:: Le petit « plus » de la perahera de Kandy : la dent de Bouddha
Au Sri Lanka, où cohabitent bouddhistes, hindouistes, musulmans et catholiques,
parfois dans un surprenant syncrétisme religieux, les occasions de faire la
fête ne manquent pas. Les peraheras en sont l’une des formes traditionnelles :
il s’agit de parades hautes en couleurs, auxquelles prennent part éléphants
luxueusement caparaçonnés, danseurs, joueurs de tambour et autres jongleurs.
Elles sont nombreuses pendant le mois d’Esala (généralement entre juillet et
août sur le calendrier occidental), dont la pleine lune marque l’anniversaire
du premier sermon du Bouddha.
La perahera de Kandy possède un magnétisme particulier car elle est l’occasion
d’exhiber, portée par un éléphant majestueux, une célèbre relique de la dent
de Bouddha, ou plutôt le coffret doré qui la renferme (pour tout avouer, c’est
en fait une réplique qui est présentée : l’original est trop précieux !).
L’objet sacré est habituellement conservé à l’abri du temple de la Dent (le
Dalada Maligawa) de Kandy, dans une salle devant laquelle les fidèles
à la queue leu leu sont autorisés à défiler pour entrevoir le coffret qui le
renferme... Les pèlerins sont nombreux et, si une telle ferveur pour n’apercevoir
que de loin l’enveloppe de la relique peut surprendre, on comprend mieux que
sa réplique soit aussi l’objet d’une cérémonie fastueuse.
:: Les racines de la fête, ou comment la couronne a conservé la dent
Si l’on en croit les écrits historiques comme le
Mahavamsa, écrit à la fin du IVe siècle par un moine
bouddhiste, les origines de la perahera de Kandy remontent à presque deux mille
ans, lorsque la sainte relique est apportée au Sri Lanka sous le règne
du roi Kirthisiri Meghawannna (IVe siècle). Le souverain initie
une célébration annuelle au cours de laquelle la dent, qui est alors conservée
à Anuradhapura, est portée en procession dans la cité royale. Au fil des années
et des menaces d’invasions qui frappent le royaume, la relique est déplacée
à plusieurs reprises avant d’atterrir à Kandy. Dans la nouvelle capitale cinghalaise,
les processions de la perahera sont alors dédiées aux dieux hindous. C’est seulement
à partir de 1775 que la cérémonie prend sa forme actuelle, lorsque le roi
Kirthisiri Rajasinghe, qui s’est fait taper sur les doigts par une délégation
de moines bouddhistes venue du royaume de Siam, décide de replacer la dent de
Bouddha au cœur de la perahera. Mais aujourd’hui encore, les processions de
Kandy rendent aussi bien hommage, selon un protocole temporel et spatial bien
établi, à Bouddha qu’à des divinités hindoues dont on invoque les auspices.
:: Les prémices de la grande parade
Si les spectateurs peuvent assister, pendant dix nuits consécutives, à de grandes
parades musicales et colorées à travers la ville, les cérémonies rituelles débutent
cinq jours plus tôt, dans les temples de Kandy dédiés à quatre divinités hindoues :
Natha, Vishnu, Kataragama et Pattini.
Le 17 juillet cette année, on abattra rituellement un jeune jaktree
n’ayant pas encore donné de fruits, et dont la sève qui s’écoule est signe de
prospérité. Il sera débité en quatre morceaux, chacun porté à l’intérieur des
enceintes des quatre temples hindous. Pendant les cinq nuits qui suivront, les
officiels des temples tourneront en procession autour de ces bouts d’arbre décorés
de feuilles, de fleurs et de fruits. La sixième nuit, celle du 22 juillet,
débutera alors le fabuleux spectacle des parades extérieures. Le public pourra
les suivre ou les observer depuis les gradins installés pour l’occasion (les
sièges sont payants), au milieu de nombreux étals regorgeant de sucreries ou
d’objets artisanaux.
:: Une fresque vivante du patrimoine cinghalais
L’insigne honneur de porter la relique de la dent du Bouddha est réservé à
un éléphant majestueux, le Maligawa Tusker (littéralement, « l’éléphant
aux imposantes défenses de la parade du Dalada Maligawa »).
Ceux qui viennent à Kandy en dehors de la perahera peuvent voir le vénérable
sexagénaire, Raju de son petit nom, au Riverside Elephant Park situé
à la périphérie de la ville. L’animal, caparaçonné d’un somptueux costume, est
accompagné d’une centaine d’autres éléphants, mais aussi de danseurs traditionnels
aux prestations sportives, de joueurs de tambour ou encore de jongleurs de feu
qui illuminent les défilés nocturnes.
Le protocole de ces derniers peut être rapidement résumé : des processions
partent de chacun des cinq temples cités plus haut. La perahera du Maligawa
marche en tête avec, par ordre d’apparition, des porteurs de fouet censés dégager
la voie, des porte-drapeaux brandissant les fanions de chacune des anciennes
provinces du royaume de Kandy, un éléphant portant un drapeau bouddhiste, puis
un autre sur lequel est posté un officiel. Suivent les joueurs de tambour du
temple de la Dent, un nouvel éléphant chevauché d’un autre officiel et enfin
la star de la fête, Raju. Derrière lui défilent un troupeau de danseurs
et encore d’officiels, puis les peraheras de Natha, Vishnu, Kataragama et enfin
Pattini.
Les processions gagnent en importance et en splendeur à mesure que les dix nuits
s’enchaînent pour atteindre leur apogée à la pleine lune d’Esala. Le dernier
jour, exceptionnellement (le 1er août cette année), les peraheras
se déroulent pendant la journée, après un ultime rituel qui consiste, pour les
gardiens de chaque temple, à remplir d’eau de la rivière Malaweli un pot qu’ils
vident préalablement de son contenu prélevé l’année précédente. Chaque procession
regagne alors son temple, rendant à Kandy son calme relatif.
Plus qu’une simple fête religieuse, l’Esala Perahera de Kandy est une véritable
fresque historique qui replonge le public aux temps glorieux des royaumes cinghalais.
Ce concentré de dévotion, de patriotisme et de culture traditionnelle fait de
cet événement folklorique un spectacle prestigieux, considéré comme l’une des
manifestations religieuses les plus impressionnantes d’Asie. À ce titre, il
faut y assister au moins une fois, en tentant d’oublier la foule compacte...
On préfère vous prévenir : Kandy est une ville
assaillie de touristes, et pendant la perahera, c’est le pompon. Réservation
hautement conseillée avant de s’y aventurer ! À savoir aussi : à cette
période, les prix grimpent considérablement.
Où dormir ?
- Shangri-la Tourist Guesthouse, 2, Mahamaya Mawatha. Tél. :
(00-94) (0)81-2222-218. Bien agréable guesthouse, située dans un jardin,
juste au-dessus du lac. Cuisine disponible pour ceux qui le désirent. Les charmants
propriétaires parlent un français impeccable.
- Queen’s Hotel, Dalada Vidiya. Tél. : (00-94) (0)81-2223-229. Fax :
(00-94) (0)81-2223-079. En plein centre-ville, face au temple de la Dent. Plus
chic que le premier. Préférer les chambres qui donnent sur le petit jardin et
sa piscine, moins bruyantes.
Où manger ?
- Restaurant Avanhala, 70, Sangaraja Mawatha. Sur les bords du lac.
Ouvert de 9 h à 21 h. Petit restaurant où l’on dévore des spécialités
locales et chinoises.
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