À Santiago Atitlán, comme dans quelques autres villages du Guatemala comme
Zunil ou San Lucas, on adore une étrange idole de bois répondant au nom de Maximón.
Avatar présumé de San Simón, Maximón serait pour certains le croisement d’un
dieu maya, d’un conquistador espagnol et du Judas de l’évangile...
Selon la tradition orale, toutefois, Maximón est une figure locale à part entière,
vestige des plus anciennes croyances. « Cette histoire de San Simón ou
de Judas, c’est un coup de l’Église catholique pour récupérer à son compte une
icône dotée d’une trop forte influence sur la population pour être remise en
cause ou ignorée ! », maugréent certains vieux du village. Pour eux,
c’est plutôt un fétiche protecteur, conçu par leurs ancêtres pour lutter contre
les puissances malfaisantes qui rôdaient dans la région et décimaient la population.
Mais, dit la légende, si Maximón permit effectivement de débarrasser le village
de ses sorcières et démons, il s’avéra aussi rapidement capable du pire, s’amusant
à prendre apparence humaine pour approcher les habitants et leur jeter des sorts !
Pour éviter qu’il ne recommence, les villageois décidèrent alors de le priver
de sa liberté de mouvement en brisant ses jambes de bois. Et toc.
Aujourd’hui encore, cette icône d’opérette, mi-ange mi-démon, fait l’objet d’un
véritable culte, pour des raisons plus ou moins douteuses - entre guérisons
et sortilèges, maléfices et bénéfices. Hébergé par une famille de notables,
il attend tranquillement la visite de ses fidèles, vautré sur une chaise, la
cigarette au bec, vêtu de ses plus beaux atours : chapeau Stetson, foulards,
chaussures en cuir... C’est que Monsieur aime les jolies choses ! En échange
de son aide, les gens lui offrent des fleurs, du maïs, de l’encens... mais aussi
des cigarettes, de l’alcool, des confiseries, de ’argent. Les seules offrandes
qu’il apprécie vraiment !
Maximón sort peu. Il participe néanmoins chaque année à la procession pascale,
porté en bonne place à la suite du cercueil de Jésus... mais retiré du cortège
avant l’entrée dans l’église (le Vatican peut dormir tranquille.) Tous les ans
également, Maximón déménage : un véritable événement, célébré comme il
se doit par les adorateurs de la canaille ! La veille au soir, la « famille
d'accueil » en fin de mandat organise une fête. Dans la cour de la maison,
un orchestre et des lampions. À l’intérieur, Maximón reçoit ses dernières visites.
À ses pieds : bougies, alcool, quetzales, enfants qui jouent, mamas
qui méditent, shaman qui officie, vieux qui cuvent leur rhum ou descendent leur
bière... debout, assis, couchés. Fascinant. Le lendemain vers midi, tout le
monde se retrouve pour accompagner religieusement Maximón vers sa nouvelle demeure.
En première ligne, les femmes portent les cierges. Suivent les hommes de la
confrérie, vêtus de ponchos et armés de hampes fleuries. Derrière eux, le chœur
et la fanfare, tout en cuivres et en tambours. Puis un cercueil de verre et
deux Christs en croix, ornés de couronnes des plus kitsch. La procession est
ensuite rejointe par un homme portant seul sur le dos le coffre où Maximón a
été soigneusement installé avec toutes ses petites affaires...
Avant de reprendre le bateau vers un autre village du lac, ayez donc une pensée
émue pour la famille de Santiago qui, pendant un an, va héberger ce sacré Maximón
et voir défiler sous son toit superstitieux, bigots, doux dingues et curieux
en tout genre... sans oublier quelques pochetrons. Mais, au fait, où peuvent
bien passer leurs offrandes de nourriture, de tabac, d’alcool et d’argent ?