:: Pourquoi le Cinco de Mayo ?
Tout commence par une bataille :
celle que les troupes mexicaines menées par le général Ignacio Zaragoza ont
remportée sur les forces françaises à Puebla, le 5 mai 1862. En 1861, le Mexique,
gouverné par Benito Juarez, suspend le paiement de sa dette extérieure, notamment
envers la France. Napoléon III profite de la situation et envoie des troupes
pour tenter d’installer un gouvernement au Mexique, dirigé par l’un de ses
parents, Maximilien. Le 5 mai 1862, les 6 500 soldats français sont mis en
échec par les troupes de Zaragoza. Même si les Mexicains perdent la guerre
contre les Français quelques mois plus tard, le Cinco de Mayo, célébré comme
une grande victoire, est depuis l’une des fêtes nationales du Mexique.
Aux États-Unis, c'est à la fin des années 1960 que les étudiants mexicains-américains,
surnommés « chicanos », s’emparent du Cinco De Mayo pour en faire
un jour de célébration de leur culture. Cette date est choisie en hommage au
héros de la bataille de Puebla, le Général Zaragoza. Ce dernier est né au Texas :
un beau symbole pour les chicanos, qui, tout en étant les descendants
de Tenochtitlan, sont aussi des enfants de l’Oncle Sam. Les étudiants organisent
alors une fête pour marquer leur différence, à l’intérieur d’un système universitaire
majoritairement WASP.
Au fil des années 1970, le Cinco de Mayo sort des cercles militants pour devenir
la fête de l’identité mexicaine-américaine. Depuis, cette sorte de « Chicano
Pride » fait même partie de la culture populaire des États-Unis. De
la même manière que la Saint-Patrick ne se limite plus aux Irlandais, le Cinco
de Mayo est ouvert à tout le monde.
:: Los Angeles, capitale chicano
Aujourd’hui, les festivités du Cinco de Mayo se déroulent
un peu partout dans le sud-ouest des États-Unis, ainsi que dans des villes
abritant une grande communauté mexicaine, comme Austin, Houston, San Antonio,
Chicago, Denver, Portland, Reno, St. Paul, San Diego ou New York. Mais, c’est
à Los Angeles qu’a lieu le plus important Cinco de Mayo. Rien d’étonnant à
cela : à L.A., dont le maire Antonio Villaraigosa est latino, plus du
tiers de la population est d’origine hispanique, soit 3,6 millions d’habitants.
Il s'agit de la 3e ville hispanophone d’Amérique
du Nord, après Mexico et Guadalajara.
En fait, le Cinco de Mayo a tellement de succès à Los Angeles
que deux grandes fêtes sont organisées sur plus d’une
semaine : Fiesta Broadway, un festival officiel et plutôt commercial, organisé
par la mairie et soutenu par de grandes entreprises, et la fête du rue du
quartier populaire Olvera, plus authentique.
:: Fiesta Broadway, le plus grand Cinco de Mayo du monde
Signe de l’importance grandissante de la communauté latino,
Fiesta Broadway s’est hissé, en l’espace de 15 ans, parmi les festivals les
plus populaires des États-Unis. Destinée à célébrer en grande pompe le Cinco
de Mayo, cette fête en forme de carnaval de rue a lieu… le 30 avril. Plus
d’un demi-million de personnes vont battre le pavé à Broadway, entre First
et Olympic Streets, de 11 h à 18 h. Outre un grand défilé costumé aux couleurs
du drapeau mexicain, de nombreux stands de nourriture, de boisson et d’artisanat
donnent rendez-vous aux fêtards. Les stars les plus caliente de la
scène mexicaine-américaine sont généralement de la partie. Après Celia Cruz,
Marc Anthony ou Tito Puente, les six scènes de Fiesta Broadway accueillent
cette année deux phénomènes de la culture pop mexicaine, Bronco et Gilberto
Gless.
Pour les sportifs, un mini-marathon, le « Cinco de
Mile » est également prévu, ainsi que des activités pour les enfants,
Los Ninos Play Park, et, pour les latinas coquettes, un Fashion Square.
Enfin, comme lors de toutes les grandes manifestations de rue nord-américaines,
le Cinco de Mayo attire des sponsors en tous genres : boissons gazeuses,
chaussures de sport et autres marques de bière…
:: Olvera Street, « off » et authentique
Si Fiesta Broadway se veut la manifestation officielle de la fête chicana,
les célébrations les plus authentiques, mais aussi les plus traditionnelles,
ont lieu dans le quartier autour d’Olvera Street. Situé à Downtown, il s’agit
du berceau hispanique de Los Angeles. Même si la communauté s’est déplacée vers
l’est, Olvera Street demeure le cœur de la culture chicano.
Ici, le Cinco de Mayo a gardé son aspect de fête communautaire. Les célébrations
débutent le 1er mai et durent jusqu’au 5. Toutes les activités, gratuites,
ont lieu sur trois grandes scènes. L’une, dédiée aux enfants, se veut pédagogique
avec des spectacles racontant la fameuse bataille de Puebla ainsi que des récits
tirés du folklore et de l’histoire du Mexique. Les enfants ont aussi droit aux
joies de la piñata : une figure de papier mâché suspendue dans les airs et remplie
de friandises qu’ils tentent de rompre avec un bâton, les yeux bandés.
Les rues sont décorées avec des drapeaux mexicains et des banderoles aux couleurs
de la mère patrie (rouge, blanc et vert). Les jeunes défilent en costumes traditionnels
et l’on peut voir des portraits du fameux général Zaragoza un peu partout. Cette
année, le Cinco de Mayo promet d’être assez politique alors que la majorité
républicaine de George W. Bush projette de voter des lois sur l’immigration
plutôt répressives. Le 1er mai, la communauté latino appelle d’ailleurs
à un boycott total des commerces américains. Une actualité que les dignitaires
de la communauté mexicaine-américaine et le maire de L.A. devraient évoquer
lors de leurs discours en espagnol.
Ensuite, la fête reprendra ses droits avec des orchestres de musique folklorique,
des chansons populaires, des spectacles de mariachis et des bals populaires.
Sans oublier les nombreux stands de nourriture avec de délicieux tacos al
pastor, des fajitas ou du pollo al mole poblano à accompagner,
comme il se doit, de tequila ou de bière… mexicaine. Buen provecho !
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