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Le premier empire colonial

Des mondes à découvrir

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Après les fameux voyages de Christophe Colomb de 1492 dans les îles Caraïbes, les puissances européennes mettent plus ou moins de temps à se lancer dans la course aux trésors ultramarins. L'Espagne et le Portugal sont en tête et se partagent les mondes à découvrir en 1493, par un accord dûment avalisé par le pape. Viendront ensuite les Néerlandais, les Anglais, puis les Français. C'est essentiellement aux Amériques que ce qui sera défini comme le « premier empire colonial » français s'établira. Sans qu'une politique cohérente soit menée à travers les siècles. Il se passe des décennies entre chaque avancée.

La course à la morue, non loin des côtes nord-américaines, est antérieure à la colonisation. Les pêcheurs bretons, normands et basques ont grandement contribué à la découverte de nouveaux territoires, comme la bien nommée Terre-Neuve - invention officiellement attribuée à Cabot, en 1497. Certains se sont installés outre-mer et sont devenus trappeurs. Ces free lance sont en quelque sorte les premiers « colons ».

Le roi François Ier entend bien que la France tienne son rang, d'abord pour contrer les puissances espagnole et portugaise. Entre 1534 et 1541, Jacques Cartier part à la recherche d'un passage vers les Indes. Il devient le premier véritable explorateur européen du Canada, notamment en remontant le fleuve Saint-Laurent.

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L'amiral de Coligny, haut personnage du royaume et aussi un des principaux chefs des protestants français, relance la politique de colonisation. Dans les années 1550, Nicolas de Villegaignon tente de s'installer dans la baie de Rio, mais échoue face aux Portugais. En 1562, Jean Ribault et René de Laudonnière fondent Fort-Caroline (Caroline du Sud). Des expéditions sont également menées en Floride. Mais, imaginé par les nobles protestants, le projet de création d'une « France antarctique », destiné tout autant à servir les intérêts de la France qu'à leur fournir des refuges, n'aboutira pas. Coligny est assassiné lors de la nuit de la Saint-Barthélemy en 1572.

Henri IV ordonne de nouvelles expéditions au Canada. En 1604, Samuel Champlain fonde Québec et parvient jusqu'aux Grands Lacs, tandis que Pierre de Monts fonde une colonie en Acadie. Le roi a dû subir l'opposition de son ministre Sully, opposé à toute aventure ultramarine. C'est l'un des premiers anticolonialistes...

L'exclusif et les esclaves

L'Espagne et le Portugal voient leur suprématie coloniale s'effacer au profit de l'Angleterre et des Pays-Bas. Quant à la rivalité anglo-française, elle prend particulièrement forme en Inde, où les Anglais ne veulent pas laisser les Français mettre pied. Les deux pays jouent aux chaises musicales dans les îles Caraïbes et Mascareignes.

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Richelieu et Colbert, ministres respectivement des rois Louis XIII et Louis XIV, sont les grands organisateurs du premier empire colonial. Ils favorisent la création de nombreuses entreprises commerciales, sur le modèle de la Compagnie hollandaise des Indes orientales.

Les colonies dépendent de la Marine à partir du XVIIe siècle et jusqu'à la création de structures politiques et administratives propres, à la fin du XIXe. Si les intérêts privés prennent une place croissante dans la colonisation, l'État tiendra toujours à être le maître de la situation. Sur place, l'administration est le fait de représentants du pouvoir royal ou d'employés des Compagnies.

Le mercantilisme est la doctrine économique. Il s'agit d'enrichir le pays par l'apport massif de produits exotiques - l'État y trouvant son compte par l'afflux de taxes que génèrent les trafics. Pour cela il faut installer des comptoirs et des établissements sur des routes maritimes dont on a le monopole. C'est ce que l'on appelle « L'Exclusif ». Le principe : les colonies exportent exclusivement vers la métropole et n'importent que depuis cette dernière. Le système se maintiendra plus ou moins au cours des siècles. Ce qui favorisera les contrebandiers de tout poil...

Les négociants et armateurs des grands ports français sont les bénéficiaires de la colonisation. D'abord et notamment, ceux de Dieppe et de Saint-Malo, qui organisent le commerce des fourrures avec le Canada, puis Nantes et Bordeaux, par où arrivent le sucre, le café, le cacao, le tabac, denrées qui deviennent indispensables. Et l'on n'oubliera pas, évidemment, la traite des esclaves africains. Plus tard, Marseille profitera également des colonies.

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Le domaine s'étend. Durant moins d'un siècle, les îles de la Martinique et de la Guadeloupe sont conquises, la France prend pied au Sénégal (Saint-Louis, Gorée) et en Guinée, sur les îles de France (Maurice) et Bourbon (Réunion), traçant ainsi une route dotée d'étapes sûres vers les Indes orientales où elle s'établit à Pondichéry. Par ailleurs, sur la terre nord-américaine, la Louisiane est « découverte » et annexée par Cavalier de la Salle en 1682. À la fin du règne de Louis XIV, les possessions françaises se seront augmentées de Saint-Domingue (future Haïti) et de plusieurs établissements indiens. À noter également des tentatives finalement ratées de s'implanter en Thaïlande et au Brésil, du côté de Bahia, Rio et Maranhão.

Peu de colonies de peuplement. N'ayant pas de populations « superflues », la France ne sera guère un pays d'émigration tout au long de son histoire coloniale. Le Canada et les Antilles accueillent le plus grand nombre de candidats - réels ou forcés. Cas à part : les pirates, qui s'établissent un peu partout et inventent des règles sociales inédites.

Des alliances sont nouées avec les « indigènes ». Comme dans toute guerre, ou toute menée politique, il convient de diviser pour régner. En Amérique comme ailleurs, les armées et administrations françaises (de même que celles des autres nations) feront entrer dans leur jeu tel ou tel peuple pensant pouvoir atteindre lui aussi ses objectifs...

Les plantations sont installées sur toutes les îles des Caraïbes. On y implante la canne à sucre, le cacao et le café. Une fois épuisées les ressources humaines indigènes, c'est-à-dire les « Indiens » des îles Caraïbes, il faut de nouvelles forces pour poursuivre la mise en valeur des nouvelles terres. On va les trouver en Afrique.

Le trafic d'esclaves se développe à grande vitesse. Du côté français, la traite est autorisée en 1642. Des organismes spécialisés sont créés pour importer des dizaines de milliers d'Africains aux Antilles, en Guyane, à l'île Bourbon. Le Code noir, qui régit leur vie, est promulgué en 1685 par Louis XIV, lequel légalise l'esclavage en 1689.

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L'Angleterre se lance dans une guerre totale contre tous ses concurrents, dont la France. Le Régent, puis le roi Louis XV, plus intéressés par ce qu'il se passe en Europe que dans leurs possessions lointaines, vont permettre à l'Angleterre de les y mettre en difficulté. Montcalm est battu au Canada, Dupleix en Inde. Lors du traité de Paris, qui conclut la Guerre de Sept ans (1763), la France perd presque tout. Ne lui restent que trois îles des Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue), quelques possessions en Afrique de l'Ouest et cinq comptoirs indiens. En revanche - c'est le cas de le dire -, la France aidera les États-Unis à acquérir leur indépendance sous le règne de Louis XVI.

Bougainville, La Pérouse, Dumont d'Urville, tels sont les trois grands explorateurs des mers français des années 1700 et 1800. Leur mission : ouvrir des voies maritimes et découvrir de nouvelles terres. Sur leurs frégates, ils s'élancent dans l'inconnu pour leur roi et la science - des spécialistes en tout genre montent à bord. De 1766 à 1769, Bougainville vogue depuis Nantes vers la Patagonie et Tahiti, « un jardin d'Éden » d'où il ramène le jeune Aoturu. La Pérouse quitte Brest en 1785 pour un périple extraordinaire : île de Pâques, Hawaii, Alaska, Californie, Philippines, Sibérie, Samoa et Australie. En 1788, on perd sa trace. Au cours d'un de ses trois tours du monde scientifiques, Dumont d'Urville retrouve l'épave de son bateau sur l'île mélanésienne de Vanikoro en 1826. C'est ce dernier qui découvre la Terre Adélie en 1840.

L'esclavage est mis en cause. En 1788 à Paris est fondée la Société des amis des Noirs, dont sont membres l'abbé Grégoire et Mirabeau. Le 26 août 1789, l'Assemblée révolutionnaire adopte la Déclaration des droits de l'homme. Elle proclame que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. « Périssent les colonies plutôt qu'un principe » : le 4 février 1794, la Convention abolit l'esclavage, lequel est rétabli en 1802 par le Consulat. L'abolition de la traite sera de nouveau édictée en 1815, mais sera maintenue dans les faits.

Une insurrection éclate à Saint-Domingue en 1791. L'ancien esclave Toussaint Louverture est l'artisan de l'indépendance d'Haïti, partie occidentale de l'île. Elle est proclamée en 1804. C'est la première colonie française à se libérer. En 1825 le roi Charles X reconnaît cette indépendance en échange de 150 millions de francs or. Pendant des années, dans toutes les colonies des Caraïbes, des esclaves en fuite continueront de prendre leur liberté. On les appelle les « marrons ». La saga haïtienne inspirera le jeune Victor Hugo qui écrit Bug-Jargal en 1826. La France perd Saint-Domingue en 1809.

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L'expédition de Bonaparte en Égypte en 1798 n'a pas, a priori, de visées coloniales. Il s'agit d'une équipée militaire censée contrer les puissances ottomane et anglaise, et renforcer l'accès à la route des Indes. Cette expédition est doublée d'une mission scientifique qui préfigure certains objectifs coloniaux futurs. Elle est marquée par un respect affiché envers la civilisation égyptienne antique - naissance de l'égyptologie -, ainsi qu'envers l'islam. Devenu empereur, Napoléon ne s'intéresse qu'à l'Europe et ne développe pas une politique coloniale particulière. La Louisiane est même vendue aux États-Unis en 1803.

Ce sont deux empires qui chutent en même temps lorsque Napoléon Ier abdique en 1815. La monarchie est de retour et il ne reste plus rien de l'empire colonial, croqué par les Anglais.

suite

Illustrations :
- Jacques Cartier découvre le fleuve Saint-Laurent en 1535.
Peinture de Théodore Gudin, détail. Paris, Musée des Arts Africains et Océaniens. Photo : J. Requet.
- Navires sur la côte de Floride : des Occidentaux débarquent tandis que des Indiens sont sur la berge.
In "Les grands voyages" de Théodore de Bry. Gravure XVIe s. Paris, Bibliothèque du Service Hydrographique de la Marine. Photo : G. Muller.
- Marchand d'esclaves de Gorée.
Gravure sous la direction de Jacques Grasset de Saint-Sauveur, d'après un dessin de Labrousse. XVIIIe s. Paris, BNF.
- Guadeloupe. Un morne. Plantation de canne à sucre.
Gravure de L. Geisler, d'après un dessin de G. Dascher. Paris, BNF, Cabinet des Estampes.
- Toussaint Louverture.
Gravure de Maurin (XVIIIe s. - XIXe s.) Paris, Musée des Arts Africains et Océaniens. Photo : Josse.
- Prise du Caire : remise des clés de la ville à Bonaparte, le 28 juillet 1798.
Gravure XVIIIe s. Paris, BNF, Cabinet des Estampes.




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