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Les
pays tolérants
En France,
les peines de prison pour les délits moindres, tels que la possession
ou l'usage, ou même la vente de stupéfiants à petite
échelle, n'étaient que très rarement appliquées
autrefois et ont été remplacées, en 2003, par le
règlement d'une amende. Malgré un discours de sévérité,
la législation a donc été assouplie. Mais elle ne
le fut que dans le but d'éviter de dépénaliser ou
de légaliser, tout en rendant possible l'application de la loi.
Ces mesures font toutefois de la France un des pays les plus tolérants
du monde, au même titre que bon nombre de ses congénères
européens.
La Suisse,
l'Irlande, le Danemark, le Portugal,
l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche
et la Hollande ont dépénalisé l'usage
de cannabis tout en maintenant l'interdiction sur la détention,
l'achat, la vente et le trafic. Les plus sévères pays d'Europe
en matière de cannabis sont la Grèce, le Luxembourg,
la Suède et la Finlande. Les Pays-Bas
ont mis en place des programmes d'administration de méthadone dans
le but d'endiguer la toxicomanie, ainsi que des distributions de seringues
pour éviter la propagations du sida et des hépatites B et
C. D'autres pays européens possèdent des programmes similaires.
C'est en général une approche du problème vers laquelle
les membres de l'UE se tournent de plus en plus. Chose que l'on ne peut
pas dire du reste du monde… sauf du Mexique - dont
la législation ressemble fort à celle pratiquée en
France - et du Canada, où le débat sur la légalisation
du cannabis sévit comme en Europe. Début 2004, le gouvernement
est censé se prononcer concernant la dépénalisation
de la possession de petites quantités de cannabis à usage
personnel. Une telle loi serait accompagnée d'une augmentation
des amendes pour vente ou trafic de cannabis.
En août
2001, la Colombie, par la voix de Carlos Holguin - président
du directoire du Parti Conservateur - a proposé un accord
national et international pour légaliser la drogue. Le contrôle
de la cocaïne est devenu l'un des enjeux de la guerre civile qui
ensanglante le pays depuis plus de trente ans. Selon lui, " plus
la drogue est prohibée, plus son commerce est lucratif ".
La légalisation des drogues serait alors peut-être le moyen
le plus rapide d'obtenir une paix durable. Mais en ce moment même,
plusieurs Français y purgent de lourdes peines pour trafic de stupéfiants.
| Christiania :
" commune libre " de Copenhague (Danemark), fondée
en septembre 1971 sur un ancien terrain militaire par un groupe de
hippies. Trente-deux ans plus tard, le lieu compte plus de mille habitants,
sa propre monnaie, toutes sortes d'activités culturelles et
sportives, ainsi qu'un vaste espace agricole. Christiania entretient
un dialogue sans fin et conflictuel avec les autorités pour
maintenir, entre autres, la libre vente de cannabis. Il n'y a que
deux lois, non écrites, à Christiania : interdiction
de vente de drogues dures et interdiction de circulation automobile. |
Les
pays sévères
En
1970, la loi antidrogue fédérale des États-Unis
établissait une distinction entre la marijuana et les autres drogues
tout en allégeant les peines. Mais les choses se sont corsées
dans les années quatre-vingt et les sanctions ont été
renforcées. Depuis, les condamnations pour possession et usage
varient de un à trois ans d'incarcération, en fonction du
nombre de récidives et du type de narcotique saisi. La cocaïne
et ses dérivés font exception : entre cinq à
vingt années de prison pour détention, cinq ans à
perpétuité pour trafic ou confection de stupéfiants.
Ce n'est
pourtant rien comparé à la législation de certains
pays du Proche-Orient, de l'Asie du Sud et de l'Extrême-Orient.
Les Émirats Arabes, l'Inde, le Koweït,
l'Algérie, le Laos, le Vietnam,
les Philippines, l'Indonésie, la Thaïlande
et la Syrie prévoient la peine de mort en cas de
trafic de drogue. La possession, même parfois de quantités
infimes de drogues douces ou dures, peuvent être passibles de lourdes
peines carcérales (de quelques mois à plus de vingt ans !).
Aux Émirats Arabes, les ressortissants étrangers passant
par les aéroports de Dubaï ou d'Abu Dhabi peuvent être
arrêtés en transfert par la police émirienne anti-drogues.
En Inde, l'usage ou la possession de stupéfiants
peut valoir six mois à vingt ans de prison. Pas de liberté
sous caution et l'attente du jugement peut durer plusieurs années.
| Le 1er
février 2003, le Premier ministre thaïlandais Thaksin
Shinawatra a lancé une grande " guerre contre la
drogue " : dans les quinze jours qui suivirent cette
déclaration, 352 dealers présumés sont retrouvés
morts, assassinés (600 d'après Amnesty International).
Le gouvernement nie être à l'origine de ces meurtres.
Mais les enquêtes révèlent qu'au plus, 30 % seraient
dus à des règlements de compte entre trafiquants. Les
70 % restants auraient bel et bien été exécutés
par les escadrons de la mort de Shinawatra. |
Les
pays acharnés
Parmi les
pays les plus intransigeants, la Chine compte plusieurs
centaines de condamnations à mort et d'exécutions chaque
année pour commerce ou usage de drogue. En Iran,
même l'état de dépendance à une drogue est
considéré comme un crime et les délits les plus graves
sont punis de mort. Le Pakistan ne fait aucune différence
entre l'usage et le trafic de stupéfiants. Quelle que soit l'infraction,
le coupable peut être condamné à la prison à
perpétuité ou à la mort.
À Singapour, la consommation de toutes drogues est
interdite, ainsi que la possession d'ustensiles en permettant l'usage
(pipe, seringues, etc.). Une très faible quantité de narcotiques
suffit pour être inculpé de trafic, ce qui rend passible
de la peine capitale ! Des test d'urine ou sanguins peuvent être
effectués à l'entrée dans le pays. Un résultat
positif sera légalement considéré comme une consommation
sur place. L'Arabie Saoudite ne fait aucune différence
entre l'usage et le trafic de drogues, ni entre drogues dures et douces.
La peine maximale est la mort par décapitation ! Des peines
de mort ont été prononcées pour possession de haschisch.
Attention car certains médicaments, licites en France, y sont considérés
comme des drogues.
Il
ne faut pas croire…
Le
fait qu'on obtienne assez facilement certains stupéfiants, ou que
la consommation d'une drogue paraisse généralisée
dans un pays, ne signifie pas pour autant que les drogues y sont tolérées
(pas du tout !). Il suffit, pour se rendre compte, de prêter
attention aux affichettes qui parent les murs des guesthouses thaïlandaises
et qui encouragent les routards de passage à rendre visite aux
voyageurs incarcérés. À ce propos, aller faire un
brin de causette avec les prisonniers, ou leur faire parvenir de la nourriture,
des livres, des journaux, peut vraiment les aider à supporter les
conditions auxquelles ils sont soumis. Même en Jamaïque,
être surpris en train de fumer un simple joint peut entraîner
une longue incarcération. Les aéroports jamaïquains
sont d'ailleurs équipés de détecteurs puissants capables
d'identifier avec précision les stupéfiants transportés.
Au Maroc, dans la région du Rif, grand producteur
de haschisch, les incitations à l'achat et à la consommation
sont nombreuses. Les peines pour vente et usage de drogues varient pourtant
entre cinq à dix ans (+ amendes) avec interdiction de séjour
pendant dix à vingt années. La Tunisie punit
sévèrement la moindre possession de drogue, même à
usage personnel, et prévoit un an de prison ferme au minimum pour
de très petites quantités.
En Afrique, le manque de moyens de la police rend la lutte contre la drogue
difficile et l'usage, surtout de drogues douces, peut presque apparaître
comme un fait culturel. Détrompez-vous ! Sur tout le continent,
l'usage, la détention, la vente et le trafic peuvent entraîner
des peines de quelques mois à une vingtaine d'années d'incarcération.
Contrairement à ce que prétendent les revendeurs de stupéfiants
au Burkina, le cannabis et les autres drogues ne sont pas
du tout légales. Les peines varient entre un à six mois
de détention.
| Dans
les pays musulmans, l'alcool est généralement interdit,
sauf parfois dans certains hôtels et restaurants. Le cannabis
tient lieu de drogue de prédilection, car si le Coran interdit
la prière sous l'effet de " toxiques ",
ce mot a été compris comme faisant allusion à
l'alcool uniquement. Le cannabis entre dans la composition de certaines
pâtisseries dégustées lors de mariages ou autres
fêtes familiales. Malgré cela, les pays musulmans appliquent
une répression sévère. |

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