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Voyages :
les pièges de l'ethnotourisme
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Maasaï
© Patrick de Franqueville
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Aller
à la rencontre des peuples nomades, pourquoi pas ? Prudence cependant,
car beaucoup de ces cultures, déjà en voie de disparition, sont jetées
en pâture à un tourisme pas forcément très éthique. Bien des tours-opérateurs
proposent aux touristes de partir à l'aventure au-devant des peuples nomades.
Mais cela n'est pas sans danger, car ce sont rarement eux qui profitent
de vos devises.
Le
développement des infrastructures touristiques est une menace importante
pour le mode de vie nomade. Un seul exemple : « Les réserves
de faune que l'on trouve un peu partout en Afrique de l'Est étaient des
zones de pâturage pour des peuples nomades comme les Saringeti ou les
Masaï », regrette Pierre Bonte.
L'Icra
(Commission internationale pour les droits des peuples indigènes) souligne
à quel point le mode de vie nomade est une « formidable machine
à faire fantasmer le touriste occidental en mal d'exotisme facile ».
Le problème, c'est que l'aspect développement durable, mis en avant par
les tours-opérateurs, est loin d'être toujours valable. « La situation
des droits de l'homme et des minorités ethniques est souvent désastreuse,
lit-on sur le site de l'Icra, et dans ce contexte, les minorités sont
exploitées par des sociétés de tourisme locales, les guides sont issus
des ethnies dominantes et les bénéfices reviennent majoritairement aux
tours-opérateurs, réceptifs locaux, chaînes hôtelières et compagnies aériennes.
Reste les miettes pour les tribaux : bonbons, stylos, médicaments
distribués à la sauvette, danses folkloriques payantes, vente d'artisanat… »
Pour
de l'argent, les nomades essayent de coller au fantasme occidental, en
entretenant, à la demande des voyagistes, les clichés et les stéréotypes.
Pierre Bonte raconte par exemple que les Touaregs proposent maintenant
des danses du ventre aux touristes, alors que cela ne fait pas du tout
partie de leur culture. Ces considérations valent pour toutes les minorités
ethniques, et pas seulement les nomades : en Indonésie, des Papous
se mettent en scène dans de faux villages traditionnels et miment des
fêtes rituelles… La culture et les traditions deviennent des marchandises
et les touristes détruisent involontairement ce qu'ils sont venus découvrir.
Le
nomadisme en vogue
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Nomadisme
du XXème siècle...
© Patrick de Franqueville
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Eh
oui ! Les peuples nomades sont en train de disparaître, mais leurs
valeurs n'ont jamais été aussi exaltées dans nos sociétés de consommation :
métissage et nomadisme sont devenus de véritables objets de marketing.
Nous empruntons aux Tziganes, Mongols ou Touaregs, la richesse de leur
culture et de leurs traditions, pour satisfaire notre besoin d'exotisme
sans sortir de chez nous.
Ainsi,
on ne jure que par la cuisine du monde et les meubles ethniques, on ne
sort plus sans son bonnet péruvien, on s'offre des kilims turcs pour Noël
ou bien des livres qui vantent l'art de vivre dans une yourte, un tipi,
une tente bédouine, une roulotte… De la décoration à la mode, en passant
par la publicité, les loisirs ou le cinéma, il fait bon évoquer les traditions
ancestrales des tribus les plus reculées. Avec son côté bohème, la roulotte
(proposée par la société Bocages)
est maintenant l'accessoire privilégié des vacances des Parisiens en mal
de sensations… à condition qu'elle soit équipée de manière ultra-moderne,
bien sûr.
Tenues
par un matérialisme contraignant, nos sociétés occidentales tentent de
réinventer, avec plus ou moins de succès, de nouvelles formes de nomadisme,
souvent virtuelles… Le téléphone et l'ordinateur portables en sont de
formidables témoins. Et les pros du marketing n'ont de cesse d'inventer
de nouveaux produits alimentaires pratiques à transporter, des vêtements
fonctionnels qui font « short et pantalon », des objets-gadgets
si petits qu'on peut toujours les avoir avec soi. Une manière pour les
sédentaires que nous sommes de s'évader dans un pseudo-nomadisme moderniste…

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