Ce matin Olgui, enrhumée, m’a demandé un expectorant. Ça m’a surpris. J’ai suffisamment éclusé de bières en compagnie de médecins cubains aux quatre coins du Sahel pour imaginer leur île comme un modèle d’accès aux soins. Le problème, là encore, vient du fait que le gratin des blouses blanches exerce à l’export !
Si l’accès à la chirurgie et la prise en charge des grosses pathologies revient toujours à la charge de l’État, il n’en va pas toujours de même pour la bobologie courante, où la demande se heurte la plupart du temps à la pénurie chronique. Faute d’entretien, les infrastructures s’effondrent, l’approvisionnement en médicaments fait défaut ou part à l’exportation. Un ami me disait récemment recevoir des médicaments cubains d’un de ses compatriotes travaillant au Venezuela ! Tout semble fait en priorité pour entretenir l’image, alors on privilégie les pays amis.
On comprendra aisément alors, qu’avoir de côté quelques CUC, permet d’ouvrir la porte de bien des salles d’attente et blocs opératoires. Le blocus comme bouc-émissaire, les Cubains doivent se résoudre, une fois de plus, à se débrouiller tout seuls. Encore faut-il qu’ils en aient les moyens, alors, comble pour comble, on se réfugie chez les mages !
La pharmacopée traditionnelle est en train de refaire surface à grand renfort de prédictions fumeuses et autres billevesées. Et tandis qu’Orishas et génies de tous poils invitent leurs thuriféraires à pousser les patients à effectuer quelques libations au pied des arbres du centre-ville, l’on s’éternise dans les salles d’attente...
Texte : Eric Milet. Photo : Eric Milet
Partir à Cuba