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Aborigènes
© Patrick de Franqueville
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Quelques
chiffres suffisent à se rendre compte de la fragilité démographique des
peuples nomades : les Aborigènes étaient 300 000 à l'arrivée
des Européens, ils sont aujourd'hui moins de 50 000. On dénombrait
sept millions d'Indiens d'Amazonie au XVIe siècle, ils ne sont plus que
700 000. Les Punans nomades qui peuplaient la forêt de Bornéo étaient
10 000 au début des années 1980 : il en reste moins de 500.
Le
scénario est le même partout, de régression et d'acculturation des peuples
nomades : « C'est un mode de vie fragile, explique l'anthropologue
Pierre Bonte, qui travaille sur les sociétés bédouines, car les nomades
évoluent sur des espaces importants qui leur sont disputés par d'autres ».
Exemple au Brésil, dans l'État du Maranhão, où les grands propriétaires
terriens (fazendeiros) menacent l'existence d'un des derniers peuples
nomades du Brésil, les Awá-Guajá.
Le
rapport que les sédentaires entretiennent avec les nomades est mêlé de
fascination et de répulsion : libre de ses mouvements, le nomade
est aussi perçu comme un hors-la-loi et un pillard complètement imprévoyant.
Bref, un sauvage vivant de la pêche ou de la chasse et qu'il faut civiliser…
La plupart des États n'ont donc eu de cesse de vouloir fixer les peuples
nomades, considérés comme forcément hostiles à l'unité nationale.
Pourtant,
ce sont bien les grandes civilisations nomades qui ont contribué à la
première internationalisation des échanges : les Mongols sur la route
de la soie entre la Chine et le Proche-Orient, les Berbères sahariens
almoravides sur la route de l'or africain vers l'Europe. D'autres évolutions
remarquables ont été le fait des nomades : la collecte des céréales
sauvages a permis la sédentarisation de certains peuples du Croissant
fertile et a joué un rôle majeur dans l'apparition de l'agriculture.
Les
nomades sont aussi les victimes des crises écologiques qui frappent les
milieux dans lesquels ils évoluent (recul du désert, etc.). Enfin ces
sociétés connaissent des évolutions semblables aux nôtres : « Dans
le Sahara, explique Pierre Bonte, le téléphone portable se développe
à toute vitesse chez les bergers et les éleveurs qui ont besoin de connaître
les cours des prix sur le marché ».
Encore
plus qu'ailleurs, la mondialisation des objets tue l'artisanat :
« Aujourd'hui, les Bédouins ont abandonné les nattes tressées
localement par des modèles en plastique fabriqués en Chine, ajoute-t-il,
cela coûte moins cher d'exporter… » Et les récipients en bois
sont remplacés par des seaux en plastique. « Résultat : il
y a un appauvrissement certain du mode de vie nomade et de la culture
qui va avec. »
« La
tente bédouine subsiste, reprend Pierre Bonte, mais comme objet
de luxe chez la bourgeoisie de Nouakchott, qui mène une sorte de «fausse
vie bédouine». La tente est désormais une résidence secondaire
pour Touaregs sédentarisés. » En France, et à moindre degré,
rares sont les familles manouches qui n'ont pas abandonné la roulotte
à cheval pour la voiture et la caravane.
Mal
adaptés, ne possédant rien, les nomades sédentarisés souffrent souvent
de prolétarisation. « Cela dit, tempère Pierre Bonte, les
nomades sont pauvres dans des pays où 90 % de la population est pauvre,
donc ce n'est pas forcément discriminatoire. » L'exemple des
Aborigènes d'Australie est donc d'autant plus frappant qu'ils vivent dans
des conditions difficiles, victimes de graves problèmes sociaux dans un
pays riche et « développé ».

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