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Chicago n’accueille pas le plus grand festival de blues des États-Unis par
hasard. La mégapole de l’Illinois a été consacrée capitale mondiale du blues,
depuis que de nombreux musiciens noirs américains y élirent domicile à partir
des années 1930. Ces derniers, fuyant la misère et la ségrégation du Sud,
étaient allés tenter leur chance dans les chaînes de montage de Detroit ou les
grands abattoirs de Chicago, emportant pour seul bagage une guitare. C’est dans
les quartiers noirs de cette ville cosmopolite, terre promise pour des millions
d’immigrés, que les Muddy Waters, Howlin’ Wolf et autres Elmore James insufflèrent
des idées nouvelles à la musique blues. Leurs disques, enregistrés pour la plupart
sous le label des frères Chess, allaient donner naissance au " Chicago
blues " : un courant caractérisé pas un son électrique, saturé,
une voix puissante et une mélodie tonique et bien plus rythmée que le blues
rural du delta du Mississippi. À la fin des années 1940, les bars de South
Side sont en pleine ébullition et Maxwell Street devient rapidement le repère
des meilleurs orchestres blues du pays. Le reste de l’histoire est bien connu :
les vinyles de Muddy Waters ont fait le tour du monde et l’un de ses tubes,
Rollin’ Stone, finit par inspirer une bande de jeunes copains anglais.
Et le rock fut.
Alors quoi de plus naturel pour Chicago que d’offrir au monde un festival à
la hauteur de sa précieuse contribution pour la musique ? Des dizaines
de concerts, cinq scènes différentes qui accueillent les plus grands guitaristes,
pianistes et harmonicistes des États-Unis et d’ailleurs, plus d’un demi-million
de festivaliers en quatre jours... En 22 ans d’existence (le festival a
vu le jour en 1983, année de la disparition de Muddy Waters à 68 ans),
le Chicago blues festival s’est bâti une solide réputation parmi les connaisseurs.
C’est désormais le plus grand événement gratuit de blues au monde, et l’un des
meilleurs. De nombreux pèlerins viennent même d’Outre-Atlantique pour offrir
à leurs tympans ce qui se fait de meilleur en matière de musique blues.
:: Monstres sacrés et génération montante
On a coutume de dire que les meilleurs bluesmen sont les plus vieux, un peu
comme le bordeaux. Les fans seront alors bien gâtés puisque la 22e édition
du Chicago blues festival réunira deux mythes : les guitaristes Robert
Lockwood Jr et David " Honey Boy " Edwards. Le premier
a fêté ses 90 ans en mars dernier, tandis que le second fêtera les siens
le 28 juin prochain. Autant dire que l’air du Grant Park de Chicago sera
chargé d’émotion quand David " Honey Boy " Edwards, l’âme
du Delta, pénétrera sur la scène du Petrillo Music Shell le 9 juin, suivi
le lendemain par Robert Lockwood Jr, disciple de l’immense Robert Johnson,
sur la scène du Gibson Guitar’s Crossroads.
Le 11 juin, c’est un autre monstre sacré qui distillera du bon vieux blues :
Buddy Guy, certes plus jeune que Robert Lockwood et David Edwards, mais tout
aussi légendaire. L’homme à la salopette en jean est l’un des héritiers du courant
" Chicago blues " de Muddy Waters. Au programme : riffs
puissants et solos à gogo. Enfin, toujours dans la catégorie poids lourds, c’est
John Mayall, père fondateur du blues britannique avec son groupe des Blues Breakers
(véritable tremplin dans les années 1960 pour de nombreux musiciens tels
que Eric Clapton, Fleetwood Mac ou Mick Taylor) qui sera présent au Grant Park
(le 9 juin en début de soirée). C’est là sa première participation au festival
de Chicago. Les programmateurs lui ont réservé une petite surprise en invitant
son ancien collègue et ex-Rolling Stones, Mick Taylor, pour des retrouvailles
qui promettent.
Saturé de gratte ? Le festival accueille cette année deux des plus belles
voix féminines du blues : Koko Taylor (aussi surnommée " Queen
of the blues ", la reine du blues), que Buddy Guy accompagnait autrefois
à la guitare, et la diva Mavis Staples seront au micro du Petrillo Music Shell.
Rendez-vous les 10 et 12 juin en début de soirée.
Vous l’aurez compris, le Chicago
blues festival accorde une place de choix aux anciens. Mais la nouvelle vague
n’est pas oubliée des programmateurs pour autant. Quelques quadragénaires sont
également à l’affiche, comme le talentueux guitariste Lucky Peterson à la musique
très enjouée (le 12 juin), ou encore Michael Powers, bluesman et jazzman
touche-à-tout (le 11). Toute la programmation du festival est disponible
sur le site de la mairie de Chicago, organisatrice de l’événement.
:: Où écouter du blues à Chicago ?
Particularité du Chicago blues festival,
les derniers concerts de la journée se terminent généralement tôt (jamais après
21 h 30). Cela permet aux festivaliers d’assister à d’autres concerts
dans les bars de la ville. Les puristes vous le diront, rien ne vaut un petit
blues dans la cave enfumée d’un vieux bar, à l’ancienne. Pendant les quatre
jours du festival, de nombreux établissements du centre-ville organisent des
sessions jusqu’à l’aube. Idéal pour découvrir la nouvelle scène blues de Chicago.
- B.L.U.E.S. : 2519 North Halsted Street. C’est l’un des
plus petits bars de la ville, mais, à en croire les Chicagoans, le meilleur
endroit pour écouter du bon blues la nuit tombée. En général, trois sets sont
programmés par soirée. Prévoir 6 à 7 $ l’entrée. Le dimanche, l’entrée
au B.L.U.E.S. vous donne l’accès gratuit au Kingston Mines. www.chicagobluesbar.com.
- Kingston Mines : 2548 North Halsted Street. Situé juste
en face du B.L.U.E.S. D’ailleurs, il arrive souvent que des groupes commencent
à jouer dans l’un pour terminer la soirée dans l’autre. C’est l’un des plus
anciens clubs de blues de la ville. On y joue pratiquement tous les jours, jusqu’à
l’aube (4 h en semaine, 5 h le samedi). Déco très originale avec peintures
murales représentant les paysages des États du Sud. www.kingstonmines.com.
- Buddy Guy’s Legends : 754 South Wabash Avenue. Avec son
gigantesque bar-restaurant et sa salle de billard, c’est l’un des plus grands
clubs de Chicago. Le plus fréquenté aussi. Ambiance usine qui a tendance à déplaire
au fan de blues en quête d’authenticité. Mais la maison propose des concerts
de qualité. Quand il en a l’occasion, Buddy Guy en personne vient y jouer avec
ses amis. Sur les murs sont accrochées les guitares des plus célèbres bluesmen
du pays : celles de Buddy Guy, de Muddy Waters mais aussi la légendaire
Fender Stratocaster du Texan Stevie Ray Vaughan. www.buddyguy.com.
Pour aller plus loin, les mordus
de blues pourront se rendre sur Maxwell Street, artère qui autrefois avait des
allures de Bourbon Street (Nouvelle-Orléans) ou Beale Street (Memphis). Il ne
reste malheureusement plus grand-chose de la belle époque du Chicago blues.
La plupart des maisons historiques sont abandonnées et menacées par les bulldozers
de la municipalité. Le marché aux puces du dimanche avec ses vendeurs de vinyles
subsiste toutefois. À voir aussi les studios d’enregistrement Chess Records,
au 2120 South Michigan. Endroit mythique : c’est là que passèrent les plus
grands noms du blues. La visite est gratuite.
- Hostelling International Chicago : 24 East Congress
Parkway, tél. : (312) 360-0300. Auberge de jeunesse située dans un bâtiment
historique restauré. En dortoir, compter au moins 31 $. Les chambres doubles
sont à 120 $ la nuit. Sympa et bon marché.
- Ohio House Motel : 600 North La Salle Street, tél. :
(312)-943-6000. Dans les 90 $ la chambre. Véritable motel américain où
l’on gare sa voiture devant sa chambre. Propre et agréable.
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