:: À l’origine, le Quaresmiaux
De nombreuses légendes et variantes circulent sur
l’origine du carnaval de Binche. S'y retrouver n'est pas chose aisée !
La thèse la plus pertinente sur le plan scientifique fait remonter le carnaval
à au moins 1395, sous le nom de Quaresmiaux. Le Dimanche gras est alors
le " Cras Dimence ". À cette époque, de grands feux sont allumés dans
plusieurs régions européennes, parmi lesquelles la Wallonie. On en retrouve
la trace dans le rondeau final, le soir du Mardi gras, à travers les feux d'artifice.
Le formalisme et le sérieux du folklore binchois proviendraient alors des rites
ancestraux, magiques et religieux de ces temps reculés.
:: " Quand on arrive en Gille... "
Qui sont les Gilles ? On pense que leur origine
est liée à une fête organisée par Marie de Hongrie, en 1549 dans son château
de Binche. Au cours de cette fête, les invités coiffés de plumes, travestis
en Incas, étaient appelés " Gils " et portaient des costumes en provenance
du Pérou. Ce costume aurait séduit les Binchois et serait alors devenu une tradition
locale. Bien que les historiens réfutent cette thèse, les fameux Gilles sont
devenus l'élément primordial du carnaval. Ils sont regroupés en dix sociétés
(pour environ 900 Gilles), dont les plus connues sont les Récalcitrants,
les Incorruptibles et les Amis Réunis. Pour être Gille, il faut obligatoirement :
être un homme, être belge et être binchois d’origine ou de résidence depuis
cinq ans. Les Gilles de Binche ne sortent jamais de leur ville. Leur costume,
constitué d'un pantalon et d'une blouse en toile de lin rembourrée de paille,
est orné de lions, d'étoiles, de couronnes et de blasons aux couleurs nationales
belges. Le Gille porte en plus un chapeau de 3 kg en plumes d'autruche,
dont le prix atteint les 1 000 € ! Les plumes sont tenues par
la buse : un simple chapeau, attaché par une jugulaire en cuir tenue au
menton. En cas de grand vent, ils sont obligés de le retirer.
:: À vos masques, prêts, partez !
À Binche, la fête commence bien avant les festivités
de Mardi gras. Six semaines avant le jour J, les " soumonces ",
espèces de répétitions sans costumes, sont prétextes aux premières libations.
Si vous ne pouvez vous rendre à Binche pour les jours gras, sachez que le dimanche
3 février, vous pourrez entendre et voir les " soumonces en musique "
entre 15 h et 22 h : une véritable répétition en costume de l’année
précédente, avec batteries et instruments à vent à l'appui.
Le 4 février a lieu la nuit des " Trouilles de Nouilles ". Binche
connaît la nuit la plus folle de l'année. Des masques facétieux taquinent les
participants non masqués pour se faire offrir quelques verres qu’ils boivent
à la paille, sans rien révéler de leur vrai visage. Pour se rendre méconnaissable,
tous les moyens sont bons : les hommes se déguisent en femmes, les femmes
en hommes, on se grossit, on se grandit : il ne faut donner aucun indice
à la personne non masquée que l'on va " intriguer ". Des hommes se
font intriguer par leurs épouses sans les reconnaître et ce jour-là, il n'est
pas rare que des bandes entières de femmes sortent masquées sans en avoir averti
les maris, descendus vivre l'événement en " civil ".
Le dimanche 10 février, on entre dans le vif du sujet : la vie professionnelle
des Binchois s’arrête, on entame la période des trois jours gras. Les différentes
sociétés carnavalesques déambulent toute la journée du Dimanche gras, au son
des tambours et de la lancinante ritournelle rythmée qui sera scandée deux jours
plus tard par les sabots des Gilles. Le soir et la nuit, les sociétés vont de
café en café... Impossible de dire à quelle heure tout cela se terminera, mais
n'hésitez pas à les suivre et à entrer dans la danse !
Le Lundi gras est entièrement organisé et animé par les trois " jeunesses ",
associations d’origine politique. Cette journée est presque exclusivement réservée
aux enfants qui défilent au son des violes et des orgues de Barbarie. C’est
la journée la plus calme.
:: Mardi gras : l'apothéose carnavalesque
Le seul jour où sortent les Gilles, c’est le Mardi
gras, le 12 février. Dès 4 h du matin, les premiers sons de tambours
retentissent dans la cité. Parfois une " Aubade matinale ", jouée
par un pipeau, se fait entendre. C'est pour le Gille et ses amis le moment de
se rendre les uns chez les autres pour se rassembler. Le son des tambours va
les quérir, un à un, de foyer en foyer (un Gille ne peut se déplacer sans musique).
Après avoir bu une coupe de champagne, boisson officielle du roi du Carnaval,
et petit déjeuné d'huîtres, repas traditionnel, le cortège se dirige en direction
du centre où les Gilles mettent leur masque blanc en cire. À partir de 11 h,
les unes après les autres, les différentes sociétés accomplissent le rondeau
matinal devant l'hôtel de ville.
Les Gilles effectuent une nouvelle sortie à 15 h, cette fois en costume
complet – chapeau de plumes d’autruche compris – et armés d'oranges
qu'ils lancent sur la foule. C'est le point d’orgue du carnaval, ne le manquez
pas ! C'est une véritable pluie d'oranges qui s'abat sur les spectateurs
(toutes les fenêtres des façades sont d’ailleurs dûment grillagées par sécurité).
La ville entière est en liesse, les trottoirs noirs de monde, les cafés débordant
de convives. Un demi-million de participants se trémousse en martelant le sol
au son de la grosse caisse.
Les différentes sociétés rejoignent l'entrée de la ville pour constituer le
Cortège aux Lumières. Les Gilles ainsi que paysans, Pierrots et Arlequins, autres
personnages clés de cette journée de folie, dansent à la lumière des feux de
Bengale. Des ombres géantes envahissent les façades teintées de rouge feu !
L'embrasement de la Grand-Place, noire de monde, est prévu pour 21 h 30.
" Plus Oultre ", la devise de Charles –Quint, adoptée par la ville
de Binche s'éclaire et indique la fin du carnaval. Les Gilles entament alors
leur rondeau final, en brandissant à l’envers leur panier vide, puis s’en retournent
ensuite, chacun chez soi, toujours au son des batteries, tandis que la ville
entière festoie jusqu’aux petites heures de l'aube, car le tambour doit s'arrêter
de battre avant le lever du soleil du mercredi des Cendres. Des cendres desquelles
renaîtra l’an prochain un nouveau carnaval de Binche.
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Conseils pratiques et adresses utiles
- Durant le carnaval, la ville est complètement fermée aux voitures. Il faut
utiliser les parkings à l’extérieur.
- Pour ceux qui viennent en train, des trains " spéciaux " sont prévus
et le tarif " Événement " est applicable.
- Le Dimanche gras, le Musée International du carnaval et du Masque est accessible :
10, rue Saint Moustier. Tél. : 00-32-64-33-57-41.
- Quelques places sont vendues pour assister confortablement des tribunes aux
rondeaux du Mardi gras. Renseignements auprès de l’office du tourisme de
Binche : Hôtel de Ville, Grand-Pace. Tél. : 00-32-64-33-67-27.
Internet : www.binche.com
Où manger ?
L'Industrie : Grand-Place, 4. Tél. : 064-33-10-53.
Ouvert midi et soir jusqu'à 21 h. Fermé les lundi et mardi midi, le mercredi
et fin août. Plat du jour en semaine à 6,9 € et pièces de viande juteuses
autour de 12,4 ¤. La charmante patronne tient sa salle avec le sourire,
et le patron ses fourneaux comme un chef. De la tête de veau (sa spécialité)
à l'anguille au vert en passant par les moules (sauf le dimanche midi), sa cuisine
fleure l'amour du travail bien fait. Signalons enfin que dans cette excellente
maison délicieusement vieillotte, vous pourrez goûter aux fameuses doubles
de Binche, ces crêpes de sarrasin fourrées au fromage.
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