|

Ötzi,
l'homme des glaces
À
Bolzano, dans la province autonome italienne du Sud Tyrol, un musée
archéologique accueille des milliers de personnes chaque année.
Dans sa boutique de souvenirs, on trouve une multitude d'objets, tous
à la même effigie : la célèbre momie Ötzi.
Ötzi était âgé d'environ cinquante ans. Il a
été trouvé le 19 septembre 1991 à 3 213 m
d'altitude dans les Alpes près de l'Autriche, à l'endroit
précis où il s'était effondré 5 300 ans
plus tôt.
Sur son corps, seize tatouages constellés d'une cinquantaine de
traits, placés à quelques millimètres de points d'acupunctures
connus, semblent indiquer que la société de l'époque
d'Ötzi pratiquait le tatouage thérapeutique.
Les
maîtres de la steppe
Pendant près
de mille ans (du IXe au IIIe siècle av. J.-C.), les Scythes
ont occupé l'immense steppe qui s'étend entre l'Altaï
et le nord de la mer Noire et diffusé partout leur culture originale.
En 1947, un archéologue fait une grande découverte dans
le nord-est de la Sibérie : le site de Pazyryk aux 1 929
tombes scythes datant du Ve au IIIe siècle avant notre ère.
Les momies portent de grands tatouages très complexes sur tout
le corps, représentant des animaux fabuleux.
Peuple de tradition orale, les Scythes ignoraient l'écriture :
leur civilisation ne fut longtemps connue qu'au travers des récits
d'Hérodote. Des " barbares " donc, cultivateurs
de cannabis de surcroît, mais qui furent toutefois maîtres
de toute l'Asie pendant vingt ans et qui poussèrent leurs conquêtes
jusqu'en Égypte…
Égypte :
4 000 ans de tradition
Ameut,
prêtresse de Thèbes de la XIe dynastie (- 2 134 à
- 2 040), n'a pas attendu les Scythes pour se faire tatouer. Les
hiéroglyphes de sa tombe expliquaient qu'elle avait de son vivant
consacré son existence au culte de Hathor, la déesse à
tête de vache. Une fois tombées les bandelettes, le Docteur
Fouquets - scientifique chargé de " développer "
la momie en 1891 - découvre des traces de scarification ainsi que
des lignes bleues sur son ventre.
Troublante chose pour le Docteur Fouquets, qui constate des similitudes
entre les tatouages de cette jeune femme de 4 000 ans et ceux de
ses patients égyptiens vivants. Pour lui, ces marques sous-cutanées
de traits et de points isolés ou combinés ont une origine
médicale. Il rend son diagnostic et constate que 4 000 ans
plus tard, le tatouage égyptien reste inchangé !
Aux
quatre coins du globe…
Platon,
Aristophane, Jules César, Hérodote, tous mentionnent avoir
rencontré des peuples tatoués. Les Grecs, eux-mêmes,
sont instruits au tatouage par les Persans. En ce qui concerne les Celtes,
les opinions divergent. Cependant, l'idée n'est pas aberrante quand
on sait qu'Ötzi était tatoué et que le berceau de la
civilisation celte se trouve à Hallstatt dans le Tyrol allemand.
Sur le continent américain, les traces de tatouages incas remonteraient
au XIe siècle, tandis qu'au Mexique et en Amérique centrale,
des contes espagnols du XVIe parlent de marques de courage sous-cutanées
chez les Mayas. En Amérique du Nord, les plus valeureux guerriers
Chickasaw étaient bardés de tatouages. Les Iroquois, quant
à eux, se tatouaient pour refléter leur rang dans la société.
Même au pays du soleil levant, les " dogu ",
petites figurines en céramique de la période Jomon (de 10 000
à 300 ans av. J.-C.), présentent d'étranges
incisions au niveau du visage. Des millénaires plus tard, des inscriptions
semblables marquaient le visage des femmes Ainu.

Illustrations
:
haut : Jeune fille picte tatouée des pieds à la tête de motifs floraux
(gravure Théodore de Bry. Les grands voyages. 1590).
bas : Guerriers Pictavi (tribu gauloise du Nord de l'Aquitaine).
source : Les hommes illustrés, le tatouage des origines à
nos jours, éditions Larivière
|