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Au fil des
siècles, chaque pays s'est élaboré son propre bouddhisme,
en intégrant à la doctrine (Theravada ou Mahayana) ses propres
influences et croyances ancestrales.
Inde
Dans un premier
temps, le bouddhisme parvient à s'y imposer face au brahmanisme
(faisant la part belle aux castes et aux rites sacrificiels). Mais en
s'adoucissant, le culte hindouiste regagna du terrain… allant même
jusqu'à intégrer Bouddha comme simple avatar de Vishnu !
Face à ce nouvel élan, le bouddhisme se mit à chanceler.
Les invasions musulmanes des XIIe et XIIIe siècles finirent de
l'achever. Aujourd'hui, les bouddhistes indiens ne sont plus qu'une grosse
poignée, entre Maharastra (intouchables convertis pour échapper
au système de caste) et Ladakh (lamaïstes).
Quelques
sites
- Bodhgaya : nombreux monastères et sites à visiter
alentour, dont l'ancienne université de Nalanda.
- Sarnath : paisible village de tisserands, où un stupa
marque l'emplacement du sermon de Bouddha.
- Dharamsala : le petit Lhassa, résidence du dalaï-lama
et de 10 000 réfugiés tibétains.
Sri
Lanka
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Stupa
à Anuradhapura
© Patrick de Franqueville
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Ceylan
joua dès le départ un rôle majeur dans l'essor de
la culture bouddhique, puisque c'est là, entre les IIIe et
Ier siècles, qu'ont été rédigés les
textes sacrés des Trois Corbeilles (règles monacales,
sermons de Bouddha, commentaires). De tradition Theravada, le bouddhisme
connut des hauts et des bas, mais concerne encore 70 % de la population.
Longtemps très liée au pouvoir, la communauté monacale
cingalaise n'intervient plus directement dans les affaires politiques,
mais reste fort respectée et influente.
Quelques
sites
- Le temple de Kelaniya : près de Colombo, l'un des
sites sacrés où Bouddha serait passé.
- Anuradhapura : ville sainte du bouddhisme cingalais, site
archéologique de 6 km de long.
- Kandy : grand centre religieux de l'île, abritant
le temple de la Dent de Bouddha. Ne pas s'attendre toutefois à
apercevoir la quenotte ; elle est enfermée dans un reliquaire.
- Le pic d'Adam : montagne sacrée dont une cavité
est considérée par les uns comme l'empreinte du pied de
Bouddha, par les autres comme celle de Shiva (hindouistes) ou d'Adam (musulmans).
Asie
du Sud-Est
Le bouddhisme
s'y est implanté dès le début de notre ère.
La tradition Theravada est prédominante en Birmanie et en Thaïlande
- même si, du Ve au XVe siècle, l'empire khmer alors
dominant dans la région mêlait, lui, hindouisme et bouddhisme
Mahayana. Dans la plupart des pays d'Asie du Sud-Est, le bouddhisme n'a
pas éradiqué les croyances locales, il les a incorporées.
De sorte que dans ces contrées, les gens continuent de se tourner
vers les divinités du coin pour leurs petits bobos quotidiens et
vers Bouddha pour leurs questions existentielles.
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En Birmanie, 85 % des
gens suivent les préceptes du Theravada… tout en continuant
de faire des offrandes aux nats, les esprits. Le bouddhisme est
omniprésent dans la vie quotidienne. On trouve en Birmanie certains
des plus beaux monuments bouddhiques du monde.
Quelques
sites
- Les quatre
Shwe, pagodes d'or fondées à l'époque de Bouddha,
dont notamment Schwedagon, à Yangon.
Sans doute l'une des plus grandioses pagodes du monde, avec son étincelante
symphonie d'ors et de couleurs, de pics et d'arêtes. Un véritable
centre de vie, à découvrir dès l'aube (pour être
peinard). Rester jusqu'à la nuit tombée (pour voir la pagode
illuminée).
- Pagan, fabuleux site archéologique comprenant plus de
2 000 monuments, dont le temple d'Ananda. Un phare du bouddhisme
du XIe au XIVe siècle, point de rencontre de commerçants,
diplomates, bonzes, savants…
- Mandalay, la ville symbole du bouddhisme, avec ses 150 monastères
et 70 000 moines.
- Mrauk-U, dans la région de l'Arakan. Un site archéologique
méconnu, mais exceptionnel, occupant une place majeure en Asie
du Sud-Est
- Et aussi : le Rocher d'Or, perché à 1 000
m d'altitude au bord d'un précipice, la grotte aux 8 094 Bouddhas,
à l'atmosphère envoûtante, et le plus grand bouddha
couché du monde (selon les Birmans).
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En Thaïlande, le Theravada,
religion officielle, est partout : les temples fleurissent à
tous les coins de rue, les moines interviennent dans les affaires courantes…
95 % des Thaïs sont bouddhistes, tout en continuant d'honorer
les génies de la nature et de croire aux arts divinatoires (effectués
par les bonzes eux-mêmes).
Quelques
sites
- À Bangkok, tout un tas de wat, dont Wat Pho (le
plus vieux et le plus grand) et son bouddha couché de 45 m
de long et 15 m de haut, complètement recouvert d'or.
- Nakhon Pathom, le berceau de l'enseignement bouddhique thaï,
dont le stupa culmine à 120 m.
- Les sites archéologiques de Sukhotai et Ayutthaya,
toutes deux anciennes capitales du Siam. À découvrir au
lever du jour, avant l'arrivée des hordes organisées.
-
Au Vietnam, le bouddhisme cohabite
depuis toujours avec le culte des ancêtres (pratiqué à
domicile). Le Mahayana est le plus répandu, sauf du côté
du delta du Mékong. Décadent du XVIIe au XIXe siècle,
il reprit du poil de la bête à l'époque coloniale,
en réaction à la déliquescence morale de l'Indochine.
Après la victoire communiste de 1975, beaucoup de moines furent
déportés en camps de rééducation. La répression
continue, même si, depuis l'ouverture du pays, les pratiques de
base sont tolérées (prière, méditation, jeûne,
quelques fêtes) - mais pas les activités à caractère
social. L'Unified Buddhist Church of Vietnam, non reconnue par
l'État, lutte activement pour la totale liberté religieuse.
-
Au Cambodge, le bouddhisme
Theravada devint religion d'état dès le XIIIe siècle,
et le resta jusqu'en 1975 (mâtiné toutefois d'un vieux fond
d'animisme). Petit break sous Pol Pot… puis de nouveau religion officielle
depuis la fin des années 1980. Aujourd'hui, les bonzes ont refait
leur apparition, les principaux temples de Phnom Penh ont été
reconstruits, il y a de nouveaux monastères à Angkor.
Angkor
Site
monumental, capitale des rois khmers du IXe au XVe siècles. Ses
ruines constituent l'un des plus grands ensembles architecturaux du monde.
Voué au départ aux divinités hindoues, il intègre
également des monuments bouddhiques, tels que le temple du Bayon.
En
Chine
Le bouddhisme
Mahayana s'y épanouit à partir du Ve siècle, puis
survécut sous forme de cultes populaires syncrétiques, en
liaison notamment avec les idéologies confucianistes (dominantes)
et taoïstes. Confucianisme et bouddhisme sont complémentaires :
l'un sert de guide de vie, l'autre d'après-vie, via la description
d'un monde invisible et l'apport de réponses sur la mort. Avec
le taoïsme, le bouddhisme partage une recherche d'harmonie et de
profonde sérénité. Mais là où l'un
privilégie une approche intuitive, l'autre propose un cadre formel
attractif. L'école Chan, ancêtre du zen japonais, est née
de cette interaction.
Si l'arrivée du communisme conduisit à la suppression de
toute religion, on observe toutefois aujourd'hui une renaissance du bouddhisme
en République Populaire de Chine. À Taiwan, il est toujours
resté fort.
Quelques
sites
- Les Grottes de Mille Bouddhas et les sanctuaires rupestres de
Dunhuang, grand centre d'enseignement bouddhique au VIe siècle,
ainsi que les grottes de Longmen, sculptées au Ve siècle.
- Le monastère de Shaolin, berceau de l'école Chan,
notoirement célèbre pour les techniques de combat à
mains nues mises au point par ses moines pour se défendre. Avec
le regain du bouddhisme chinois, il est redevenu un centre florissant
de pèlerinage et de tourisme.
Au
Japon
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Grand
Bouddha de Kamakura
© Claude Hervé-Bazin
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Le
bouddhisme japonais, débarqué par la Corée au VIe
siècle, s'inspire du Mahayana chinois. Doté d'une forte
orientation sociale, il s'est développé en symbiose avec
le shintoïsme, sorte de culte indigène de la nature et de
divinités ancestrales (assimilées comme des manifestations
de Bouddha).
À
partir du XIIe siècle, le bouddhisme japonais vit apparaître
deux écoles majeures : la Terre Pure et le Zen. Toutes deux
visent à simplifier le bouddhisme, en mettant l'accent sur la pratique
plutôt que sur la doctrine, voire en ne privilégiant qu'une
seule technique spirituelle par rapport à tout l'arsenal du bouddhisme
indien. Mais là où le Zen voit le salut comme intérieur
(il ne dépend que de soi, de sa force propre), la Terre Pure considère
qu'il est extérieur (il ne résulte que de l'intervention
du Bouddha Amida). L'un est donc fondé sur la méditation,
l'autre sur la dévotion.
Plus particulièrement
le Zen délaisse spéculations métaphysiques et pratiques
ritualistes au profit de la concentration intérieure, de la simplicité,
de l'expérience intuitive. L'acquisition de la sagesse est au-delà
de toute rationalité ; enfouie dans notre inconscient, elle
apparaît par flashes aux esprits calmes et relaxés.
Au
Tibet
On y pratique
depuis le VIIIe siècle le bouddhisme Vajrayana (véhicule
de diamant), qui reprend la philosophie et la cosmologie du Mahayana,
en y ajoutant une couche de symbolisme et de pratiques religieuses spécifiques.
C'est une approche tantrique, fondée sur l'utilisation de supports
rituels dont seuls les initiés ont la clé : mandalas
(diagrammes orientés représentant un cosmos divin), mantras
(formules à la puissance magique) ou mudras (gestuelle codifiée).
Le maître spirituel (guru en sanscrit, lama en tibétain),
transmetteur de l'enseignement ésotérique, y occupe donc
une place fondamentale. Autre particularité du Vajrayana :
l'idée que Samsara et Nirvana ne sont pas différents, et
qu'on peut atteindre l'Éveil en ce monde, en " incorporant "
la vérité spirituelle profonde.
Depuis cinq
siècles, l'autorité spirituelle, religieuse et politique
des Tibétains est le dalaï-lama (océan de sagesse).
Incarnation d'Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion, il appartient
à l'école des Gelup-pa, la plus importante du Vajrayana.
L'invasion communiste a causé des dégâts considérables :
la quasi totalité des 2 500 monastères ont été
détruits, et Tendzin Gyatso, le quatorzième dalaï-lama,
vit en exil à Dharamsala (Inde) depuis 1959. Il reste cependant
le garant de la foi, de la culture et de l'identité tibétaines.
Quelques
sites
- Le Potala, à Lhasa, gigantesque monastère forteresse
bâti au VIIe siècle par le cinquième dalaï-lama
pour affirmer son pouvoir. Désormais un musée d'État
sous domination chinoise.
- Le temple de Jokhang, à Lhasa, le plus vieux et le plus
sacré des monastères du pays. Il abrite le Jowo,
fameuse statue de Bouddha, que tous les Tibétains rêvent
de contempler une fois dans leur vie. C'est pour lui rendre hommage que
les fidèles entreprennent le pèlerinage vers la capitale,
au grand dam des autorités chinoises.
- Le Mont Kailash, représentation symbolique pour les Tibétains
du Mont Méru (le centre de l'univers dans la cosmologie indienne).
Les pèlerins s'y rendent pour accomplir le rituel du tour de montagne :
50 km de long, 1 000 m de dénivelé…
à renouveler 13 fois en 26 jours pour que le pèlerinage
soit complet. Pour corser l'exercice, certains n'hésitent pas à
le faire en se prosternant.
Le
Vajrayana est également suivi au Bouthan
et par les bouddhistes népalais (30 % de la population). Il
s'y mêle souvent aux traditions et croyances hindouistes populaires.
Quelques
sites
- Bodnath, sanctuaire du bouddhisme et haut lieu de pèlerinage.
Il comprend un impressionnant stupa de 100 m de circonférence
(autour duquel il fait bon tourner).
- Swayambu, à 2 km de Katmandou, aussi appelé
le Temple des Singes, à cause des bestioles qui y rôdent
pour vous piquer votre casse-croûte. Fondé il y a 25 siècles,
c'est l'un des premiers sanctuaires bouddhiques du monde.
- Patan, peut-être la plus ancienne cité bouddhique
d'Asie, puisque c'est là qu'Asoka fit construire l'un des quatre
grands stupas destinés à accueillir les cendres de Bouddha.
- Lumbini, village de naissance de Bouddha, devenu lieu de pèlerinage
pour les bouddhistes du monde entier. Un projet, très controversé,
y prévoit la création d'une exposition internationale permanente
de monuments bouddhistes. Welcome to Siddhârtaland !
Et
encore
Le
bouddhisme a pointé son nez en Indonésie
au IIIe siècle ap. J.-C. Florissant sur Java au temps de la dynastie
Sailendra (du VIIIe au Xe siècles), il a ensuite pratiquement disparu
au profit de l'Islam (90 % des Javanais sont musulmans) laissant
tout de même sur l'île quelques cultes syncrétiques,
et le plus grand monument bouddhique du monde.
Borobudur
Étrange structure pyramidale en gradins, surplombée d'un
cercle, qui serait le fruit de la transformation au VIIIe siècle
d'une pyramide hindouiste en stupa bouddhiste, complétée
par plus de 2 000 images et bas-reliefs. Ni un temple, ni un sanctuaire,
Borobudur serait un " mandala de pierre ", destiné
à favoriser l'ascension vers l'Éveil : en gravissant
physiquement les niveaux, selon un code précis, le fidèle
se détache progressivement du monde des désirs et des apparences
et s'élève spirituellement.
Le
bouddhisme est également allé faire un tour en Afghanistan,
comme en témoignaient les deux bouddhas colossaux de Bâmiyân
taillés au VIe siècle à même le roc (l'un de
38 m de haut, l'autre de 55 m). Longtemps lieu de pèlerinage
pour les bouddhistes, on connaît le sort qui leur a été
réservé...

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