac se lança dans une traversée des États-Unis d’Est en Ouest, en auto-stop, en 1947. Il a séjourné un certain temps dans la capitale du Colorado où il travailla dans la halle aux fruits. Il fréquente les quartiers noirs de la ville, cette Amérique des exclus dont il se sent si proche. Il y achète même une maison pour sa mère et sa sœur, mais celles-ci ne s’habituent pas à la vie dans l’Ouest et s’en vont au bout d’un mois seulement. Kerouac s’installe dans la maison pour travailler à ses recherches pour ses écrits, avant de partir à San Francisco.

À voir :

Larimer Square (anciennement Larimer Street)
Cette rue, qui est l’une des plus anciennes de Denver, est mythique : le fameux Buffalo Bill y vécut et Neal Cassady y passa sa jeunesse. Son père travaillait dans un barber shop de la rue. Naturellement Jack Kerouac devint un habitué des lieux.

My Brother’s Bar 
2376 15th Street
C’est le plus vieux bar de la ville. Neal Cassady et Jack Kerouac s’y rendaient souvent pour boire et refaire le monde. Le patron a trouvé dans les années quatre-vingts une lettre originale de Cassady demandant à un ami de régler son ardoise. Elle est affichée dans le bar avec une photo des deux compères. Si le patron est de bonne humeur, il vous en fournira une copie gratuite !

Colburn Hotel 
980 Grant Street
Cet hôtel abrita les pionniers de la Beat Generation, Ginsberg y séjourna un été, Kerouac s’y rendait aussi de temps à autre, et c’est là que Cassady rencontra sa future femme Carolyn Robinson. Les beatniks se retrouvaient souvent au bar de l’hôtel, le Charlie Brown.


Merci Jack !

Kérouac Film Route
Kérouac Film Route

Ces quelques pages consacrées à Kerouac ne sont pas le récit exhaustif de ses voyages, de sa vie ou de ses romans. La déchéance de Jack (serait-il plus juste de parler de déroute ?), mort d'alcoolisme à quarante-sept ans en 1969 n'est pas évoquée, car ultérieure à sa vie sur la route. 

Quoi qu'il en soit, Jack Kerouac a joué un rôle clé dans la vie de milliers de ses lecteurs. Certains ont subi un satori après la découverte de sa prose libre de tout formalisme ; d'autres, portés par son souffle, se sont mis en marche pour découvrir le monde. 

Les beatniks, puis les hippies, sont les mouvements historiques les plus visibles qui revendiquent Jack Kerouac comme père spirituel. Les générations suivantes n'ont peut-être pas lu Sur la routeen poche (quoique cet ouvrage phare de son œuvre demeure un succès de librairie). 

Il est cependant indéniable que tous les voyageurs " à échelle humaine " ont un jour caressé un idéal de voyage proche de celui de Jack.

Toutefois, considérer Sur la route et quelques autres de ses romans comme des manuels serait une erreur considérable. Jack Kerouac était écrivain, créateur de phrases et de pensées. Il avait fait de la vie son œuvre.

À lire

- Bien évidemment, les livres majeurs de Kerouac sont tous traduits depuis longtemps et toujours disponibles.

Sur la route, coll. Folio, 1997. 
Les Clochards célestes, coll. Folio, 1974.
Le Vagabond solitaire, coll. Folio. 
Big Sur, coll. Folio, 1979. 
Les Anges vagabonds, coll. Folio. 
Les Souterrains, coll. Folio, 1985. 
Satori à Paris, coll. Folio, 1993. 
Visions de Cody, coll. 10/18, 1999. 
Mexico City Blues, éditions Points, coll. Points Poésie. L'œuvre poétique majeure de Kerouac. 

À propos de Kerouac :

Les Vies Parallèles de Jack Kerouac, de Barry Gifford et Lawrence Lee, Éditions Rivages, coll. Rivages Poche / Bibliothèque étrangère. 
Jack raconté par les acteurs de ses romans. Essentiel.
L'Ange déchu. Une vie de Jack Kerouac, de Steve Turner, éditions Mille et une Nuits. 
Biographie dotée de nombreuses et magnifiques photos.
Memory Babe, de Gérald Nicosia, éditions Verticales, 1998.

À voir

Sur la route, un film de Walter Salles (2012), avec Sam Riley et Garrett Hedlund.

Sur le web :

Dharma Beat - A Jack Kerouac Newszine : un site en mouvement perpétuel sur l'actualité de Jack Kerouac.


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