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Chihuahua-Los
Mochis : le mythique Chepe
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©
Alain Nierga
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Des
vastes étendues désertiques truffées de cactus à
la côte bordée par l'océan Pacifique, le Chihuahua
Pacifico (ou « Chepe ») traverse des paysages de
légende et des terres chargées d'histoire(s). Ce train, désormais
unique au Mexique à transporter des passagers, quitte tous les
matins à la même heure la gare de Chihuahua (Nord), située
au cœur d'une région qui reste célèbre pour
ses immenses ranchs (Chihuahua est la capitale des cow-boys mexicains)
et sa communauté de mennonites, membres de la secte fondée
au XVIe siècle par le Hollandais Menno Simons. Fuyant le vieux
continent dans les années 1920, ces Européens, qui vivent
encore à ce jour en autarcie, se virent octroyer dans la région
des bouts de désert qu'ils transformèrent en oasis où
poussent aujourd'hui champs de blé et arbres fruitiers.
Un peu
plus loin, le Chepe pénètre dans la région du Copper
Canyon (le canyon du cuivre), constitué d'un réseau de gorges
profondes taillées par les rivières. Le site est quatre
fois plus grand que le Grand Canyon du Colorado. C'est là que les
Indiens Tarahumaras trouvèrent refuge pour échapper aux
colons espagnols et au travail forcé dans les mines. Ils sont encore
quelques dizaines de milliers, disséminés dans la nature,
à vivre dans des grottes ou des cabanes installées au fond
des canyons ou sur les plateaux. Quelques-uns ont succombé à
l'appel de la modernité. Le voyageur du Chepe en croise à
Creel, étape touristique à mi-chemin entre Chihuahua et
Los Mochis. Après avoir quitté ce décor de film,
le train poursuit sa route vers la côte qu'il finit par atteindre
dans la nuit.
Quant à la ligne en elle-même, elle fut le rêve d'Albert
Kinsey Owen. Venu de l'Indiana en 1871 ce « socialiste »
américain avait amené sa petite communauté (fondée
sur le partage et l'égalité) dans la baie d'Ohuira. Peu convaincu par la vie en autarcie, il entreprit la construction d'un
chemin de fer pour relier les siens à leur mère patrie.
Décimé par la maladie, son petit groupe finit par abandonner
le chantier après quatre années. Plusieurs concessions furent
accordées par la suite, sans que la ligne n'avançât
d'un pouce. Ce n'est qu'à partir des années 1940 que l'État
reprit sérieusement les choses en main pour achever, en 1961, une
ligne de 640 km entre la côte Pacifique et Chihuahua.
Cette ligne mythique est désormais exploitée par deux trains
quotidiens. Le Primera Express, luxueux, confortable et donc cher (au
moins 100 € l'aller simple) quitte Chihuahua ou Los Mochis à
6 h du matin. Arrivée 14 heures plus tard au terminus. Le
billet en clase economica (départ à 7 h) coûte
deux fois moins cher, mais le trajet est plus long (16 heures environ),
car il dessert les 35 gares de la ligne, contrairement au Primera Express
qui ne s'arrête qu'une douzaine de fois. Pour voyager à bord
de ce train mythique, il est généralement conseillé
de faire le voyage entre Los Mochis et Chihuahua (et non l'inverse) pour
découvrir les somptueux canyons aux plus belles heures de la journée.
Pour plus d'infos concernant les tarifs et les horaires, consultez le
site
du Chepe.
À
lire :
Antonin Artaud, Les
Tarahumaras, Gallimard.
California
Zephyr : le train de l'Ouest américain
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John Acurso/Amtrak
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Lancé
depuis Chicago à la conquête du Midwest et du Far West, le
California Zephyr symbolise le mythe de la « frontière »
qui guida pendant plus d'un siècle les pas des pionniers américains
venus de l'Est. Sur un peu plus de 4 000 km, cet énorme
train à la couleur chrome traverse sept États et tout ce que l'Ouest américain compte comme merveilles naturelles :
les Rocheuses, le Grand Lac Salé, le désert du Nevada, la
vallée du Colorado, mais aussi le fleuve Mississippi, les fermes
du Nebraska, les prairies du Middle West, les baies, lacs et forêts
de Californie… Les points d'intérêt sont donc nombreux.
Comme les Américains aiment à le décrire, le California
Zephyr est la ligne la plus spectaculaire de l'Amtrak, le réseau
ferroviaire national. La voie était à l'origine divisée
en trois tronçons : Chicago-Denver (exploité par le
Chicago Burlington & Quincy), Denver-Salt Lake City (exploité
par le Denver & Rio Grande Western) et Salt Lake City-San Francisco
(exploité par le Western Pacific).
Ce n'est qu'à la fin
des années 1940 que les trois tronçons sont reliés.
Les États-Unis, qui sortaient alors de deux décennies marquées
par la crise économique et la guerre, se relançaient dans
la réalisation de vastes projets. Avec le Zephyr (et ses célèbres
hôtesses, les Zephyrettes), inauguré en grande pompe en 1949
à San Francisco, les Américains se remettaient à
rêver de voyage à travers les grands espaces du Far West.
Aujourd'hui encore, ce train reste, avec la Route 66, l'un des plus fameux
périples des États-Unis.
Il existe plusieurs manières de voyager à bord du California
Zephyr. C'est selon son porte-monnaie. Si les cabines privées avec
couchette demeurent assez chères (jusqu'à 1 150 €
l'aller simple de deux jours entre Chicago et Emeryville, près
de San Francisco), les sièges inclinables en classe économique
restent bon marché (environ 150 €) et assez confortables.
Où que l'on voyage, on peut accéder à l'un des cinq
salons du train, chacun disposant de larges baies vitrées. Vue
imprenable sur les Rocheuses ! Les réservations peuvent s'effectuer
sur le site
de l'Amtrak.
Toronto-Vancouver :
le Canada vu du Canadien
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©
Anthony Coadou
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S'il
est un pays où le train a grandement participé à
la construction de la nation, c'est bien le Canada. Pendant la deuxième
moitié du XIXe siècle, alors que le pays en est à
ses premiers balbutiements, le tout premier Premier ministre John A. MacDonald
lance le pari fou d'unir les différentes provinces par le rail.
Le projet s'annonce coûteux et périlleux, mais séduit
néanmoins la Colombie-Britannique qui accepte de rejoindre la jeune
Confédération canadienne à condition que la ligne
passe par chez elle. C'est chose faite en 1885 : les coolies chinois
posent les derniers rails d'une voie longue de 4 600 km qui
va « d'un océan à l'autre » (devise
du Canada). Le Canadien Pacifique (Canadian Pacific Railway) sert alors
de ciment entre la mosaïque multiethnique qui compose le Canada et
s'avère être un bon moyen pour peupler les grands territoires
de l'Ouest.
Concurrencée par d'autres moyens de transport et de communication,
la voie ferrée a progressivement cessé de jouer son rôle
initial. Désormais, la ligne est exploitée entre Toronto
et Vancouver par le Canadien, pour le plus grand bonheur des touristes.
Ce train tout confort se promène de l'Ontario à l'océan
Pacifique à travers lacs, forêts, montagnes et prairies.
Le voyage offre des panoramas grandioses (notamment lors de la traversée
des Rocheuses) et demeure un moyen original pour découvrir les
richesses naturelles du Canada.
Le Canadien propose deux classes à bord : la classe Confort
(classe économique avec sièges inclinables), ainsi que la
classe Bleu Argent, avec ses chambres simples, doubles ou triples. Le
voyage de Toronto à Vancouver, via Winnipeg (Manitoba), Edmonton
et Jasper (Alberta) dure trois jours. En fonction de la classe et des
différents services choisis à bord (repas, bagages…),
les tarifs peuvent varier de 300 à 2 000 € environ.
Le site
du réseau ferré canadien Via Rail propose un système
de réservation et donne plein de petites astuces pour voyager à
moindres frais (cartes de réduction, passes…).
White
Pass & Yukon Route : le train de la ruée vers l'or
Le
chemin de fer qui relie Skagway en Alaska à Whitehorse dans le
Yukon (Canada) est plutôt court (à peine 80 km), mais
il raconte une histoire longue et passionnante qui inspira l'écrivain
Jack London : celle de la plus importante ruée vers l'or du
continent nord-américain.
Nous sommes dans les dernières
années du XIXe siècle et, alors que les pépites se
font de plus en plus rares en Californie, les chercheurs d'or ont écho
d'un nouveau filon dans le Klondike, une rivière qui coule dans
le Yukon, à la frontière avec l'Alaska, territoire récemment
racheté par les États-Unis à la Russie. Ils sont
alors plusieurs dizaines de milliers à accourir dans la région
pour plonger leur tamis dans les eaux du Klondike. Seulement voilà,
la zone est montagneuse et les prospecteurs et leurs mules éprouvent
les pires difficultés à remonter en amont de la rivière.
Malgré quantité d'obstacles, on décide de construire
une voie ferrée afin de faciliter l'acheminement du matériel.
Deux ans de travaux sont nécessaires à la réalisation
de cette ligne qui frôle la paroi rocheuse, tutoie le vide et les
chutes d'eau et franchit un col à 873 m d'altitude (le « White
Pass »).
Le train fit rapidement la fortune des chercheurs.
Mais la fièvre ne dura pas longtemps. Au début du XXe siècle,
il ne restait presque plus d'or dans le Klondike et les prospecteurs durent
faire leurs valises à la recherche d'un nouvel eldorado. De nos
jours, la ligne White Pass est exploitée par un train touristique
(avec de véritables locomotives à vapeur !) qui promène
les passionnés d'histoire et les amateurs de beaux paysages sur
les traces des chercheurs d'or du Klondike et de Jack London.
Le site
du White Pass & Yukon Route propose un système de réservation,
ainsi qu'une quantité d'informations (en français !)
sur l'histoire de cette ligne épique.
À
lire :
- Jack London, Belliou
la fumée, 10/18.
- Notre dossier
thématique sur Jack London

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