C’est en 1905 que Matisse, alors jeune barbouilleur sans le sou, débarque
à Collioure pour la première fois. « Il n’y a pas en France de ciel
plus bleu, témoigne-il alors. Je n’ai qu’à fermer les volets de ma chambre et
j’ai toutes les couleurs de la Méditerranée chez moi. » Bleu du ciel
et de la mer, vert des vignes et des oliviers, ocre jaune des maisons, rouge
des barques et des filets de pêche… Fasciné, l’artiste se met aussitôt au travail,
bientôt rejoint par son copain Derain. Pour traduire la force expressive des
paysages et l’intensité des lumières, les deux amis simplifient les formes,
laissent la pâte s’emporter, concentrent leur palette sur des tons purs et vifs…
Jetant ainsi les bases d’un style que la critique, quelques mois plus tard,
baptisera « fauvisme ».
Actrice malgré elle d’un mouvement pictural qui, par la libération de la couleur,
influença radicalement l’art du XXe siècle – séduisant
les Dufy, Vlaminck, Braque et autres Van Dongen –, la cité catalane reste,
sans ostentation, terre de peintres. Willy Mucha y vécut notamment pendant près
de cinquante ans. « Collioure fut mon obsession, écrivit-il.
Au point que Dalí, quand nous nous rencontrions, où que ce fut, même à New York,
s'écriait : " Ô Collioure ! ". Toutes mes toiles, celles
que j’ai faites dans mes ateliers successifs de Paris, à Montmartre et à Montparnasse,
voire aux États-Unis, au Brésil, en Australie, à Londres, à Vienne ou au Maroc,
je les dois à la lumière de Collioure.Ma vraie liberté, c'est celle
que j'éprouve lorsque mon regard se perd sur les toits du village. »
Aujourd’hui encore, avec son site unique, son individualité, son ambiance
apaisante, ses maisons colorées, le petit port continue d’attirer les artistes
de tous poils. Pour s’en convaincre, il suffit de se perdre dans le dédale intimiste
de ses ruelles : galeries tous les cent mètres ! Sans parler de la
ribambelle de chevalets qui fleurissent l’été, avec plus ou moins de bonheur,
le long de la promenade qui borde le château (forteresse médiévale datant des
rois d’Aragon et de Majorque). Au hasard de vos déambulations, poussez la porte
des ateliers, jetez un œil, laissez-vous accrocher. Rue de la Fraternité, rendez
visite aux personnages généreux du peintre et sculpteur anglais Barry Blend,
Colliourenque depuis plus de vingt ans. Rue Dagobert, plongez dans les marines
de Pascale Crozet. Rue de l’Egalité, entrez dans l’antre de Michel Val, découvrez
ses jeux de façades… Qui sait, vous repartirez peut-être avec une toile !