Puisque la température peut monter haut en ville pendant les mois d’été (32 °C),
quittons le centre pour trouver la fraîcheur des premières hauteurs. En Autriche,
la montagne n’est jamais loin. Encore situé sur le territoire de la ville de
Graz, à l’ouest de l’agglomération, le château d’Eggenberg est l’endroit idéal
pour une journée d’évasion. Le tram (ligne 1) nous y mène en une demi-heure
depuis la place principale (Hauptplatz).
Comme la plupart des palais à Graz, le château est l’œuvre d’un architecte italien
de la Renaissance, Giovanni Pietro de Pomis, pour un riche diplomate Hans Ulrich
von Eggenberg. Autour des fondations datant du Moyen Âge s’élève maintenant
une construction totalement originale : toute l’architecture et la décoration
ont été pensées pour rappeler le cours du temps et le mouvement des astres - quatre
tours pour les quatre saisons, 52 pièces pour les 52 semaines d’une
année, 24 salles d’apparat pour les 24 heures du jour, 365 fenêtres,
et surtout, partout des références au ciel (signes du zodiaque, rotation des
planètes...). Juste que dans les détails des dorures, Eggenberg est une louange
au ciel et à ses éléments. Une belle messe païenne. Dommage qu’à cause des expositions
ou des manifestations culturelles dans le cadre de Graz 2003, toutes les
pièces du château ne soient pas ouvertes actuellement. On se rattrapera avec
une douce errance sous les triples arcades qui bornent les cours intérieures.
À ne pas rater : la fontaine décorée avec de vrais galets à l’ambiance
de monastère florentin, de cloître parmesan ou vénitien... Quand on vous dit
qu’à Graz, l’Italie n’est jamais loin...
Le parc, pratiquement à flanc de montagne, mérite qu’on s’y attarde. On y aime
le respect accordé à la nature : comme si les hommes ne s’étaient contentés
que de bâtir le mur d’enceinte, les arbres - marronniers, chênes, hêtres,
pins - poussent au hasard, et les allées zigzaguent entre les troncs. Une
vingtaine de paons vit ici en liberté ; on affirme qu’il y aurait des mouflons
aussi, mais assurément ils se font discrets. Le petit pavillon d’été abrite
un café minimaliste qui sert d’excellentes glaces (toujours l’héritage italien !).
Inutile en revanche d’y commander une « Schloss Eggenberg », bière
réputée pour être l’une des plus fortes du monde (23 °) : elle n’a
que le nom en commun avec le lieu et est brassée en République tchèque !
Eggenberg vaut aussi le déplacement pour l’exposition exceptionnelle qui s’y
tient jusqu’au 5 octobre sur l’origine et la diversité linguistique mondiale.
Comme la mythique Babel, Graz blasphème l’ordre divin. C’est d’ailleurs avec
une citation de l’Ancien Testament, « Yahvé dit : ‘confondons leur
langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres’ » (Genèse,
11-9), que l’exposition « La tour de Babel » nous plonge au cœur du
monde de la parole, puis de l’écrit, enfin de la communication, avec, à chaque
fois, le décryptage d’historiens, d’ethnologues, de linguistes et de biologistes.
Voyage passionnant, varié et ludique : le visiteur peut s’essayer au déchiffrage
de l’écriture maya décodée depuis quelques années seulement, se creuser la tête
devant le mystère des écrits de l’île de Pâques, se lancer dans l’apprentissage
du braille ou encore calligraphier ses premiers mots en chinois.