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Les
peuples premiers du Mexique sont issus de la grande migration effectuée
par des Asiatiques voilà 25 000 ans. De nombreuses civilisations
s'épanouissent à partir de 2 000 av. J.-C. Olmèques,
Zapotèques, Mayas, Toltèques et autres Mixtèques
se sont succédé ou côtoyés depuis.
Quand
Hernán Cortés débarque en 1519 non loin de la
future Veracruz, ce sont les Aztèques, nommés aussi Mexicas,
qui dominent les peuples de la région. Cortés est un Espagnol
venu de Cuba. Sa mission est de dénicher de possibles ressources
pouvant servir à l'économie des colonies que possèdent
son pays dans les Caraïbes. Très ambitieux et audacieux, il
brûle littéralement ses vaisseaux et, à la tête
de quelques centaines d'hommes, espère conquérir de nouveaux
territoires. Jouant sur les divisions existant entre les peuples amérindiens,
il réussit en deux ans à abattre le pouvoir aztèque.
Lui et ses successeurs poursuivent leur conquête des terres d'Amérique
centrale durant plusieurs décennies.
Le
système colonial mexicain est implacablement organisé.
Tout en haut se trouve le vice-roi de la Nouvelle Espagne, institué
dès 1535. Viennent ensuite, les conquistadores et les émigrants
espagnols, ainsi que leurs descendants criollos. À ceux-ci,
on donne des encomiendas, parcelles qui sont peu à peu réunies
en grandes haciendas détenues par une poignée de
riches propriétaires. On y cultivera du coton, de la canne à
sucre, du cacao, du tabac, du maïs, du blé… Les Espagnols
asservissent les peuples amérindiens. D'abord par l'esclavage,
aboli en 1548, puis par un système pervers. Des salaires sont alloués,
mais ils sont si bas que les Indiens comme les métis les plus pauvres
se trouvent endettés. Ce qui les amène à rester attachés
aux haciendas. Cette construction de la société mexicaine
ne disparaîtra jamais vraiment. Elle sera la cause de nombreux conflits.
L'une
des conséquences les plus effroyables de la colonisation est
l'effondrement de la démographie indienne. La population indigène
passe de 25 millions à la veille de la conquête à
un million, moins d'un siècle plus tard ! C'est d'ailleurs
une des raisons pour lesquelles on importera des esclaves d'Afrique. Massacres,
travail forcé, épidémies : les causes sont nombreuses.
Il faut cependant noter que les Indiens ont eu d'éloquents avocats
dont le fameux prêtre dominicain Bartolomé de Las Casas qui
incita le pouvoir royal à légiférer en faveur des
premiers Mexicains. Il mit en pratique ses théories libérales
en créant une colonie agricole au Chiapas.
Les
velléités d'indépendance apparaissent dès
1566, lorsque Martín Cortés, fils d'Hernán, mène
une révolte contre le pouvoir espagnol. Les criollos et
les mestizos (métis) vont au cours des siècles s'opposer
aux gachupines, les Espagnols métropolitains qui monopolisent
tous les pouvoirs. L'Église est également très contestée,
car elle ne se contente pas de s'occuper des âmes locales (conversions,
organisation du culte, enseignement pour les enfants des classes aisées),
elle est aussi un très grand propriétaire terrien. Enfin,
sur le plan strictement économique, le commerce exclusif avec la
métropole est un frein au développement des planteurs et
industriels coloniaux.
Le
premier Napoléon joue un rôle indirect, mais décisif
dans la guerre d'indépendance qui s'annonce. En 1808, l'empereur
des Français fait abdiquer le roi Ferdinand VII lorsqu'il conquiert
l'Espagne. Plus loyalistes que l'élite espagnole, ou faisant mine
de l'être, les criollos et mestizos qui représentent
alors la moitié de la population entendent former un gouvernement
local fidèle au roi. La guerre d'Indépendance commence en
1810. Elle va être sanglante et sans pitié. Comme tous les
conflits intérieurs suivants…
Le
« cri de Dolorès », ce n'est pas la plainte
d'une femme, mais le nom donné à l'appel au soulèvement
qu'adresse le prêtre Miguel Hidalgo à ses ouailles du village
de Dolorès. Il rassemble des troupes, est tué et remplacé
par José María Morelos, lequel est aussi fusillé…
Cela dure jusqu'en 1821, année durant laquelle Iturbide, ancien
officier loyaliste qui a changé de camp, permet à l'indépendance
du Mexique d'être proclamée. Il se fait couronner empereur
sous le nom de Agustín Ier et est renversé en 1823. La république
est à son tour proclamée. Sa constitution est inspirée
par celle des États-Unis d'Amérique.
Les
dictateurs défilent sans discontinuer. L'un d'eux, Antonio
López de Santa Anna, général tombeur d'Iturbide,
se fera président onze fois, de 1823 à 1855 ! C'est
à lui que le Mexique doit la perte des territoires situés
aujourd'hui entre la Californie et le Texas. Il sera obligé de
les céder après une guerre perdue contre les voisins du
Nord. Pendant ce temps, le statut des Indiens n'évolue pas. Ils
se rebellent parfois contre les grands propriétaires, comme les
Mayas du Yucatán entre 1847 et 1853.
Élu
en 1858, Benito Juárez ne change rien de notable à la
situation des populations indigènes. Pourtant, ce civil lettré
est un Zapotèque et le premier Indien à disposer du pouvoir
suprême. Il mène une politique libérale et anticléricale
(séparation de l'Église et de l'État). Comme d'autres
qui lui succéderont, il lance des réformes agraires jamais
vraiment satisfaisantes. Tous les rebelles le leur reprocheront :
les libéraux (en général soutenus par les États-Unis)
parlent, mais ne concrétisent guère leurs discours. Il faut
dire qu'ils ne s'appuient pas sur les masses strictement indiennes, lesquelles
restent largement en dehors du jeu politique. Mais c'est tout de même
trop pour les conservateurs liés à l'Église et aux
puissances européennes. Ceux-ci se lancent dans une rébellion
anti-Juarez qui dure jusqu'au débarquement des forces françaises
envoyées par Napoléon III en 1861, afin de récupérer
des créances impayées. L'empereur ne compte pas en rester
là et espère s'implanter fortement au Mexique. C'est le
bon moment, car les États-Unis sont plongés dans leur Civil
war, dite guerre de Sécession.
Maximilien
est couronné empereur du Mexique en 1863. Mais qu'allait donc
faire cet archiduc autrichien sensible aux théories utopistes dans
une telle galère ? Posé là par les Français,
il est lâché par ces derniers en 1866 et est, comme de juste,
fusillé selon la tradition. Ses troupes furent moins rêveuses
que lui… Juárez retrouve le pouvoir. Il meurt en 1872.
Porfirio
Díaz est l'un des plus remarquables successeurs de Juárez.
Et pour cause : il se maintient au pouvoir de 1876 à 1910,
hormis une fausse sortie entre 1880 et 1884 ! C'est sous son régime
autoritaire que va se constituer le Mexique moderne. Il s'entoure de cientificos,
conseillers en tous genres qui organisent sa politique. On construit des
voies ferrées, l'architecture des villes devient monumentale -
notamment à Mexico - et le pays s'industrialise. La plupart des
pouvoirs économiques sont entre les mains d'entrepreneurs étrangers
(états-uniens, britanniques, français) ou d'élites
formées dans les pays nord-occidentaux. Comme Juárez, Díaz
est indien. C'est un Mixtèque. Mais rien n'y fait, les « indigènes »
et les métis pauvres n'en tirent pas profit. Parmi les soulèvements
qui éclatent durant son long règne, ceux des Apaches et
des Yaquis du Nord et celui des Mayas du Sud sont les plus importants.
Ils sont évidemment réprimés dans le sang. Sur le
plan politique, un mélange de conservatisme et de libéralisme,
qu'on nomme « porfirisme », fait longtemps illusion.
En 1908, le vieux caudillo confie à un journal que, selon
lui, le Mexique est mûr pour la démocratie. Les élections
présidentielles de 1910 vont permettre aux opposants de se présenter
contre lui. Du moins le pensent-ils.
Francisco
Madero se déclare candidat à la tête du parti
anti-réélectionniste. Il est jeté en prison, s'évade,
s'exile au Texas, revient pour lancer une insurrection, échoue,
mais persiste. Au Nord, il trouve le soutien de deux chefs de guerre :
Pascual Orozco et Doroteo Arango. Ce dernier est un de ces nombreux bandits
qui font partie du paysage mexicain. Il est plus connu sous le nom de
Pancho Villa. Ensemble, ils prennent la ville frontière de Ciudad
Juárez. Bien que largement « réélu »
en cette année où l'on célèbre le centenaire
du « cri de Dolorès », Díaz s'apprête
à quitter le pouvoir. Ce qu'il fait en 1911 alors que partout dans
le pays, des Mexicains prennent les armes au nom de la révolution
madériste. Dans l'État de Morelos, on adhère à
ce combat tout en avançant des revendications locales. Le porte-parole
des rebelles se nomme Emiliano Zapata.

Crédits
photos :
Réception de Cortès par Montezuma. Gravure de 1848. © Photothèque
Hachette.
Benito Juarez (1806-1872). Président de la République Mexicaine. ©
Photothèque Hachette.
Empereur Maximilien du Mexique. © Charles Jacotin / Photothèque
Hachette.
Le général Villa, chef des rebelles mexicains. © M. Rol / Photothèque
Hachette.
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