Le couchsurfing

20 avril 2017

L’hospitalité. Une valeur qu’on pourrait croire disparue mais qui revient en force grâce à la magie d’Internet. Partout dans le monde, des hôtes accueillent des voyageurs pour quelques nuits, sur un bout de canapé ou dans la chambre d’amis, pour le simple plaisir de la rencontre et de l’échange.
Un clic-clac à Buenos Aires, un futon à Berlin, ça vous tente ? Bienvenue chez les couchsurfeurs ! Découvrez tout ce qu’il y a à savoir sur le Couchsurfing dans notre dossier !
Le couchsurfing : qu’est-ce que c’est ?

Imaginez un immense réseau social de plus d’un million de personnes prêtes à s’offrir l’hospitalité les unes les autres pour une nuit ou plus. La démocratisation du transport aérien a bouleversé notre conception du voyage, le couchsurfing change encore la donne.
Il permet de se loger gratuitement chez l’habitant dans le monde entier et, surtout, offre la possibilité de rencontrer les habitants des pays visités, de partager pour quelques jours leur quotidien et de bénéficier de leurs conseils. Le terme anglais « CouchSurfing » pourrait se traduire par l’action de « passer d’un canapé à l’autre ». Le couchsurfing n’a pas de frontières : le principal site d’échange d’hospitalité, couchsurfing.com, compte près de 14 millions de membres dans 250 pays et 200 000 villes !
Un peu d’histoire
L’échange d’hospitalité n’a pas attendu Internet pour voir le jour. Après la Seconde Guerre mondiale, Bob Luitweiler crée Servas, une association pacifiste qui permet aux membres d’ouvrir leurs portes aux uns aux autres. Plusieurs initiatives similaires ont été lancées par la suite. L’arrivée d’Internet, outil idéal pour un tel réseau, a permis au mouvement de prendre de l’ampleur dans les années quatre-vingt-dix.
L’un des premiers sites, Hospitality Club, a été inventé par un jeune Allemand en 2000. Couchsurfing.com a été fondé par un Américain, Casey Fenton. En 2000, ce routard partait quelques jours en Islande mais n’avait aucune envie de dormir tout seul dans un hôtel. Il eut l’idée d’envoyer un mail à 1 500 étudiants de Reykjavik en leur demandant si certains étaient prêts à le loger pour quelques nuits. Il reçut des dizaines de propositions. L’expérience fut au-delà de ses espérances.
À son retour, il eut l’idée de lancer le projet CouchSurfing. Quelques années plus tard, en 2004, le site débarquait enfin sur la toile. La version 2.0 du site a été lancée en 2006, année qui marque l’essor du projet. Régulièrement, des groupes de couchsurfeurs se réunissent pour améliorer et développer le site. Depuis 2011, c'est devenu une société à vocation commerciale (et non plus une association à but non lucratif).
Changer le monde grâce au couchsurfing
Le but revendiqué de l’échange d’hospitalité est de promouvoir les échanges entre les peuples afin de faire avancer la paix. Son objectif : favoriser des expériences enrichissantes et positives.
Comment fonctionne le Couchsurfing ?

Sur le même principe qu’un réseau social comme Facebook, il faut s’inscrire sur l’un des sites d’échange d’hospitalité pour se lancer dans l’aventure. L’inscription est le plus souvent gratuite. Vous devez préciser si vous avez la possibilité d’héberger des couchsurfeurs, si vous souhaitez juste rencontrer des voyageurs autour d’un verre ou si vous n’êtes pas disponible en ce moment. Vous n’êtes donc pas obligés de recevoir des voyageurs pour avoir accès au réseau social, le couchsurfing ne repose pas sur la réciprocité.
Définir votre profil
C’est une étape essentielle. Entrez le maximum d’informations afin de donner une idée de votre personnalité, de vos centres d’intérêt et de vos valeurs. Le site Couchsurfing.com invite les membres à indiquer leur philosophie. Essayez d’aller plus loin que le banal « J’aime voyager et rencontrer des gens », qui n’en dira pas beaucoup sur vous !
Donnez des exemples concrets. Indiquez votre métier, les langues que vous maîtrisez, les pays qui vous ont marqués, la musique que vous aimez, votre film favori… La photo peut sembler un détail, elle est cruciale. Pas d’impératif en la matière mais choisissez une photo agréable, qui donnera envie aux couchsurfeurs d’en savoir plus sur vous. Une fois membre actif, ce sont les commentaires des autres à votre sujet qui parleront le mieux de vous !
Sélectionnez des hôtes
En cherchant un sofa à Amsterdam, vous serez vite perdu devant les centaines de possibilités qui s’offrent à vous ! Choisir un hôte est une étape importante. Ne contactez que les personnes que vous avez vraiment envie de rencontrer. C’est là que le profil et les commentaires des autres membres s’avèrent utiles. Soyez attentif aux détails : avez-vous des centres d’intérêt en commun ? Quel est son style de vie ? Le mode d’hébergement qu’il propose vous convient-il ? Une seule règle, trouver au moins un élément qui vous donne envie de discuter avec cette personne.
Pensez aussi au but de votre voyage : si vous partez à Londres pour faire la fête toute la nuit, ne choisissez pas de loger chez quelqu’un qui indique dans son profil qu’il travaille très tôt le matin !
Organisez votre séjour
Il n’y a pas de règles précises quant à l’organisation en amont de votre visite. Vous avez toutefois plus de chance de trouver un hébergement en vous y prenant à l’avance. Ne soyez pas trop prévoyant non plus, six semaines avant, les personnes auront du mal à vous indiquer leurs disponibilités ! De même, si vous les contactez à la dernière minute, elles ont peu de chances d’être prêtes à vous accueillir. Deux à trois semaines de délai semblent être raisonnables.
« Un mois avant mon départ pour la Roumanie, j’ai envoyé des mails à une trentaine de personnes en leur indiquant mes dates de voyage pour demander si elles seraient éventuellement prêtes à me recevoir, explique Caroline. Pour les sélectionner, je regarde attentivement les profils, tout simplement en cherchant des gens qui me donnent envie de les rencontrer ! J’ai recontacté ceux qui m’avaient répondu quelques jours avant mon arrivée dans leur ville, par téléphone, en leur indiquant mes dates précises ».
Quand vous rédigez vos mails, soignez les détails. « Je personnalise toujours mes premiers mails en expliquant à la personne pourquoi j’ai envie de la rencontrer, ce qui m’a attirée dans son profil, explique Eva. Et quand on me contacte pour être hébergé à Paris, je réponds rarement à ceux qui envoient un message impersonnel. »
Pensez à contacter plusieurs hôtes pour être sûr de trouver quelqu’un qui pourra vous accueillir. Enfin, pensez à prévenir votre hôte si vous changez de programme, pour lui dire que vous ne viendrez pas ou que vous arriverez un jour plus tard.
Une fois sur place
Vous êtes logé gratuitement par une personne, la moindre des choses est de faire tout votre possible pour vous adapter à son mode de vie. À votre arrivée, parlez clairement de votre programme et demandez toutes les instructions concernant la maison ou l’appartement. Soyez respectueux et, en partant, laissez bien sûr l’endroit comme vous l’avez trouvé ou encore plus propre ! Il est aussi courant d’apporter un petit cadeau de remerciement (une bouteille de vin, un bouquet de fleurs, un pot de confiture… C’est l’attention qui compte !
Témoignages

Caroline a voyagé deux semaines en Roumanie grâce à Couchsurfing.com. Elle héberge également des couchsurfeurs chez elle, à Rennes.
« Avec le couchsurfing, on se retrouve vraiment dans des situations improbables… Un soir, en Roumanie, nous logions avec ma sœur dans une famille. Nous avons fêté avec eux l’anniversaire de leur fils. Une soirée mémorable à boire des bières en écoutant du rock avec des jeunes de 20 ans !
On s’implique vraiment dans le quotidien des gens. Nous avons par exemple été accueillies chez un couple d’Américains qui s’installaient tout juste dans le pays. Ils n’avaient pas un radis mais nous ont laissé leur lit. Eux ont dormi sur des matelas par terre, impossible de les faire changer d’avis… À Bucarest, nous avons logé avec un couchsurfeur anglais chez un Roumain qui, malgré son absence, nous avait confié les clés. Souvent, nous nous sommes retrouvées dans des conditions de grande promiscuité, à cinq dans une chambre par exemple. L’ambiance est toujours détendue et simple.
J’héberge aussi des gens chez moi: j’ai reçu un Américain, un Québécois et une Allemande, que j’ai eu l’impression de connaître depuis toujours. J’ai aussi participé à une soirée jeux de société organisée par un couchsurfeur dans ma ville.
Je pars à la fin du mois en Tasmanie, toujours avec ma sœur. À Hobart, nous avons déjà trouvé un canapé ! Mon seul conseil : ne pas craindre la rencontre et oser la promiscuité. Au pire, si ça ne marche pas, on peut toujours rester moins longtemps que prévu ».
Stéphanie et Vincent ont voyagé ensemble grâce au couchsurfing en Turquie.
« Le plus étonnant, c’est qu’on se retrouve à avoir des discussions assez profondes avec des gens qu’on ne connaît pas. Au pied du Mont Ararat, un guide de haute montagne nous a hébergés. Il était Kurde et nous a beaucoup parlé de la situation de son peuple.
Par le biais du site Couchsurfing, nous avons aussi pris un café avec des militaires en poste dans la région. Leur point de vue sur la question kurde était, bien sûr, complètement différent. Ces rencontres nous ont appris plein de choses. C’est aussi l’occasion d’avoir de bons tuyaux. À Istanbul, le couple qui nous accueillait nous a amenés dans un port de pêche, au bord de la mer Noire, en voiture. Ils nous ont fait découvrir des endroits où nous ne serions jamais allés sans eux !
Être en couple ne nous a pas posé de problème, nous avons été extrêmement bien reçus, même s’il est arrivé qu’on nous demande si nous étions mariés. Toujours à Istanbul, nous avons pris un café avec un jeune informaticien qui ne pouvait loger personne car il vivait chez ses parents. Il n’était jamais sorti de Turquie mais connaissait plein de choses grâce à ses rencontres avec les couchsurfeurs de passage ! Finalement, on se rend compte que, où qu’on aille, on partage certaines valeurs avec ces personnes ».
Marie a tenté l’expérience au Québec et à Buenos Aires
« J’ai testé le couchsufing pour la première fois au Canada. Avec une amie de Montréal, nous avions envie d’aller visiter le Québec, mais nous avions un tout petit budget ! J’avais une légère appréhension, donc je suis contente d’avoir expérimenté ce système à deux. J’ai contacté une dizaine de personnes, qui m’ont presque toutes répondu très vite. Finalement, nous avons été accueillies par René, dans un super appartement en plein centre de la vieille ville ! Nous avions une chambre pour nous avec deux lits. En posant nos affaires, on n’arrivait pas à y croire !
Emballée par cette première expérience, j’ai récidivé à Buenos Aires, où je suis partie en tant que volontaire pour un mois. J’ai été hébergée par un Italien, dans une colocation. Je ne devais rester que deux nuits, j’ai finalement habité là une semaine. Dès que je suis arrivée, il m’a emmenée jouer aux échecs dans un parc avec toute une bande de couchsurfeurs du monde entier. Grâce à lui, j’ai trouvé un petit boulot. Il a été ma première attache à Buenos Aires, et j’ai continué à le fréquenter par la suite. Le couchsurfing est un excellent moyen de nouer des rencontres en débarquant dans une ville ».
Eva, une couchsurfeuse autour du monde !
« J’ai commencé l’échange d’hospitalité par le biais du site Hospitality Club, en Europe de l’Est. Depuis, je n’ai jamais arrêté ! Cela permet de ne pas voyager un guide entre les mains et de s’immerger dans la vie des gens. À Prague, je logeais chez une fille, en banlieue. C’est finalement dans son quartier que j’ai commencé mon projet de photo. Le couchsurfing m’a permis tant de choses !
À Berlin, j’ai squatté dans une grande colocation, on changeait de chambre tous les soirs. L’expérience qui m’a le plus marquée, c’était dans une colonie israélienne en Palestine. Ce sont des lieux complètement fermés, et pourtant une famille m’a reçue. C’était des gens adorables et cette rencontre a nuancé mon opinion sur la politique israélienne.
Dans chaque pays, j’ai été accueillie différemment. Au Canada, on m’a souvent prêté la voiture de la famille, donné des clés… Je n’ai jamais été aussi bien accueillie ! Souvent, je remercie ceux qui me logent en cuisinant, je prépare des gâteaux par exemple. Je n’ai eu que des bonnes expériences, sauf une, en Russie, chez quelqu’un qui vivait vraiment dans la saleté… Je pense que le couchsurfing m’a aussi aidée à vaincre ma timidité, à m’ouvrir aux autres. Ça fait vraiment du bien ! »
Conseils pratiques

Soyez disponible !
Réfléchissez bien à ce que signifie le couchsurfing : vous allez dormir chez un inconnu ! La rencontre demande de la disponibilité et, avant tout, de l’envie ! Esprits obtus et pressés s’abstenir. Il faut voyager en étant flexible. Le couchsurfing est réservé aux routards qui privilégient la rencontre et savent improviser.
Profitez de ce système pour découvrir des endroits où vous n’auriez pas été spontanément. Si le profil d’un hôte vous donne envie de le rencontrer, prenez le temps d’aller lui rendre visite, même si cela implique un détour ! Hors des sentiers battus, dans des zones isolées des grands circuits, les hôtes sont moins sollicités et donc encore plus heureux de vous recevoir.
Est-ce que c’est sûr ?
C’est la première question de ceux qui hésitent à se lancer, notamment les femmes seules : est-ce que c’est risqué ?
Regardez bien les commentaires des uns et des autres sur les profils. Regardez-les attentivement, ils sont la source d’information la plus fiable. Vous repérerez vite les intrus, à commencer par des hommes qui espèrent profiter du réseau pour nouer des rencontres amoureuses...
Il existe aussi un système de recommandation des membres par les autres membres du réseau, ainsi qu'un système de certification par Couchsurfing. Comme le rappelle le site Couchsurfing, c’est surtout le jugement de chacun qui reste la meilleure mesure de sécurité. Aidez-vous de tous les éléments à votre disposition sur les profils des membres pour vous forger votre opinion. Et si en arrivant vous ne vous sentez pas en sécurité, il est encore temps de filer dans une auberge !
Et la confidentialité ?
Le réseau Couchsurfing a là aussi tout prévu. Vous pouvez paramétrer à votre guise votre profil pour déterminer qui y aura accès et quelles informations personnelles seront visibles.
À votre tour d’accueillir des couchsurfeurs !
Il suffit d’un peu de temps et d’espace pour voir le monde entier débarquer à votre porte ! Où que vous soyez, vous aurez des demandes. À Paris, le risque est de crouler sous les mails. Ailleurs en France, selon les régions, les demandes peuvent être plus espacées. Si vous n’avez pas la place d’héberger quelqu’un, vous pouvez mentionner sur le site Couchsurfing que vous êtes partant pour rencontrer des voyageurs autour d’un verre.
Adresses et sites utiles

CouchSurfing : www.couchsurfing.com
C’est le site le plus important de l’échange d’hospitalité. C’est le site le plus important de l’échange d’hospitalité. L’association compte plus 14 millions de membres (5 millions de membres actifs chaque année), de 250 pays différents et de 200 000 villes ! 550 000 événements ont également été organisés grâce à la plateforme. Des « ambassadeurs couchsurfing » promeuvent l’esprit et les valeurs de l’association.
Vous pouvez vous inscrire en quelques clics et avoir ainsi accès aux milliers de profils des membres. L’avantage est bien sûr la taille du réseau, mais aussi la qualité de l’interface du site, très facile d’utilisation. Les Parisiens y sont très actifs puisque la capitale française est la ville la plus représentée sur le site !
Hospitality Club : www.hospitalityclub.org
Pionnière du mouvement sur internet, l’association compte 328 629 membres de 207 pays. Le modèle est le même que celui de couchsurfing.com. L’inscription est gratuite, le but est de donner une chance de se rencontrer. Là encore, la réciprocité n’est pas de mise.
Sur le même principe, BeWelcome : www.bewelcome.org met en relation des membres du monde entier.
Bedycasa : http://fr.bedycasa.com
Un éventail de chambres chez l'habitant, familles d'accueil, chambres indépendantes ou hébergements à louer, Bed & Breakfast, chambres d'hôtes et gîtes (en France), casas rurales, (en Espagne et au Portugal), guest houses, homestay, fermes et auberges, pensions, riads (au Maroc), minshuku et ryokan (au Japon).
Servas Open Doors : www.servas-france.org
Servas compte 20 000 hôtes dans plus de 120 pays. Cette ONG a été créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1948, pour encourager une meilleure compréhension entre les peuples et promouvoir la paix. À l'origine, il fallait être membre d'une organisation pacifiste pour y adhérer. Aujourd'hui, il suffit de régler une cotisation annuelle de 13 € et de passer un entretien au cours duquel on évalue votre motivation. Vous recevrez ensuite une lettre de présentation ainsi qu’une liste d'hôtes selon les pays choisis. Les membres s'engagent généralement à vous recevoir gratuitement pour deux nuits et à vous offrir le dîner.
Warm Shower List : www.warmshowers.org
« La vélo-hospitalité sur le web », dixit le site français. Depuis 1993, Warm Shower List rassemble des internautes disposés à offrir l'hospitalité aux cyclotouristes. Inscription gratuite et basée sur la réciprocité. Si vous voyagez à vélo, vous êtes sûr, grâce à ce réseau, d’avoir au moins un point commun avec vos hôtes !
Le témoignage d’un serial-couchsurfeur : www.letmestayforaday.com. Entre 2001 et 2003, le Hollandais Ramon Stoppelenburg a voyagé dans 18 pays grâce à son site « Let me stay for a day ». Le principe : il demandait l’hospitalité par le biais de son blog et racontait, en échange, toutes ses aventures et ses rencontres au jour le jour. Très populaire aux Pays-Bas, Ramon Stoppelenburg a par la suite écrit un livre sur ce projet.
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