Alaska, la dernière frontière

07 août 2009

Des carrés de nature protégée en pleine nature. Des espaces jamais bornés, où même les sentiers disparaissent. Quelques routes - si peu en fait - se perdent dans cette immensité. Elles la traversent, mais ne font que l’effleurer. À deux mètres du goudron, la forêt boréale a déjà repris ses droits. C’est tout l’Alaska !



Au pays des ours

Certains n’hésitent pas, lorsque la faim les tenaille, à descendre en ville pour faire les poubelles, pêcher le saumon dans l’estuaire de la Campbell Creek ou avaler les croquettes du chien laissées sur le perron... Les incidents sont relativement fréquents : en 2008, quelque 600 personnes se sont plaintes des méfaits d’un ours auprès des services du bureau local du Fish & Game Department. La plupart du temps, la bestiole s’est contentée de traverser leur jardin, parfois d’explorer leur garage ou leur appenti à la recherche d’un casse-croûte. Effrayant, sans plus. Mais les attaques répétées d’une mère défendant ses deux petits dans un parc urbain, les premières du genre, ont fait couler beaucoup d’encre. Et la question, inévitablement, a été posée : les ours sont-ils devenus trop nombreux ?
Anchorage, une ville dans la taïga

Certaines familles s’insurgent : les animaux ont 99 % de l’Alaska pour eux tous seuls, qu’ils nous laissent en paix ici ! Les pétoires ont ressurgi, la chasse au grizzly a été autorisée dans le State Park — à raison de trois bêtes, qu’aucun Tartarin n’a d’ailleurs réussi à accrocher à son douteux palmarès. La plupart des citadins, pourtant, jouent plutôt la tolérance, conscients d’avoir empiété sur un territoire sauvage. Un étonnant sondage, réalisé il y a quelques années, affirmait même que les habitants d’Anchorage souhaitaient plus de faune en ville ! Beaucoup, il faut dire, sont des citadins transplantés, venus de Californie, de Nouvelle-Angleterre, du Minnesota. Ils passent quelques années en Alaska avant de repartir, leur plein de grand air assuré. Certains y demeurent sans parvenir à en repartir. Fascinés par les danses des aurores boréales, la lumière de l’éternel crépuscule, les rencontres répétées avec le castor et la bernache.
Lake Hood, les filles de l'air

Au stop, la route croise une piste, où cahote un bush plane, fardé de cicatrices. Quelques estafilades de branches sur la peinture, de la crasse, un peu de boue — juste de la bouteille, en fait. À bord, un pilote, mâchant son chewing-gum, deux passagers agglutinés aux fenêtres et une montagne de bagages. Et déjà le zinc décolle, rebondissant comme une balle de caoutchouc sur le tarmac, avec ses grosses roues, surgonflées pour mieux amortir le choc de l’atterrissage dans un recoin perdu du bush. Une piste ? Non, c’est un chemin à peine tracé, un replat envahi d’épilobes, la mer, un ravin, un glacier au bout... Le premier survol chasse les animaux qui traînent. Le second passage est le bon. Un bush plane qui atterrit, c’est une aventure qui commence.
Coup de chaud sur les glaciers

Ce n’est plus un retrait, c’est une véritable retraite. Une débâcle. Plus méridional que le Groenland, plus chaud, l’Alaska fond plus rapidement. Partout, les glaciers se subliment. Deux fois plus vite qu’il y a cinq ans. Dans le Prince William Sound, le Toboggan Glacier n’atteint déjà plus la mer ; ils sont des centaines dans ce cas, repliés en amont. Sur la rive, les bleus intenses ont laissé la place à une couche morne de débris ; conifères, aulnes, saules s’installent. Quelques exceptions confirment la règle : le Harvard Glacier, lui aussi dans le Sound, a avancé. Né plus en altitude, dans une température de congélateur, il n’a pas encore souffert de la hausse des températures. A contrario, certains glaciers portés sur les vieilles cartes du US Geological Survey se sont totalement évaporés.
Corollaire de la fonte, la terre, libérée d’une partie de la masse colossale des glaces, se relève — plus vite que la mer ne monte. Prenez ce drôle de golf implanté à l’orée de Glacier Bay : il y a 50 ans, ses terres étaient submergées par les grandes marées ! Le proprio, pragmatique et pas mécontent, imagine déjà ouvrir neuf nouveaux trous d’ici à quelques années...
L’incroyable migration du saumon

Les peuples autochtones, Tlingit, Haïdas, ont toujours accordé une place prépondérante au saumon. Animal totem, fêté à son retour, il était partagé symboliquement entre tous les membres de la tribu. Tous les cours d'eau, jadis, abritaient au moins l’une des cinq espèces hantant le Pacifique Nord : rose et chum, qui frayent non loin des côtes ; coho, un peu plus audacieux ; sockeye et chinook, qui remontent le plus loin en amont.
Chaque année, de l'été à l'automne, les poissons se relaient pour frayer sur les lieux de leur naissance. Parmi les œufs déposés au fond de la rivière des années plus tôt, un sur 1 000 ou 2 000, seulement, a réussi à survivre et revenir. Comment ? En détectant le magnétisme terrestre, affirment les spécialistes. En reconnaissant, aussi, le goût de l’eau qui l’a vu naître et passer son premier hiver, avant d’être entraîné jusqu’à l’océan par une crue printanière. De fleuve en rivière en ruisseau, à travers gorges, rapides et chutes, il a épuisé ses forces à remonter le courant.
Le dernier voyage

Outre les dangers inhérents à leur grand voyage, les saumons sont confrontés à la cupidité des hommes : en 2007, 126 millions d’entre eux ont été prélevés en Alaska. Ceux qui parviennent à passer entre les mailles des filets se trouvent confrontés aux pêcheurs sportifs, aux digues, aux barrages. Aux ours aussi. En période de migration, ours noirs et grizzlys se postent au pied des rapides ou des chutes, scrutant les eaux pour une pêche miraculeuse. On peut les observer ainsi, côte à côte, ou presque, depuis l’observatoire d’Anan, au Sud-Est de l’Alaska. Quant au site de Katmai, atteint par hydravion, il est si populaire qu’il faut s’inscrire à une loterie pour avoir une chance d’y accéder ! Sous les yeux des visiteurs, chaque plantigrade peut se gaver de dix, quinze saumons dans une même journée.
Les aigles chauves ne sont pas en reste. L’automne venu, ils sont plus de 3 000 à se regrouper sur les berges de la Chilkat river, où se déroule l’un des derniers runs (remontées de saumons) de l’année.
Les géants des mers

Après avoir failli disparaître, les baleines à bosse sont sur le point de quitter la liste des espèces menacées. C’est déjà le cas des baleines grises. Très récemment, les scientifiques ont même revu quelques baleines bleues en Alaska. Elles semblent peu à peu retrouver le chemin de la migration depuis les côtes californiennes. Souhaitons que les bélugas du Cook Inlet connaissent la même renaissance. Strictement protégés depuis 2008 malgré l’opposition de l'ex-gouverneur Sarah Palin et des industriels de la pêche, ils ne seraient plus guère que 300 — un millier de moins qu’au début des années 1990. En attendant, les habitants d’Anchorage continueront de conduire leur pick-up, le soir, jusqu’à Beluga Point, en espérant voir apparaître à la surface de l’anse la caboche blanche des petites baleines.
Fiche pratique

Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Alaska.
Climat
Océanique au Sud-Est de l’État, avec des hivers relativement doux et des étés frais et humides ; continental et arctique plus au nord, avec une amplitude très importante au cœur du territoire.
La meilleure période pour le voyage s’étend de début juin à fin août — quoique juillet puisse être assez pluvieux. Après, c’est déjà l’automne, avec de superbes couleurs à la clef.
Y aller ?
Les vols pour l’Alaska ne sont pas bon marché : tarifs à partir de 845 € l'aller-retour, en s'y prenant à l'avance, sinon compter au moins 1 200 € en plein été depuis Paris. Différentes options, via Seattle avec Air France et Alaska Airlines, via Houston et/ou Newark avec Continental, via Salt Lake City avec Delta, via Chicago ou Dallas avec American.
Où dormir ?
Préférez le camping et les auberges de jeunesse. Les motels et hôtels sont souvent médiocres et toujours trop chers.
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