Moscou, back in the USSR

10 octobre 2011
Pourtant, le passé soviétique est toujours là, caché dans les recoins, enfoui au fond des sous-sols, relégué dans les banlieues. Une histoire qui bat fort dans le cœur des habitants, entre colère et nostalgie selon les destins.
Chez les jeunes - ceux qui n’ont pas connu l’ère communiste - on assiste même à un retour décomplexé et fabulé vers cette époque : c’est la mode du soviéto-kitsch. Des cantines populaires aux parcs des expositions, parcours atypique dans les vestiges d’un Moscou encore tout soviétique.
Les classiques

Tout en bas, vous arrivez à la place Rouge. Les plus patients peuvent se joindre à la longue file d’attente pour le mausolée de Lénine. Pour combien de temps encore ? Le débat est ouvert et le père de la révolution d’octobre pourrait bientôt être enseveli sous terre.
Sur la place Rouge, enfoncez-vous dans l’antre moscovite, le célèbre métro de Moscou. À l’intérieur, admirez les décorations des stations impeccables, des vitraux colorés de Novoslobodskaya, aux statues de bronze de Ploshad Revolutsi à la somptueuse station de Komsomolskaya. La ligne marron circulaire traverse les plus belles stations. À Arbatskaïa, savez-vous que la ligne a été doublée en profondeur par Staline qui redoutait une attaque nucléaire ?
Sur le parcours, remontez à Smolenskaya pour voir l’une des « sept sœurs » moscovites. Construits entre 1948 et 1957, ces immenses immeubles, baroques et gothiques à la fois, sont devenus emblématiques de la ville. Ils accueillent maintenant des hôtels, des logements, l’université ou le ministère des Affaires étrangères (photo).
Terminez la balade au métro Parc Kultury. Rejoignez le flot de provinciaux qui se pressent au parc Gorki. À l’époque soviétique, on y diffusait la propagande à la radio. Aujourd'hui, c'est un parc d'attraction, où la maquette de la célèbre navette spatiale soviétique Bourane vous attend pour une projection de film en 3D.
Les insolites

À la station du même nom, passez l’impressionnante statue de l’Ouvrier et de la Kolkhozienne (photo) construite pour l’exposition universelle de 1937 à Paris, laissez derrière vous l’hôtel Cosmos et le musée des Cosmonautes et pénétrez dans l’enceinte de ce parc de plusieurs kilomètres.
Imaginé dans les années 30 pour exposer les succès du système soviétique, le parc étale ses larges avenues flanquées de dizaines de pavillons dédiés à la santé, l'agriculture, l'économie ou aux anciennes républiques socialistes (Arménie, Biélorussie, Kirghizstan). Aujourd’hui, les bâtiments sont soit en rénovation, soit investis par des marchands de DVD piratés, habits made in China, plantes médicinales… En été, le parc devient un lieu de promenade avec sa grande roue, ses marchés, ses pavillons en ruine, ses vendeurs de pop-corn multicolore.
Autre endroit insolite, le bunker de Staline , au métro Ismaëlovo, vous plongera en plein cœur de la guerre froide. Construit dans les années 1930, c’était le poste de commandement d’urgence de l’armée rouge, relié au Kremlin grâce à un long souterrain de plus de quinze kilomètres. Salle de conférences, bureau, chambre à coucher, salle à manger, on peut visiter cet endroit enfoui à six mètres de profondeur. Les fanatiques de souterrains se rendront au bunker de Taganskaya et visiteront son musée de la guerre froide.
Le parc des sculptures, à côté de la nouvelle galerie Tretiakov (métro park Koultoury) réunit les statues déboulonnées de Lénine et Staline. Le parc est très agréable, petite maison en bois où prendre un café, de nombreux bancs à l'ombre. L'entrée coûte 100 roubles (2,5 €).
Si vous voulez prendre l’air, rejoignez la datcha de Lénine à une quinzaine de kilomètres de Moscou. C’est dans cette superbe demeure de la fin du XVIIIe siècle, que le dirigeant a passé les dernières années de sa vie.
Shopping soviéto-kitsch

Là-bas, passez les échoppes à touristes, les stands de matriochka (photo) et foulard de babouchka, montez les escaliers dans le fond pour atterrir dans la section des antiquités. Montres Vostok ou Aviator (beaucoup de faux, attention), appareil photo Zorki, médailles et vinyles usagés, objets de propagande, ce bric-à-brac et ses vendeurs aux mines patibulaires contenteront les amateurs de trouvailles soviétiques.
Pour les bredouilles désespérés, vous dénicherez sans mal des Lada ou des Moskvitch miniatures dans les souterrains du métro ou une peluche de l’ours Micha, la mascotte des JO de 1980. Pensez également aux papiers à cigarettes ou aux cigarettes Belomorkanal - беломорканал - avec leur design tout socialiste, au fromage fondu droujba, - Дружба, l’amitié - plutôt mauvais, mais authentique dans son papier alu, ou au chocolat Aliona – алёна - de l’usine Octobre rouge qui fonctionne encore.
Autre lieu, pour les adeptes du shopping, au dernier étage du Goum, la cantine n°57 - Stolovaya en russe – surfe sur la vague sovieto-kitsch avec son style 1950, ses nappes et son self-service (rassurez-vous, bien mieux fourni qu’à l’époque).
Une petite bouffe ?

Si le passé fait son retour à la sauce tendance, il reste néanmoins à Moscou de vraies « cantines » soviétiques, des lieux qui ont perduré, malgré tout. Ce n’est pas de la grande cuisine mais on les apprécie pour autre chose, le typique, les histoires qu’ils racontent.
Les plus aventureux tenteront une tchebourechaya, ces stands de friture : de la restauration rapide, voire expéditive. Sous l’URSS, c'était les seuls endroits pour manger dehors, et c’est là que les taxis venaient prendre la pause. Ça se passe debout, entre hommes généralement, avec un shot de vodka à la main. C'est authentique, gras et plutôt mauvais. Il en reste plusieurs, notamment un au métro Kitaï-gorod, près de l’église rouge, rue Solianki (солянка).
Dans le même registre, un tantinet plus raffiné, les fameuses cantines ces stolovaya (столовая) qui n’ont pas bougé, comme celle de l’institut des ingénieurs - 4, rue Malinki Kharitonevski (мал Харитоньевскии). Tout le monde peut venir y manger pour trois fois rien. La nourriture est assez insipide mais la décoration ultra authentique. Nappe rouge, rideaux transparents, côtelettes, soupes et salades mayo au menu.
Enfin, pourquoi ne pas essayer une pâtisserie traditionnelle ? Moscou est certes passée au cheesecake et aux muffins, mais on trouve encore certains de ces gros gâteaux blanc et rose, pleins de crème et de génoise, aussi réconfortants qu’une babouchka.
Pour éliminer les calories, allez piquer une tête dans la piscine olympique du ЦСКА, au métro Aéroport. Vous nagerez dans un bâtiment vert d’eau d’époque sous les encouragements musclés des entraîneurs. Et surtout ne le prenez pas mal : ils ne crient pas, ils s’impliquent.
Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Russie.
Comment y aller ?
Vols directs Air France ou Aeroflot à partir de 400 €.
Il y a des vols intéressants A/R à partir d’environ 150 € mais avec escale. À surveiller chez Swiss, Lufthansa, Austrian notamment. Les différents aéroports de Moscou sont reliés au centre-ville par un train express bien pratique pour éviter les bouchons.
Attention Visa
Pour venir en Russie, vous avez besoin d’un visa. 35 € à faire à l’ambassade de Russie à Paris. En plus des papiers classiques (photo, formulaire, attestation d’assurance…), il vous faudra une invitation officielle, de votre hôtel ou agence de voyage. Pour les indépendants, vous pouvez acheter cette invitation, une trentaine d’euros dans les agences de voyage.
La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez plus besoin de vous faire enregistrer si vous restez moins de sept jours sur le territoire russe.
Où se loger ?
Une bonne solution à Moscou, notamment si vous êtes plusieurs (mais la formule marche aussi pour les couples), est de louer un appartement. Essayez par exemple ce site internet : www.moscow4rent.com.
Trouver un hôtel à Moscou.
Où manger (pas forcément soviétique) ?
- Delicatessen : un joli restaurant branché qui dégage une vraie atmosphère et propose des cocktails et du bon vin. Attention le lieu est impossible à trouver si vous ne connaissez pas, égaré en sous-sol dans une cour d’immeuble.
- Ne quittez pas Moscou sans avoir goûter la cuisine géorgienne (la meilleure selon beaucoup). Une bonne adresse, Madame Galife au métro Prospekt Mira.
Une agence de voyage
Tsar Voyage organise des visites de Moscou en français et peut vous aider à organiser votre voyage. Bien pratique si on a le budget et qu’on ne parle pas un mot de russe.
Où sortir ?
Moscou n’a pas fini de séduire les jusqu’aux-boutistes. Ici on fume, on boit (et l’espérance de vie plafonne à 62 ans pour les hommes), on danse, on sort avec les verres, et parfois tout à la fois. En général, les Russes adorent parler aux étrangers. Les adresses pour sortir sont nombreuses.
Voici une adresse pour débuter la soirée :
- Krisis Genra, un des premiers café-concert à Moscou. Ambiance détendue et populaire, il y a des concerts ou des DJ tous les soirs. Rue Pokrovka, 16/16 Bât. 1 (покровка), métro Chisti Proudy.
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