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1903 - Le petit Rouletabille de
Liège
Les premières années du futur écrivain se déroulent à Liège, l'une
des principales villes de la Wallonie belge. Georges Simenon naît en 1903
dans une famille bourgeoise. Mal aimé de sa mère, qui lui préfère son
frère, il développe un caractère individualiste et rebelle qui lui fait
quitter l'école très tôt, bien qu'il soit considéré comme un excellent
élève. À douze ans il connaît ses premières expériences sexuelles. À
seize, il se fait engager à La Gazette de Liège comme reporter. Ce
qui est merveilleux pour ce gamin qui s'habille comme son modèle,
Rouletabille, le journaliste finaud inventé par le romancier Gaston Leroux
- lui-même homme de presse. De 1919 à 1922, Simenon fera les chiens
écrasés, suivra des courses cyclistes, s'improvisera critique de
spectacle… " J'ai vraiment vu toutes les classes sociales de près,
en trois ans et demi de journalisme. Et je me suis rendu compte que
c'était la meilleure expérience possible pour un futur
romancier ", raconte-t-il en 1975 à Francis Lacassin.
1922 - Un Rastignac wallon à
Paris
Après son service militaire, Simenon descend à Paris, Eldorado des
ambitieux. Pendant une dizaine d'années, le journaliste se transforme en
apprenti écrivain. Il se fait les crocs en livrant des contes et des
nouvelles pour les journaux, tout en faisant la noce et en se liant au
" beau monde ". Bien qu'il se soit marié, il multiplie ses
relations féminines, parmi lesquelles on trouve Joséphine
Baker.
1931 - Les grands
départs
1931 est une année cruciale pour Simenon qui fait publier ses
premiers Maigret et commence une longue série de récits de voyage.
L'auteur n'est pas un aventurier de la trempe d'un Jack London, ni un
marin professionnel comme Conrad, ni même un grand reporter tel qu'Albert
Londres. Simenon est avant tout un romancier : " Je n'ai
jamais fait de reportages pour des journaux, explique-t-il à Lacassin.
En réalité, je dirais bien que dès mes quinze ou seize ans, peut-être
même avant, j'ai été curieux de l'homme. Mais j'ai toujours remarqué la
différence entre l'homme habillé et l'homme nu. C'est-à-dire l'homme tel
qu'il est en lui-même, et l'homme tel qu'il se montre en public, et même
tel qu'il se regarde dans la glace. Et tous mes romans, toute ma vie,
n'ont été qu'une recherche de l'homme nu ". Si le romancier a
conservé une part de journaliste en lui, cette dernière n'est
qu'utilitaire. Il précise sa pensée à Lacassin :
" D'ailleurs, je ne faisais pas ces reportages pour un journal
mais pour moi. J'avais envie de découvrir le monde, de savoir si l'homme
était différent à un endroit ou à un autre. Alors, je décidais d'aller
vivre six mois à Istanbul, de partir pour les Galápagos, ou de traverser
l'Afrique équatoriale. Et avant de partir, j'allais trouver un rédacteur
en chef ami et je lui disais : je pars la semaine prochaine pour tel
voyage. Voulez-vous douze articles ? Ça vous coûtera tant. (…) Le
grand reportage, c'était uniquement une façon de financer mes
curiosités ". Pour l'essentiel, les reportages de Simenon vont
s'effectuer durant les années 1930. Le premier est bien modeste : un
tour de France en bateau, sur la Ginette, un canot à moteur de 5,50 m. Ce
récit est le fruit d'aventures commencées en 1928. Au fil des canaux et
des rivières, les éclusiers et mariniers voient passer un équipage
bourgeois constitué de monsieur, madame, la bonne et le chien. Dans Une
France inconnue, il explique combien coûte un tel périple, quel
matériel est nécessaire, apprend le vocabulaire des marins d'eau douce,
décrit les métiers, les conditions de travail, etc. Les anecdotes sont
nombreuses. Simenon reviendra plusieurs fois sur l'univers de la
batellerie.

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