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Pertes
et profits. Entre la fin du XVIIIe siècle et le début
du XIXe, les empires coloniaux sont remaniés. L'Espagne perd l'Amérique
du Sud (lui restent Cuba et les Philippines), l'Angleterre, la moitié
de ses colonies américaines (lui restent le Canada, des îles
des Caraïbes et l'Inde). Dépossédée par l'Angleterre
de ce qui reste de ses colonies par deux nouveaux traités de Paris,
en 1814 et 1815, la France de Louis XVIII réussit à récupérer
la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et ses comptoirs
d'Inde et du Sénégal. En 1815 encore, le Congrès
de Vienne entérine la suprématie de l'Angleterre en matière
coloniale. Durant la suite du XIXe siècle, la France va cependant
devenir la deuxième puissance coloniale du monde, jusqu'en 1962.
Pendant
les années qui séparent les deux empires napoléoniens,
il n'existe pas vraiment de politique coloniale concertée, bien
que les gouvernements monarchistes tiennent à avoir de par le monde
des points d'appui stratégiques. Les expéditions, les conquêtes
se font souvent à titre privé, l'État entérinant
les succès.
Les sciences
et les arts accompagnent le nouvel essor du colonialisme à
venir. On commence à parler d'ethnographie en 1823 et d'orientalisme
en 1830, la Société de géographie est fondée
en 1824. Delacroix, Fromentin et d'autres peintres vont découvrir
les lumières du Maghreb.
Les armées
françaises en Algérie. Prétextant le non-paiement
d'un emprunt contracté vingt ans plus tôt envers la France
par le bey d'Alger, le roi Louis-Philippe lance une expédition
contre lui en 1830. L'armée se lance dans une conquête très
sanglante. Celle-ci va durer jusqu'en 1847, lorsque abdique Abd el-Kader,
le principal résistant à l'occupation qui avait unifié
les tribus algériennes en 1832. La conquête de l'Algérie
se poursuit malgré une forte opposition. Des insurrections et des
troubles graves éclateront en 1871, 1879, 1881, 1916...
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L'Algérie
est subdivisée en trois départements en 1848, sous la
IIe République (Alger, Oran, Constantine). Ce territoire se mue
en colonie de peuplement, alors que plus aucune nation européenne
ne se lance dans une telle politique. Des Républicains français
sont exilés en Algérie sous l'Empire. Puis, jusqu'au lendemain
de la Seconde Guerre mondiale, des Européens venus d'Espagne, d'Italie,
de Malte viennent s'y installer sur les meilleures terres, très
souvent confisquées. Leurs descendants deviendront Français
et formeront la majorité des « pieds-noirs ».
En 1870, le décret Crémieux accordera la nationalité
française aux juifs algériens.
L'esclavage
est enfin mis hors la loi par le décret d'abolition de Victor
Schoelcher en 1848, sous l'éphémère IIe République.
Sous le
Second Empire, le système colonial est repensé en ces
temps de révolution industrielle. Il est mis fin à L'Exclusif
en 1861 et l'on investit dans le monde, avec le soutien de Napoléon
III : percement du canal de Suez en Égypte - inauguré
en 1869 -, constructions des lignes de chemins de fer au Liban, en Syrie,
etc. Influencé par les saint-simoniens, l'empereur cherche à
mettre en place une politique plus favorable aux musulmans d'Algérie.
Il échoue.
Les groupes
d'intérêt colonialistes s'organisent. Ils sont de différente
nature : les puissances économiques, financières et
industrielles, intéressées par l'exploitation des richesses
outre-mer ; l'armée, qui s'attache aux territoires conquis
- l'Algérie, par exemple ; les religieux, catholiques comme
protestants, avides de convertir de nouvelles brebis ; des idéologues
aussi, notamment les saint-simoniens, qui tentent de concrétiser
leur utopie sur des terres considérées comme vierges.
La guerre
de l'opium implique la France et l'Angleterre en 1856. Il s'agit d'obliger
la Chine à s'ouvrir à leur commerce, à offrir des
concessions territoriales et autres menus avantages. Ce sont ces deux
pays européens qui permettent à la drogue de se répandre
dans tout le pays.
La France
s'attaque à l'Indochine en 1858 par une partie de la Cochinchine,
l'Annam, puis le Tonkin. Le Cambodge devient un protectorat en 1863. La
conquête de la totalité de la Cochinchine se termine en 1867.
La Nouvelle-Calédonie
est conquise en 1853 par le contre-amiral Febvrier-Despointes. De 1864
à 1897, elle devient une colonie pénitentiaire. L'une de
ses plus célèbres prisonnières fut Louise Michel,
déportée là-bas comme beaucoup de Communards. En
1878, une révolte kanake est réprimée dans le sang.
Cayenne,
en Guyane, devient colonie pénale en 1852. Jusqu'en 1953, elle
accueille des milliers de bagnards. Déjà, durant la Révolution,
on y avait déporté des opposants.
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L'expansion
en Afrique subsaharienne démarre. Au temps des explorateurs
pacifiques et passionnés, tels que René Caillié qui
atteint Tombouctou en 1828, va succéder le temps des sabreurs.
Le continent est sillonné en tout sens par une série d'officiers
ambitieux. Il s'agit d'abord de relier les comptoirs côtiers par
les terres. D'où, fatalement, des guerres, que l'on nomme d'un
doux euphémisme : pacification. Faidherbe, par exemple, entame
la conquête du Sénégal en 1854 - elle se conclura
en 1898. De très fortes résistances sont vaincues grâce
à la supériorité du matériel européen.
Parmi les grands résistants figurent l'empereur Toucouleur El Hadj
Omar Tall et le mandingue Samori Touré. Tombent ensuite la Mauritanie,
la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Congo (Pierre Savorgnan
de Brazza). En 1899, l'une des colonnes qui se rend au Tchad - conquis
en 1900 - sème la terreur sur son passage. Elle est commandée
par Voulet et Chanoine, qui finiront par être abattus par leurs
sous-officiers.
L'expédition
au Mexique est le grand faux pas de Napoléon III, qui tente
de s'emparer du pays avec une poignée de soldats et un empereur
fantoche de ses cousins. L'opération tourne à la catastrophe.

La colonisation
permet à la IIIe République de pallier l'humiliation
subie par la France lors de sa défaite face aux Prussiens durant
la guerre de 1870-1871 - perte de l'Alsace et de la Lorraine. L'expansion
est à l'ordre du jour, sous l'impulsion de Gambetta, puis de Jules
Ferry.
Le « parti
colonial » : c'est sous ce terme que l'on réunit
tous les partisans de la colonisation, membres de différentes organisations
faisant pression sur les gouvernements. Notamment à l'Assemblée
nationale où ce « parti » compte 42 députés
en 1892.
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En
Afrique de l'Ouest, le Soudan, autrement dit le Mali actuel, est conquis
par Joseph Gallieni entre 1880 et 1895, le Dahomey (Bénin) devient
une colonie en 1893, le Tchad, en 1900. De longues résistances
s'opposent à cet envahissement jusqu'à la veille de la Première
Guerre mondiale, notamment de la part des Touaregs et des Dogons.
Madagascar
devient colonie française en 1896, après une succession
de coups de force sur fond de guerre civile. La dernière reine,
Ranavalona III, est déposée un an plus tard par le général
Gallieni qui « pacifie » l'île en compagnie
du colonel Lyautey.
Les Établissements
français d'Océanie. C'est dans cet ensemble que sont
réunis en 1885 les cinq archipels polynésiens conquis durant
les quarante dernières années : Marquises, Société,
Tuamotu, Gambier, Tubuai.
Djibouti
est déclaré colonie en 1888. Devenu Côte française
des Somalis en 1898, ce port prend le nom de Territoire des Afars et des
Issas (il s'agit de deux peuples autochtones) en devenant un Territoire
d'outre-mer en 1946.
La Tunisie,
qui s'est lourdement endettée, passe sous la coupe des Français
en 1881 - le même phénomène touchera plus tard le
Maroc. Un protectorat est signé en 1912.
La France
n'est pas la seule puissance européenne à se lancer
dans une nouvelle phase d'expansion en Afrique. En 1884 et 1885, le Congrès
de Berlin entérine le partage de l'Afrique entre ces puissances.
Ce qui ne signifie pas que les conflits d'intérêt se sont
arrêtés. L'Angleterre se place toujours sur le chemin de
sa rivale. Ainsi, en 1898, les soldats français sont stoppés
par les Anglais à Fachoda, en Afrique de l'Est, empêchant
ainsi la France de maîtriser une route ouest-est, de Dakar à
Djibouti. Les Anglais, eux, font la jonction entre l'Afrique du Sud et
l'Égypte. Le Portugal se maintient - en Angola et Mozambique,
principalement -, la Belgique, ou plutôt son roi, Leopold II,
conquiert le Congo, l'Allemagne, le Togo, le Cameroun et a des visées
sur le Maroc sous emprise espagnole...
L'Union
indochinoise est créée en 1887. Elle est constituée
d'une colonie, la Cochinchine, de trois protectorats, l'Annam, le Laos
et le Cambodge, et d'un semi-protectorat, le Tonkin.
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L'Entente
cordiale signée entre la France et l'Angleterre en 1904 met
fin au très long conflit qui a opposé durant des siècles
les deux puissances coloniales.
Les « théories »
racistes sont à cette époque à leur point culminant.
Couplées aux idées nationalistes et antisémites,
elles pénètrent les masses françaises au plus profond.
Tous ceux qui ne sont pas blancs et européens sont des inférieurs.
C'est « scientifiquement » prouvé. Dire qu'on
n'en a pas fini aujourd'hui est un euphémisme...
L'anticolonialisme
du côté français. On le sait peu, mais l'anticolonialisme
est d'abord une posture de droite, du moins dans les premières
années de la IIIe République. Les monarchistes, principalement,
sont contre l'aventure coloniale, considérée comme génératrice
de gaspillages. Au départ réticents, les radicaux se convainquent
des vertus du colonialisme. Pour leur part, les socialistes désapprouvent
les conquêtes, mais ne demandent jamais la restitution des territoires,
croyant à la mission civilisatrice de la France. Seuls les anarchistes
(autour du journal L'assiette au beurre, notamment), puis les communistes
et nombre de chrétiens feront la critique de tout ou partie de
ce que l'on fait outre-mer au nom de la France, du progrès, de
la civilisation.
L'anticolonialisme
des colonisés se met en place progressivement. La situation
n'est évidemment pas la même selon que le pays conquis l'est
depuis longtemps ou pas. Et aussi selon que la culture nationale a été
forte avant la colonisation ou pas. C'est cependant après la Première
Guerre mondiale que partis et syndicats représentants les indigènes
commencent à exister en Indochine, en Tunisie, au Maroc, à
Madagascar, en A-OF...
A-OF et
A-EF. Ces deux regroupements des colonies africaines subsahariennes
subsisteront jusqu'en 1958. L'Afrique-occidentale française est
créée en 1895, et l'Afrique-équatoriale française
en 1910. L'A-OF réunira in fine : Sénégal, Mauritanie,
Guinée, Côte d'Ivoire, Soudan (Mali), Niger, Dahomey (Bénin),
Haute-Volta (Burkina Faso) et Togo (territoire sous mandat). L'A.EF, quant
à elle, regroupera : Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari (Centrafrique),
Tchad et Cameroun (territoire sous mandat).

Le Maroc
est longtemps resté indépendant, tandis que ses voisins
étaient colonisés par les Ottomans et les Européens.
Mais, parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui veulent s'approprier
le royaume chérifien. Français, Espagnols, Britanniques
et Allemands mènent des offensives économiques, diplomatiques
et militaires. Finalement, en 1912, le nord et le sud du pays sont sous
influence espagnole, le reste devient protectorat français - la
ville de Tanger obtient un statut international en 1923. Le résident
général Lyautey est le maître d'œuvre d'un système
qui permet à la France de diriger le pays tout en se conciliant
les autorités traditionnelles du pays. Les révoltes sont
nombreuses, parmi lesquelles celle menée par Abd-el-Krim en 1925
et 1926 dans le Rif, où il fonde une république. Il est
vaincu par un certain général Pétain.
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Les
colonies engagées dans la Première Guerre mondiale.
Elles fournissent à la métropole des fonds, des matières
premières, des travailleurs et des soldats. Les troupes de tirailleurs
sénégalais et autres régiments coloniaux seront les
fers de lance de l'armée française durant les deux guerres
mondiales.
Syrie
et Liban reviennent à la France, à la suite du dépeçage
de l'empire ottoman en 1920. La Grande-Bretagne s'empare de l'Irak et
de la Palestine. On n'imagine pas à ce moment-là ce que
pourrait bien être le nationalisme arabe.
Cameroun
et Togo sont les deux colonies allemandes d'Afrique à entrer
dans le giron français après guerre, en 1920.
L'imaginaire
colonial est assez puissant, avec sa cohorte de romans, de films et
de chansons. Les décorateurs s'inspirent des arts exotiques, l'art
nègre influence les plus grands artistes. Si l'on regarde de près
les films français de cette époque, on observe que ce sont
des Français qui interprètent des rôles de « colonisés »,
à l'exception des figurants jouant les hordes hurlantes de « salopards »
ou des passants. Quand on montre un indigène « éduqué »,
il s'agit souvent d'un traître ou d'un brave qui finit par se sacrifier
pour les Blancs. Dans la littérature, on commence à s'éloigner
du romanesque colonial (Le roman d'un spahi de Loti, sorti en 1881,
par exemple). Ainsi, en 1921, le Martiniquais René Maran reçoit
le prix Goncourt pour Batouala, et Blaise Cendrars produit son
Anthologie nègre. De leur côté, André
Gide (Voyage au Congo, en 1927, suivi de Retour du Tchad,
en 1928) et Albert Londres (Terre d'ébène), en 1929,
racontent chacun à leur manière les horreurs qui se déroulent
sur le chantier du train Congo-Océan. Ces ouvrages connaissent
un grand retentissement et ne contribuent pas à redorer l'image
des colonies.
L'Exposition
coloniale internationale de Paris a lieu du 6 mai au 15 novembre 1931.
Elle symbolise l'apogée du colonialisme français. Trois
autres expositions l'ont précédées. L'une, nommée
Exposition universelle, s'est déroulée à Hanoi en
1902-1903. Puis deux Expositions coloniales nationales se sont tenues
à Marseille, l'une en 1906, l'autre en 1922. Celle de 1931 est
située dans le bois de Vincennes. Sur une étendue de 202
hectares, on y montre les merveilles accomplies et l'on présente
accessoirement des « indigènes » dans des
enclos, selon les règles en vigueur dans les zoos humains qui prolifèrent
en Europe. C'est un énorme succès public : 33,5 millions
de visiteurs. Seuls Breton, Aragon, Éluard, Char et autres signent
un pamphlet au titre sans équivoque : « Ne visitez
pas l'Exposition coloniale. » L'Exposition a laissé
un Musée colonial, qui devient ensuite Musée des Arts africains
et océaniens. Au XXIe siècle, il va se transformer en Musée
de... l'Immigration.
À
la veille de la Seconde Guerre mondiale, la France dispose d'un empire
qui, en 1939, regroupe un ensemble territorial évalué à
12 millions de km2 et fort de 103 millions d'habitants sur les cinq continents.
Durant
la guerre, les colonies sont un enjeu pour les pétainistes
et les gaullistes. On se tire dessus entre Français à Dakar
en 1940 : le bateau du général de Gaulle est refoulé.
Rares sont les dépositaires du pouvoir dans les colonies à
ne pas faire allégeance au nouveau régime. Cependant, le
Tchad, les Nouvelles-Hébrides, les territoires français
d'Océanie, la Nouvelle-Calédonie, le Congo puis l'ensemble
de l'A-EF et de l'A-OF vont rejoindre la France Libre. En 1941, après
des combats fratricides, la Syrie et le Liban basculent, puis l'Afrique
du Nord après le débarquement allié de 1942. Quant
à l'Indochine, elle reste sous la coupe japonaise jusqu'en 1945.

Illustrations
:
- Acte final du Congrès de Vienne, avec sceaux et signatures des plénipotentiaires
dont Metternich, Hardenberg, Castlereagh et Wellington, Nesselrode, Wessenberg,
Talleyrand, Dalberg, Noailles etc. manuscrit 9 juin 1815 (XIXe s.) Paris,
Ministère des Affaires Étrangères. Photo : Josse.
- Prise de la smalah d'Abd-El-Kader à Taguin, le 16 mai 1843 : les troupes
françaises attaquent un camp.
Horace Vernet. Détail. Musée national du château de Versailles.
Photo : Josse.
- Le drapeau français arboré à Tombouctou en janvier 1894.
Gravure d'après une aquarelle de Frédéric Lix, publiée
dans Le Petit Journal, supplément illustré. Paris,
BNF, Département des Imprimés. Photo : J. Requet.
- Proclamation du nouveau roi du Dahomey en février 1894 : il est acclamé
par son peuple et entouré par deux soldats. In Le Petit Journal,
supplément illustré. Gravure d'après une aquarelle d'Ovaldo Tofani
publiée dans Le Petit Journal, supplément illustré. Paris,
BNF, Département des Imprimés. Photo : J. Requet.
- L'entente cordiale entre la France et l'Angleterre en mai 1903. Le Lord
maire de Londres remet un coffret au président de la République Emile
Loubet. Gravure publiée dans Le Petit Journal. Paris, BNF,
Département des Imprimés. Photo : J. Requet.
Guerre de 1914-1918. "Souvenir de la revanche": soldats Turcos contre
batterie allemande dans la Marne. Gravure Bataille, R. Paris, BNF, Cabinet
des Estampes
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