La vie de Maurice Delignon ressemble à un roman. Expatrié en Afrique au lendemain
de la Seconde Guerre mondiale, « pour tenter ma chance », explique
le vieil homme. L’ébéniste développe dès les années cinquante des projets ambitieux.
Inventeur dans l’âme, il dessine ainsi en 1957 un véhicule surnommé « Baby
Brousse » : un tout-terrain produit à 50 000 exemplaires
dans les usines ivoiriennes, à partir du châssis d’une 2 CV. Un projet
qui finira par retenir l’attention de Citroën et reviendra en France sous le
nom de Méhari. Maurice Delignon s’attache dès lors à un projet plus farfelu.
La construction d’un sous-marin dans le port d’Abidjan ! Le projet mettra
près de six ans à voir le jour. « Le résultat ne sera pas tout à fait à
la hauteur de mes espoirs », explique le menuisier. Le submersible a en
effet une autonomie relativement réduite et il ne peut plonger à plus d’un mètre
de profondeur. Mais le « Yellow Submarine », comme le surnomment
les Abidjanais, en hommage aux Beatles, connaîtra tout de même un formidable
succès. Transformé en restaurant, il restera pendant plusieurs années l’endroit
le plus branché de la capitale ivoirienne.
Après son retour en France, dans le courant des années quatre-vingt, Maurice
Delignon emporte avec lui son joujou. « Le transport a été épique. Il a
fallu une grue gigantesque pour transporter le sous-marin. Et un immense container
pour l’embarquer dans le cargo. Et enfin toute une série de remorqueurs pour
lui faire remonter la Seine du Havre jusqu’à Paris », se souvient notre
capitaine Nemo, encore amusé par le regard interloqué des promeneurs sur les
rives du fleuve.
Un moment amarré au pied de la tour Eiffel, le submersible déménage au début
des années quatre-vingt-dix entre le pont de Puteaux et le pont de Suresnes.
Il y accueille pendant dix ans les rallyes du quartier (nombreux dans le 16e)
et des soirées privées (« parfois olé, olé », plaisante Maurice Delignon).