Corto Maltese : le film


Les adeptes de la BD culte l’attendaient depuis longtemps - hâte et méfiance mêlées. Ils vont enfin découvrir la version animée d’une aventure de Corto Maltese au cinéma, La Cour secrète des Arcanes, qui sort le 25 septembre sur les écrans. Un gars comme Corto fait partie des idoles absolues des routards bédéphiles - sans parler de son créateur, le Vénitien Hugo Pratt, grand bourlingueur et créateur du « roman dessiné ». Nous avons donc vu le film, pour vous donner une idée de ce qui vous attend...



« Une histoire chinoise... Pleine d'ombres ! »


Une adaptation plus que réussie


Un talent supplémentaire


Pour en savoir plus

:: « Une histoire chinoise... Pleine d'ombres ! »


Adaptée de la bande dessinée Corto Maltese en Sibérie, cette histoire commence en 1919. Alors que la Première Guerre mondiale est terminée en Europe, l'Asie est plongée dans un chaos sans nom. Les peuples et les gouvernements de Chine, Sibérie, Mongolie et Mandchourie se disputent une domination illusoire sur des territoires désertiques et hostiles... Pour le pouvoir, et pour l’argent. De fabuleux trains blindés, bourrés d'or, sillonnent ces terres enneigées, en éveillant sur leur passage convoitise et jalousie. Une société secrète chinoise, les Lanternes Rouges, jette son dévolu sur le train de l'amiral Kolchak qui transporte la fortune du gouvernement contre-révolutionnaire. Après avoir sauvé la vie de Corto Maltese, les Lanternes Rouges lui demandent son aide pour dévaliser ce train, dans le but de servir leur cause. Accompagné de son fidèle ami-ennemi Raspoutine, et de la jolie Changaï Li, une Lanterne Rouge aussi courageuse que dévouée à sa société secrète, Corto se lance dans cette « histoire chinoise... pleine d’ombres ». Sur son chemin, il croise de nombreux personnages, lui ouvrant des portes ou lui barrant la route vers le train blindé...


:: Une adaptation plus que réussie


Si l’on repense aux adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires ou de bandes dessinées - les Corto Maltese ne sont-ils pas un mélange de ces deux genres ? - les souvenirs ne se bousculent pas en matière de réelle réussite. Il est souvent difficile de lier « fidélité » à « inventivité », et de penser « liberté » sans penser « trahison »... Avec son premier long métrage, Pascal Morelli nous montre quand même que cela est possible. L’adaptation du versant narratif de l’histoire est très fidèle - à quelques infimes détails près - et pourtant, les entrelacs des intérêts et sentiments des personnages n’ont pas dû être faciles à « démêler ». Car au cinéma, l’intrigue ne se déroule pas de la même manière que sur le papier ; le temps, en particulier, les moments terribles où il semble suspendu, chaque personnage dans sa case cernée d’encre noire laissant transparaître son angoisse, sa hargne ou ses doutes, ce temps doit être exprimé d’une autre façon à l’écran. Fictif, toujours, et représentatif, mais différent. Ce film prend le temps de fixer des plans, que cela n’en finisse pas, jusqu’à saturation, celle des protagonistes, et celle du spectateur. Par exemple, les cigarettes de la duchesse, fumées lentement du bout de ses doigts lascifs et engourdis durent, durent... Tout cela a été calculé, décortiqué, étudié par Morelli et son équipe... Enfin le loisir d’attendre que les choses se passent, enfin le temps d’admirer le travail graphique impressionnant, dans ses moindres détails.


:: Un talent supplémentaire


Être fidèle à l’intrigue, c’est bien, mais ce n’est pas le plus dur. La prouesse du réalisateur a surtout été de retranscrire fidèlement l’atmosphère particulière des livres de Hugo Pratt, tout en créant à son tour les éléments ne figurant pas dans la BD, mais indispensables au cinéma. C’est la raison pour laquelle La cour secrète des Arcanes est une telle réussite, car le talent de Morelli est venu s’ajouter à celui de Pratt, discrètement et fidèlement. Par exemple, on reconnaît le dessin de Pratt à son « art de l’esquisse », sans traits finis. Une fois que les personnages bougent, il faut les dé-finir, rendre leurs traits plus francs en leur laissant leur personnalité. Les mouvements, les zooms et les « ombres » ont aussi été respectés, et agrémentés. Pour ce qui est des couleurs (l’histoire originale est en noir et blanc), elles ont été finement choisies, « le choix des couleurs venant des émotions qui naissent à la lecture des histoires », en demi-teintes, jamais violentes... Elles transparaissent si douces, si chaudes qu’elles donnent l’impression qu’on a les yeux brouillés, comme une ivresse. La musique participe grandement à ce sentiment très « en phase » avec le héros, comme si ce que l’on voyait, ce que l’on entendait était de son point de vue à lui. Sa voix - celle de Richard Berry - ne résonne pas, elle n’a pas ce « son dolby-stéréo-super-surround etc... ». Le son est quelque peu plaqué, sourd, comme ce monde pesant dans lequel le spectateur est projeté, ces personnages de papier à qui on a soudain fait faire des mouvements fluides, dans un monde qui ne l’est pas. Un très bon moment de cinéma en perspective, d’où on sort dans un état particulier... Comme après la lecture d’une très bonne bande dessinée !

Florence Cavé
Photo : © 2002 Home Made Movies
Mise en ligne le 20 septembre 2002

Pour en savoir plus

Le film
Corto Maltese, la Cour secrète des Arcanes
Un film de Pascal Morelli
Avec les voix de Richard Berry, Patrick Bouchitey, Marie Trintignant et Barbara Schultz
Musique originale de Franco Piersanti
France, 1 h 32, sortie le 25 septembre 2002
Le site officiel du film : www.cortolefilm.com

La BD originale
Corto Maltese en Sibérie
De Hugo Pratt, aux Éditions Casterman, 126 pages

Le making of du film
Dans les coulisses de la création du film d’animation « Corto Maltese »
De Olivier Delcroix, aux Éditions Casterman

Corto sur Routard.com
- Notre grand dossier sur Corto Maltese et Hugo Pratt : Corto, toujours un peu plus loin...
- L’interview du réalisateur et du scénariste du film
- Les photos du film

Crédit : © 2002 home made movies




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